CHAPITRE I
de mai pour discuter sur les nombreux doutes, que Henri de Gamodia soulevait au sujet de la solidité de la construction de la Cathédrale: peu de mois après, les délégués chargés de cette construction écrivaient à Bernard de Venise, demeurant à Pavie, pour lui faire faire une belle image de la Sainte Vierge Marie avec l'enfant Jésus sur ses genoux, image qu'on voulait placer sur l'autel de l'église pour attirer la dévotion des fidèles.
L'intervention de Bernard avait encore plus d'autorité en 1400 dans les mêmes travaux de la Cathédrale, lorsque à la suite de longues discussions entre les ingénieurs de l'église, et Jean Mignot, architecte parisien, à propos de la solidité de l'abside, le Duc envoyait à Milan Bertolino de Novare et Bernard de Venise «ydo?ieos expertos inzignerios» afin qu'ils tranchassent la question, en proposant la solution qui, selon leur avis, pouvait éloigner le moindre doute au sujet de la solidité de la construction.
Artiste, sculpteur en bois recherché, et très expert en même temps dans les problèmes de la statique, Bernard de Venise, en 1396, dut paraître à Jean Galéas l'artiste digne d'entreprendre la direction de la Chartreuse de Pavie, qu'on allait construire.
Plusieurs considérations nous engagent à croire que pour la Chartreuse de Pavie, de même que pour la Cathédrale de Milan, la disposition d'ensemble a été le résultat d'une étude collective, et non l'oeuvre d'un seul artiste. — Renvoyant au Chapitre troisième les considérations qui se rattachent au tracé primitif de l'église, et aux modifications introduites dans l'organisme de la construction au cours des travaux, nous rapporterons ici les notices historiques, qui prouvent la collaboration de plusieurs ingénieurs dans la disposition d'ensemble de la Chartreuse.
e registre des dépenses déjà mentionné contient, à la date du 22 août 1396, la notice plus importante et décisive à l'égard de l'intervention de plusieurs ingénieurs. Nous y trouvons en effet la mention du paiement de 2 livres imp. et 8 sous à un nommé Antiquo — qui tenait un cabaret sur l'emplacement des travaux — pour le pain, le vin et le fromage, fournis le 1 1 août pour le dîner de cinq ingénieurs, qui étaient venus de Milan et de Pavie, afin de décider le tracé des fondations de l'église. A la date du 6 septembre on trouve heureusement les noms des trois ingénieurs qui étaient venus de Milan « causa videndi ordinandi et edificandi ecclesiam » et qui sont payés pour les six journées consacrées à l'examen des travaux. Ce sont trois noms importants dans l'histoire des arts: Jacobus de Campiliono, Johanninus de Grassis, Marais de Carona.
Jacques de Campione en 1388 figurait déjà comme l'un des principaux ingénieurs de la Cathédrale de Milan, et il présentait en 1390 avec Nicolas de Bonaventura, les dessins des grandes fenêtres de l'abside de cette église; son nom figure dans les Annales de la construction jusqu'en 1398, époque de sa mort. Giovannino de Grassi, peintre, sculpteur et ingénieur à la fois, travailla aussi à la Cathédrale de Milan pendant la même période de temps, c'est-à-dire de 1389 à 1398, année de sa mort. Marc de Carona, dit Frixono, resta attaché aux travaux de la Cathédrale encore plus longtemps, c'est-à-dire depuis 1387 jusqu'à sa mort,