‹ La Chartreuse de PavieChapitre 6 sur 69 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Jabricande quant prefatus dominus dixposuit fieri facere, de bonis sediminibus possessio?iibus de Carpiano. Comitaius Mediolani». La possession de Trezzano était déjà destinée aux Chartreux en 1392: à ces biens Jean Galéas ajoutait, en 1396, ceux de Magenta, Boffalora et Binasco, destinés à la dotation des moines, et ceux de Graffignana, Vigano, Selvanesco pour les travaux du monastère ; l'acte de cette dotation a été dressé dans le Château de Pavie par le même notaire Cristiani, en présence des évêques de Pavie, Novare, Feltre, Belluno et Vicence. La solennité de cet acte témoigne que le dessein de Jean Galéas allait entrer désormais dans sa phase d'exécution.

rois mois après cette donation solennelle, on commence à trouver dans les documents de l'époque l'indication des premiers travaux. Le plus ancien registre des dépenses pour la construction de la Chartreuse, existant à Milan aux Archives de l'État, mentionne soixante-sept journées de travail depuis le 18 jusqu'au 26 juillet, ad laborerium Certoxie; les travaux prennent un plus grand développement au commencement du mois d'août; plus de quatre-vingts ouvriers sont employés, sur l'emplacement choisi pour la Chartreuse, à couper les arbres, à faire les fossés pour les fondations de l'église, et à ouvrir une tranchée pour écouler les eaux dans le canal entre Milan et Pavie; en même temps on préparait la place pour les chantiers des travaux, en construisant des hangars pour l'habitation des surveillants, et pour abriter la chaux et le sable. Dans les premières annotations des dépenses, on trove que celui qui avait l'administration générale se nommait Galea de' Pegi, et que Jean Confalonieri était le trésorier, tandis que Bernard de Venise y est désigné comme ge?ieralis inzignierius laboreriorum Cartuxiœ Papiœ.

Cette mention, qui se présente plusieurs fois dans les annotations des dépenses, enlève toute autorité à la tradition, d'après laquelle la Chartreuse aurait été l'œuvre d'un architecte allemand qui, sous le nom de Henri de Gamodia (Gmund) se trouve cité dans les documents relatif aux premières années de la construction de la Cathédrale de Milan ; attribution qui, il y a quelques annés encore était admise par les historiens de la Chartreuse. Bernard de Venise, qu'on trouve avec le titre d'ingénieur général dès les premiers travaux relatifs à l'établissement des chantiers et aux déblaiements pour les fondations, et qu'on voit pendant plusieurs années de suite à la Chartreuse, toujours avec le même titre, doit être considéré comme l'architecte qui eut une part prédominante à la conception et à la direction de cette merveille de l'architecture.

D'ailleurs, le nom de Bernard de Venise n'était pas inconnu dans l'histoire de l'art, pendant les dernières dix années du XIV e siècle. En 1391 il avait été appelé à Pavie par Jean Galéas, pour travailler à la résidence ducale: lorsqu'on voit la loge admirable donnant sur la vaste cour carrée du Château de Pavie, avec ses colonnes, ses chapiteaux et ses entrelacs d'un caractère tout à fait vénitien, lorsqu'on examine la finesse et l'élégance des terres cuites des fenêtres qui dans deux des façades de la cour ont remplacé la loge, on est amené à y reconnaître l'intervention de Bernard, dont la renommée devait être déjà consolidée à cette époque, car au mois d'octobre 1391, les délégués à la construction de la Cathédrale de Milan, suppliaient Jean Galéas de vouloir bien accorder la permission que Maître Bernard de Venise « sculpteur en bois à son service » vînt à Milan pour quelques jours, afin d'exécuter quelques travaux à la Cathédrale: l'année suivante, on retrouve Bernard à Milan, prenant part au congrès d'ingénieurs, qui eut lieu le premier

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