‹ La charte-vérité, ou, Le monopole universitaire devant les chambres; resumé de la question de l'enseignement au point de vue constitutionnel, par un français ami de la charteChapitre 43 sur 46 · ET NOTES UE CE JOURNAL · texte numérisé non relu

ET NOTES UE CE JOURNAL

Lyon, 17 août 1843.

Monsieur le Rédacteur ,

Dans le numéro île l’Univers du 15 août, arrivé aujourd’hui à Lyon , vous livrez vous-mémc à la publicité l’attaque inexplicable de Mgr l’Archevéquc de Paris contre le livre que j’ai publié il y a quelques mois ( le Monopole universitaire , etc. ). J’ose donc espérer que vous voudrez bien insérer ma défense. Au besoin, et pour mettre votre responsabilité à couvert, je le requiers de votre justice .et de votre impartialité.

Dans ses Observations sur la controverse élevée au sujet de la liberté d’enseignement , Mgr l’Archevêque de Paris croit devoir désavouer sans restriction le Monopole universitaire destructeur de la Religion et des lois.

Je savais déjà, et d’une source bien sûre, que le ministre avait demandé à un autre Prélat de saisir la première occasion pour désavouer publiquement ce livre malencontreux. Sans doute, l’Université aura agi dans le même sens auprès de Mgr l’Archevêque de Paris (1). Cependant , j’avoue que cette intervention , non plus que les autres raisons apportées dans l’opuscule , ne sauraient suffire à mes yeux pour expliquer le désaveu si absolu de Monseigneur. Je le comprends d’autant moins, qu’ayant hautement déclaré, et dans l’avis de l’éditeur, et dans une lettre que vous avez publiée vous-même, que je n’avais agi , dans la publication de mon livre, qu’en qualité de citoyen français , et en vertu des droits que me donnaient la Charte et les lois , sans avoir pris l’avis du clergé ni d’aucune congrégation , Monseigneur pouvait se regarder comme pleinement dispensé de désavouer une œuvre de dévouement personnel et de déverser sur moi un blâme aussi amer, et qu’à aucun titre, Sa Grandeur doit bien le sentir, je ne puis accepter.

Monseigneur du reste m’accuse , 1° d'avoir confondu des hommes dont j’aurais dû séparer la cause ; — Cette accusation est trop vague pour être juste et pour que je puisse y répondre ; (2) 2° d’avoir fait des citations dont l’exactitude matérielle ne garantit pas toujours l’exactitude quant au sens ; — Cette accusation est du même genre que la première , et je maintiens, quant au sens, et jusqu’à preuve du contraire, l’exactitude de toutes mes citations ; (3) 3° d’avoir pris un ton très-injurieux, ce qui est une ma-

lt) La lecture des observations de M. l’Archeveque suffit peur répondre 4 cette insinuation. Quelque modéré que soit l'écrit du Prélat, l’L'nivcrsite y voit l’attaque la plus décisive contre son monopole (note de l’Ami de la Religion.) — L’Ami de la Religion se méprend ici : ce n'est point le désaveu do notre livre, que l'L'niversité et ses journaux ont regardé comme une attaque décisive; tous au contraire ont amplement loue Monseigneur l’Archevêque de ce désaveu. Aussi n'aurions-nous pas du parler d’un seul Prélat comme ayant été invité à le faire), mais de plusieurs; et nos renseignements, comme nous l’avons déjà remarqué, venaient d’une source certaine.

(2) Tout le monde connaît à Paris tels professeurs qui ne méritent pas d’être confondus avec leurs collègues. M. l’Archcvéquo ne dissimule pas d’ailleurs que des erreurs très - pernicieuses n’aient été signalées dans le Monopole universitaire (note de l’Ami de la Religion.) Nous désirerions apprendre de l’Ami de la Religion quels sont les professeurs que nous avons confondus avec leurs collègues, sans qu’ils le méritassent.

(3) Nous nous en référons à l’examen comparatif des textes qu’ou a pu lire dans ta Gazelle spéciale de l’instruction publique (note de l’Ami de ta Religion.) Nous

nière très-peu chrétienne de défendre le christianisme : — Ce qu’on appelle des injures n’occupe pas deux pages dans une œuvre de sept cents , ne tombe jamais directement sur les personnes que je ne connais que par leur enseignement, mais toujours sur l’ignorance, la mauvaise foi, ou l’impiété de leurs doctrines citées dans le Monopole , ou sur les auteurs , ce qui est rare pourtant , mais toujours et seulement en tant qu’ils en sont les auteurs : or , il me serait facile de prouver , et par l’Evangile et par presque tous les Pères de l’Eglise, que cette manière de défendre le christianisme est aussi chrétienne et peut-être plus apostolique que celle qui consisterait dans le silence , ou à donner aux impies et aux ennemis publics de notre foi et de toute religion des louanges auxquelles on ne croirait pas soi-même. Ce genre de modération ne sera jamais le mien, parce que je ne l’ai trouvé ni dans Jean-Baptiste , ni dans Notre-Seigneur , ni dans Paul, ni dans Jean lui-même , l’apêtre de la charité (t) ; car c’est lui qui a dit : « Si quis venit ad vos, et hanc doctrinam non offert ( la divinité « du Christ ) nolite recipere eum, nec ave ei dixeritis ; qui enim dixit « illi ave, communicat operibus ejus malignis. »

Si je pensais que Monseigneur eût encore eu en vue le Monopole dans le passage où il est dit : « Que ces égards étaient d’autant plus désirables « que les dispositions des personnes attaquées étaient devenues meilleures ; « qu’à l’hostilité contre la religion on voyait succéder des sentiments pa- « cifiques et même bienveillants ; que les abus qui étaient signalés « comme produits par les institutions universitaires dépendaient aussi « d’autres causes qu’il aurait été équitable de ne point passer sous silen- « ce ; qu’il était juste de remarquer que le mal, au lieu d'être en progrès, « commençait à diminuer. » (2) Je répondrais : 1» qu’à Paris, et notamment au collège de France et dans les maisons d’éducation que le

avous donc eu raisou du dire qu’on nous a jugé sans nous avoir lu cl sur la clameur des journaux 'intéressés. On sait maintenant par notre défeuse ce quo vaut la bonne foi de la Gazelle de l’ instruction publique.

( 1 ) M. Desgarcts confond ici l’énergie de la pensée avec la violence des expressions (note de l’Ami de la Religion.) Le rédacteur de cette note aura été édifié, nous l’espérons, des exemples évangéliques que nous avons donnés dans notre défense, et il aura vu avec plaisir que le mot de violence des expressions ne nous était nullement applicable, à moins qu’il ne veuille l'appliquer aussi à l'Evangile.

(2) M. Desgarcts particularise, et M. l’Arclievéquc généralise (note de l’Ami de la Religion.) Singulière façon de particulariser qui s’étend de Paris à Marseille, et de Bordeaux à Lyon !

Globe lui-même a signalées comme enseignant à leurs élèves qu’Adam , Noé, Abraham et les autres patriarches n’étaient que des mythes ; qu’à Bordeaux , à Toulouse , à Marseille , et dans toutes les villes dont j’ai cité les professeurs , il n’y avait rien de changé ; qu’à Lyon , dans la Faculté des lettres et dans les cours d’histoire du collège, le mal s’était notablement accru et par les leçons imprimées de M. Macé , plus hostiles encore au catholicisme que ccllesde son prédécesseur, M. Monin, et par l’édition de la Théorie de Kant en forme de catéchisme, par M. Bouiller , en compagnie de M. Lorlel, où sont sapés par les fondements tous les dogmes et tous les sacrements de la religion catholique. Je répondrais que, dans tous les collèges, le Siècle de Louis XIV, par Voltaire, était toujours classique; que la première Idylle de Théocrite et les Provinciales étaient toujours requises pour le baccalauréat. Enfin je rappellerais le vœu hautement exprimé, il n’y avait pas un an , par M. le grand-maître , à la distribution solennelle des prix du concours, en présence de Mgr l’Archevêque de Paris, d’avoir pour l'instruction publique de tout le royaume des maitres tels que M. Jouffroy, le panthéiste et l’athée.

Je répondrais 2° que je ne pouvais pas assigner d’autres causes à la corruption des mœurs età la décadence de la foi, que les causes déjà assignées et parM. de Cormcnin et par beaucoup d’autres publiscites, notamment par un des grands-maîtres de l’Université , dans ce principe également proclamé dans une distribution des prix de concours : « Foussaees « que s’il arrive à une génération de faire fausse route, on demande quels « maîtres la formèrent. »

Je répondrais 3° que les crimes , suicides et parricides même, loin de diminuer, allaient toujours croissant , d’après toutes les statistiques et en raison directede l’instruction... universitaire, puisque l’Université en a le monopole.

Je ne puis donc me rendre compte de l’attaque de Mgr l’Archevêque de Paris qu’en supposant, ce qui est infiniment probable, que les nombreuses occupations de Sa Grandeur, dans la dernière visite pastorale dont elle fait mention, ne lui ont pas permis de lire attentivement le Monopole universitaire , et qu’elle en aura parlé ou sur la clameur des journaux intéressés ou sur le rapport d'hommes prévenus.

Comment, sans cela , accorder la désapprobation de Mgr l’Archevêque de Paris avec les nombreuses adhésions, les remerciments multipliés que j’ai reçus de tous les rangs du clergé , les encouragements à continuer cette controverse entreprise pour la gloire de Dieu et le bien des âmes, et avec le rapide écoulement de l’ouvrage.

Fort de pareils témoignages, qui viennent corroborer celui de ma conscience, dans une lutte contre une institution anti-constitutionnelle qui, depuis trente années, tend plus ou moins ouvertement à saper par la base

toute Toi , toute morale et tout sentiment religieux en France , il m’est impossible d’accepter le désaveu de Mgr l’Archevêque de Paris comme étant celui du clergé. — J’irai plus loin, et j’aime à croire que Sa Grandeur elle-même, quand elle m’aura fait l’honneur de lire avec attention le Monopole et d’entendre mes moyens de défense , si elle veut bien me faire part de scs observations détaillées , comme le demandent l’équité et l’esprit des constitutions pontificales sur la censure des livres; alors, dis-je, j’aime à croire que Sa Grandeur me rendra plus de justice et sera au moins aussi impartiale envers moi, qui ne suis pas sous sa juridiction , qu’elle l’a été envers un des plus célèbres prédicateurs de sa ville épiscopale, se prononçant du haut de la chaire contre l’Université , avec autant d’énergie, et pour le fond et pour la forme , qu’a pu le faire le livre du Monopole.

J’ai accoutumé mes lecteurs à la franchise de mon langage : je n’ahandonnerai point cette voie , et je crois pouvoir la concilier avec le respect dû à un Evêque, tout en disant que je ne devais pas m’attendre à être jeté en holocauste au Moloch universitaire , et qu’il y avait peut-être quelque chose à faire de plus pressé dans les circonstances actuelles.

Agréez , etc.

N. DESGARETS,

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