‹ La Chartreuse de PavieChapitre 48 sur 69 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

La relation déjà citée, de Jacques de Nocera, adressée à la Sérénissima, dit que le Bourbon, après avoir embrassé et conforté le Roi de France, « le conduisit « dans Pavie ; le soir il le fit souper et le Vice-Roi « lui donna lui-même l'eau ; et Monseigneur de Bour- « bon tenait la nappe et ces seigneurs tous les deux « le servaient en se tenant debout ». Dans un autre rapport on dit comment « Monsieur le Vice-Roi en- «voya dire au Duc de Milan, qu'il vînt lui parler «à Pavie, c'est-à-dire à la Chartreuse: et le Duc par- « tait pour la Chartreuse ». On peut bien comprendre de tout cela qu'en parlant de Pavie on entendait parler de la Chartreuse. Dans une lettre du 5 mars on dit « comment le Duc, à cause des avis qu'il avait reçus, « n'était pas allé à la Chartreuse craignant d'être fait « prisonnier par les lansquenets ».

eux jours après la bataille, François I était enfermé dans la tour de Pizzighettone où il était visité, le 2 mars, par Paul Luzasco envoyé par le Marquis de Mantoue. Ce Luzasco rapporte que « entrés « dans le château, nous avons vu le Roi très-chrétien, « Monseigneur Monmorancy et Monseigneur de Brion « et un neveu de Monsieur le Vice-Roi qui jouaient «à la balle avec la corde». Le Roi fit part à l'envoyé de ses impressions sur la bataille livrée peu de jours auparavant; «Sa Majesté dit que s'il eût pu « choisir lui-même le terrain pour donner bataille, il « n'aurait su le trouver ni plus beau, ni plus vaste ; «qu'à l'instant où le camp impérial entra dans le « parc, il éprouva une grande joie, car il vit tous les « avantages; d'autant plus qu'il avait 14 pièces d'ar- « tillerie qui travaillaient ». Le Roi parla aussi de la trahison des Suisses: «entendre les coups de fusils « des espagnols et se mettre en fuite ce fut pour ces

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« poltrons de Suisses la même chose. Sa Majesté dit « que de cinquante de ses gentilshommes qui étaient « de sa garde, tous sont morts ou pris auprès de lui ; « lui-même reçut une balle dans le flanc et une autre « dans l'épaule; mais il n'a pas souffert car les armes « sont parfaites, et selon un capitaine espagnol, deux « porte-faix ne les porteraient pas. Sa Majesté a été « blessée par un estoc, mais elle n'en souffre pas; que «V. E. songe qu'il joue à la balle».

Le soir même de la grande journée, le Vice-Roi avait fait une courte relation de la bataille au Doge : « il me paraît convenable de vous avertir directement «qu'aujourd'hui a eu lieu une bataille entre cette « fidèle armée et celle du très-chrétien Roi de France ; « des deux côtés on fit son devoir, enfin dans l'espace « d'une heure avec des pertes légères de notre part, « on a eu la victoire ». Dans les différentes relations sur la bataille arrivées jusqu'à nous on n'est pas d'accord sur le nombre de morts et de noyés dans le Tessin; les unes parlent de 12.000 morts dans le camp français et de 100 dans le camp impérial; les autres attribuent au camp français une perte de 6000 hommes morts et prisonniers et 8000 Suisses et Grisons noyés. Les chiffres rapportées par l'ambassadeur vénitien nous semblent les plus probables, c'est-à-dire 3500 morts français et 2000 noyés dans le Tessin, avec 2000 Suisses prisonniers. Ce dont on ne peut douter c'est que la bataille fut fatale pour les chefs français, car l'amiral Bonnivet et son fils, le maréchal La Palice, monseigneur de la Trémouille, monseigneur Boysi d'Amboise, le grand écuyer Galéas de Saint Sévérin, monseigneur de Lorraine, le Duc de Suffolk, héritier du trône d'Angleterre, et plusieurs autres demeurèrent sur le camp; avec le Roi de France furent faits prisonniers le Roi de Navarre, monseigneur de Saint Paul, monseigneur de Nevers, et un très grand nombre de chevaliers des meilleures familles françaises.

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