‹ La charte-vérité, ou, Le monopole universitaire devant les chambres; resumé de la question de l'enseignement au point de vue constitutionnel, par un français ami de la charteChapitre 36 sur 46 · TEXTES ALTÉRÉS QUART AU SERS · texte numérisé non relu

TEXTES ALTÉRÉS QUART AU SERS

Le premier passage contesté est de M. le grand-maître Villemain , le seul de ce professeur qui ait occasionné une réclamation , et de sa part nous assure-t-on ; et cependant nous en donnons de lui plus de vingt autres presque tous tirés de ses cours les plus vantés, de ceux où il avait , disait-on , réhabilité le spiritualisme , la mémoire et l’étude des Pères de l’Eglise. Pouvant extraire un volume entier de passages hostiles à la Religion catholique de ses autres cours sur la littérature du moyen âge et du XVIIIe siècle , nous nous en étions tenu aux premiers, persuadé que l’on pourrait facilement juger par eux de tous les autres. Ils prouvaient en effet que, dans son enseignement à la Sorbonne , et dans ses discours comme grand-maître à la distribution des prix de concours , leur auteur avait attaqué et insulté le culte catholique, tous les cultes chrétiens et les premiers principes même de la morale qui fait le fondement des sociétés ; qu’il avait représenté « le spiritualisme ou le christ ia- « nisme comme né du désespoir et du dégoût, comme une contem- « plation pieuse , substituée aux intérêts de gloire et de patrie , et « qui devait amener la ruine de l’empire et la cession de l’uni- « vers aux barbares ; la foi comme un pur enthousiasme, les « principaux dogmes comme des problèmes et des subtilités mys- « tiques, des mots mystérieux, pour mener et agiter les peu- « pies; les martyrs comme des stoïciens exaltés par un enthou- « siasme plus puissant encore que celui de ces philosophes ; leurs « persécuteurs et leurs bourreaux comme ayant le même amour « de l’humanité , la même oliéissance à la loi morale; le culte qui « leur est rendu comme ramenant parmi le peuple une sorte de « polythéisme local ; les Pères de l’Eglise comme des politiques

« qui cherchent le triomphe plutôt que le martyre, des embouti siasles du ciel , parce qu’ils ne sont pas assez dignement occu- « pés sur la terre, et qui s’égarant en spéculations mystiques, « prennent l’infini pour carrière et le merveilleux et l’incompré- « hensible pour l’ordre naturel et la réalité; des hommes qui ne « trouvant dans le monde qu’une tâche mesquine , se tournèrent « du côté du christianisme qui leur promettait la jouissance si « douce de régner sur les âmes , ou qui , étant arrivés à la reli— « gion comme à un système de philosophie , donnèrent au monde « le monument curieux de la licence où s’emportait l’épiscopat « contre le pouvoir temporel ; la puissance spirituelle de Rome « ou du Pape, une puissance d’imagination établie au IVe siècle « par une sorte de prudence temporelle et de ténacité , et tombée « maintenant comme la première, celle de Rome païenne; Arius « comme doué de tous les talents qui font un grand sectaire , et « l’arianisme comme une secte plus simple, plus méthodique, « plus faite pour devenir universelle , aidée surtout par le sen- « timent secret qui commençait à rendre redoutable aux empe- « reurs la puissance et l’ambition du sacerdoce chrétien; Calvin « comme un apôtre et le concile de Trente comme ayant poussé « au plus haut degré les doctrines de la suprématie romaine, « etc., etc. ; la volonté honnête comme atteignant toujours son « but , et la volonté vicieuse comme condamnée au châtiment de « l’impuissance , l’une et l’autre par un arrêt de la justice éter- « nelle ; ou le fatalisme comme principe , et le succès comme cri- « terium de la moralité des actes; enfin le panthéiste, l’athée « Joulfroy, comme le type officiel de tous les professeurs univer- « silaires, tels qu’il les désirait pour l’instruction publique de tout « le royaume. » (Voyez le Monopole, etc. , pages 36 et 37, 45 , 58 , 66, 83, 88, 94, 105, 127, 129, 165, 181,233, 267, 281, 317,319, 376, 484.)

Certes c’était bien assez , il n’en fallait pas même tant pour montrer que M. Villemain , professeur d’éloquence à la Sorbonne et grand-maître, non-seulement n’était ni catholique ni chrétien, mais encore , qu’au mépris de la liberté des cultes , de la liberté de conscience et de la charte qui les garantit , au mépris des principes

fondamentaux de Fordre social, il attaquait et insultait dans son enseignement donné au nom de l’état , et le culte dePimmense majorité et la morale elle-même, fondement de la société ; qu’il imposait . de par le monopole ces insultes et ces attaques aux élèves catholiques et chrétiens de l’école normale et à toute la jeunesse qui voulait, à Paris, être conduite jusqu’au seuil de toutes les professions libérales ; qu’il travaillait enfin à imposer à la France entière , à toutes ses facultés et à tous ses collèges des maîtres semblables à lui ou pires encore.

Cependant ne voulant rien laisser à désirer en pareille matière et ayant à cœur de répondre par les leçons même de M. Villemain à toute l’étendue du défi qu’il avait porté lui-même devant la chambre des Pairs, de donner des exemples et des preuves de l’irréligion complète , du scepticisme et de l’athéisme de l’enseignement universitaire, nous sommes allé plus loin, et après avoir prouvé que M. le professeur grand-maître n’était ni catholique ni chrétien, nous avons dit : « Qu’est-il donc? Juif: il insulte le judaïsme « comme le christianisme. Par la croyance aux génies ( ou anges )

« et aux possessions, dit -il, le déisme judaïque ramenait le a polythéisme; cette superstition rendait fou. — Serait-il donc a musulman ? — Nous ne savons ; boudhiste ? nous ne savons ; a bralnniste ? nous ne savons , quoiqu’il parle pourtant de la « Chine et de l’Inde avec un intérêt plein de mystère , on dirait « presque de dévotion. H est donc athée ? mais il défend au « contraire son ami M. Cousin de l’accusation d’apôtre d’a- « théisme et de sédition, quand, en Prusse, elle était portée « contre lui. Il le réclame en plein cours , d’une voix tout à fait « pathétique, comme l’ennemi de la philosophie de la sensation ,

« comme un excellent spiritualiste (dans le genre de Spinosa sans « doute) , d’un sentiment religieux plein d’élévation et de pureté,

« comme un volontaire royal ayant émigré à Gand , à l’approche a du despotisme reparaissant sous les traits de Buonaparte; il se « fait sa camion auprès d’une auguste influence , auprès du prince « qui vainquit l’Espagne par la modération , comme par les armes ,

« le plus fidèle sujet et le plus noble confident du roi de France ,

« puissante protection pour le malheur et pour le talent... Ce n’est

« pas une opinion qui réclame M. Cousin, c’est l’honneur du « trône , c’est la conscience publique.

« Le roi de Prusse, continue-t-il, entendra ce langage, il ne « s’étonnera pas de le retrouver dans la bouche des hommes les « plus amis de l’ordre. Sa Majesté se souviendra peut-être d’un a jeune homme qu’eu 1814, dans une solennité littéraire, elle « accueillit avec la plus bienveillante faveur et qu’elle daigna pré- « senter elle-même aux princes ses fils. Elle se souviendra peut- « être d’une voix qui , faisant allusion aux récentes adversités « qu’avait éprouvées la maison de Brandebourg , fit entendre ces « paroles ratifiées par d’unanimes suffrages! Le vaillant héritier « de Frédéric a montré que les chances de la guerre ne font pas « tomber du trône un véritable roi ; qu’il se relève toujours noble- « ment soutenu par les bras de son peuple , et demeure invincible « parce qu’il est aimé. C’est la même voix qui s’élève aujourd’hui « pour M. Cousin. » ( L'Histoire de France du P. Loriquet a-t-elle ainsi jamais loué le roi de Prusse trônant dans Paris ? a-t-elle même dit pis du despotisme de Napoléon?)

« M. lé grand-maître n’est donc pas plus athée que M. Cousin « le spiritualiste ; il possède comme lui un sentiment religieux « plein d’élévation et de pureté, selon les commentaires et les « explications de M. Pierre Leroux ; et voilà pourquoi , tout en « appelant le penseur un peu exercé de M. Cousin , Lucrèce , « l’homme aux éloquents blasphèmes , aux absurdités très-logi- « ques , il aime à le peindre dans ses cours comme un des plus a grands poètes qni aient paru , à le suivre plein d’admiration , a avec un de ses plus honnêtes prédécesseurs , lorsque s’élançant a à une hauteur d’enthousiasme et de poésie qui n’a de rival que a dans la sublimité d’Homère lui-même, il remonte au delà de a toutes les traditions, et malgré les fables universelles dont Tobscua rite cache le berceau du inonde , il recherche l’origine de nos a aris, de nos religions et de nos lois. »

a Et voilà pourquoi il l’excuse encore en ce qu’il attaque , et a veut seulement faire disparaître, non les Dieux vengeurs du a crime et soutiens du remords, mais ces divinités fantastiques • et capricieuses qui peuplaient l’univers cette sorcellerie

« mythologique dont l’univers était infatué ; » et voilà pourquoi il trouve « que la philosophie d’Epicure détruisant toute spiritua- « lité, toute liberté, toute conscience, n’est après tout qu’une « spéculation oisive , et que s’il semble qu’accueillie par la mal- « veillante activité des Romains , elle s’envenime de tous les vices « des oppresseurs du monde , il est néanmoins sans doute que les

« PASSIONS DE QUELQUES HOMMES S’ACCOMMODENT TOUT AUSSI BIEN « POUR FAIRE LE MAL ü’UNE CROYANCE QUE D’UNE IMPIÉTÉ ! » etC. (1).

Or M. le grand-maître qui n’a trouvé aucune altération dans le sens des nombreux passages par lesquels nous avons démontré qu’il n’était ni catholique ni chrétien, aucune dans le sens de ceux par lesquels nous avons prouvé qu’il attaquait les fondements mêmes de la morale , et qu’il appelait , de tous ses vœux et pour tous les collèges de France , des hommes semblables au philosophe Joulh-oy le panthéiste et l’athée , M. le grand-maître a découvert que nous avions altéré le sens des passages par lesquels nous montrons qu’il n’est pas juif , mais spiritualiste à la façon de M. Cousin. Il a d’abord avec une animation plus que parlementaire confié son accusation à un Prélat distingué par son éloquence , par qui nous l’avons apprise ; il l’a répétée ou fait répéter ensuite et dans le journal universitaire de Lyon le Rhône , et dans la Gazette spèciale de l’instruction publique et après eux dans la Revue indépendante du 25 mai , et puis à tous ceux à peu près qui l’ont visité.

Discutons cette accusation telle qu’elle est publiée dans les deux journaux ; et que les lecteurs jugent de quel côté est la bonne foi , de quel côté sont le mensonge et les falsifications : ce sont les mots employés par nos adversaires.

« Après avoir décrit , disent-ils , les différentes sectes qui s’é- « taient formées chez les Juifs à la suite de la captivité, M. Ville - « main rappelle ces fables grossières que le rabbinisme introduisit « dans la synagogue et ces esprits bien différents des anges du chris-

(I) Monopole , etc. , pag. 487 et suivantes.

« tianisme, dont la terreur a dicté aux rédacteurs du Talmud tant « de scrupuleuses prescriptions ; il s’exprime en ces termes: a Leur foi d’abord était altérée par le mélange des croyances

« orientales Ce n’étaient plus les furies vengeresses qui dans le

a polythéisme grec s’attachaient à la suite des grands coupables, a Les malfaiteurs , génies (lisez les malfaisants génies) dont parle « la Mischna, rôdaient autour de l’innocence , le monde était plein « de leurs embûches ; ils tourmentaient les corps et les âmes. « Cette superstition rendait fou. Ainsi dans la pureté même du « théisme judaïque germait à cette époque une croyance qui b mal comprise ramenait le polythéisme. »

« L’anonyme (c’est ainsi qu’il nous appelle , ce qui n’empêchait b pas la Gazette spéciale d’envoyer scs articles à notre adresse , ce a dont nous la remercions) , l’anonyme accuse donc injustement b l’auteur des Mélanges en lui faisant insulter le théisme judaïque , b lorsqu’il blâme au contraire des doctrines étrangères et parab sites que tous les historiens ecclésiastiques ont reconnues et b réprouvées. »

Quand on se plaint de l’altération du sens d’un texte et qu’on veut le rétablir , la loyauté et la bonne foi demandent d’abord qu’on le cite tout entier et qu’on indique ensuite exactement la page du livre d’où le passage est tiré , afin que chacun puisse vérifier par lui-même. Que signifie donc ces points multipliés après le mot orientales ? pourquoi cette lacune , pourquoi cette soustraction ? pourquoi encore l’absence de toute indication quelconque de pages , soit en note , soit dans le texte. Maladroits et imprudents défenseurs ! vous avez sans doute vos raisons pour en user ainsi. Nous lisons en effet dans le passage indiqué par vos points , entre les mots : leur foi (des Juifs) était altérée par le mélange des croyances orientales, et le reste de votre texte, les paroles que voici : a Ces dogmes simples de Zoroastre , transmis de proche en a proche , défigurés par l’ignorance de leurs derniers sectateurs , a étaient devenus une nouvelle idolâtrie. Les génies remplaçaient a les dieux ; c’était une autre erreur plus abstraite , plus contema plative, plus rêveuse que celle du paganisme romain, mais « également faite pour troubler l’âmo par la superstition et la

« crainte. Ces génies de l’Orient , ces intelligences émanées du Très- « Haut , ces puissances intermédiaires ou rebelles, n’avaient point « de temples ni de statues ; mais le dévot oriental se croyait sans « cesse en leur pouvoir, les redoutait partout, les sentait, les « souflrait en lui-méme : de là ces possessions si communes dans « l’histoire de celte époque; ce n’était plus cette fureur divine attri- « buée par les païens aux interprètes de leurs dieux. Ils véné- « raient la Pythie. On exorcisait tm possédé de Nazareth ou de « Samarie. » L’alinéa se termine à ces mots : cette superstition rendait fou. Pourquoi y avez-vous ajouté la moitié de la phrase qui commence l’alinéa suivant ; et l’avez-vous terminée par un point , pour faire croire que le sens se terminait là ? « ainsi dans la pureté « même du théisme judaïque germait à cette époque une croyance « qui mal comprise ramenait le polythéisme. » Pourquoi ne Pavezvous pas complétée par les mots qui la terminent : « Mais les Juifs , « au milieu de cette corruption de leurs lois primitives , restaient « un peuple séparé de tous les peuples ; » et un peu plus loin : « Ils ajoutaient à leur culte des superstitions de leur choix , « mais ils repoussaient avec horreur les cérémonies du culte « romain (1). »

Maintenant que le passage de M. Villemain est rétabli dans toute son étendue , nous le demandons à tous les hommes de bonne foi , en le réduisant à ces trois lignes qui en sont tirées mot pour mot : a Par la croyance aux génies (ou anges) et aux possessions, le « théisme judaïque ramenait le polythéisme , cette superstition « rendait fou ; » en quoi en avons-nous injustement altéré le sens? En quoi est-il falsilié? N’est-ce point évidemment insulter la religion juive et la religion chrétienne qui la reconnaît comme divine , et , en un sens , comme son commencement , que de dire qu’à la venue du Messie elle n’était plus qu’une sorte de polythéisme , une nouvelle idolâtr ie , une corruption de ses lois primitives ; que les

(t) Kouteaux mélanges, tome II , pag. 101 , 102 et 103 ; édit, in-18 , cliez l’Àdvocal , libraire.

génies de Zoroastre y avaient remplacé Dieu; que la croyance à l’existence des puissances intermédiaires ou rebelles , ou d’anges fidèles et d’anges déchus , était une superstition tirée de la Mischna; que la crainte de ces puissances rebelles , ou démons , la croyance à des possessions de leur part , et Y emploi des exorcismes pour les chasser, étaient une superstition qui rendait fou? N’est-ce pas ajouter à l’impiété et à l’insulte une preuve de science peu commune , et par trop compter sur l’autorité d’un absurde et anticonstitulionel monopole , que de venir enseigner en plein christia.nisme , au milieu d’une nation dont l’immense majorité connaît et croit l’Evangile, que les possessions et les exorcismes de Nazareth dont il est si souvent question dans les livres sacrés , sont des superstitions empruntées par les Juifs aux dogmes si simples dans le principe ( c’est-à-dire si panthéistes ) mais défigurés plus tard de Zoroastre ; que l’existence des démons et leur intervention dans le inonde par la magie, par les maléfices et la divination pythonique, étaient inconnues dans les livres et les lois primitives de Moïse et du peuple de Dieu et une corruption de ces lois : comme s’il n’en était pas partout questiondans Y Exode, le Lévitique, les Nombres, Job, etc.; comme si la peine de mort n’y était pas portée contre de semblables abominations, et notamment au chapitre 22 de l 'Exode, et au chapitre 20 du Lévitique, v. 27 , où tout le monde peut lire : « Que « l’homme ou la femme dans qui sera un esprit de Python ou de « divination meurent de mort, qu’ils soient lapidés, et que leur sang « retombe sur eux ; » comme si quelqu’un ignorait l’histoire de Saül et de la pythonisse d’Endor , après le massacre par l’ordre de ce prince , et selon la loi , de tous les magiciens et devins du pays ?

M. le grand-maître , du reste , ne peut souffrir nulle part la croyance des démons; ainsi p. 237, parlant des solitaires et faisant allusion , selon toute apparence à un de leurs patriarches les plus célèbres , le grand Antoine dont saint Alhanase a écrit la vie , il enseigne : « Que pour les âmes trop faibles ou trop ardentes , cette « solitude se peuplait de fantômes ; que les extases , les manies « mélancoliques transformées en prétendues possessions , remplisv sent l’histoire de cette époque ; qu’ainsi de cette rude école du « désert , il sortait des grands hommes ou des fous. » Ce mot do

fou est toujours, comme on voit, le mot •propre que l’Université et scs savants professeurs répètent impunément, et même avec toute sorte de politesse et de convenance contre les Juifs et les chrétiens qui croient , selon l’Evangile et avec tous les peuples , à l’existence des démons , de la magie et des possessions ; et nous ne pouvons nous permettre, nous, de l’employer contre ceux qui attaquent notre foi, notre culte et ses ministres autant que la logique , l’histoire , les lois et le bon sens , sans nous rendre coupable du crime de lèseuniversilé au premier chef , et sans ameuter contre nous toute la charité et toute la politesse de MM. Libri, Genin, etc., etc., et de quelques autres encore dont nous parlerons bientôt.

Les savants de la Gazette spéciale de Tinstruction publique et du Rhône ajoutent que tous les historiens ecclésiastiques pensent sur le point en question comme M. le professeur grand-maître. Seraient-ils assez bons pour nous citer un seul de ces tous, autre que Voltaire qui le répète partout , ou M. l’inspecteur Matter que nous avons attaqué avec tant d’audace et qui a eu l'insigne charité , lui , de ne pas nous répondre un seul mot? Le bon chrétien !

Venons à l’éloge de Lucrèce. C’est encore le même procédé. On fait un crime au livre contre le monopole d’avoir affecté d'omettre cette dernière phrase qui caractérise , dit-on , le morceau et les lignes auxquelles on s’attache pour les incriminer: «Il (Lucrèce) « raille les doctrines si saintement philosophiques et si chères d a Timagination qui promettent une autre vie et d’autres récom- « penses. » Or, cette phrase , dont on n’indique comme toujours ni le volume ni la page, n’est ni la dernière du morceau, ni même une phrase , mais un membre de phrase suivi de cet autre : « 11 supprime toutes les espérances et toutes les craintes. » Et M. Villemain en s’exprimant ainsi , fait-il autre chose qu’énoncer sans blâme comme sans éloge un fait inséparable de l’athéisme de Lucrèce, et que Spinosa lui-même n’aurait pas fait difficulté d’énoncer? Si cette phrase caractérise quelque chose , certes c’est bien le scepticisme, plutôt que la foi en une autre vie, de celui qui l’a écrite. Qu’est-ce en effet, quant à la vérité, qu’une doctrine chère à rimaginalûmpqu’une doctrine non pas vraiment, mais saintement philosophique? Mais, M. le professeur d’éloquence va nous l’expliquer sans

ambages, dans la dernière phrase du morceau, tout à fail caracléris tique en effet, et que le Rhône et la Gazette spéciale ont affecté de ne pas citer, et que nous, nous avons eu tort d’omettre : « Retrouvant « une poésie nouvelle par le mépris de toutes les croyances poéti- « ques, il (Lucrèce) paraît grand de tous les appuis qu’il refuse , a et semble s’élever par la seule force d’une verve intérieure et « d’un génie qui l’inspire lui-même (1). » Ces croyances si saintement philosophiques et si chères à l’imagination qui promettent une autre vie et d’autres récompenses , ne sont donc selon M. le grand-maître, comme selon MM. Jouffroy, Cousin, Damiron, Michelet , Quinet, que des croyances poétiques, et sous ce rapport même il loue Lucrèce de les avoir surabondamment remplacées par la poésie nouvelle et la verve intérieure qu’il tire de l’athéisme même et du mépris de toutes les croyances.

Notre troisième altération est beaucoup plus grave. Il s’agit de l’appréciation de l’épicuréisme et de l’atliéisme de Lucrèce encore, par M. Villemain, appréciation selon nous tout à fait justificative de ces monstrueuses impiétés. Il prétend, lui et ses défenseurs, qu’il n’a voulu que raconter, qu’exposer l’opinion qu’on en avait en ce temps-là , aux jours d’Auguste. Or, pour le prouver on répète les mêmes passages que nous , mais avec cette seule et capitale différence , que dans la phrase citée par nous , en gros caractères , plus haut et dans le Monopole, nous avons écrit : s'accommodent au présent , tandis que M. le grand-maître et ses ayants-cause le mettent au passé , historiquement : s 'accommodèrent ; en sorte que la phrase alors est ainsi conçue . « Sans doute les passions de quelques a hommes s’accommodèrent tout aussi bien pour faire le mal d’une « croyance que d'une impiété. »

Or , nous ouvrons , et nous prions tous les hommes de bonne foi d’ouvrir avec nous le 2e volume des Nouveaux Mélanges, page 7. Qu’y lisons-nous à la 7 e ligne et en forme d’adage propre à tous les temps? La phrase telle qu’elle est dans le Monopole! « Sans

(1) Nouveaux Mélanges , tome I , page 294.

« doute les passions de quelques hommes s’accommodent, (au pré- « sent et non au passé), tout aussi bien pour faire le mal d’une « croyance que d’une impiété. » C’est-à-dire que l’athéisme et l’impiété ne sont pas plus nuisibles aux bonnes mœurs et au bien de la société que la religion elle-même.

M. Villemain , nous l’espérons du moins , sera cette fois content de nous , et les défenseurs de l’Université , surtout dans la Revue indépendante , nous épargneront désormais , ne fût-ce qu’en considération de ceux sur qui elles retombent , les épithètes de menteurs et de faussaires. Nous conseillerions aussi à M. le grand-maître, pour détruire ou affaiblir au moins l’eflet des citations qui le concernent , de publier quelque passage fidèle de ses écrits exprimant d’une manière claire et précise sa profession de foi , et montrant au grand jour qu’il a enseigné franchement une religion ou un culte quelconque.

M. l’ex-Grand-Maître Cousin.

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