CHAPITRE IV
donc une occasion favorable de donner un développement plus grand aux travaux, en reprenant la construction de l'église qui, depuis un demi-siècle, était restée aux fondations. A cet effet, François Sforza, au mois de septembre 1450 — quelques semaines après son entrée solennelle en Milan — envoyait à la Chartreuse l'architecte Jean Solario, qui avait été nommé à cette époque ingénieur de la Cathédrale de Milan; charge qu'il n'avait pas eu précédemment, à cause des désordres de la République Ambroisienne.
Le but de la visite de Jean Solario à la Chartreuse, est témoigné par une note du registre des dépenses pour le Monastère, de l'année 1450 à 1454 : « item pro expensis factis per unutn famulum nostrum qui associavit magistrtim Johannem de Solario, qui venit ad considerandum edificium ecclesie fiende». Il s'agissait donc de reprendre les études pour l'église. Les Chartreux y était poussés par un motif particulier : François Sforza avait été élu Duc depuis peu, et déjà les moines se trouvaient exposés à des sollicitations pour que les revenus assignés par Jean Galéas à la construction, fussent distribués aux pauvres. Ces prétentions venaient principalement de Pavie, qui y était encouragée par cela même que le nouveau Duc devait témoigner une déférence toute particulière envers cette ville, qui dès les premiers jours du gouvernement de la République Ambroisienne, avait souhaité de passer sous la domination de Sforza, plutôt que de s'allier aux milanais «à cause des demandes étranges que ceux-ci lui faisaient».
Une bulle de Nicolas V vint heureusement au secours des Chartreux. Cette bulle menaçait d'excommunication ceux qui oseraient molester les moines, et leur empêcher l'exécution complète de la volonté du fondateur. Sforza, lui-même, obligé en 1452 à charger le clergé d'un impôt, ou « nova subventione » pour soutenir la guerre contre les Vénitiens, tout en imposant
au clergé de Pavie 1190 ducats d'or, se considéra obligé d'exonérer de cet impôt l'Evêque de Pavie et la Chartreuse. Cette circonstance peut expliquer comment les moines, pour mieux défendre leurs droits sur les revenus dont il disposaient, se soient mis définitivement à la construction de l'église.
Quelques travaux ont été certainement commencés sans délai, car en 1452 on trouve que Jean Solario était payé pour les travaux de l'église; on payait au même titre Christophe de Conigo, l'architecte qui cinquante-six ans auparavant, avait assisté à la cérémonie de la première pierre de l'église, dont il avait étudié le dessin avec Jacques de Campione. Ainsi le tracé originaire de la construction a pu être transmis directement, par un des premiers architectes, à ce Solario qui, avec son fils Guiniforte, était destiné à le mettre en exécution. Les registres des dépenses mentionnent quelques payements de pierres travaillées pour l'église, à partir de 1453; Guiniforte Solario fut nommé architecte de la Chartreuse peu de temps après qu'il avait été engagé par les députés de la Cathédrale de Milan, à la place de François de Canobbio, qui venait de mourir.
ers la fin de l'an 1454, François Sforza exprimait l'intention d'accompagner, dans une visite à la Chartreuse, quelques ambassadeurs à la Cour de Milan. Le sécn'> taire ducal , envoyé pour annoncer cette visite aux Chartreux écrivait en date du 5 novembre «j'ai été aujourd'hui à la Chartreuse et j'ai dit au Prieur et aux autres moines du voyage de V. S. avec les magnifiques ambassadeurs, qui aura lieu le matin de samedi prochain; ils en éprouvèrent une grande consolation et un grand plaisir, et donnèrent tout de