SEPTIÈME ACCUSATION
Des Jésuites de MM. Michelet et Quinet , ou nos raisonnements renversés par la hase.
Que voulez-vous que nous disions de ces cours du collège de France mis en pamphlet? — Nous avons accusé l’enseignement de M. le professeur d’histoire etde morale, Michelet , comme anti-catholique, comme panthéiste , comme impie , comme immoral , comme rempli d’ignorance, demauvaise foi et de contradiction; ces graves accusations nous les avons portées en face, à la hauteur de sa chaire, ses livres
à la niaiu et il nous répond que nous sommes des taupes (1)/
Nous l’avons accusé de refaire la France , comme il en était convenu lui-même , d’arracher à presque tous nos rois leur auréole de gloire , de dénigrer la mémoire de presque tous nos grands hommes chrétiens , de faire l’éloge de tous les sophistes , de tous les sectaires , de tous les hérétiques qui ont déchiré le sein de l’Eglise ; ces graves accusations nous les avons portées au grand
jour de la publicité El il nous répond que nous sommes des
chauves-souris , qui nous abattons la nuit sur ses fenêtres (2) !
Nous avons accusé M. Quinet d’avoir bafoué toutes les croyances chrétiennes, la sainte Trinité , la divinité de J.-C. , la sainte Vierge , d’avoir insulté tous les cultes; nous avons donné de nombreuses et d’incontestables preuves de celte accusation ; ses leçons à la faculté des lettres de Lyon , imprimées par lui-même sous le nom de Génie des Religions , comme l’atteste la Revue indépendante (25 mai , p. 243), en fournissent d’évidentes, à toutes les pages : il nous répond que nous sommes des ultramontains , et que tout ce qu’il a écrit jusqu’à ce jour, il le croit , il le pense , il le soutient encore. Il ajoute que dans les pays despotiques du nord , ces attaques contre les livres saints eux-inêmes sont plus vives et plus multipliées encore (3); ce qui forme contre nous un argument sans réplique.
Nous avons démontré qu’avec la foi aux dogmes les plus saints , M. Quinet arrachait du cœur de la jeunesse tous les principes de moralité et de vertu , et que c’était une monstrueuse et sacrilège tyrannie d’imposer, de par le monopole , un tel enseignement à la jeunesse française ; et il nous répond que nous sommes des Tibère qui ne réclamons les droits innés de l’esprit humain que pour le réduire au servage le plus absolu qui fut jamais (celui de Dieu
(t) Des Jésuites , p. 15.
(3) Ibid. , p. 76.
(3) Ibid. , p. U 3 et J 23.
sans doute ) ; que nous sommes des démagogues dont le semblant de démocratie ne cache rien au fond qu’un grand piège pour envelopper la royauté et le peuple ; que nous ne demandons la liberté que pour tuer la liberté (1). Ce qui prouve merveilleusement que l’Université la laisse vivre.
Nous avons démontré avec MM. les députés de Malleville , de Lamartine , Slurm , ete. , que par les facultés de théologie l’Université violait la liberté des cultes , en faisant enseigner , sans mission ecclésiastique, contre la juridiction des Evêques qu’elle repoussait, le dogme, la morale, l’Ecriture-Sainte , les faits de l’Histoire ecclésiastique et des conciles ; qu’au nom du pouvoir civil elle créait des licenciés et des docteurs en théologie , seuls aptes à certains emplois et à certains postes plus éminents dans l’Eglise ; que ce principe schismatique avait été deux fois condamné en Belgique , sous Joseph II et sous Guillaume I.
M. Michelet nous répond que les Jésuites ont enlevé sans difficulté trente ou quarante mille prêtres et les mènent , Dieu sait où; que les partis qui formaient la vie du Clergé de France , \e jansénisme et M. Lanjuinais , le gallicanisme et M. de Montlosier étaient éteints, morts, anéantis; que les facultés de théologie, créées apparemment pour les faire revivre, restaient désertes , parce que les sulpiciens qui ne voulaient m enseigner ni laisser enseigner, refusaient d’y envoyer leurs élèves; qu’un pacte s’était fait ainsi entre eux et les Jésuites , entre le vide et la mort , et que le clergé était éteint par là , sans espérance de résurrection , ce qui ne l’empéchait pas de tout envahir (2).
Nous avons établi , avec l’enseignement catholique , l’institution divine de l’épiscopat , la suprématie de juridiction et d’honneur de saint Pierre et des Pontifes romains ses successeurs, le juge-
(t) Des Jésuites , |). -tiu et 211 , 116. (3) Ibid., p. 54.
nient souverain des conciles œcuméniques dans les choses de la loi. M. Quinei nous répond que dans les sessions de Trente , et partout ailleurs, la doctrine des Jésuites a consisté à ravaler dans la poussière les conciles (eux qui leur ont élevé les plus beaux monuments dans les collections qu’en ont faites leurs pères Labbe , Cossard , Hardouin, Sirmond, et à la demande du Clergé de France), de saper par la base le droit des Evêques (eux qui pour leur ministère ont voulu dépendre en tout de la juridiction des Evêques ) , de ne rien laisser subsister que le Pape, pour être pape avec lui, pour confisquer ensuite la papauté ù leur profit , et se retourner dans les missions étrangères , contre ses décrets , avec plus de force que tous les ordres ensemble ( eux qui ne vont et ne peuvent aller dans les missions étrangères que sur l’ordre du Pape et avec les pouvoirs qu’il leur donne et qu’il révoque quand il lui plaît ; eux qui ont été loués , approuvés , enrichis de grâces par vingt-quatre Papes ) (1).
Après avoir établi l’institution divine de la hiérarchie ecclésiastique , nous avons montré par des témoignages nombreux , et qui n’ont été contestés par personne, que l’enseignement universitaire, et celui de M. Michelet en particulier, attaquait, insultait, reniait tout le ministère ecclésiastique papal, épiscopal, sacerdotal, l’autorité même des conciles oecuméniques comme une institution hu maine , une usurpation , une tyrannie , l'emploi illégitime de la force, un despotisme qui livre les croyances à. un pouvoir étranger, un véritable suicide moral, une servitude cent fois pire que celle de la glèbe (2).
Et MM. Michelet et Quinet nous répondent qu’iY n'y a désormais de schismatiques et d’hérétiques , que ceux qui croient à l’institution divine du ministère ecclésiastique , à l’autorité infaillible et souveraine de l’Eglise; qu’il faut choisir entre le catholicisme et la révolution française qui suppose, renferme, enveloppe et dépasse la réforme ; que la révolution française est plus véritablement
(1) Des Jésuites , p. 261 , 205, 6.
(2) Voyez le Monopole . etc. , pag. 3 et suivantes ; p. 262 et suiv.
chrétienne que l’ultramontanisme ( catholicisme ) , et que le sentiment de la religion universelle est désormais plutôt en France qu’à Rome ; que les évêques sont des tyrans , qui se retournent l'un après Vautre contre V autorité qui les choisit ; que le bas clergé, dans une servitude absolue , est un nouveau prolétariat qui commence à s'enhardir jusqu'à la plainte ; que les évêques ont le bâton levé sur lui , lequel, manié par un jeune vicaire-général qui veut devenir évêque , est la verge de fer; que du reste les professeurs universitaires ont refait l'Eglise, comme ils ont refait la France, qu’ils Vont refaite de l’élément qui la fit la première fois, du cœur et du sang de Vhomme , des libres mouvements de l’Ame qui ont remué les pierres des cathédrales, de mon cœur, en un mot , dit le cbarivarique professeur d’histoire ; et cette tendance spiritualiste , ajoute-t-il , était si invincible en moi que j'y suis resté fidèle dans l’histoire des époques matérielles; car ayant perdu la France par un fol, je la sauvai par la folie héroïque et sainte de la Pucelle d’Orléans : je n’eus jamais un sentiment plus religieux de ma mission que dans ce cours de deux années ; jamais je ne compris mieux le sacerdoce, le pontificat de l'histoire (l). (M. Michelet est d’Abbeville, et l’on dit que les Picards , surtout ceux de cette ville , ont la tête chaude , si chaude que souvent elle se fêle. )
Nous avons accusé M. Quinet d’avoir spécialement attaqué l’institution divine et tous les dogmes du catholicisme.
Et il nous répond que la France, qui est lui sans doute, dans ses institutions fondées sur V égalité des cultes existants, professe l'unité du christianisme sous la diversité des églises particulières (comprenne qui pourra l’unité sous la diversité). Voilà , dit-il , sa confession, telle qu'elle est écrite dans la loi souveraine ; tous les Français appartiennent légalement à une même église chrétienne sous des noms différents ( même les juifs !) Il n’y a désormais de schismatiques , d’hérétiques, que ceux qui, niant toute autre église
(t) Des Jésuites, p. 114, 117,157 , 100 , 8, •il , ü'i, U.
que la leur, veulent l’imposer à toutes les autres , rejettent toutes les autres sans discussion , et osent dire : Hors de l’église , il n’y a point de salut, lorsque T Etat dit précisément le contraire... En sorte que l’Université exclut de l’égalité des cultes et de la liberté , comme schismatiques et hérétiques aux yeux de l’Etat, 1 0 le culte catholique , quoique la charte l’ait proclamé la religion de la majorité ; quoique la chambre de 1 830 , par l’organe de M. Dupin, rapporteur de la commission de révision de l’ancienne charte , ait solennellement déclaré : que la suppression de T article 6 n’avait point pour but de porter atteinte à la religion catholique , au contraire... et que la commission ne voulait pas que la malveillance puisse affecter de s'y méprendre ; 2° le culte protestant qui, comme la Religion catholique , ne croit pas que les juifs appartiennent à l’unité du christianisme ; 3° les juifs qui ne veulent pas non plus, eux, confesser qu’ilssont chrétiensetqu’ils appartiennent comme juifs à l’unité du christianisme; d’où il suit qu’il n’y a selon les avocats de l’Université de liberté et d’égalité de culte que pour la religion de M. Quinet et de l’Université , c’est-à-dire pour la religion de la révolution française, comme il l’appelle, que l’Université doit représenter, comme il dit encore, religion destructrice de toutes les autres ou l’athéisme (1).
Nous avons montré par des preuves qui n’ont point été contestées que M. Quinet niait et bafouait aussi les dogmes d’une autre vie et d’un jugement dernier où la vertu devait être récompensée, le vice puni, l’ordre parfaitement rétabli ; qu’il enseignait le panthéisme le plus grossier, l’athéisme le plus manifeste et le plus destructeur de toute morale et de toute vertu.
Et il nous répond que lui et ceux qui lui ressemblent sont « des mis- « sionnaires qui, partout en France, en Allemagne, ont commencé « à rappeler ce grand fonds de spiritualité qui est comme la sub-
(I) Det Jdtuites , p. 1 14 , 115, 157 , etc. Moniteur, Rapport sur la révision do laCliartcdc 1814 , août 1830.
« stance de toute foi réelle , qu’ils ont fait l’œuvre de précurseurs, « et qu’ils reçoivent l’anathème ; qu’ils ont relevé l’esprit humain « vers le ciel , et qu’on veut le forcer à se renier et à s’abêlir « pour jamais; qu’on veut ensevelir la raison de tous dans ce Dieu « qu’elle vient de retrouver d’elle-méme, et qu’on leur dispute la « propriété de ce Dieu renaissant (1). »
Nous avons prouvé, et nos preuves sont restées sans réponses, que l’enseignement universitaire, à tous les degrés , détruisait radicalement la liberté même de l’homme , pour lui substituer une fatalité aveugle, desséchant et écrasant tout sous sa main de fer ; que ces doctrines , stériles comme le néant, n’enfantaient qu’un égoïsme hideux , dégradant les plus nobles caractères , et tuant au cœur de l’enfance tout sentiment grand et généreux...
Et MM. Michelet et Quinet nous répondent : « Que le Clergé est « frappé d’une stérilité profonde , qui explique bien peu le bruit « qu’on fait maintenant ; qu’il s’est habitué à faire le mort, et qu’il « l’est en effet; qu’on le tient inerte, immobile, qu’on lui défend « tout, excepté l’injure ; que les jésuites sont des machines sans « vie, leurs constitutions et leurs exercices spirituels l’art cho- « quant , monstrueux de faire des monstres , une roue d’ixion « pour faire tourner la pensée inquiète du seizième siècle, un abîme « monstrueux où se renversent l’une sur l’autre, dans les ténèbres, « la notion du bien et la notion du mal , et habile seulement à en- « dormir le remords ; la mort sous la forme de la discussion, de a la curiosité , dé l’examen ; un coup de poignard à l’opinion , un « sépulcre blanchi , et eux-mêmes encore les fds aînés du limon « qùi jadis possédaient seuls le globe couvert d’eau et de brouil- « lards, et qui aujourd’hui pétrissant de leurs membres équi- « voques la fange tiède du Nil , semblent une réclamation du « chaos qui voudrait nous ressaisir. Quoi ! avec ce ventre de repli tile, vous promettez de voler ! c’est vous, chauves-souris, qui me
(1) Des Jésuites , p. 13a.
« menez au soleil ! Arrière ! monstres chimériques , arrière ! men- « songes vivants (1) !... » Ce qui est aussi concluant pour le font! que sublime pour la forme.
INous avons démontré par de nombreux passages que renseignement universitaire, du haut en bas de sa hiérarchie, tuait en germe toute vertu , tout dévouement, en établissant que toutes les actions et affections de l’homme , à moins d’être absurdes, avaient et devaient avoir pour principe et pour base l’amour de soi, le plus étroit égoisnie.
Et M. Michelet nous répond que l’Université est l 'organisme vivant , et que nous ne sommes , nous , qu’un machinisme ou formalisme stérile (2).
Nous avons accusé M. Quinet de n’avoir pas plus respecté les lois , les institutions civiles , la royauté et les peuples que la Religion elle-même et ses institutions, de les avoir appelés : des fantômes, des rives chimériques, des rêves de fièvre, des ombres que Ton traitait en fantômes et en ombres....
Et il nous répond que les députés sont quatre cents hommes d’état qui se cachent les uns aux autres le pays qu’ils habitent ; que ce que l’on appelle les chefs de partis mettent tout leur talent à ménager mutuellement leurs masques en public , et il demande quel est celui qui n’a pas pris en dédain cette corruption changée en routine. 11 ajoute même : C'est Vaffaire d’un trône et d'une dynastie. Ce qui ne l’empêche pas pourtant d’assurer que ce sont les jésuites qui renversent la royauté par le peuple, et le peuple par l’autorité ecclésiastique (3)...
Nous avons prouvé avec M. le conseiller universitaire Dubois que le monopole était destructeur non -seulement de toute croyance et de toute société, mais encore de toute véritable
(1) Des Jésuites, p. 8, 9, 81 , 82, 27 et suiv. ; 40 clsuiv., 56, 148, 150 , 191 , 250 , tout le livre.
(2) Ibid. , p. 58 et suiv.
(3) Ibid. , p. 112, 115 , 227.
instruction , qu’avec lui rien de grand ni de moral ne pouvait se tenter (1).
Et M. Michelet nous répond que notre siècle se développe par cycles ou grande familles d'hommes qui se donnent la main; en Allemagne le cycle des philosophes et des musiciens (dont font sans doute partie MM. Cousin, Matter et F.Genin); en France le cycle des historiens et des poètes qui se compose de moi , l’historien Michelet de la colérique Picardie , là où il y a du vin dans le cœur , et de mon illustre collègue Edgard Quinet, le poète de l’histoire de l’humanité, que Bourget Charolles ont donné au monde et à qui je donne la main. Moi, pontife de l’histoire , je suis connu. Préoccupé des causes et ne les cherchant que dans l’âme, l’âme divine et humaine, je suis au plus haut degré spiritualiste , et l'enseignement de V esprit m’a fourni des ailes qui m’ont soulevé et fait passer par-dessus maint écueil où d’autres ont heurté. J'ai refait la France, et je ne fais pas de T Eglise ma contemplation , mais mon œuvre; je ne la pris pas comme faite, mais je la refis... Pour l’autre partie du cycle français, qui ne la connaît, qui ne connaît l’auteur d’ Ahasvérus , le poème en prose humanitaire , cette grande fresque épique, ce torrent lyrique, cette cataracte d’écumante poésie , comme l’appellent nos collègues dans la Revue des deux mondes P Qui ne connaît l’auteur du grand poème en vers de Napoléon ? Magnifique épopée ! où les canons viennent lécher la poudre des pieds du héros , où les pyramides s’agenouillent devant lui au bord des mers, tandis que les îles aboient, que les flots parlent aux flots , et que le poète désire d’être au moins une étoile dont l’oreille est remplie du nom quelle veut dire à l’ Eternel ; le tout enjolivé d’enjambements, d’inversions, de césures
(I) La statistique du baccalauréat de cette année , publiée par le Journal officiel <le l'instruction publique, annonçant qu’un tiers des élèves ont été rejetés pour ne savoir pas faire une version latine après dix ans d'étudç de cette langue, et près d’un autre tiers pour n’avoir pas satisfait aux autres questions , prouve surabondamment encore la vérité de cette accusation.
dont on ne trouve d’exemples dans aucun écrivain qui se soit exprime à peu près en français. C’est là enfin qu’on lit ces vers étincelants de ce génie que les constitutions des jésuites ne peuvent qu’élouffer :
Ecoutes ! Je vois dans la plaine Une coupe d’albâtre pleine.
Non , c’est une vigne en son clos ,
Un aigle et ses petits éclos.
Non ! non ! ce n’est point une vigne Mariée à l’acacia
Sous son voile blanc comme un cygne :
C’est Madame Laetitia ! ! ! (1)
En publiant au grand jour les blasphèmes et l’impiété de l’enseignement universitaire et les suites funestes de ses doctrines subversives de toute société , nous en avons montré aussi les contradictions , l’ignorance , les conséquences absurdes , et nous leur avons opposé l’enseignement clair, logique , tout à fait raisonnable, vraiment social et divin de la foi et de la Religion.
Et M. Michelet nous répond que nous ne sommes que des machines, de guerre, un brûlot de Philippe II, de l’invincible Armada où quiconque monte périt, le néant qui prend possessioti du monde qui s'en va flottant comme sur le radeau de la Méduse, faisant signe non à l’avenir, mais au vide ; que c’est au contraire lui professeur d’histoire et de morale au collège de France et dans la chaire du protestant et séditieux Ramus qui ne fut jamais ni pierre ni bois , mais chose vivante , que c’est lui et l’Université qui ont découvert la terre au XV0 siècle, le ciel au XVII®, les tours de Notre-Dame au XIX®, et qui oui. relevé le spiritualisme chrétien et la ferveur pour le moyen âge. Il va même , dans un mouvement d’une
(t) Des Jésuites , p. 60 ; Hisl. de France , t. II, p. 95, 1 17, 120. Revue des deux mondes , I. H , p. 117 ; t. IV , p. SGG . Quotidienne , 24 juin 1843.
sublime délicatesse, jusqu’à nous offrir son cœur , le cœur sans doute avec lequel il a refait l’Eglise et ses cathédrales , et à nous inviter à y mordre (1). Quel appât ! Heureusement nous étant rappelé ces quatre petits vers que l’Université nous apprit dans notre enfance :
Un gros serpent mordit Aurèle ;
Que croyez-vous qu'il arriva ?
Qu’ Aurèle mourut? Bagatelle!
Ce fut le serpent qui creva.
Il ne nous a pas été possible de mordre à ce reste de cathédrale ; malgré le chant favori que fredonne dans toutes ses œuvres l’historien poète , et où la tête d’un cadavre dit à un aigle : Mange , oiseau ; c'est la tête d’un brave , ton bec croîtra d'une coudée ; et où l’aigle répond : Qu’as-tu donc fait , ma tête... Sublime familiarité , ajoute-t-il dans ses Origines , entre deux êtres qui échangent leur substance !
Nous avons démontré qu’il y avait solidarité entre les différents membres de l’Université par une suite d’articles extraits du code anti- constitutionnel qui la régit, et entre autres par celui-ci: « Art. 46. Les membres de l’Université seront tenus d’instruire le « grand-maître et tous ses officiers de tout ce qui viendrait à leur « connaissance de contraire à la doctrine et aux principes du « corps enseignant, dans les établissements d’instruction publi- « que. » Nous en avons rapporté plusieurs autres encore qui prouvent que des escouades d’inspecteurs à 6,000 et à 3,000 francs de traitement, 10 fr. et 7 fr. 50 c. par poste, 10 et 8 fr. par jour d’absence dans leurs tournées , n’ont d’autre occupation que de
(1) Des Jésuites , p. 35 « 76 , 94 , 47 , 48. Ramus fut deux fois destitué de sa chaire par l’Université elle-même ; il prit les armes contre l’état à la bataille de St-Denis, et, massacré à la St-Bartliélemy , il fut jeté dans la rivière par les écoliers eux-mémes , après qu’ils eurent fouetté de verges son cadavre : actions barbares , indices d’une exaspération violente.
faire des rapports au grand-maître et à son conseil sur les maîtres et sur les élèves, sans compter les rapports des doyens des facultés et des recteurs.
Et MM. Michelet et Quinet nous répondent : « Que le jésuitisme « est un esprit de délation; que tout y est bâti sur un principe : « surveillance mutuelle , dénonciation mutuelle , police contre « police ; que ce genre d’espionage n’est pas dans la règle, mais « dans la pratique ; qu’un pays où ils enseignent n’est bientôt plus « qu’un peuple vivant comme une maison de Jésuites , c’est-à-dire « du haut en bas occupé à se dénoncer; que la trahison est au « foyer môme , la femme espion du mari , l’enfant de la mère ; « qu’on n’y entend nul bruit, mais un triste murmure, un bruis- « sement de gens qui confessent les péchés d’autrui , qui se travailci lent les uns les autres , et se rongent tout doucement ; que c’est « l’enfer des boues éternelles ! (1) »
(1) Des Jésuites, pag. 2, 71 , et presque tout le livre. M. Quinet cite à l’appui «le ces absurdes calomnies deux mots d'un article du sommaire des Constitutions , qu’il appelle règle , et que , soit ignorance du latin , soit mauvaise foi , il traduit à contre-sens, comme tout ce qu’il extrait des livres des Jésuites. Nous le montrerons bientôt. Voici cet article , avec sa traduction , telle qu’elle se trouve dans le livre des Constitutions et des régies à l’usage des Frères Jésuites : « Boni eliam >< omnes consulant ab aliis corrigi et ad aliorum correctioncm juvare , ac manifes- « tare sese invicem (ce sont les trois seuls mots cités parM. le professeur Quinet) siut « parati , debito cum amore et charitale , ad majorent spiritils profectum : præser- « tim ubi àsuperiore, qui illorum curant gerit, fueritilà præscriptum aut interro- « gatum ad majorent Dei gloriam. — Tous doivent trouver bon que les autres les «« reprennent et être prêts eux-mêmes à aider les autres A se corriger ; qu’ils soient « aussi disposés à se faire connaître réciproquement les uns les autres, avec « amour et charité, dans la vue de leur avancement spirituel, surtout lorsque le « supérieur , aux soins duquel ils sont confiés , le leur ordonnera , ou qu’il les « interrogera pour la plus grande gloire de Dieu. » La règle précédente, et dont on a cité aussi quelques mots , est dans le même esprit : « Chacun doit être bien aise , pour s’avancer dans la vertu , principalement pour s’abaisser et s’humilier davantage , que ses imperfections et scs défauts soient déclarés aux supérieurs par qui que ce soit qui l’aura appris hors de la confession. » — C'est la perfection pratique de la correction fraternelle et de l’humilité enseignée par l’Evangile , et rc-
C’est en eflel le spectacle que présente le siècle de Louis XIV, alors que les Jésuites enseignaient et confessaient partout , depuis la Cour jusqu’au collège. C’est encore celui qu’offrent l’Amérique , la Suisse , la Belgique , d’où les Jésuites ne sont presque jamais sortis , et le peuple irlandais surtout , dont le très-savant professeur d’histoire au collège de France a dit ailleurs , que les Jésuites lions et renards ont formé l’esprit indépendant.
M. le professeur de morale dans la chaire de Ramus, ennemi des surveillances et des délations, comme tout le monde voit ( car c’est par intuition et esprit prophétique qu’il a appris toutes ces choses), demande en conséquence que la loi (c’est-à-dire l’Université) surveille les séminaires et les couvents, ces grandes maisons fermées , si bien fermées contre la loi (1), ou personne ne sait ce qui se passe (et dont tout ce qu’il a dit est par conséquent de son invention)... Certains couvents se sont transformés en maisons de corrections. (2) (et personne ne sait pourtant ce qui s’y passe ! )
Nous avons montré par plusieurs textes des décrets universitaires que les membres qui font partie de cette corporation pro-
commandée par tous les SS. Pères et tous les maîtres de la vie spirituelle. Il suffit de connaître tant soit peu l'esprit du Christianisme pour eu être convaincu. Or, qui croirait que ces deux articles, qui sont le neuvième et le dixiéme des Constitutions, ont été ainsi interprétés : « Puisque c’est l’esprit même qui est soupçonné, il « en résulte que tous les membres de la communauté, au lieu de se sentir tran- « quillemcnt, fraternellement unis daus la foi, comme les premiers chrétiens, doi- « vent se tenir les uns aux autres pour autant de suspects ; d’où il suit que dis la « première page (le 10* art.) , au lieu de la prière qui sert d’instruction et de base « aux autres régies , la délation est inscrite comme fondement de la Constitution « de Loyola. Se dénonça ■ mutuellement, c'est un des premiers mots de la règle... » ( Des Jésuites , pag. 186.) Et pourtant de vingt-deux mille Jésuites frappés à' la destruction de leur Société , il n’en est aucun qui n’ait regretté avec larmes cet enfer des boues éternelles. Hommes vraiment extraordinaires !
(1) Le code universitaire lui-même ne reconnaît pour les séminaires que la surveillance des Evêques.
(2) Des Jésuites , p. 2 , 5, 44 , 71 , 186. etc.
mettent obéissance au grand-maitre dans tout ce qu’il leur commandera pour notre service (celui du gouvernement) et pour le bien de l’enseignement ; ce sont les mots même de l’article 41 : obéissance aveugle s’il en fut jamais , puisqu’elle n’a d’autre règle que le commandement d’un homme qui peut être un juif ou un athée ; nous avons montré qu’en conséquence l’Université forme un état dans l’état , qui peut nouer des complots contre l’autel , contre le trône, contre la nation, pour la livrer à l’Angleterre par exemple , organiser des associations avec d’autant plus de sécurité qu’elle ne relève que d’elle-mêmo, et qu’elle a un ministre à sa tête , dispo ser de la plupart des journaux par la rédaction de ses professeurs , d’amples fonds secrets qu’il lui est facile de se procurer sur les sommes immenses que le monopole lui rapporte , contribuer puissamment à faire les doctrines et les opinions , renverser, comme s’en vantent ses membres, les trônes et les dynasties, les cultes eux-mêmes quand bon lui semble ; qu’en conséquence encore les principes et les livres les plus impies , les plus subversifs de toute religion, de toute subordination, de toute morale, de toute société, sont reçus, adoptés, enseignés, prescrits comme classiques sans réclamation ni des recteurs ni des professeurs , aussitôt que le grand-maltre et son conseil le veulent.
Et MM. Michelet et Quinet répondent que les Jésuites n’ont pas de nature personnelle , nulle existence, nulle vie; qu’ils ne sont que des phénomènes, des bâtons dans la main d’un vieillard, des corps morts, des cadavres, des tombeaux scellés où il n’y a plus de vie (1). Et tout cela parce que leurs Constitutions leur recommandent une obéissance aussi parfaite que possible , soit pour l’exécution, soit pour la volonté, soit pour le jugement, dans toutes les choses où ils ne verraient pas de péché : In omnibus ubi peccatum non cerneretur (2). Condition essentielle qui renverse par le fon-
(t) Voyez leurs leçons Des Jésuites , presqu'à foules les pages. (2) Summ. Constit. , art. 31.
dement tout l’échafaudage des calomnies des professeurs du collège de France, et que, pour cette raison, ils ont retranchée avec une bonne foi vraiment admirable ; condition qui met entre l’obéissance des Jésuites et celle des universitaires toute la distance qu’il y a entre l’homme libre qui n’obéit qu’à Dieu, et l’esclave qui obéit en aveugle au premier homme venu qui l’achète , condition sublime de véritable indépendance dont nous défions l’Université de nous montrer un seul vestige dans ses décrets et ses règlements.
Enfin , nous avons démontré , et cette démonstration tient plus des 600 premières pages de notre livre, que l’Université et MM. Michelet et Quinet en particulier insultant dans leur enseignement toutes les croyances et tous les cultes, attaquant par la base toutes les vérités morales, religieuses et sociales, imposant par le monopole cet enseignement, ces impiétés, ces blasphèmes , ces attaques anti-sociales à tous les élèves professeurs de l’école normale , et à tous les jeunes gens qui veulent parvenir jusqu’au seuil des carrières libérales , à tous les enfants chrétiens et juifs des collèges, violaient manifestement tous les droits assurés par la charte à tous les Français , anéantissaient toutes les libertés qu’elle garantit : et la liberté des cultes , et la liberté de conscience , et la liberté des opinions, et la liberté promise de l’enseignement.
Et M. Michelet nous répond : « Je suis né de la révolution , de
« la liberté qui est ma foi L’histoire , c’est ma définition de
« 1 830 et j’y tiens , est la victoire progressive de la liberté
« La tradition, c’est ma mère, et la liberté c'est moi l (1)» D’où il suit évidemment que nous avons tort , et que tous nos raisonnements sont renversés par leur base , puisque M. Michelet a trois mères : la révolution , la liberté et la tradition , et que la liberté et lui ne faisant pourtant qu’une seule et même chose , il n’a de
(t) Des Jésuites , p. 20, 21.
foi qu’en lui-même et absorbe la liberté toute entière , et comme mère et comme fils sans qu’il en reste pour personne autre.
Et M. Quinet nous répond à son tour que c’est nous qui , en l’accusant de violer la liberté, attaquons sa liberté propre, la liberté de son culte, la liberté de conscience, la liberté religieuse et philosophique dont le dépôt est en lui ( 1). En sorte que le magistrat qui instruit et requiert contre l’émeutier pris en flagrant délit sur la place publique, ou contre le voleur saisi, au moment où il demande la bourse ou la vie , est le seul et le vrai coupable, l’ennemi de la liberté individuelle, de la liberté de conscience , de toute liberté , et que de toutes les institutions les plus contraires à la liberté , ce sont les tribunaux , les prisons et les bagnes. Il est clair qu’une telle explication détruit tous nos raisonnements par la base et quelque chose de plus encore , savoir : la charte et la société.
Et cependant MM. Michelet et Quinel ne s’en sont pas tenus là , et pour donner ù leur défense toute sa force , pour renverser le but môme, la dernière raison, dit-on , de notre livre, ils ont réuni tous leurs moyens , fondu ensemble toutes leurs ressources , toute leur logique sous le nom des Jésuites , et à toutes nos accusations, à tous nos témoignages, à toutes nos citations, à toutes nos preuves, ils répondent toujours et répètent sans cesse : Jésuites. C’est le commencement, le milieu et la fin de toute leur défense et de leurs douze leçons , tissu mal lié et sans logique de textes falsifiés , de calomnies et d’injures (2) contre les Jésuites,
(1) Des Jésuites , p. 107 , 121 , etc.
(2) Nous accusons de falsifications , de calomnies et il’injures ; et , pour ne pas ressembler à l’Université et à ses défenseurs , voici nos preuves. Nous avons déjà montré que les textes cités par MM. Michelet et Quinet sur l'obéissance aveugle , et sur la police et contre-police des Jésuites, avaient été falsifiés avec la plus audacieuse impudence : examinons les plus importants après ceux-là. M. Michelet cite seulement deux autres règles des Jésuites ( p. 57 ), la XXVII , dont V objet, dit-il , est de laisser les membres inferieurs dans l’ignorance parfaite de ce qu’on leur
leurs Constitutions etj leurs œuvres. Et qu’ont donc à faire ici les Jésuites ? Il s’agit des droits les plus sacrés de la famille et de la nature , des clauses les plus essentielles de nos lois et de nos constitutions violées et anéanties; il s’agit de la charte de 1830, et de ses promesses, des droits garantis par elle à tous les Français,
révélera aux degrés supérieurs. Or , celte règle regarde uniquement ceux qui sont dans la première probation ou le noviciat , et elle recommande que « personne no « s'entretienne avec eux , excepté ceux qui ont été désignés par le supérieur : « Nemo, prœter cos qui à superiorc depulali fuerint, loquatur cum iis , qui in prima « probatione versantur. » Ce qui est une mesure d’ordre employée dans toutes les communautés où il y a des noviciats , et conforme aux canons , qui veulent que les noviciats soient séparés , par les régies au moins , des autres maisons. Il s'agit si peu de cacber en quoi consiste les degrés supérieurs que le livre de l'Institut , où ils sont tous mis pleinement à découvert , est entre les mains de tout le monde , qu’une lecture assidue en est recommandée à tous , et qu'on l’explique chaque jour , ainsi que les bulles des souverains Pontifes qui ont approuvé dans tous leurs détails ces degrés ou grades.
Kl. Michelet cite ensuite la XXe, qui a pour objet , dit- il , de mettre les Jésuites en défiance les uns à l’égard des autres , par la crainte des délations mutuelles; la voici : « Celui qui apercevra dans son frère quelque peine , quelque chagrin , quelque épreuve ou tentation considérable, qu’il en avertisse le supérieur , afin que , selon le soin et la providence paternelle qu'il a pour ceux qui sont sous sa conduite , il puisse apporter à scs peines un remède convenable : Qui gravem tentationem alicujus noveril , superiorem admoneat, ut et ipse , pro patenta in suos cura ac providenliâ, convenienti remedio possit occurrcre.
En sorte que ce sont les devoirs même de la charité fraternelle , un des plus doux avantages de la vie commune , qui sont aussi indignement travestis en mesure de police et eu délation. les six leçons de M. Michelet et leur avant-propos, tout cet extravagant fatras d’injures et de plates calomnies reposent donc sur trois énormes falsifications que tout le moude peut vérifier.
Quant à M. Quinet , il ne cite des Constitutions des Jésuites , quoiqu’il les ait données pour titre à une de ses leçons , que les deux articles que nous avons montrés plus haut avoir été par lui si étrangement transformés ; encore les a-t-il pris pour des régies , comme à la page 1 84 il prend pour les Constitutions les régies particulières des provinciaux , des préposés ( d quoi ? c’est ce qu’il n’a pas su seulement traduire ) , des recteurs , des examinateurs , des consulteurs , des admoniteurs , des procurateurs , du préfet des choses spirituelles , du préfet de la
de la liberté de conscience , de la liberté des cultes , de la liberté de l’enseignement, promise dans le plus bref délai possible : qu’ont donc toutes ces choses de commun avec les jésuites? Sont-ils donc si nécessaires à la France , si inséparables de toutes ses libertés , si fort dans l’esprit de toutes ses lois , que la France ne puisse
sarue , du préfet de la bibliothèque , du réfectoire ( c'est ainsi qu'il traduit coqui, qu’un 7e lui aurait appris vouloir dire du cuisinier), du veilleur (c’est encore ainsi qu’il traduit cxcilatoris ) , de l 'économe enfin , dont le nom ne se trouve même pas dans aucune régie. En revanche , et en l'absence de tout texte et de toute preuve, il se donne les coudées franches , il déclame , il rapetisse , il injurie , il invente , il calomnie à tort et à travers les Constitutions des Jésuites et leur Institut tout entier , celte législation célèbre , vantée comme un chef-d’œuvre de piété , de sagesse et de gouvernement , par les conciles , celui de Trente en particulier , par plus de dix-huit Papes, par l'épiscopat français tout entier , et par tous les grands hommes de Frauce et de l’Etranger qui l’ont étudiée et approlondie. L’absurdité , il est vrai, le dispute au mensonge , dans ces indigestes leçons , comme dans le farago d’ Ahasvérus ; le ridicule le dispute aux blasphèmes et à l’impiété ; mais qu’importe? mentez, mentez, c’est le précepte du maître , il en restera toujours quelque chose.
La première accusation du docte professeur contre les Constitutions des Jésuites, c’est qu’elles établissent une église dans l'Eglise, en interdisant aux Religieux qui y sont soumis toutes les charges et dignités ecclésiastiques, .et qu’elles les remplissent par lû d'une ambition infinie pour l'autorité de l'ordre. Or, et qu’on juge de l’absurdité, il n’y a d’Eglise que par les Evêques elle Pape, il n’y a d’autorité et de juridiction même dans les ordres religieux que par eux , et les Jésuites renoncent par vœu à le devenir, à moins d’un commandement exprès du souverain Pontife. Et voilà ce que signifie le mot des Cardinaux si indignement travesti encore , lorsqu’il s’agit de promotion aux premières dignités de l’Eglise : Dignus, sed Jesuita : il est digne, mais il est Jésuite : c’est-à-dire il y a renoncé par vœu. Quant aux supériorités dans l’ordre même, elles sont tellement l’objet de l’indifférence la plus parfaite , que, selon une des règles partout répétée , manifester de quelque manière qu’on y prétend , les désirer même , c’est en être indigne et s’en exclure. Et puis qu'on juge encore de la contradiction ; comment l’immense majorité des inférieurs auraient-ils une ambition infinie pour étendre l’autorité de l’ordre , si , comme on le prétend , cette autorité était pour eux le dernier excès de la tyrannie , le résultat des plus infâmes délations , l'enfer des boucs étemelles ?
La deuxième accusation est que lu parole de Dieu est si loin d’étre le fondement
être vraiment libre , ne secouer le joug de l’arbitraire qu’avec eux ?
Imprudents défenseurs, voyez donc combien grande, combien belle , combien constitutionnelle et légale vous faites leur cause I — Mais quoi donc? Sont-ce les Jésuites qui ont écrit, dans le rap port de M. de Talleyrand sur une loi pour l’enseignement public ,
de ut échafaudage (des Constitutions ), que le nom de Dieu ne t’y trouve pas meme prononce , ou que c'est celui qui y parait le plus rarement. Je l'atteste , dit le professeur universitaire. Or , sur les cinquante-deux articles qui les composent , articles aussi courts que ceux de la Charte , par exemple, le nom de Dieu s’y trouve en propres termes ou équivalemment plus de quarante fois , et il n’est pas un de ces articles qui ne repose sur quelque parole de l’Evangile , ou ne soit le développement pratique des plus héroïques vertus. Tout le monde peut encore ici vérifier.
La troisième accusation , c'est l’obéissance aveugle , c'est-à-dire la répétitiou fastidieuse des falsifications Michelet , mises au grand jour uu peu plus haut. Et voilà pourquoi , dans les Constitutions des Jésuites, tout est froid , glace comme tes avenues des catacombes dans lesquelles on range symétriquement de vastes ossuaires, p. 183. Voyez Pièces Justificatives , n“ 8.
Mais si l’universitaire Quinet fait le procès aux Constitutions des Jésuites sans en citer aucun texte en particulier , il se dédommage sur les Exercices spirituels et leur Directoire , et il les cite souvent. Nous ne croyons pas qne le mensonge , l’impudence et la mauvaise foi même dans Voltaire , aient été portés aussi loin , et que jamais écrivain ou professeur ait pu manquer à ce point à ses lecteurs et à son auditoire , à ce point se moquer d'eux et les tromper. On va voir ee qu’est la probité littéraire sous la plume d’un athée.
Les Exercices spirituels, connus dans tout l'univers, août un petit livre contenant des méthodes et des sujets d'examen , des méditations et des prières à la portée de tout le monde , tirées des grandes vérités de la foi et des mystères de la vie , de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ. Exercer sou àme, en particulier, dans ces divers exercices spirituels , pendant huit, quinze ou trente jours, c'est ce qu’on appelle faire une retraite ; suivre ces exercices prêchés dans une église, c’est ce qu’on appelle une mission. Les souverains Pontifes les ont approuvés comme remplis de piété et de sainteté , et comme fort utiles à l’édification et à l'avancement spirituel des fidèles ; des conversions sans nombre ont été produites par eux.
Or , selon M. Quinet , qui veut , dit-il ( 8e leçon ) , y montrer , ce que personne n'a fait encore , le jésuitisme dans son idéal primitif , c’est d'abord le mécanisme de
et fait approuver par (la Constituante ce mémorable principe qui domine toute la question : « La confiance doit seule déterminer le <• choix pour les fonctions instructives; mais tous les talents sont « appelés de droit à disputer ( non des diplômes et des privilèges), « mais le prix de Vestime publique. Tout privilège est par sa
l'extaie ; quoique ce mot et ce qu’il signifie ne s 'y trouve pas une seule fois , et que rien n'y tende à faire sortir lésâmes des voies battues et communes de la sainteté. Les sens ensuite y sont tout , ajoute-t-il ( ce qui est le contraire de l’etlase où ils sont suspendus ) , et l'on y part toujours de l'impression materielle. Ce qui est de la plus évidente fausseté. Qu’on ouvre en effet les Exercices spirituels , la première prière qu'on y trouve , après quelques avis sur la manière de les faire , est cette douce et toute spirituelle prière qui est passée dans l’action de grâce de tous les prêtres après le saint sacrifice : «Ame de Jésus-Christ, sanctificz-moi, etc... » Et la première méditation , qui est le principe et le fondement de tous les Exercices , celle dont saint Ignace veut qu'on s’occupe uniquement , au moius pendant un jour entier , et seulement par l'intelligence , est la méditation la plus simple , la plus facile et en même temps la plus sublime et la plus universelle , la fin de l'homme. « La fin pour laquelle l’homme a été créé est de louer et d'honorer le « Seigneur son Dieu , et de se sauver enfin en le servant. Toutes les autres choses
qui sont sur la terre n’onl été créées que pour f homme, afin de l'aider à parve- « nir û la fin de sa création. D’où il suit que nous no devons en user ou nous en « abstenir, qu’autant qu’elles servent en effet à nous conduire à notre fin, ou « qu’elles nous en détournent , et que nous devons être dans une indifférence par- « faite i leur égard aussi longtemps qu’elles sont elles-mêmes indifférentes â notre « fin... »
Rien au monde de plus spirituel, de plus philosophique , de plus capable d’élever l’homme et de l’afTranchir de toute servitude des créatures et des sens que cette méditation ; rien de plus propre à lui apprendre à régler avec bonheur toute sa vie , que ces raisonnements d’une invincible logique. Aussi cette vérité dominet-elle tellement tous les autres exercices qu’ils n’en sont que le développement et qu’ils n’ont d’autre but que de la rendre pratique; aussi revient-elle en forme de prière et d’acte d’adoration au commencement de tous , depuis le premier jusqu’au dernier; intelligence, volonté, mémoire, imagination, sens même, et la vie et la mort, et la résurrection du Christ, tout tend là ; en sorte qu’on peut réduire les Exercices, et pour le fond et pour la forme, à un seul mot, à une seule pensée, à un seul sentiment, à une seule chose : dieu seul 1 I.’hommc individu, l’homme social , tout ce qu’il est , tout ce qu’il a, dans lui, hors
« nature odieux ; un privilège en matière d'instruction serait plus « odieux et plus absurde encore !»
Sont-ce les Jésuites qui ont inspiré à Condorcet et à l’assemblée législative de proclamer que {'indépendance de l’enseignement dans tout ce qui s’élève au-dessus de l’instruction élémentaire fait en quelque sorte partie des droits de l’esprit humain?
de loi , tout ce qu’il peut être , tout ce qu’il peut avoir , est pour Dieu seul, et doit tendre à la seule gloire de Dieu. C’est le grand devoir de la justice, et c’est la justice qui élève les nations, et l’injustice ou le péché qui rend les peuples misérables : Justitia elevat genres , miseras autem facit populos peccatum. Appeler de tels Exercices un mecunisme étroit et stérile , un matérialisme plein de ruses et de déception, c'est donner la juste mesure de sa science et de sa bonne foi, de son esprit et de son coeur, comme philosophe , comme chrétien et comme homme. Nous ne concevons rien de pire, si ce n’est l'idée qui a pu enfanter un poème eu prose en faveur de l'athéisme : Ahasvérus, etc., et un cours tout entier de panthéisme et d’athéisme encore sous le nom de cours de littérature : Le génie des religions.
Quant aux citations extraites par M. Quinet des Exercices spirituels et de leur Directoire , parcourons-les rapidement , et comprenons-en , s’il est possible , toute la mauvaise foi : «Pour arriver & l’état de sainteté , on trouve dans ce livre, ditil, p. 166, des régies telles que celle-ci : Primo, tracer sur un papier des lignes de différentes grandeurs qui répondent à la grandeur des pensées. » — U n’y a pas un seul mot de tout cela dans le livre des Exercices à commencer par le : pour arriver à la sainteté, et à finir par la grandeur des pensées ; ce qui en approche le plus est cinq ou six lignes de différentes grandeurs, tracées dans le livre des Exercices , au sujet de l’examen des fautes particulières que peut faire commettre un vice ou une passion dominante qu’on veut corriger, et qui doivent aller en diminuant comme ces lignes tracées, disent les Exercices, par les moyens de correction qu’ils indiquent. Or, cette méthode de l’examen particulier, telle qu’elle est iudiquée par saint Ignace, est précisément celle que Franklin qu’on n’accusera certainement pas d’avoir manqué de philosophie, dit M. Portalis , père , employa jusqu’à la fin de sa vie ; et c'est d'elle qu’il a écrit , en la recommandant à ses enfants : « 11 est peut-être utile à ma postérité de savoir que c'est à ce « petit artifice et à l’aide de Dieu , que leur ancêtre a dû le bonheur constant de « sa vie jusqu’à la 79e année pendant laquelle ceci est écrit. » ( Fie de Franklin écrite par lui-même , traduite de l'anglais par Caslera , tome 2 , page 388 et suivante, et de Portalis : De l'usage et de l'abus de l'esprit philosophique , tome 2, page 153.)
Sont-ce les Jésuites qui ont dicté au comité de l'instruction publique de la Convention, avant la dictature de Robespierre, l’article XLI de son projet de loi sur l’enseignement : « La loi « ne peut porter atteinte au droit qu’ont les citoyens d’ouvrir des « cours et des écoles particulières et libres sur toutes les parties
U en est de même du Secundù : il n'existe pas, et ce qui peut y avoir quelque rapport, se trouve dix pages après ce que le professeur appelle cinquièmement- 1,’avis même donné par les exercices pour réciter ses prières sans précipitation , et réfléchir un peu à ce que l’on dit : « Mettre entre chaque parole qu’on prononce, l’intervalle, par exemple, d’une respiration et paria anhelituum ac vocum inierstilia observe l, » est ainsi travesti : «Que l’on observe bien les intervalles égaux entre les respirations , les suffocations et les paroles. » Est-ce ignorance de la langue latine, est-ce mauvaise foi ? L’un et l’autre, sans doute.
Enfin, arrive un quatrième passage des Exercices, celui dont le professeur athée lire les plus fécondes conséquentes de fraude , de ruse , de dégénéralion et dès l’origine contre les Jésuites. Il s’agit du passage oïl saint Ignace , pour concilier l’exercice de la mortification avec la conservation de la santé, engage, dans les austérités , à affliger et à faire souffrir la chair seulement, sans que les instruments de pénitence pénètrent jusqu’aux os , au péril delà santé ! Ul doloris sensus in came tantum sit, nec penetret ossa cum infirmilatis periculo. C’est pourquoi , dit-il , on se servira de préférence dans la discipline , de fouets composés de petites cordes qui fassent souffrir les parties extérieures, mais ne pénétrent pas tellement dans l’intérieur qu’elles puissent nuire à la santé. Quare flagellis potissimian utemur ex funiculis minutie, quai exterioret a/fligunl partes, non aulem adeO inleriores, ut valetudincm adversam causare possint. Voici la traduction du professeur du collège de France : « Servons-nous fulemur), dît Loyola, dans la flagellation (flagellis, fouets), « principalement de petites ficelles qui blessent la peau, en effleurant l’extérieur, « quœ exteriores affligunl partes , sans atteindre l'intérieur, non autem adeù inte- « riores , pour ne pas nuire ù la santé. » Presqu’autant de contre-sens que de mots. Et il appelle cet avis : « Contrefaire froidement et frauduleusement les stigmates et les meurtrissures des anachorètes, jouer avec le martyre, et ruser avec l'héroïsme, frauder la sainteté !» — Et il ajoute : Qui eût jamais cru que cela fût écrit, commandé, ordonné, dans la loi ! (Et à qui et dans quelle loi!) «Nous sommes au cœur de la doctrine. » Quelle doctrine? — Le pauvre professeur ne parait pas mieux savoir la valeur des mots français que celle des mots latins. Un livre de dévotion pour tout le monde est une loi ! Un avis est un ordre , un commandement ! un mode de mortification est une doctrine ! la même science et la
« de l’instruction , et de les diriger comme bon leur semble. Elles « seront seulement soumises à la surveillance des autorités « constituées P »
Sont-ce les Jésuites qui firent décréter le même principe par la Convention encore après la mort de Robespierre? Est-ce le Clergé
même bonne foi ne retrouvent dans toutes les citations du Directoire pour les Exercices spirituels. Des moyens qui y sont indiqués pour engager quelqu’un , homme ou femme, marié ou célibataire, ecclésiastique ou religieux , homme public ou homme privé, à suivre les Exercices spirituels ou à faire la retraite, il en fait : « La tactique mise en action pour attirer quelqu'un ù la société. Ainsi le Directoire dit avec tous les docteurs chrétiens que les afflictions et les mauvais succès, que quelquefois même la honte, la peine, qui accompagnent les vices et le désir qu’on a alors d’en sortir, sont des occasions dont Dieu se sert pour rappeler à lui les hommes, et qu'il faut en profiter pour engager ceux qui se trouvent dans ces circonstances à faire les Exercices spirituels ou la retraite ; le titre même du chapitre est ainsi conçu : a Quomodo inducendi sunl homines ad exercitia , et les paragraphes portent expressément : Quid si sint conjugati , quid si sint ecelesiastici ; quid clan sunt magnates viri ; quid de valdè occupatit , de rudibus et illilteralis , de feminis. N’importe , le professeur Quinet a bien l’audace de traduire : « Vous « avez vu le principe ( ce qui regarde la mortification ) , voisi la tactique mise « en action pour attirer quelqu’un ù la société. (Les hommes mariés et les « femmes par conséquent ! ) Il ne faut pas agir brusquement ex abrupto. Il faut « attendre quelque bonne occasion, par exemple, que cette personne éprouve « un chagrin extérieur , ou encore qu’elle fasse de mauvaises affaires. Une h excellente commodité se trouve aussi dans les vices mime. » Des Jésuites , p. 178 et suiv.
Et comme parmi les moyens indiqués encore pour attirer les âmes à la retraite , le Directoire engage , à la suite de tous les Pères de l’Eglise , k faire valoir les avantages spirituels et tous les fruits de sainteté qui en résultent pour l'ordinaire ; à citer même les effets produits dans quelques personnes en particulier, dans celles surtout qui sont restées dans le monde , évitant , si quelqu’une l’avait quitté pour entrer en religion , de rapporter cette dernière circonstance, afin de ne pas donner à croire que les Exercices spirituels ne sont faits que pour les 'personnes religieuses ou ceux ou celles qui veulent le devenir. « Veriim in bis exemplis commemorandis abstinendum esset ab iis qui religionem « ingressi sunt. Vel certè lioc postremcm tacendum, et ii poliüs narrandi qui, ht « meliiis mututi, in sectilo manserunt, etc.» Le sieur Quinet a bien eu le courage
et les Jésuites qui tirent insérer dans la constitution de l’an 111 l’article 300 : « Les particuliers ont le droit de faire des établissements particuliers d1 éducation et d'instruction; » et l’article 366. «Il n’y a ni privilège , ni jurande , ni maîtrise, ni limitation à l’exercice de l’industrie et des arts de toute espèce ?» Et M. Dau-
ou l’ignorance de traduire encore : •< Dans les commencements il faut bien se garder » de proposer comme exemples ceux qui , le premier pas fait , ont été conduits ù « entrer dans l’ordre ; c’est du moins là ce qu’il faut taire jusqu’au bout , certù « hoc rosTREMt!» (avec un accent) tacendum. »
Donnant ensuite des avis selon les différentes classes de personnes qui peuvent faire les Exercices, le Directoire ajoute: «S’il s'agit de personnes élevées eu dignités , de magistrats , il faudra les instruire de l'obligation où ils sont d’administrer la justice, de fuir l’avarice et la fierté, de venir en aide à ceux qui sont pauvres, de se considérer en tout comme les ministres de Dieu. Si sint magnales seu magislratum aliquem gerant , iis quoque debebunt sua præcepta et documenta tradi, ut justitiam administrent, ut avaritiam et superbiam fugiant , ut pauperes sublevent , ut se Dei ministres , etc. Que si de telles personnes , continue-t-il , ne peuvent poiut à cause des affaires publiques , propler publica negotia , vaquer entièrement aux Exercices, et quitter leur maison , pour se retirer loin du monde, dans quelque lieu tranquille ; il faudra se contenter de quelques heures , dans le jour, oportebil accipere quod possunt , et qu’ils restcul même chez eux , et tune etiam poterunt manere in domo sud , où le directeur des Exercices pourra aller les trouver aux heures fixées, afin que la chose ne fasse pas d’éclat. Rien de plus naturel que ces dispositions. Or, voici comment on les travestit encore : --S'il « s’agit de personnes considérables ou de certains nobles , ne pas leur livrer les « Exercices complets ; dans tous les cas , il vaut mieux que l’instructeur se rende « chez ces personnes, parce que la chose est ainsi plus facilement secréte. Et « pourquoi donc tant de secret dans les choses de Dieu ? »
Enfin , comme dans les déterminations ou résolutions à prendre dans les retraites , l’âme a quelquefois de grands sacrifices à faire , de grands combats à livrer , que le démon agite surtout alors et fatigue, et qu’il est difficile à certaines personnes, surtout d’un caractère pusillanime , præsertim in iis qui timidiores sunl et pusillanimes , de se décider généreusement , qu’elles sont même alors comme accablées et anéanties, le Directoire conseille au directeur de 11e pas insister, de leur laisser terminer là la retraite, même après une élection ou des résolutions illusoires, enleur donnant l’espérance que, rentrées dans le commerce ordinaire de la vie, elles se déci-
nou était - il Jésuite, lorsqu’au sein de la Convention, rappelant aveu éloge et les principes de la constituante et ceux de la législative en matière d’enseignement, il s’écriait: «Nous n’avons « laissé que Robespierre qui vous a aussi entretenus d’éducation , « et qui , jusque dans ce travail , a trouvé le secret d'imprimer le
•leront mieux et avec plus de finit, et confirmeront ou réformeront elles-mêmes leurs résolutions ou leur élection d’après les principes que Dieu leur aura fait connaître dans la retraite. Tel est le sens du chapitre 25 que tout le monde peut vérifier; c’est uniquement pour abréger que nous n’en donnons pas le texte littéral. Ecoutons maintenant les inventions , transformations , falsifications du génie universi- « taire : « Chaque jour l’instructeur paraîtra un moment pour l'interroger, l’exciter, « le pousser plus avant, dans celte voie sam retour. Enfin lorsque cette Âme est ainsi « dépaysée, brisée, qu’elle s’est jetée elle-même dans le moule de Loyola, qu’elle sent « l’étreinte irrésistible , lorsqu’elle est suffisamment déracinée et que pour parler « comme le Directorium , elle étouffé dans V agonie , m illd quasi agonid suffocatur, u admirez le triomphe de cette diplomatie sacrée ! le râle de l’instructeur change « subitement; d’abord il pressait, il excitait, il enflammait: maintenant que tout « est fait » (c’est-à-dire qu’il n’y a rien de fait , et qu’il n’y a pas même espérance que dans un tel état cette àme, vu sa pusillanimité, puisse prendre une détermination généreuse pour quoi que ce soit concernant son salut ou sa perfection ), « il faut montrer une habile indifférence. Non , rien de plus profond , je devrais « dire rien de plus infernal n’a été inventé , que cette patience , cette lenteur, « cette froideur, au moment de saisir cet esprit qui déjà ne s'appartient plus. Il « est bon, dit le liirectorium , de le laisser un peu respirer, sinendus aliquandà « respirare, p. 2t 5. Lorsqu’il a repris jusqu’à un certain point haleine, cùm deindè « quodammodà respirât, p. 223, c’est le moment favorable; car il ne faut pas « qu’il soit toujours torture , non semper affligatur, p. 216» (de sorte que la raison, le car de l’assertion precedente la précède de sept pages , selon M. Quinet luimême), « c’est-à-dire que lorsque cette âme agonisante s’est abandonnée toute « entière, vous lui laissez froidement le choix, electionem; il faut que dans cet « instant de répit, elle conserve précisément assez de vie pour se croire libre « encore de l’aliéner pour jamais. Qu’elle rentre, si elle veut, dans le monde, « qu’elle s’engage dans un autre ordre , si cela lui plaît mieux ; les portes lui sont « ouvertes, maintenant qu’elle est enchaînée par les mille replis que l’instructeur « a serrés autour d’elle ; la merveille c’est de prétendre que ce coeur exténué « recueille un reste de liberté pour se précipiter lui-même dans l’éternelle ser- « vitude. Rassemblez tout ce que vos souvenirs vous rappellent de combinaisons
« sceau de sa tyrannie stupide par la disposition barbare qui « arrachait l’enfant des bras de son père, et qui faisait une mire « servitude du bienfait de l’éducation. Etait-il Jésuite lorsqu’au « nom de la commission des onze, il proclamait : Pour nous, nous « nous sommes dit : Liberté de l’éducation domestique , liberté des
« machiavéliques , et dites si vous trouver rien qui surpasse la tactique de cet ordre « aux prises avec l'âine en particulier. — Voilà l’individu subjugué ; il s’agit de a savoir ce qu’il devient au sein de la société.» (Des Jésuites, p. 181 et suiv. ) Or , pour mieux faire comprendre encore ici la mauvaise foi inqualifiable du professeur, ajoutons que des cinq mots cités ici par lui textuellement et en latin , et dont il fait un seul raisonnement, deux se trouvent au chapitre 31 du Directoire, le second et le quatrième, avec un solécisme de moins cependant, car il y a: ne semper affligatur et non pas non ; le premier et le troisième au chapitre 33 , et le quatrième presque partout , excepté dans l’endroit où on le place ; puisqu’il s’agit là, d’une personne qui , loin de quitter le monde ou d’avoir pris la résolution d’y vivre d’une manière aussi parfaite que Dieu semblait le demauder d’elle, y rentre au contraire après avoir pris des résolutions ou fait une élection opposée. « Ccelerùm illud quoque intention contingere solet , ut exercitia snmens haüucmetur in élections faciendâ , et licet Deus eum vocel ad vitam perfectiorem , ipse lamen vel propler
dœmonis deceptionem , vel propler infirmitatem , imperff.ctiorem eucat Tune
prudenlia est ut instructor non multùm reluctetur Mais qu’il termine là la
retraite et la laisse retourner à ses affaires. Car l’expérience a souvent montré que des personnes qui avaient succombé dans les Exercices sous les séductions du démon ou la faiblesse d’une nature timide et pusillanime, hors des Exercices avaient mieux connu la vérité , soit parce que leur nature qui au milieu des Exercices était comme accablée et suffoquée dans cette lutte semblable à une agonie, respirant ensuite en quelque sorte plus librement, était mieux disposée à raisonner et à percevoir la lumière divine ; soit parce qu’elle reconnaissait par expérience , qu’elle ne pouvait pas mener dans le monde le genre de vie , que dans les Exercices le démon ou ses propres illusions lui avaient persuadé qu’elle pouvait
y mener. Deindè. extra Exercitia commodiùs veritatem agnovisse Site quia
daemon acriits oppugnat in illo articula eleclionis , sive quùd naturaipsa (preesertim in iis qui timidiores sunt et pusillanimes ) ut in illà quasi agonit! quodammodo opprimitur, et suffocalur , itù cùm deindè quodammodo respirât , est meliùs disposita ad ratiocinandum et percipiendum lumen Dei : sive denique quia experientid deindè cognoverunt se non eam vitam possc in sceculo tenerc quam forte in Exerciliis , vel :psi finxerant , vel eis dætnon persuaseral .»
« ÉTABLISSEMENTS PARTICULIERS D’ÉDUCATION BOUS RVOBS ajouté : « Liberté des méthodes instructives , et qu’il faisait décréter tout « d’une voix par l’assemblée toute entière un projet de loi fondé « sur ces principes que la France n’a jamais désavoués? Etait-ce « encore un Jésuite, ce Boulay de la Meurthe, proclamant avec
Toutes les invectives du professeur de littérature au collège de France , comme celles du professeur d’histoire, reposent donc sur les contre-sens les plus grossiers , les inventions et les falsifications les plus impudentes. Que dire maintenant des énormités du même genre par lesquelles on ose bien affirmer à la France et au mondé que saint François Xavier était un Saint ignorant , et que tous ses successeurs dans les missions , depuis le Japon jusqu'au Malabar , depuis l'Archipel des Moluques jusqu'aux bords de llndus, que tous ces milliers d'hommes apostoliques loués par tous les historiens et tous les publicistes les plus célèbres , qui quittaient tout pour aller h travers mille privations et mille dangers civiliser des peuples barbares , et souvent anthropophages , dont 800 sont morts martyrs dans un seul siècle , ne faisaient tous ces sacrifices, n’arrosaient toutes ces terres de leur sang que pour cacher le calvaire , renier la croix , enseigner scicmmenl m faux Evangile, un Dieu menteur dans une église menteuse , former des missions païennes, être eux-mêmes des apostats, et s’enfoncer dés cette vie dans l'enfer des boues éternelles ; et que ce sont les papes, les papes qui leur donnaient leur mission et tous leurs pouvoirs , dont vingt -quatre ont fait l'apologie de leur institut , en l'enrichissant des privilèges et des grâces les plus précieuses , les papes qui les canonisaient après leur martyre, qui ont déclaré de si monstrueuses absurdités, et la suspension ou le renversement, en faveur de l’erreur et du mensonge, de toutes les lois du monde moral !
Que dire de cette haine aveugle qui fait proclamer à la face du monde et en présence de millo monuments contradictoires, que de toutes les missions des Jésuites il n’est rien resté que des plages maudites et û jamais desertes, que tant de travaux et de dévouement n'ont abouti qu’d ne rien produire ! En sorte que la Religion Catholique, Apostolique et Romaine conservée encore prés d’un siècle après leur destruction (des Jésuites), comme la seule religion vraie, daus l’Amérique du sud, dans le Canada, dans le Brésil et dans de nombreuses populations en Syrie, au Maduré, daus les Indes, dans la Chine même, etc., n’est rien qu’une malédiction qui rend ces vastes régions à jamais désertes.
Que répondre aux incroyables hardiesses par lesquelles on assure que les Jésuites sont la cause que les Anglais se sont emparés du Canada , et ont ouvert la Chine à coups de canon , que ce sont] eux encore qui ont mis l'Italie en pièces
« Smith que V instruction pour être utile et bonne devait être libre , « et Chaptal répétant sous le consulat et dans un projet de loi qui « fut voté par tout le corps législatif : Qu’il est libre à tous les « citoyens de former des établissements d’instruction publique , « que tout privilège est odieux de sa nature ; qu’il serait absurde ,
et livré le Portugal à la Grande Bretagne , et la Pologne à Nicolas ; qu’ils ont produit Voltaire et Diderot , et rendu les frontières du Paraguay infranchissables , ce qui prouve que ce pays est sans pulsation et doit cacher un cadavre ! Et c’est quand , grâces à l’impie et abjecte philosophie que vous vantez et que vous enseignez, c’est quand, sous votre domination, nous subissons ce que votre grand maître a appelé lui-même 1 ’ abaissement continu , c’est alors , un siècle après avoir banni les Jésuites de l'univers par la calomnie, la fraude et la violence, c'est alors que vous osez les accuser de vos bassesses , de vos lâchetés , et du triste état où vos anarchiques révolutions ont jeté les états catholiques.
Que dire de ces conclusion plus incroyables encore où l’on réfute soi-méme tout ce qu’on vient d’avancer :
« Que c’est non-seulement la politique de la société de Jésus , mais un mal plus profond, l’inimitié des cultes, le protestantisme et le catholicisme immobiles, vivant indifféremment l’un à côté de l’autre comme deux sépulcres , sans plus aucun espoir de se toucher le cœur, qui ont tout paralysé et qui ont amené cet état qui est la pire des morts! (4e leçon.)
Jamais plus absurdes et plus contradictoires impiétés ont-elles été publiées sous le soleil ?
Que répondre aux autres découvertes des dernières leçons du professeur épique : qu’apri» avoir tué physiquement les rois par des assassins , les Jésuites avaient change de méthode et de lactique, et les tuaient moralement par les confesseurs, (comme si l’Dniversité de Paris n’avait pas fourni elle seule plus de quarante docteurs , son chancelier Gerson à la tête, enseignant la doctrine du tyrannicidc, tandis que les Parlements n’en ont pu trouver que douze chez les Jésuites du monde entier ; comme si encore les Jésuites n’avaient pas été les seuls confesseurs d’Henri IV et de Louis XIV, qui certes n’en furent pas tués moralement) j que tous les pays s’étaient prononcés contre eux, comme si, aux quelques arrêts de souverains ou de tribunaux arrachés contre eux par le protestantisme, l'impiété et la violence, on ne pouvait pas opposer en leur faveur plus d« cent édits de tous les souverains de l’Europe, et autant d’arrêts de tribunaux, dictés tous par la justice et l'amour des peuples); que, dans leurs collèges, pour b philosophie, comme pour les lettres , « ils faisaient nominalive-
« en matière d1 instruction; que l’autorité n’a que le droit d’exiger « de celui qui exerce la profession d’instituteur, les obligations « qu’elle impose à tous les citoyens dévoués à une profession quel - « conque; qu’elle a sur lui une surveillance d’autant plus active, « que l’exercice de cette profession intéresse plus essentiellement
k ment briller la raison , en lui accordant toutes les chances de la vanité, tous les « dehors de la puissance, à la seule condition de lui en refuser l’usage ; que la pensée « n'était pour rien au milieu de tant d’occupations littéraires, et que la science dé- « capitée, dépossédée de l’idée de cause, de substance, même de Dieu, ne pouvait « aboutir qu’à l’athéisme» (ou la négation du Dieu panlhée); que dés que le Jésuitisme a voulu se servir de la poésie , cette fille de l’inspiration et de la vérile s’est tournée 'contre lui, et a vengé par te comble du ridicule, la philosophie , la morale , la religion , el le bon sens ( témoins : Vaniéres , Rapin , Porée , Cossart , Commire, Desbillons, Lejay, Bouhours , Sanadon , la Santé, Brumoy, Gresset, Mourgue, Ducerceau, etc., et ce P. Boscowich, qui maniait aussi bien le télescope que la lyre). Et qu’opposez-vous donc aux oeuvres de ces poètes, homme de génie? Ahasvérus et Napoléon ! et vous osez parler de ridicule et de philosophie , de morale , de religion et de bon sens vengés ! Et vous osez affirmer que quand le génie satanique de l'inertie aurait paru sur la terre, il n'aurait pas procédé autrement!... O Providence '
Il est vrai que Bacon a dit : « Cette partie la plus noble de l’ancienne discipline « a été en quelque façon rappelée dans les collèges des Jésuites. Je ne puis voir « l'application et le talent de ces maîtres pour cultiver l’esprit et former les moeurs « de la jeunesse, sans me rappeler le mot d’Agésilas sur Pharnabaze : Etant ce que a vous êtes, faut-il que vous ne soyez pas des nôtres?... Voyez les écoles des « Jésuites : Bien de mieux que ce qu’on y pratique. » ( De dignit. et augm. scient. )
11 est vrai que Descartes dont M. Quinet déclare avoir la communion, a ajouté :
« Vous voulez savoir mon opinion sur l’éducation de votre fils Parce que la
« philosophie est la clef des autres sciences , je crois qu’il est très-utile d’en avoir « étudié le cours entier, comme il s'enseigne dans les écoles des Jésuites. Je dois « rendre cet honneur à mes anciens maîtres , de dire qu'il n’y a aucun lieu au
« monde, où je juge qu’elle s’enseigne mieux qu’à la Flèche Parce qu’il y va
« quantité de jeunes gens de tous les quartiers de France, ils y font un certain « mélange d'humeur, par la conversation des uns et des autres , qui leur apprend « presque la même chose que s’ils voyageaient; et enfin, l’égalité que les Jésuites « mettent entre eux, en ne traitant guères d’autre manière ceux qui sont les plus
« la morale publique; que la se bornent tous les pouvoirs du « gouvernement ? » Etaient-ils Jésuites encore les Fourcroy , les Challan , les Siméon , lorsqu’ils proclamaient de nouveau en 1802, au nom du gouvernement et des chambres , que : « La loi prenant « ce qu’il y a de plus sage dans l’opinion des meilleurs publicistes ,
>< distingués que ceux qui le sont moins , est uuc invention extrêmement bonne. »
( Lettre XC. )
Il est vrai que Irlande a écrit aussi : « Le nom de Jésuite intéresse mou coeur,
« mon esprit et ma reconnaissance. On a beaucoup parlé de leur rétablissement « dans le nord : ce n'est qu’une chimère ; mais elle rappelle tous mes regrets sur « l’aveuglement des gens en place de 1702. Non , l’espèce humaine a perdu pour « toujours et ne recouvrera jamais cette réunion précieuse et étonnante de vingt « mille sujets occupés sans relâche et sans intérêt de l’instruction , de la prédi- « cation, des missions, des conciliations, des secours aux mourants, c’est-à-dire « des fonctions les plus chères et les plus utiles à l'humanité. »
<> La retraite, la frugalité, le renoncement aux plaisirs, faisaient de cette « société le plus admirable assemblage de science et de vertus. Je les ai vus de « prés ; c'était un peuple de héros pour la Religion et pour l’humanité. La Reli- « gion leur donnait des moyens que la pliilosophic ne fournil pas. A quatorze ans « je les admirais ; je les aimais au point de demander mon admission , et je regrette « encore de n’avoir pas persisté dam celte vocation que l’innocence et le goût de « Tetude m’avaient donnée. Parmi les calomnies absurdes que la rage des pro- « lestants et des jansénistes exhala contre eux , je remarquai laChalolais, qui « porta l'ignorance ou l’aveuglement , jusqu’à dire dans son réquisitoire que les « Jésuites n’avaient pas produit de métaphysiciens. Je faisais alors la table de mon « astronomie ; j’y mis un article sur les Jésuites astronomes ; leur nombre m'é- « tonna. J’eus occasion de voir laChalotaisà Saintes, le 20 octobre 1773 ; je lui « reprochai son injustice , et il en convint. Mais les Jésuites étaient perdus depuis « longtemps. Deux ministres, Carvalho et Choiseul, ont détruit sans retour le plus « bel ouvrage des hommes, dont aucun établissement sublunaire n’approchera « jamais , l’objet éternel de mon admiration , de ma reconnaissance et de mes « regrets. » (Année phil. mor. et litter. tome 1.)
Il est vrai encore que HDL de Levis et de Châleaubriant ont écrit : « Les Jésuites « avaient soin que quelqu'un d’entre eux excellât toujours dans les arts et dans « les sciences. Ils avaient donc des mathématiciens habiles, de bons astronomes, « des physiciens, de grands orateurs. Us cultivaient la littérature avec le plus
« savoir : Qu'en matière d’instruction il faut beaucoup laisser « faire aux particuliers , commande moins qu’elle n’exhorte et « n’invite, favorise beaucoup plus qu’elle n’établit; que le gou- « vernement s’associe pour l’exécution les communes et les par- « ticuliers, qu’il les met en part de son pouvoir; que c’est un « règlement de famille où il les appelle tous pour pourvoir ù leurs « besoins et à leurs intérêts , qu’il ne se réserve que la surveillance « et les encouragements ; que les écoles secondaires ne sont sous « la dépendance du gouvernement que pour garantir les citoyens « des vices qui pourraient s’y glisser et protéger ces mêmes « écoles , lorsque les maîtres se conduisent de manière à mériter
« grand succès et dans toutes les branches; ils s’adonnaient à I érudition sacrée et « profane, à l’intelligence des auteurs classiques, à l’éloquence, à la poésie; « dans tous les genres ils ont produit des chefs-d’œuvre. (Souvenirs et portraits. ) « Naturalistes, chimistes, botanistes, mathématiciens, mécaniciens, astronomes, « poètes, historiens, traducteurs, antiquaires, journalistes; il n'y a pas une bran-
« che des sciences que les Jésuites n’aient cultivée avec éclat Rappelez-vous
« tes royaumes entiers qu’ils ont conquis à notre commerce par leur habileté, « leurs sueurs et leur sang; repassez dans votre mémoire les miracles de leurs « missions au Canada , au Paraguay, à la Chine , etc.» (Génie du Christianisme. )
Il est vrai enfin que Bossuet a depuis longtemps conclu de toutes ces choses, et du haut de la chaire de vérité : « O vous , célèbre Compagnie qui ne portez « pas en vain le nom de Jésus , à qui la grâce a inspiré ce grand dessein de conduire « les enfants de Dieu dès leur plus bas âge jusqu’à la maturité de l’homme par- « fait en J.-C. , à qui Dieu a donné vers la fin des temps, des docteurs, des « apôtres, des évangélistes, afin de faire éclater par tout l’univers, et jusque dans « les terres les plus inconuucs , la gloire de l’Evangile , 11e cessez d’y faire servir « selon votre saiute institution tous les talents de l’esprit, de l’éloquence, la « politesse et la littérature. » (Sermon pour la fête du Saint nom de Jésus.)
Mais qu'est-ce que Bacon , qu'cst-ce que Descartes , qu’est -ce que Irlande , qu’est-ce que MM. de Châteaubriant et de l.evis , qu’est-ce que Bossuet , près des savants , des probes , des religieux personnages qui se nomment Michelet et Quinet , et de leur illustre suite du J National, du Constitutionnel , des Débats, du Siècle, de la Revue des deu je mondes et de la Revue indépendante ? ( Voyez Pièces justificatives , n. III.
« l’estime publique ; que celles qui sont ouvertes avec succès par « des particuliers, sont une propriété , fondée par leurs talents et « consacrée par la confiance publique , que la loi respecte P — « Etaient-ce encore des Jésuites qui sous le nom de MM. de Talley- « rand, de Dalberg , Jaucourt, etc., décrétaient en 1814, que « rien n’était plus attentatoire aux droits de la puissance pater- « nelle que l’Université ; que la prolongation d’un pareil désordre « serait une véritable contradiction avec les principes d’un gou- « vernement libre ; qu’en conséquence les formes et la direction de « l’éducation des enfants étaient rendues à l’autorité des pères et « mères P — Sont-ce des Jésuites enfin qui ont réformé la charte « en 1830 , et qui ont fait insérer comme condition du pouvoir et « du pacte social, la promesse de pourvoir par une loi, dans le plus « court délai possible, à l’instruction publique et à la liberté de « l’enseignement , deux choses qui , dans la pensée des auteurs de « la charte, ne sont pas compatibles avec le monopole ou le « régime universitaire ; car on ne promet pas ce qui existe « déjà?»
Mais pourquoi prendre aussi longuement au sérieux de si pauvres moyens de défense? La cause de la liberté d’enseignement est-elle la cause seulement de quelques hommes? n’csl-elle pas évidemment une cause de vie ou de mort pour la France toute entière ? Et n’est-ce pas une dérision que de ne répondre à la lettre, à l’esprit de toutes nos lois , de toutes nos constitutions , aux demandes de tous les publicistes , aux pétitions de tant de pères de famille , aux cris d’effroi de tous les parents chrélieus et de l’épiscopat tout entier , que par le mot de Jésuite? N’est-ce pas une dérision qui passe toute outrecuidance d’oser venir par ce seul mot encore se justifier des plus graves imputations portées contre soi à la face de la France? Car après la liberté promise et demandée pour tous et au nom de tous, de quoi s’agit-il encore, hommes de l’Université? — 11 s’agit de vos contradictions, de votre ignorance , de votre mauvaise foi , de votre impiété , de l’athéisme et de l’immoralité de l’enseignement que vous imposez , par la lâcheté d’un monopole anti-constitutionnel, à l’enfance, à toute la jeunesse catholique désarmée et sans défense? Qu’ont donc encore ici
à faire les .Jésuites? N’est-ce pas vous juger et vous condamner vous-mêmes , que d’opposer une si misérable fin de nonrecevoir aux formidables accusations , à la terrible responsabilité qu’on fait peser sur vos têtes? Nous vous accusons du plus grand crime que puisse commettre un enseignement : D’arracher par la tyrannie et la violence tout principe de foi , tout élément de vertu , toute religion sincère au cœur de la jeunesse , de changer ainsi le caractère généreux de la nation la plus noble , en un froid et avilissant égoïsme ; de tuer tout dévouement, tout véritable patriotisme; d’autoriser et de multiplier parla, au sentiment de tous les vrais philosophes et de tous les législateurs de sens , tous les crimes qui effraient la société , et qui sont la conséquence nécessaire de vos leçons ; d’ébranler enfin la société elle-même jusque dans ses fondements! cette accusation , nous la portons à la face de la France, nous en donnons les preuves nombreuses, évidentes, irréfragables , et vous n’avez pas un mot sérieux à balbutier pour votre justification ! vous reculez devant une enquête , vous reculez devant un jury de docteurs et de citoyens probes et éclairés , vous reculez devant toute légitime défense, et la rage au cœur, les
yeux étincelants de colère , vous nous jetez le nom de Jésuite !
Vous vous drapez dans votre hypocrisie , vous vous ceignez du mensonge , et , comédiens surannés , vous allez exhumer , des arrières-coulisses , de vieilles scènes depuis douze ans rayées de tous les répertoires du faux libéralisme même ? Pour qui nous prenezvous donc? Pour qui prenez -vous la France? Est-ce qu’après la victoire tous les masques n’ont pas été arrachés , tous les mystères les plus secrets dévoilés ? Est-ce qu’il n’a pas été proclamé , et l’un des vôtres ne vient-il pas encore de répéter que le nom de Jésuite n’était qu’un mot de convention pour exciter et entretenir les passions populaires contre le Clergé et contre tout ce qui contrarie votre despotisme? N’est-ce pas un avocat à la cour royale de Paris, membre jusqu’en 1830 de tous les comités secrets, qui a publié dans une lettre mémorable ces paroles qui seront à jamais pour tous les hommes de bonne foi une réponse sans réplique à vos cours , à vos livres et aux déclamations de vos journaux : « C’est par les soins de notre société que
« toutes les brochures contre la restauration étaient publiées et « distribuées , dans l’intérieur de la France et à l’Etranger , aux « associations secrètes avec lesquelles on correspondait ; qu’on « créait et qu’on soutenait partout les journaux opposants; que les « souscriptions étaient organisées en faveur des condamnés politi- « ques, des écrivains , etc. ; qu'on donnait le mot d’ordre qui fut « longtemps de se plaindre des jésuites des soldats étrangers , et « de crier dans les émeutes : Vive la charte ! On devait profiter de « toutes les occasions pour déconsidérer le pouvoir , pour lui sus- « citer des embarras , pour accroître ceux que le hasard pouvait « faire naître. Nous avions une caisse entretenue au moyen d’une
« cotisation mensuelle imposée à chacun des associés » —
N’est-ce pas lui quPa déclaré que M. le grand-maître Cousin, le directeur de l’école normale et des facultés de philosophie , que M. Mérilhou , Tardent défenseur de l’Université à la chambre des Pairs, étaient des principaux membres de ces comités secrets (1) ?
Mais vous-mêmes en choisissant dans vos leçons ce sujet ( Des Jésuites J pour nous répondre, ne nous donnez-vous pas une preuve manifeste que c’est une comédie que vous jouez ? Ne Pavez-vous pas senti , n’avez-vous pas craint qu’on le pensât , et n’est-ce point la cause , la cause unique qui a inspiré toutes les préfaces , toutes les notes, où vous vous efforcez de nous persuader que c’est la marche naturelle de vos cours, la force des choses qui vous a amenés sans calcul, sans dessein à traiter un semblable sujet ? Et vous avez pu penser que nous serions les dupes de ces non-vérités; vous avez pu croire que sur tant d’hommes en Fiance, qui suivent '-<* les cours publics , en rendent compte ou lisent les rapports qu’en
( 1 ) Didier et autres conspirateurs sous la restauration , Lettre à M. le Rédacteur de la Gazette du Dauphiné , etc. , par F. Gros , ancien avocat à la cour royale de l'avis, p. 12. (Voir aux Pièces justificatives, n. IV.)
foui les journaux et leurs sténographes , aucun ne se rappellerait •pie vous-même, monsieur Michelet, vous-même, avez, il n’y a que quelques années, traitéjeette même question des Jésuites et réfuté par avance touteeque la passion, la colère et le dépit vous en font dire aujourd’hui. Lisez , Monsieur , lisez vous-même , et rougissez, et que la France juge entre les comédiens du monopole et de l’arbitraire , et les défenseurs de la Charte et des libertés qu’elle garantit :
« C’est un sujet très-vaste que l’histoire du monachisme en Oc- « cidcnt qui comprend d’immenses phases religieuses , c’est pres- « que l’histoire de l’Église elle-même. Trois grands noms la ré- « sument, la divisent naturellement : S. Benoît, St. François et St. « Ignace de Loyola ; trois époques que nous allons parcourir et « qu’on peut résumer en trois mots : le travail, l’amour et l’ae- « lion.... Que serait-ce , si nous prenions les travaux ‘prodigieux « et herculéens des Jésuites qui ont dans les trois derniers siècles « soutenu une lutte incomparablement courageuse, énergique, su-
« blime L’indiscipline avait tué l’ordre de S. François, llfal-
« lait un nouvel ordre; il fallait surtout un nouveau principe de
« VIE, D’ORGANISATION SL'RE, DURABLE IL FALLAIT l’obÉISSANCE.
« Ce fut un soldat, Ignace de Loyola, qui la prêcha au monde. Ses « habitudes de guerre la lui rendaient plus facile. Il se déclare « soldat de J. C. et cet ordre, fondé au milieu de la guerre, se « MONTRE PLUS COMPLET, PLUS ACHEVÉ QUE TOUS CEUX QUI AVAIENT « PARU JUSQU’ALORS
« On ne saurait jamais assez louer LE DÉVOUEMENT de ces noub veaux moines : leur héroïsme en Europe nous est connu ; mais il « faut les suivre en Asie. Il faut voir la facilité , l’empressement a avec lesquels ils recherchent , ils reçoivent le martyre. Ce sont
a LA DES TITRES A LA GLOIRE : CHEZ NOUS LE DÉVOUEMENT NE MEURT
« pas. ET PUIS, QU’ELLE EST BELLE LEUR OBÉISSANCE , « QU’ELLE EST GRANDE, QU’ELLE EST SUBLIME!... Au a moindre mot, un Jésuite , d’une haute naissance souvent , au « moindre mot, saas attendre une heure , il obéit , fallût-il partir « pour les extrémités du monde. Ainsi quand S. François Xavier
« reçoit de S. Ignace l’ordre de partir pour les Indes, il ne fait rien
« autre chose, il met ses souliers et part pour les Indes C’est
« qu’il n’y avait jamais pour eux ni famille , ni parents, ni amis ;
« MAIS DIEU,... DIEU SEUL ET L’OBÉISSANCE. Et François a Xavier aborde aux Indes ; son cœur est impénétrable aux flèches a empoisonnées ; il subjugue les hommes , il les subjugue par son « regard : et aujourd’hui, si l’on m’avait pas détruit leur ouvra- « ce, la chine serait un peuple civinsé. Un Jésuite y était déjà mi- « nistre. Mais un mot de Rome leur ôte toute leur influence, et ce « mot , ( le bref de destruction de Clément XIV sans doute ) a « enlevé deux à trois milliards d’hommes à la civilisation européen- « ne. En un mot, pour caractériser l’esprit des Jésuites, CE FUT « UN ESPRIT MONUMENTAL. »
Puis, après ces lignes remarquables, apnt, selon le besoin que vous en avez dans toutes les questions, déraisonné quelques instants et en contradiction avec vous-même sur les Exercices spirituels qu’évidemment vous n’avez pas lus , sur les petites lignes que vous avez cédées à M. Quinet, sur la mécanique de V enthousiasme que vous lui avez fait passer encore, sur l’absurdité d’un livre d'images dont vous ne dites plus rien , et que vous seul connaissez, sur les hommes de génie que vous félicitez de se contredire souvent , et probablement afin qu’on vous croie du nombre, que vous refusez aux Jésuites , en leur accordant néanmoins des hommes supérieurs en tous genres ; vous concluez : « Quoi qu’il en soit, que a le mal gui a pu se glisser chez les Jésuites ne mus fasse pas oua blier les services immenses qu’ils ont rendus. Leur malheur, c’est « de s’être trouvés dans la position la plus délicate. Soldats de « T Eglise ils ont couru la chance de la guerre. Rendons hommage « à leur dévouement, à leur courage, regrettons leurs écarts, leurs a malheurs; mais souvenons-nous du bien qu’ils ont fait, et ils en « ont fait beaucoup...»
Ces leçons, Monsieur, sont de 1838, elles ont été recueillies textuellement par un des collaborateurs de V Ami de la Religion, tom. 98, p. 6o et suiv. 369 et suiv. 481 et suiv. Or, nous vous le demandons à vous-même , et à tous les hommes de bonne foi ,
ne sont-elles pas la réfutation éloquente des diatribes contradictoires et absurdes que M. Quinet et vous venez de publier ! Votre style môme, si dévergondé pour l’ordinaire, n’a-t-il pas pris ici une dignité , tout le monde le remarquera , une noblesse en rapport avec la vérité et la dignité des pensées ?
Ici encore comme partout l’Université et ses défenseurs sont donc jugés et condamnés par eux-mêmes.
L’objet de ce mémoire est rempli ; toutes les accusations portées contre le Monopole universitaire destructeur de la Religion et des fois sont épuisées; les pièces du procès sont sous les yeux de la France; nous attendons avec calme et sans aucune crainte son jugement.
Seulement, et cette démarche est indépendante du succès de notre livre, nous conjurons, en finissant, les catholiques et tous les gens de bien, quels que soient leur culte et leur opinion politique, de signer ensemble et partout des pétitions énergiques pour demander la liberté d’enseignement , non une liberté quelconque , mais la liberté telle qu’elle a été jurée , telle qu’elle a été promise par la Charte , telle qu’elle était entendue alors par tous les partis , en un mol telle qu’elle existe en Belgique : liberté incompatible avec la censure préalable des diplômes, des brevets de capacité et des certificats de moralité du monopole universitaire.
Soyons sans crainte , soyons pleins de confiance ; jamais peutêtre l’impiété et le faux libéralisme qu’elle enfante ne nous ont fait la partie plus belle : eux-mêmes ils ont arraché leurs masques, et ce n’est plus, grâces en soient rendues à Dieu qui nous a donné ce commencement de victoire, grâces en soient rendues à la Vierge immaculée, à la Mère du Fils de Dieu N. S. J. C. que l'Université a insultée et qui vaincra l’Université comme elle a vaincu toutes les hérésies , ce n’est plus retranchés derrière le bouclier de la Charte et des lois qu’ils combattent ; c’est en les foulant aux pieds avec toutes les libertés légitimes qu’elles garantissent; c’est au nom du despotisme , au nom rie la servitude et du monopole , c’est au
nom de l’athéisme et en lacérant le pacte social (1) , qu’en France , comme en Suisse , comme en Angleterre ils s’avancent contre nous. Sous de tels drapeaux, avec dételles armes, en France surtout , on ne peut qu’être vaincus.
( 1 ) « U y a quelque chose qui vaut mieux pour nous que la Charte elle-même , « ont dit les universitaires des Débats, 17 septembre, c'est l'esprit philosophique « (ou le scepticisme et l’impiété). » La Charte pour nous, dit équivaleinment M. Quinet , est la destruction de la Religion qui enseigne : hors de l’Eglise point de salut. (Des Jésuites, p, 114, 115.) Nous ne vous devons à vous catholiques que l’expulsion. {National.)
P. S. lin journal (1) vient de publier l'article suivant, que lui transmet tle la Suisse un correspondant digne de foi :
« Vous avez annoncé dernièrement le voyage de M. Michelet en Suisse: « vous auriez pu dire sa mission ; car l’Université de France , peu satis- « faite de la guerre à la religion dans ce beau royaume , a aussi ses mis- « sionnaircs , qu’elle envoie faire son oeuvre dans les pays étrangers , « et M. Michelet peut figurer au nombre des plus ardents et des plus « zélés. 11 a été ù Genève, à Lausanne , à Berne et ailleurs. Je ne vous « dirai point ce qu’il a fait dans ces dernières villes ; mais à Genève il « a convoqué en assemblée la vénérable compagnie des Ministres. Il l’a « entretenue pendant trois mortelles heures sur les intérêts du protes- « tantisme et sur les moyens à prendre pour en accélérer les progrès et « combattre de concert les envahissements de V ultramontanisme. Je dois « vous dire en passant qu’il n’a pas brillé devant ce corps , autant qu’en « présence de certains fanatiques , en ressassant ses sornettes sur les '< Jésuites. On a trouvé qu’il allait un peu brusquement en besogne. Ce « qu’il voulait , c’est un plan de persécution ouverte et sans rnénage- « ment. Il lui a été répondu qu’on avait à Genève un système non moins « sûr , mais plus adapté à l’esprit du temps et des circonstances où nous « vivons. Du reste on lui a su gré de son bon vouloir , et il y a eu « échange de vues et promesses d’unité d’action. »
Caveant ctmsules! Que l’épiscopat , que les catholiques ouvrent les yeux ; voilit le premier dénouement , la première halte auxquels veulent nous conduire (M. Quinet l’a aussi de son coté expressément déclaré) les comédiens du monopole universitaire : une Eglise nationale de l’espèce de celle de Genève et de l’Angleterre. Dans six mois peut-être , si nous nous endormons, il ne serait plus temps d’aviser; nos fers seraient rivés, malgré la Charte , et le mal serait peut-être sans remède ! Activité donc et énergie dans la confiance !
(I) Uépnraleur , 28 octobre.