CHAPITRE VIII
La Chartreuse de Pavie et les vicissitudes de guerre au commencement du XVI 8 siècle — Campement de Prospère Colonna à la Chartreuse en 1522 — La bat taille de Pavie, entre les troupes françaises et celles de la Ligue, dans le parc près de la Chartreuse — François I prisonnier — Campement du Duc de Bourbon en 1527.
Les vicissitudes de guerre, qui pendant les premières trente-six années du XVI e siècle affligèrent la plaine lombarde, donnant lieu à neuf changements de gouvernement, eurent une fâcheuse influence sur le tranquille développement des travaux de la Chartreuse. Les incursions continuelles des bandes soudoyées de Français, de Suisses, d'Allemands et d'Espagnols contribuaient à une tension des esprits peu propice aux sereines manifestations de l'art. En 1522 Prospère Colonna — commandant les troupes de la Ligue qui après la bataille de la Bicoque, s'était constituée entre Charles V, le Pape et le Duc de
Milan — faisait camper son armée autour de la Chartreuse. Trois ans après, les environs de la Chartreuse furent le champ d'un mémorable combat, passé dans V histoire sous le nom de bataille de Pavie; et comme François I, après s'être vaillamment défendu, fut fait prisonnier et, selon la tradition, conduit à la Chartreuse, il peut être intéressant de reconstituer, d'après les mémoires du temps, les différentes péripéties de cette journée de bataille.
u mois de février de Tan 1525, les troupes impériales protégeaient Pavie, menacée par l'armée de François I, campé à Mirabello, entre la Chartreuse et Pavie. Les troupes impériales s'étaient concentrées dans cette ville et le long du Tessin, sous le commandement du Bourbon, du Marquis du Vasto et de Don Antoine de Leyva. Selon l'écrivain Capino « les « Allemands dans Pavie, étant restés sans vin, com- « mencèrent à ne pas garder l'obéissance habituelle, et « Don Antoine avait une grande crainte». En même temps les soldats campés attendaient en vain d'être payés, car on avait intercepté la somme de 100.000 ducats destinés à la solde des troupes. Alors les chefs « redoutant des révoltes au dedans et au dehors » décidèrent de tenter l'aventure. Le soir du jeudi gras, après avoir réuni les troupes concentrées dans le château de Pavie et celles qui étaient campées, on décida de marcher vers Mirabello, où se trouvait le quartier général de François I. La marche nocturne fut quelque peu retardée par la nécessité d'aplanir les routes, pour le passage des artilleries, qui arrivèrent à la muraille du parc, seulement le matin du vendredi. Les troupes à pied, avec des poutres en fer, ouvrirent trois brèches dans la muraille, deux vis-à-vis de Mirabello et la troisième à un demi-mille