REPONSE
FAITE PAR LE CARDINAL DE RICHELIEU ET LES JÉSUITES DE SON TEMPS AUX ACCUSATIONS DE MM. MICHELET ET QU INET , PORTÉES ALORS PAR LES MINISTRES PROTESTANTS DE CHARENTON.
Les accusations Michelet et Quinct, contre le vœu d’obéissance des Jésuites, ne sont pas nouvelles; les protestants les ont portées dès le commencement, et voici la réponse qu’y firent les Jésuites en 1625, et celle que fit Richelieu aux quatre ministres de Charenton , qui avaient porté eux-mêmes cette accusation au thrdne de Louis le juste.
« Ils disent que nous avons une obéissance aveugle , qui nous rend ca-
pables de tout faire. Aveugle est bien qui le croit au sens qu’on nou-> figure. Notre 'obéissance est aveugle , comme on dit que la justice est aveugle , parce qu'elle ne voit si non le bien , et le droit qu’elle balance en son tresbuchet d’or. Messieurs les juges sont-ils blasmables estant ainsi aveugles î Les niaiz ont cru qu’Homcre estoit aveugle , mais aveugle est bien , dit Paterculus , qui le croit : il estoit aveugle voirement, mais comme les poètes feignent que l’amour est aveugle : Car ce petit aveugle > dit Platon, ne void que ce qui est beau, pour le reste il n’a point d’yeux (1). Nostre obéissance est tout de mesme , pour tout ce qui est bon, selon Dieu et raison nous y voyons bien clair et nous sommes obéissants ; pour le mal nous n’y voulons voir goutte , il n’y a réglé au monde qui puisse y obliger.
« La pure vérité est, que nostre obéissance n’est qu’un sacré rejetton de l’obéissance des anciennes religions ; qu’on donne commission à quelqu’un de s’en informer, nous leur ferons voir et en suite à ces aveugles, mais aussi clair que le soleil luit à midy, que nous n’avons autre obéissance aveugle que celle des Chartreux , des Capucins , des Feuillans , et de tous les bons Religieux qui gardent bien leur reigle. Certes , s’il y a du mal , nous sommes tous criminels , s’il n’y en a point , nous sommes tous innocens.
« Les Jésuites , dites -vous, font serment d’obéissance aveugle et sans aucune exception , répond à son tour le Cardinal de Richelieu. Si vous n’étiez aveugles vous-mesmes , vous sauriez que le vœu de sa nature contient exception de tout ce qui est préjudiciable aux Rois ; attendu que tout vœu ayant le bien pour son objet , on ne se peut obliger par vœu à faire aucune chose contre la loi de Dieu , les ordonnances de l’Eglise , l’obéissance duc au Roi et à la charité du pro-, chain. Si vous aviez bien leu les Peres, vous sauriez que Y obéissance que vous appeliez aveugle , n’est pas blasmable , puisqu’ils enseignent qu’un vrai Religieux la doit avoir. C’est ce que veut dire (2) saint Basile lofs-
(1) Epis!, de Oh.
(2) Basil, in Const. Mo n. cap. 25. Qucmadmodum igitur paslori suo oves obtempérant , et viam tjuameumque vult, ingrediuntur : sic qui ex Deo pictatis cultores sunt , modcraloribus suis obsequi debent nihil umnino eorum jussa curiosius perser titan tes , quand» libéra sunt à pcccato , etc.
Item. l:t faber singulis artis instruments pro arbitrio utitur suo , neque uuquam ullum inventant est instrumentum quod ad quemeumque usum illc voluisset . non se facilfc tractanduui præbucrit , etc.
qu’il enseigne n'appartenir pas à un vrai Religieux d’examiner le commandement de son Supérieur quand il n’oblige point à péché, lorsqu’il le compare à l’ouaille qui prend le chemin qui plaist au Pasteur, et à l’outil qui ne résiste jamais aux volontés de celui qui s’en sert. C’est ce que désire (1) saint Ilernard, quand il dit que la parfaite obéissance n’a ni loi ni bornes , mais se porte volontairement à tout ce qui lui est commandé. C’est ce que requiert (2) saint Hierosmc, lorsqu’il dit, croi que tout ce qui t'est commandé de ton supérieur est chose salutaire, et ne juge pas des commandemens de tes majeurs. C’est enfin ce que veut (3) saint Grégoire par ces mots , que la vraie obéissance ne sçait ni examiner les intentions des supérieurs ni discerner leurs commandemens ; pareeque celui qui a soumis tout le jugement de sa vie à un plus grand que soi, n'a autre voie que d'exécuter ce qui lui est commandé , et celui qui a appris à obéir parfaitement , ne sçait pas ce que c’est que de juger. Donc les Jésuites ne sont pas coupables pour faire et garder un vœu , que les Pères de l’ancienne Eglise non-seulement approuvent, mais ordonnent comme nécessaire aux Religieux.
« Vous leur reprochez par après les Arrests qui ont été donnez contre eux ; mais il leur suffit d’avoir esté rétablis par l’Edict du grand Henry, vérifié par tous les Parlements de la France. Ce qui justifie le zèle de cet Ordre envers les Rois, son affection envers l’Estat, et l’avantage que reçoit la jeunesse du soin qu'il prend de son instruction.
« Quant à ceque vous dites de leur doctrine touchant la puissance qu’ils attribuent aux Papes sur les Rois : vous en eussiez parlé autrement que vous ne faites , si au lieu de l’apprendre des escrits de quelques particuliers, vous l’eussiez recueilli de la bouche de leur Général qui en l’an 1610, fit une déclaration publique, par laquelle non-seulement il
(t) Ber n ardus , Tract, de pracepta et dispensât. cap. 9. Perfeda obedientia legem nescit, terminis non arctatur... largiori voluntate fertur in ahitudinem carilatis , elc.
(2) Hieronym. epist. IV ad Rus tic. cap. 4. Credaa tibi salutare quidquid^præpositus praceperit , nec de majorant sententià judices.
(3) Gregor. lib. 2 , cap. 4. in I Reg. Vera obedientia nec prapositorum intentioncm discutit , nec pracepta discernit : quia qui omne vitæ suæ judicium majori subdidit , in hoc solo gaudet , si quod sibi pnecipitur , operatur. Nescit enim judicare quisquis perfectè didiceri t obedire.
improuve , mais deffend à ceux de son Ordre , sous de très griéves peines, de soutenir qu’il soit loisible sous quelque prétexte et de tyrannie que ce puisse être , d’attenter sur la personne des Princes et des Rois , etc. etc. »