‹ La charte-vérité, ou, Le monopole universitaire devant les chambres; resumé de la question de l'enseignement au point de vue constitutionnel, par un français ami de la charteChapitre 4 sur 46 · PROFESSEURS DF. S”' ORDRE · texte numérisé non relu

PROFESSEURS DF. S”' ORDRE

Professeur de mathématiq. élément.

Professeur de 3”” année de gram-

maire ou quatrième

Professeur de 2- ; année de grammaire ou cinquième

Professeur de 1” année de grammaire ou sixième

Maltresd’études ou maîtres élément"’

Pour les collèges communaux de premier ordre, les fonctions les plus élevées sont tarifées , selon le rapport de M. Villemain de 1843, à 2,400 fr. minimum , et à 2,000 fr. pour les collèges de second ordre , minimum encore ; et les moindres fonctions à 1,400 fr. , minimum, dans les collèges de premier ordre, et

à 1 ,200 , minimum toujours , dans ceux du second ordre. Les uns et les autres , aussi bien que ceux des collèges royaux, ont droit en outre à la table et au logement même , s’ils sont célibataires.

Le budget de l’Etat fournit pour les traitements la somme de 1,284,472 fr. 91 cent, et les communes, celle de 2,014,007 fr., selon le rapport de M. Villemain.

Dans ces règlements ne sont pas compris les inspecteurs généraux, dont les traitements montent à 6,000 fr. , sans compter, pour leurs tournées, 10 fr. par poste et 12 fr. par jour d’absence, quoique logés et nourris communément , et sur le plus large pied , dans les collèges et les institutions , dont les chefs ont un si grand intérêt à se les rendre favorables ; ni les inspecteurs d’ Académie, pour lesquels M. Salvandy a dû demander encore une augmentation, attendu, dit-il dans son rapport, que leurs traitements de 3,000 fr. , et que leurs frais de tournées , 7 fr. 50 cent, par poste , et 8 fr. par jour d’absence dans l’Académie de Paris , et 5 fr. par poste et 6 fr. par jour d’absence dans les autres Académies, étaient hors de tonte proportion avec leurs fatigues et les titres exigés d’eux (1).

Ces règlements ne disent rien non plus des traitements des recteurs , que le même grand-maître , pour que ces fonctionnaires no restassent pas démesurément au-dessous des chefs politiques ( préfets ) , des chefs judiciaires ( présidents des cours royales ) , des chefs religieux (évêques), des chefs militaires (commandants de division), et que leur rémunération ne continuât pas d’être déplorablement insuffisante , fît porter à 8,000 fr. dans les Académies de première classe , sans compter , pour les frais de bureau , un minimum de 4,000 fr. ; et un autre de 3,500 fr. à ajouter au traitement de 6,000 fr. des recteurs de deuxième classe, et puis encore une indemnité de 500 fr. pour ceux qui ne sont pas logés, et de t ,000 fr. pour les bureaux qui ne le sont pas non plus (2); et encore pour frais de tournées 8 fr. par poste et 10 (r. par jour d’absence.

(1) Almanach de l'Université, 1850 , p. XX.

(i>) Ibid. , p. XVIII et suiv.

Ce serait trop nous étendre que de rappeler les traitements des sept chefs en qui se résume , en contradiction avec tous les decrets (1) constitutifs de cc grand monopole , la raison commerciale de cette vaste exploitation , les 15,000 livres de rente qui en reviennent aux uns, les 10,000 qui en reviennent aux autres, sans compter les traitements attachés aux titres de professeurs dans les hautes chaires, auxquels on ne renonce pas , et où l’on se fait remplacer par des suppléants. Nous ne dirons rien non plus des 500 fr. attachés au seul titre d’agrégé , des demi-traitements laissés aux professeurs suspendus pour rigoureux motifs ou laissés arbitrairement sans fonctions ; nous ne dirons rien enfin des traitements énormes attachés aux chaires du Collège de France et de ceux attachés aux chaires des facultés de théologie , des sciences et des lettres, véritables sinécures la plupart , auxquelles cependant , pour deux ou trois heures de classe par semaine , pendant huit ou neuf mois , et seulement , pour l’ordinaire , devant quelques oisifs que l’on amuse , le budget consacre la somme incroyable de 2,092,990 fr. , selon le rapport officiel de M. le grand-maître

(t) Plusieurs inconvénients, dit M. Salvamly dans sou rapport , p. XII , sont résultés de cet état de choses j et , avant tout , les plaintes constamment élevées tous les ans par les commissions de3 chambres contre l’organisation irrégulière et l’état précaire du conseil de l’instruction publique. 11 est très-vrai que ce conseil n’est pas fondé sur les décrets constitutifs de l’Université , mais sur les ordonnances de 1815 ; il n’existe ( même ) , aux termes de ces ordonnances , qu’à litre provisoire , et tous ses actes rappellent cette situation incomplète par les désignations provisoires des conseillers qui remplissent les fonctions de secrétaire , de trésorier , de chancelier de l'Université (et perçoivent provisoirement comme tels des trailemcnts annuels de 10,000 et de 15,000 fr. ; MM. Villemain, Cousin et Rendu ont été souvent dans ces provisoircs-là. ) Il n'est pas soumis aux conditions de nomination que les décrets avaient fixées , et qui étaient une des garanties du corps universitaire. Enfin , son organisation n’est pas non plus celle des décrets ; et de là naît un autre inconvénient : c’est qu’assez nombreux pour une commission dirigeante, tellcque les ordonnances l’avaient comprise, il ne l’est pas assez, comme les rapporteurs du budget l’ont justement remarqué , pour le conseil délibérant et pour le tribunal (exceptionnel) que les décrets ont institués... Aujourd’hui, sept membres seulement composent le conseil.

Salvandy , et de 2,481,380 avec l’augmentation de 1840. Nous passons également sous silence les quatre cent mille franes de rente inscrits sur le grand livre , appartenant à l’instruction publique et donnés en apanage à l’Université Impériale par le décret du 13 mars 1808 , article 131, aussi bieu que tous les biens meubles, immeubles et rentes, ayant appartenu aux Universités, Académies et collèges d’autrefois, qui n’avaient point été aliénés avant 1808, et qui avaient pour destination, comme les précédentes rentes , l’enseignement gratuit ; les maisons de campagne et autres propriétés ajoutées depuis , et qui peuvent si facilement , entre les mains des économes et des proviseurs , former un éventuel que bien des gens ne dédaigneraient pas.

Est-ce tout? Non, certes. Cette marchandise de l’enseignement, déjà deux ou trois fois vendue et à si haut prix par le monopole universitaire, va l’être plus d’une fois encore. Laissons parler M. le grand-maître Salvandy.

Troisième preuve de la vénalité de l'enseignement dans l’L'nlverslté. — Examens et Répétitions.

« Les fonctions des professeurs des facultés sont supérieures à « celles des professeurs des collèges royaux ; elles exigent un « grade universitaire plus élevé , le doctorat... Il serait important « qu’elles pussent être désirées, acceptées du moins par les pro- « fesseurs des collèges royaux de Paris. Rien de tout cela n’existe. « L’ordre hiérarchique est en sens inverse des avantages pécu- « niaires. Un professeur des collèges de Paris d’aucun ordre « ne consentirait à prendre un siège dans les facultés des dépar- « tements ; même dans les départements , les professeurs du pre- « mier ordre des collèges royaux de première classe sont plus « rétribués , grâce à l’éventuel , que ceux des facultés. Loin de « désirer cet avancement, ils ne peuvent pas, la plupart du temps, « l’accepter : s’ils ont une famille , ils la ruineraient.

« Un professeur de faculté n’a qu’un traitement de 3,000 fr. » (les tableaux officiels le font monter , selon le nombre des élèves ,

de 4,500 à 7,0001V. , sans y comprendre les mille francs d'augmentation demandés dans le rapport même par le grand-maître ; et en y joignant le préciput de doyen ou de secrétaire, ils peuvent aller à près de dix mille francs (1); sans compter, comme ajoute luimême M. le ministre, l’éventuel ou produit des examens.)

« Les professeurs de premier ordre des collèges royaux ont un « traitement fixe de 2,000 fr. (3,000 et 2,400 fr. , voyez le tableau officiel , page 18) ; « outre un traitement éventuel qui s’élève « jusqu’à 1 ,900 fr. ; de plus les leçons particulières et répétitions « ne leur sont pas interdites. En les appelant à des chaires de liaut « enseignement, on leur donne de l’avancement dans la hiérarchie « universitaire ; mais leur traitement éprouve une réduction (2) ; « et des intérêts plus forts et quelquefois plus légitimes que celui « de la dignité satisfaite, s’oppose à ce qu’ils acceptent un avan- « cernent nominal , mais onéreujc. »

(I) Voici ce tableau :

les traitements des professeurs montent, dans les facultés où le nombre des élèves

est au-dessous de . . .

fr.

fr.

fr.

fr.

fr.

fr.

fr.

fr.

fr.

Pour les professeurs, à.

Préciput du doyen. .

Pour les secrétaires. .

Pour les suppléants. . \ ctquand il» sont chargés d’un cours , ils ont un supplément de (1500

(2) Qu'on juge de ce que rendent les répétitions! nous avons entendu parler, eu effet , d’un professeur de philosophie dans un collège de premier ordre , célibataire sacré , qui, par celle industrie secondaire , conséquence souvent forcée de la principale industrie du monopole , pour les élèves qui veulent , coûte que coûte, arriver au baccalauréat , faisait atteindre, à sou traitement, le joli petit chiffre de 15,000 fr. Quand celui desautres dont parle ici le ministre, n’irait pas lé, n’irait qu’à 10,000 francs , ne serait-il pas encore au-dessus des traitements de la plupart des officiers dans nos régiments, des magistrats dans nos tribunaux, de nos sous-préfets dans nos arrondissements? je ne parle ni des chanoines, ni des vicairesgénéraux. Voilà pourtant où conduisent les monopoles ?

o II est impossible de maintenir une pareille anomalie, dont le « résultat est de priver le haut enseignement des lumières qu’il « devrait réunir , et d’éteindre dans l’enseignement secondaire le « foyer d’une généreuse ambition. L’enseignement supérieur lan- « guit, parce qu’il n’est pas toujours confié aux hommes sur qui se « serait porté le choix libre de l’Université, ceux qui promettaient « la parole la plus éclatante , ou les travaux les plus fructueux. « L’enseignement secondaire risque de languir à son tour , parce « que les professeurs du premier ordre (philosophie, rhétorique), « une fois parvenus aux collèges royaux de première classe, « n’atlendeut et ne désirent plus rien de l’Université ; elle ne peut « plus rien pour eux : il arrive de là que l 'ambition, ce principe « généreux qui fait la force de toutes les autres hiérarchies, '< n’existe pas dans ces rangs élevés. Comme il faut aux hommes « un ressort , un autre se développe : on s’inquiète des moyens « d’assurer une plus douce existence à sa famille , un plus doux « repos à sa vieillesse ; on s’épuise alors dans les répétitions , fatal « penchant qui use les forces physiques et morales du professeur, « qui voue son enseignement a une FiioiuE routine, qui l’empêche « de faire des e/forts constants sur ses élèves et sur lui-même. « Les études ne sont plus pour lui qu’une profession , elles cessent « d'exister à l’état de science ; il ne fait point de travaux philolou giques, point de recherches nouvelles. Cette disposition est la u plaie de l’Université : on n’y portera remède qu’en relevant « toutes les situations supérieures, en créant un grand intérêt a « l’avancement. Je demande , non pour faire cesser cet état de « choses, mais pour commencer à l’atténuer, que les traitements « des professeurs des facultés des sciences et des lettres des dé- « parlements soit porté de 3,000 à 4,000 fr. (1). »

11 est donc des professeurs , beaucoup de professeurs , ce sont presque tous, qui revendent dans les examens et par les répétitions

(I) Almanach de lTîuiversilé,.183'J , p. XXXI el suiv.

aux élèves riches, et qui sont encore dans les classes les privilégiés des maîtres , au grand détriment des pauvres écoliers , ces temps d’études déjà si chèrement et plusieurs fois payés pour être employés à la préparation des classes pour tous, classes qui ne sont plus par cet abus qu’une froide routine sans efforts sur les élèves et sur les professeurs. L’enseignement dans l’Université n’est donc qu’une profession, qu’un métier, qu’un monopole où l’ambition même n’existe plus , où l’on ne fait point de travaux philologiques , point de recherches nouvelles, mais où une douce existence, un doux repos par les grosses sommes, par le monopole le plus lucratif, sont le seul ressort. La plaie, la grande plaie de l’enseignement universitaire, c’est donc la cupidité, le second et le plus dégradant caractère du monopole; et, le seul remède qu’on propose, c’est de l’agrandir encore en créant un grand intérêt à T avancement, à prendre dans la bourse des familles et en fermant de plus en plus toutes les voies des carrières libérales aux fortunes médiocres et à la pauvreté.

Quoiqu’il soit difficile de calculer avec exactitude ces nouveaux profits inventés par la cupidité universitaire, et tout à fait inconnus aux époques de concurrence et de libre enseignement , on peut pourtant, sans exagération, les estimer ainsi. La rétribution universitaire de tous les collèges suffit , dit M. Villemain dans sou rapport , à faire face aux traitements des professeurs des collèges royaux dont la moyenne est de 1,500 à 1,800 fr. : or, selon M. Salvandy, les seules rétributions d’examens s’élèvent à 1 ,900 fr. par professeur ; elles doivent donc doubler à peu près le traitement et former une somme égale à peu près à celle que produit la rétribution universitaire, c’est-à-dire 1,569,480 fr.

H faut y ajouter ensuite les profits bien autrement considérables que procurent les leçons particulières et les répétitions, et qui font plus que doubler les traitements des professeurs de collèges royaux ; ils devraient donc former en sus deux fois 1,569,480 ou 3,138,960 fr., ne mettons que 3,000,000 de francs.

Mais les examens et les répétitions ont lieu dans les collèges communaux aussi bien que dans les collèges royaux, et les traitements des professeurs, quoique d’un chiffre moins élevé, forment pourtant

la somme beaucoup plus considérable de 3,235,41 1 fi’., selon le rapport de M. Villemain, attendu que le personnel des 512 collèges communaux est double ou triplé du personnel des 46 collèges royaux ; supposons donc que les profits des répétitions , loin de tripler les traitements, ne fassent, comme les examens, que les doubler , à cause des 164 collèges qui, ne préparant pas immédiatement au baccalauréat , doivent fournir moins de répétitions à leurs professeurs; ce seront donc encore 3,235,411 fr. pour les répétitions, autant pour les examens , ou 6,470,822 fr. levés sur les familles par les agents du monopole universitaire , et dont nos budgets ne présentent et ne peuvent présenter aucune trace.

Ce caractère cupide et rapace du monopole dans l’ Université va nous apparaître encore sous un nouveau rapport, et lui faire vendre, pour la cinquième fois, la môme marchandise.

Quatrième preuve de la vénalité de l’enseignement dans l’Université. — Moxopole des livres.

L’enseignement déjà si chèrement distribué dans les classes, les examens et les répétitions, l’est encore, et à fort haut prix, dans les livres composés par les monopoleurs et imposés aux écoles. Ecoulons sur ce sujet le Conseil général du département du Nord, ou un des journaux les plus dévoués au monopole universitaire :

« Le Conseil général du département du Nord , à la suite d’une « grave discussion, a émis le vœu « que le Conseil royal de * « l’instruction publique prenne le soin de désigner comme livres « approuvés par l’Université des livres entrés dans le domaine pu- « blic ; » et, en même temps, il a invité avec instance le préfet de « ce département à ne faire distribuer aux écoles que des livres « qui ne sont pas la propriété exclusive des auteurs.

« Il a été établi , par la discussion à la suite de laquelle a été « formulée cette résolution accusatrice, qu’à prendre la liste géné- « raie des livres qui sont distribués par l’Université, on voit que « tous, sans exception, sont la propriété exclusive de certains au-

« leurs, membres ou protégés du Conseil royal, ou courlisans du « ministre, qui, ainsi, ont le monopole des fournitures !

« Croirait-on qu’à l’aide d’une préface ou d’une note ajoutée, on « est arrivé à faire une propriété de la Grammaire de Lhomond, « du Catéchisme historique, des cahiers d’écriture? Mais ce qui à « coup sur paraîtra fabuleux à tout autre qu’à l’auteur et à ceux « qui partagent avec lui son scandaleux profit , Y Alphabet , « 1’ Alphabet lui-même est devenu la propriété d’un des membres « du Conseil royal. — Oui, c’est de lui, cela a été arrêté en con- « seil, que nous vient cet art ingénieux. 11 s’en vend chaque année « plus d’un million d’exemplaires ; et ce digne homme trouve tout « naturel de surcharger les communes et les familles, et de faire « ajouter à ses appointements de 10,000 fr. un impôt considéra- « ble, comme s’il eût inventé l’A. B. C.

« Il résulte de ce scandaleux trafic que, pour la somme qu’il « alloue à cet effet, chaque département, dit le Conseil général, « obtient beaucoup moins de livres que si l’on donnait aux pau- « vres des livres qui ne payassent point de droits d’auteurs.

« Mais c’est là le moindre inconvénient. Ce qui est bien plus « digne d’attention, c’est, comme le Conseil même le fait observer, « que, dès que certains livres sont donnés par le département, les « inspecteurs exigent que tous les autres élèves possèdent les mê- « mes ouvrages, pour qu’il y ait uniformité dans l’instruction, il « en résulte qu’après avoir fait un bénéfice considérable sur cha- « que allocation départementale, on s’empare de la fourniture de « toutes les écoles, et qu’on fait payer un tribut à tous les élèves « pour les livres privilégiés (1). »

Cette énorme exaction ne se borne pas évidemment aux éeoles primaires ; elle s’étend sur une immense échelle à toutes les écoles

(i) Le National. Il avait déjà révélé les indignes trafics et les traités peu avouables qui existent entre une grande maison de librairie de Paris et quelques gros bonnets de l’Université. ( Voyez Univers, 26 septembre 1845. )

normales, à tous les pensionnats, à toutes les institutions, à tous les collèges royaux, à leurs élèves, à leurs professeurs, à leurs maîtres, à leurs distributions de prix et à leurs bibliothèques. C’est là que viennent aboutir, introduits par arrêtés des membres du Conseil, ou de la raison commerciale de la société exploitante, et à des prix' exorbitants, tous les livres classiques, prescrits et autorisés, les almanachs, les leçons imprimées des conseillers eux-mêmes, — car tous ont été ou sont encore professeurs, — leur cent et une élucubrations, ainsi que celles de leurs iils, de leurs suppléants, de leurs neveux ou protégés de toutes les sortes, sous les noms de cours d’histoire, d’histoires et de leçons d’histoire, de philosophie, de cours et de leçons de philosophie, de mélanges, de leçons et de cours de littérature, de cahiers, de précis, de tableaux, de manuels de toutes les espèces, etc. (1).

11 est impossible de supputer exactement les sommes levées sur les familles et les pauvres étudiants par celte branche inouïe jusqu’à nos jours de monopole , et le tort qu’elle fait à la masse des libraires mis hors de ce commerce par le privilège. Peut-être, néanmoins , indiquerons-nous avec quelque certitude la base de calculs approximatifs que d’autres pourront perfectionner.

« I.e prix moyen de la pension dans les collèges royaux est de « 705 fr., dit M. Villemaiu dans son dernier rapport; mais il est « juste de faire observer qu’il comprend les frais d’habillement, « d’entretien et de livres classiques, dont ne se chargent ni les « collèges communaux, ni les institutions et les pensions. Ces frais « accessoires qui ne sont susceptibles d’aucune augmentation , à

(1) Les almanachs petits iu-12 ou iu-8° , de 2 à 500 pages , sont vendus jusqu’à 5 francs ; le rationalisme de M. Bouchilté , autorisé pour les bibliothèques et les prix , jusqu’à 7 francs ; 7 francs, c’est le taux de presque tous les in-8° universitaires. Nous avons rencontré deux in-1 8 même. Manuel pour les aspirants aux diplômes de maîtresse de pension , Manuel pour les aspirants au baccalaureat , cotés jusqu’à 7 francs dans les journaux universitaires.

<■ quelque litre que ee soit, entrent pour 200 fr. environ dans le « prix de 705 fr. »

Si de ces 200 fr. nous retranchons pour un habillement d’hiver seul fourni, et Dieu sait de quelle manière, la somme de 150 fr., somme double, sans aucun doute, des objets fournis, comme nous verrons bientôt, il restera pour livres classiques 50 fr. par élève ; nous ne voulons pas même y rien ajouter pour le prix des livres composés ou recommandés par les professeurs mêmes, que la plupart des élèves se procurent à part pour se faire bien valoir auprès d’eux. Or , l’on peut assurer , sans exagération et sans crainte d’être démenti par quiconque est au courant des livres de collège, qu’il y a au moins 30 fr. de survente dans cette somme de 50 fr. qui serait économisée par les familles , s’il y avait concurrence. C’est donc un bénéfice nouveau de 30 fr. par élève que fait le monopole ; et comme M. le grand-maître Villemain, dans son rapport, compte soixante-neuf mille et tant d’élèves dans l’Université, c’est donc trente fois soixante-neuf mille, ou 2,070,000 fr. à ajouter à toutes les sommes qui précèdent. Mais comme les bibliothèques des collèges et des écoles normales, les maîtres et les maîtresses d’école, les écoles professionnelles, les écoles d’adultes, les écoles primaires, les écoles et pensionnats de demoiselles ne sont pas compris dans ce calcul, et que le monopole des livres de l’enseignement universitaire s’étend à tous, et pour les livres classiques prescrits, et pour les livres autorisés, et les livres de prix beaucoup plus coûteux encore ; on peut donc sans exagération tripler les chiffres, et inscrire 6,210,000 fr. pour ce seul article, puisque le seul nombre desélèves des écoles primaireset d’adultes, sans compter les pensionnats, montent à près de trois millions par an, d’après le tableau officiel de 1837, publié par M. Salvandy dans son rapport. Ce n’est guère quedeux francs de survente par individu , et tous les pensionnats primaires supérieurs de filles et de garçons, toutes les bibliothèques, toutes les distributions de prix, tous les livres achetés, comme imposés et nécessaires, par les maîtres et les maîtresses, restent encore en dehors de ces calculs, et doivent fournir aussi au monopole des sommes immenses, dont nos budgets ne disent rien , non plus que

des autres, levées sur les pauvres encore eu grande partie (1).

Nous passons aussi sous silence les dix-huit mille francs par an, sans compter les dons de la reconnaissance, alloués, d’après le rapport de M. Salvandy, à chacune des deux commissions composées des membres du Conseil, ou de professeurs choisis par eux, pour

(1) Nous avons reçu , sur ce genre de monopole dans l’Université , de la part d'un professeur qui depuis vingt ans en fait partie , des détails trop curieux , et qui viennent trop bien à l’appui de tous nos calculs pour ne pas en faire part , tels qu’ils nous ont été transmis , à nos lecteurs :

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