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journaliers avec les personnes du monde, pour régler les affaires du couvent, le Procureur habite, de même que le Prieur, une cellule en dehors du cloître1.
Le Père Sacristain est aussi compté parmi les Officiers d'une Chartreuse ; il s'occupe de tout ce qui concerne l'église2. Nommons aussi le Père Coadjuteur, spécialement chargé des étrangers qui se présentent pour passer quelques jours dans la solitude et la retraite ; TAntiquior, autrement dit l'ancien, destiné à remplacer le Vicaire, lorsqu'il y a nécessité3, et enfin le Père Maître, chargé des novices et des jeunes profès4.
Les religieux chartreux sont divisés en jeunes et en grands profès : les premiers n'ont encore prononcé que des vœux simples, mais perpétuels, tandis que les seconds ont fait leur profession solennelle.
Le costume des Chartreux consiste en une robe longue en laine blanche, serrée à la taille par une ceinture de cuir blanc; sur cette robe ils portent un scapulaire de même couleur, formé de deux pièces d'étoffe réunie autour du cou par un capuchon, et reliées entre elles, à
1 Ibid. IL P. cap. ii. et vi.
2 Ibid. II. P. cap. vu.
3 Ibid. II. P. cap. v, n. i3.
* Ibid. II. P. cap. xvn. n. iG.
mi-corps par deux bandes qui donnent à ce vêtement la forme d'une croix. Ces bandes ont toujours été chez les enfants de saint Bruno, le signe de la profession. En guise de linge, les Chartreux se servent de tunicelles de laine. Des bas en étoffe blanche et des chaussures de cuir complètent le costume.
Outre les religieux de chœur, les Chartreux comptent encore parmi eux, des frères qui s'occupent des différents travaux de la maison. Ils sont divisés en frères Donnés et en frères Convers. Les premiers ne se lient pas par des vœux, mais se donnent à la maison, tandis que les Convers, après avoir passé cinq ans dans l'état de Donnés, font une année de noviciat et prononcent des vœux simples ; trois ans plus tard, ils peuvent être appelés à faire des vœux solennels1.
Dans TOrdre des Chartreux, toute l'autorité repose dans le Chapitre Général et le Révérend Père. Le Générai de l'Ordre, qui est toujours Prieur de la Grande Chartreuse, a seul le droit de porter le titre de Révérend Père ; les autres religieux, même les Prieurs des différentes maisons, sont appelés Vénérables Pères. Le Chapitre Général, sous la présidence du Général de l'Ordre, est composé des Prieurs
' Ibid. III. P. cap. xvu.
de chaque couvent, des Recteurs, des Vicaires des moniales et enfin des religieux de la Grande Chartreuse. Il se réunit chaque année et nomme le Définitoire « lequel par l'autorité du Chapitre, jouit, conjointement avec le Révérend Père, de la plénitude du pouvoir pour ordonner, statuer et définir *, »
En terminant, ajoutons que le Chapitre Général nomme les Visiteurs des différentes provinces de TOrdre. Tous les deux ans, le Visiteur accompagné d'un autre religieux appelé Convisiteur, fait la Visite régulière de chaque Chartreuse de sa province 2. L'Ordre des Chartreux a toujours donné la plus grande importance à la Visite des monastères, et le Chapitre Général s'est toujours efforcé de choisir les hommes les plus éminents de l'Ordre pour remplir cette charge. Nous nous ferons donc un devoir de faire connaître, autant que nos recherches nous le permettront, les noms des Visiteurs de la province de Picardie, qui travaillèrent à maintenir, dans toute son intégrité, la régularité cartusienne dans le monastère de Saint-Honoré d'Abbeville.
Les quelques lignes que nous venons d'écrire suffisent pour démontrer la sagesse des consti-
' Nova Collectio. II. P. cap. xxir. num. 28. a Cf. Stat. II. P. cap. xxin.
tutions de l'Ordre des Chartreux. On y trouve les garanties les plus efficaces contre tout abus: l'élection des supérieurs, l'universalité du vote, la liberté des suffrages, l'admission des plus dignes aux charges et aux dignités, et enfin le contrôle des Visiteurs et du Chapitre Général. C'est à ce système de gouvernement que les Chartreux doivent de s'être toujours maintenus dans la discipline primitive et de n'avoir jamais eu besoin de réforme. On a donc pu dire avec raison :
« Cartusia nunquam reformata, quia nunquam deformata. »
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PROJET DE FONDATION A BOUVERESSE. — REFUS DU GÉNÉRAL DES CHARTREUX. — ACCEPTATION PAR LE RÉVÉREND PERE DOM BOSON DE LA MAISON DE THUISON, ACHETÉE AUX TEM- PLIERS. — l'évêque d'amiens commence les constructions
DE LA CHARTREUSE DE SAINT-HONORÉ. — DOTATION DU MONA- STERE. — CHARTES DE GUILLAUME DE MAÇON A CE SUJET. — PREMIERS BIENFAITEURS DU COUVENT. — DESCRIPTION DE LA CHARTREUSE. — CONSÉCRATION DE L'ÉGLISE. — DERNIERE LARGESSE DE GUILLAUME DE MAÇON. — RECONNAISSANCE DES CHARTREUX ENVERS LEUR FONDATEUR.
UILLAUME de Mâcon, évêque d'Amiens, grand admirateur des Chartreux, désirait depuis longtemps doter son diocèse d'une de ces pieuses maisons où les enfants de saint Bruno, éloignés des bruits du monde, consumaient, dans la solitude, une existence vouée à la prière, à la méditation,
aux jeûnes et autres mortifications. Pour mettre son projet à exécution, le vénérable évêque acheta, au mois de juin 1299, avec le consentement du roi de France, Philippe-le-Bel, la terre féodale de Bouveresse, près de Granvillers'.
L'Abbé et les religieux deCharroux, de TOrdre de saint Benoit, au diocèse de Poitiers, possesseurs de cette terre, s'étaient décidés à la vendre à Guillaume de Màcon, à cause des difficultés suscitées par son éloignemcut de leur monastère. L'acte de vente relatait que l'Abbé et les moines de Charroux cédaient cette propriété à l'évêque d'Amiens, avec tous les revenus et dîmes, les terres, bois et pâturages, ainsi que tous les droits de justice y appartenants2.
L'évêque se hâta d'écrire au Général des Chartreux, le priant d'accepter cette terre et de lui envoyer une colonie de ses religieux pour établir cette fondation nouvelle. A cette époque, l'Ordre était gouverné par le R. P.
4 Bouveresse, Bouvresse. Bouvresches, paroisse du doyenné de Granvillers, — Une déclaration de l'année i3i5, donnée par Messire Érard de Montmorency, chevalier, seigneur de Conflans et dame Clémence de Muret, dame de Biausant, son épouse, constate que Bouveresse et ses dépendances avaient été vendues par les religieux de Charroux à Guillaume de Mâcon, évêque d'Amiens. Invent, de l'évêché d'Amiens — Cf. F. Darsy. Bénéfices de l'Église d'Amiens, mém. de la société des antiq. de Picardie, Documents inédits, t. VII et VIII.
2 Cf. Graves, Précis statistique sur le canton de Granvillers, p. 38.
Dom Boson1, pieux et savant religieux qui, par son zèle, avait su donner une grande extension à son institut. Depuis qu'il était au pouvoir, il avait fondé, à la demande de riches et puissants seigneurs, les Chartreuses d'Irlande; deSainte-Croix-en-Jarez, près de Rive-de-Gier, au diocèse de Lyon ; de Schala-Dei, près de la ville de Parme ; de Notre-Dame de Macourt, près de Valenciennes ; de Melan, au diocèse de Genève ; de la Val-Sainte, au diocèse de Lausanne; de Currières, dans les montagnes du Désert de Chartreuse; de Saint-Barthélemyde Ripariolo, près de Gênes ; du Val-Sainte- Aldegonde, à Longuenesse, près de la ville de Saint-Omer, et de Salettes, au diocèse de Lyon 2.
Au moment où Dom Boson recevait la lettre de Guillaume de Mâcon, le Révérend Père établissait les moniales de l'Ordre à la Chartreuse d'Eymen, sur la rive gauche de l'Isère, au diocèse de Valence, et envoyait une colonie de religieux à Létenkow, dans la province de Silésie. Toutefois il députa deux religieux chargés de visiter la propriété de Bouveresse.
1 Dom Boson, profès de la Grande Chartreuse, ancien Prieur de la Chartreuse de Saint-Hugon, en Savoie, gouverna l'Ordre des Chartreux de 1278 a 1 3 1 3- Canisius et du Saussay ont inséré son nom dans leur martyrologe au quatre des nones de mars.
3 Cf. notre ouvrage : Saint Bruno et l'Ordre des Chartreux, t. II. pp. 35, 258 et sq.
D'après le rapport qui lui fut fait, il ne put accepter cette donation, malgré son désir de répondre aux pieuses intentions de l'évêque d'Amiens. Guillaume de Mâcon, dans une de ses Chartes, nous fait connaître les raisons de ce refus. La terre de Bouveresse ne pouvait convenir aux Chartreux pour y bâtir leur monastère à cause de la stérilité du sol, du manque d'eau et surtout parce que ces religieux n'avaient pas coutume de s'établir au milieu de populations agglomérées, ce qui pouvait les distraire de leur vie solitaire1.
L'évéquc d'Amiens, reconnaissant toute la valeur des raisons apportées contre la fondation de ia nouvelle Chartreuse à Bouveresse, n'abandonna cependant pas son projet d'établir les disciples de saint Bruno dans son diocèse. Au commencement de l'année suivante, il achetait aux Templiers la maison de Thuison2, située dans la banlieue d'Abbeville, non
1 a Considérantes quod locus seu villa de Bouveresches pro fundatione domus ipsius Ordinis Cartusiensis non erat accomodus sive aptus, tu m propter sterilitatem loci et aquae carentiam, tum quia fratres ipsius Ordinis vitam ducentes solitariam, non consueverunt in villis vel oppidis habitare. » — Charte de Guillaume de Mâcon.
2 Sur l'étvmologie du mot Thuison, voir l'opinion de M. E. Prarond dans sa Topographie historique et archéologique d'Abbeville, t. II, p. 5 14 et sq. et les excellentes reflexions de M. Armand Van Robais, Mémoires de la société d'émulation d'Abbeville, années 1873 et 1876.
loin du faubourg de cette ville. Gérard de Villars, Maître des Templiers de France, du consentement de ses frères, cédait à Guillaume de Mâcon, « maison, chapelle, granges, cresonnière, appendances et tous droits dont les dits Templiers jouissaient auparavant au lieu appelé Thuison 1 » aux seules conditions de servir à la milice du Temple une rente annuelle de dix livres parisis et de faire acquitter les messes qu'eux et leurs frères de Beauvoirdevaient célébrer « trois fois ou plus par semaine y>, dans la chapelle de leur maison de Thuison. La Charte de Gérard de Villars est datée de Paris, le dimanche après la fête de la Purification de la glorieuse Vierge Marie, en Tannée i3oo3. Cette cession faite à l'évêquc d'Amiens ne fut solennellement approuvée et confirmée par Hugues de Pérando, Visiteur général de la milice du Temple, que deux ans plus tard. La Charte de confirmation est datée de la fête de l'Exaltation de la Sainte-Croix, en l'année i3o24.
La maison des Templiers était placée sur le penchant d'une colline, au bas de laquelle
• Manuscrit de la Grande Chartreuse.
• Beauvoir, commanderie de Templiers à Beauvoir-lès- Abbeville ; elle avait eu autrefois son siège à Belinval. — Cf. Prarond, Saint-Riquier et les cantons voisins, t. II.
3 Charte de Gérard de Villars. Pièces justificatives, n. i.
4 Charte de Hugues de Pérando, Pièces justificatives, n. 2.
coule la petite rivière de Novion. Elle était agréablement située et assez éloignée de tout bruit, mais les bâtiments étaient en ruines1. Seule la chapelle sous le vocable de Sainte-Marguerite était convenablement entretenue. Un manuscrit de la Grande Chartreuse nous apprend que cette chapelle passait pour être « la plus ancienne église du comté de Ponthieu » . Guillaume de Màcon prit la résolution de raser tous les bâtiments en ruines et de bâtir le monastère, sans rien conserver des anciennes constructions. Auparavant, par une Charte en date du mercredi avant la Nativité de saint Jean- Baptiste, de Tannée i3oo2, il donna la terre de Thuison à l'Ordre des Chartreux, <r avec toutes les franchises et libertés, sans rien réserver, pour en jouir et posséder à perpétuité3. »
Après l'acceptation officielle de cette fondation par le Général des Chartreux, Févêque d'Amiens se mit aussitôt à l'œuvre pour construire les bâtiments conventuels. Il commença par jeter les fondements du grand cloître et des demeures particulières des solitaires, au nombre de douze. D'après les règlements en vigueur depuis la primitive institution de l'Ordre, les
1 Aïs. de la Grande Chartreuse.
- Charte de donation de Guillaume de Màcon. — Pièces justificatives, n. 3.
3 Ms. cit. ut supra.
monastères des Chartreux, en dehors d'un certain nombre de frères Donnés et Gonvers, ne devaient contenir au cloître que douze religieux, plus un Prieur et un Procureur qui, à cause de leurs rapports obligés avec le monde, habitaient des cellules placées en dehors du cloître 1 .
La raison de ce nombre restreint de religieux dans tout monastère de Chartreux, est ainsi expliquée par les Statuts : « C'est afin que les dépenses occasionnées par un plus grand nombre de sujets, ne nous obligent pas à sortir de nos retraites pour demander des secours, ce que nous détestons2. » Plus tard, on construisit des couvents plus spacieux, contenant un plus grand nombre de religieux, mais le Chapitre Général exigeait alors des revenus en rapport avec l'importance de la communauté, « pour ne pas s'exposer, disent encore les Statuts, aux dangers d'aller au dehors pour subvenir aux besoins de la vie3. »
Tout en construisant les cellules du cloître et les bâtiments les plus essentiels à la communauté, le vénérable évêque d'Amiens s'occupait de doter le monastère de quelques revenus. La terre de Bouveresse étant trop éloignée
1 Cf. Dom Guigues, Consuetudines Ordin. Cartus. — Dom Innocent Le Masson, Annales Ordin. Cartus.
- Annales cit. lib. II et III. — Stat. Nova collectio^ cap. xxi.
5 îbid.
de la Chartreuse, il donna en échange, afin de pourvoir à la subsistance des religieux, le Personnat de Port que son neveu Guillaume de Mâcon, chanoine et archidiacre d'Amiens venait, à cet effet, de résigner f. De plus, voulant rappeler que ce Personnat, qui avait été cédé par lui à son neveu, faisait partie de la mensc épiscopale, et que la terre de Bouveresse n'avait été donnée qu'en échange du Personnat de Port2, il décréta qu'après la mort de son neveu Guillaume, la terre de Bouveresse devait revenir de plein droit à l'évèché d'Amiens3. Les doyen et chanoines du Chapitre de l'Église d'Amiens, appelés à donner leur avis sur cet échange, approuvèrent la décision du pieux évèque qui, disaient-ils, « faisait un heureux commerce des biens temporels pour les biens célestes et cherchait à acquérir l'héritage éternel au prix des biens périssables*. » Cette dé-
' D'après le Pouillé de l'archidiaconé, la dîme de la paroisse de Port-le-Grand avait été donnée au Chapitre de Notre-Dame d'Amiens, par le titre de sa fondation ; elle fit ensuite partie de la mense épiscopale. Les Chartreux, comme seigneurs du lieu, avaient le droit de présentation à la cure. Rec. décis. Capital. Ms. p. 170. La portion congrue payée au curé par les Chartreux était de 200 livres. Déclaration de
2 Cf. Actes de l Église d'Amiens, I, XLVI. — Gailia christ. t. X, 1 189. c. — Le P. Daire, Histoire du doyenné de Poix, p. 1 3.
3 Charte cit. Pièces justificatives, n. 3.
< « Desiderans terrena pro cœlestibus et transitoria pro mansuris felici commercio commutare. » Charte du Chapitre.
cision fut rédigée et signée en séance capitulaire, le vendredi avant la fête de sainte Madeleine, en Tannée I3001.
Dès le moment où l'essentiel fut réglé, les constructions de la nouvelle Chartreuse étant en pleine activité, Guillaume de Mâcon pria le Général des Chartreux d'envoyer son mandataire pour entrer en possession du monastère et prendre la haute direction des travaux. Dom Hugues de Neufchàtel, profès de la Chartreuse de Paris et, croit-on, ancien Procureur de cette maison, fut envoyé à cet effet près de Tévèque d'Amiens. Les archives de la Grande Chartreuse nous ont conservé les deux Chartes données dans cette circonstance par Guillaume de Mâcon. La première est datée du Vendredi- Saint de Tannée i3oi ; elle relate les faits dont nous venons de parler.
Dans cette pièce, Tévêque d'Amiens s'efforce de prévoir les difficultés qui pourraient surgir dans l'avenir, au détriment des Chartreux ou de Guillaume son neveu. 11 décide donc que, si un de ses successeurs voulait faire rentrer le Personnat de Port dans la mense épiscopale, ou si quelqu'autre personne empêchait les enfants
* Charte du Chapitre de l'Eglise cathédrale d'Amiens, Pièces justificatives, n. 4. — Le vidimus de cette pièce par Guillaume de Mâcon est datée du Vendredi-Saint de l'année i3oi. Pièces justificatives, n. 5. — Cf. Pouillé de i3oi, ms.
de saint Bruno de jouir en paix des revenus de ce Personnat, la maison et la terre de Bouveresse avec ses dépendances devraient revenir de plein droit aux Chartreux. D'autre part, il décrète que si son neveu, Guillaume de Mâcon, est inquiété dans la jouissance de la terre de Bouveresse, il devra être remis en possession des revenus du Personnat de Port».
La seconde Charte, par laquelle Tévêque Guillaume donne à Dom Hugues de Neufchâtel l'investiture de la maison de Thuison et du Personnat de Port, est datée de ce village, « en la maison où est mort saint Honoré, évêque d'Amiens, » le mardi avant la fête des saints apôtres Simon et Jude, année i3oi. Le Prélat y revient sur les prescriptions déjà réglées, mais dans le préambule, après avoir fait l'éloge de la vie pieuse et mortifiée des disciples de saint Bruno, et avoir comparé leur institut à un champ fertilisé par la rosée céleste, il rappelle les pieux motifs qui l'ont fait agir en établissant le monastère de Thuison : il a voulu être aidé et consolé, pendant sa vie, par les saintes prières des religieux de Saint- Honoré, et grâce à leur puissante intercession,
* Voir cette Charte, Pièces justificatives, n. 6. — Le vidimus de cette pièce par l'officialité de Paris a été donné le vendredi avant les Brandons de l'année i3o2.
avoir part, après sa mort, au bonheur éternel dans le sein de Dieu S
Le Personnatde Port ne pouvant donner aux Chartreux un revenu suffisant pour l'entretien de la communauté, Guillaume de Mâcon voulut y ajouter les revenus de l'Église Saint-Martin de Nolette2. Le pieux évêque, avec le consentement des membres du Chapitre de la cathédrale, céda à perpétuité, « pour le salut de son âme et à titre de pure et entière donation, » cette église paroissiale avec tous droits et revenus, comme dépendance du Personnatde Port. Les archives de la Grande Chartreuse nous font connaître deux Chartes de Guillaume de Mâcon concernant cette donation : une à la date de 1 3o2, le jeudi avant la Nativité de laglorieuse Vierge Marie3; l'autre datée de Paris, le jeudi avant la Nativité de saint Jean-Baptiste, en Tannée i3o3.
1 Charte d'investiture, Pièces justificatives, n. 7. — Le vidimus de l'officialite' de Paris fut donné le mardi après la fête de sainte Madeleine. Les archives de la Grande Chartreuse ne nous donnent pas l'année de ce vidimus.
% Nolette, Nollette, Noyellette, Nigellula. Pouilléde tSor. au doyenné d'Abbeville. — La portion congrue payée au cure par les Chartreux était de 100 livres, plus 5o livres pour dire la messe, les fêtes et 'dimanche à Hamelet, annexe de Nolette. Déclaration de 1 -28. — Cf. F. Darsy, op. cit. ut supra.
3 Charte de Guillaume de Mâcon pour la donation de l'église de Nolette. Pièces justificatives, n. 8. — Le vidimus de l'officialite de Paris porte la date de i3o5, le mardi après la fête de sainte Madeleine.
Dans cette dernière Charte, l'évêque rappelle aux Chartreux qu'ils sont chargés, par cette donation, de subvenir aux besoins spirituels de la paroisse ; mais que, ne pouvant le faire par eux-mêmes, à cause de la règle qui les oblige à rester dans leur monastère, ils présenteront à l'Ordinaire du diocèse un ecclésiastique ; de plus, ils lui céderont la troisième partie des menues dîmes, ainsi que les offrandes et le casuel. L'évêque se réservait la collation du bénéfice et le droit de destitution1.
Pendant que l'évêque d'Amiens s'efforçait de doter le monastère en construction, plusieurs seigneurs des environs sollicitèrent l'honneur de participer à la pieuse entreprise de Guillaume de Màcon. Parmi ces bienfaiteurs, outre Simon de Mâcon, chanoine de Noyelles et neveu du fondateur, on doit mettre en première ligne le chevalier Jehan, sire de Nouvion. Ce généreux seigneur combla de ses largesses le nouveau monastère, dont il se considère, nous apprend une de ses Chartes, comme « fondeur en partie ». En dehors de l'argent qu'il donna aux Chartreux pour la construction du couvent, il voulut aussi aider à sa dotation. « Meu de bonne et pure dévotion2, »
1 Seconde Charte de Nolette. Pièces justificatives, n. 9. — Le vidhnus de l'offkialité de Paris est de i3o5.
2 A/5, de la Grande Chartreuse.
il céda « pour Dieu en aumônes, perpétuellement à la maison de la Chartreuse séant d'encontre Abbeville, » le moulin, le vivier et les marais de Bonnel-lès-Nouvion 1 ; plus quarante journaux de terre, situés dans son domaine de Nouvion et vingt journaux de bois à Forest-FAbbaye'2, avec la justice et tous les droits dont il était en possession 3.
Les archives de la Grande Chartreuse conservent la copie de deux Chartes de Jehan de Nouvion; la première rappelle la donation de vingt journaux de bois, elle est datée du mois de juin i3o24 ; la seconde a rapport aux quarante journaux de terre situés à Nouvion, et divisés en deux pièces, Tune de vingt-neuf et l'autre de onze journaux. Cette dernière Charte est datée de Nouvion « le lundi devant la feste de de saint Thomas l'apostre, Tan de l'Incarnation de Notre Seigneur, i3o35. »
En i3o7, les constructions les plus essentielles du monastère étaient terminées. D'un
( Nouvion chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Abbeville.
• Forest-l'Abbaye, hameau de Nouvion dépendant pour un quart de Nouvion et un quart de la commanderic de Bcauvoir-lès-Abbcville.
3 Ms. cit. ut supra.
1 Charte de Jehan de Nouvion. Pièces justificatives, n. 10.
5 Seconde Charte de Jehan de Nouvion. Pièces justificatives, D. II.
style simple et sévère, la Chartreuse de Saint- Honoré offrait un aspect pittoresque. L'église avec ses hautes ogives, ses pignons et son clocher, dominait tous les bâtiments conventuels, et se reliait au grand cloître dont les sombres arceaux gothiques conduisaient aux demeures des solitaires. Les dispositions, adoptées pour la construction du couvent, rappelaient à peu de différence près le premier monastère construit par saint Bruno, dans le désert de Chartreuse. L'église placée au fond de la cour d'entrée semblait être le centre vers lequel rayonnaient toutes les parties de l'édifice, tout en faisant la démarcation entre les bâtiments consacrés aux moines et ceux réservés aux frères et aux hôtes du couvent. Le grand cloître était construit sur le flanc sud de Téglise, se reliant au grand escalier du priorat et donnant accès à la salle capitulaire et au réfectoire de la communauté. Toute cette partie du monastère était spécialement réservée aux religieux de chœur.
Au côté nord de l'église se trouvaient Tantique chapelle des Templiers et la première cour d'entrée qui donnait accès à ce sanctuaire spécialement réservé aux femmes. Dans la seconde cour, à l'extrémité de l'église s'élevaient le quartier des étrangers, les logements des frères et des domestiques, ainsi que les diverses
obédiences du couvent. La basse-cour, les dépendances et les bâtiments affectés à l'exploitation agricole avaient été rejetés sur le côté de la seconde cour, derrière les bâtiments des hôtes, pour ne troubler en rien le calme et le silence qui devaient régner dans le monastère.
La bibliothèque communale d'Abbeville possède plusieurs plans de la Chartreuse de Saint- Honoré, provenant de la collection de Mr Delignères de Saint- Amand. Nous reviendrons sur la description du monastère. Grâce aux dessins du manuscrit Siffait qui nous ont été gracieusement communiqués par M1* Oswald Macqueron, il nous sera permis d'entrer dans plus de détails sur l'église et le couvent. Contentons-nous, quant à présent, de constater qu'on admirait l'harmonie de l'ensemble et l'effet pittoresque des grands murs de clôture, ornés de tours qui donnaient au couvent l'aspect d'une enceinte fortifiée. Nous ignorons si ces hautes murailles furent élevées au moment de la construction primitive, ou si elles furent ajoutées dans la suite. Ce fait n'a qu'une importance relative.
Nous avons la preuve que Guillaume de Mâcon, heureux de voir son œuvre terminée, voulut donner à l'église le sceau de la consécration solennelle. Dans cette circonstance, levêque d'Amiens fut assisté par Dom Guil-
laumc, évêque de Lydda, de l'Ordre de saint Dominique.
L'imposante cérémonie de la consécration eut lieu, au milieu d'un grand concours de peuple, en l'année i3oy, le samedi après l'Ascension. L'église fut consacrée en l'honneur de Dieu, de la sainte Vierge, de la sainte Croix, de saint Jean-Baptiste, de saint Honoré et de tous les Saints. Le couvent fut placé sous le patronage spécial de saint Honoré, ancien évéque d'Amiens. Les deux prélats consécrateurs accordèrent chacun une année d'indulgence à tous les fidèles qui avaient assisté à cette cérémonie, après s'être approchés du tribunal de la pénitence. Déplus, voulant rappeler, par des faveurs spirituelles, le souvenir de ce grand événement, ils concédèrent à perpétuité quarante jours d'indulgences à tous ceux qui visiteraient l'église des Chartreux au jour anniversaire de la dédicace l.
Les religieux n'étaient pas encore au complet dans le nouveau monastère. Quelques cellules du cloître attendaient encore leurs habitants, mais Guillaume de Màcon avait tout préparé pour les recevoir. Un manuscrit de la Grande Chartreuse nous apprend que le vénérable
1 Voir les deux Chartes de la dédicace de l'église du motiastère de Saint-Honoré. Pièces justificatives, n. 12 et i5.
évêque donna au monastère « quelques calices d'argent, un encensoir d'argent, des chasubles et autres beaux ornements, des livres et autres meubles a1. Le don qui parut le plus précieux aux anachorètes du couvent de Thuison, fut une relique insigne de saint Honoré. Guillaume de Mâcon, dit le manuscrit que nous venons de citer, déposa dans l'église de la Chartreuse, après avoir obtenu le consentement des doyen et chanoines du Chapitre de l'église Notre-Dame, d'Amiens, Je très précieux et glorieux chef de saint Honoré que Ton conservait auparavant dans une chapelle de l'église de Port'2.
Le pieux prélat qui, par sa générosité et ses vertus éminentes, avait mérité de ses ouailles le nom de bon évêque, venait souvent se reposer,
1 Arch. de la Grande Chartreuse.
- Saint Honoré, fils d'Aimeric, comte de Ponthieu, naquit au village de Port; huitième évcque d'Amiens, il se dévoua à l'évangélisation des populations de la Picardie. Il mourut, le 16 mai de l'année 600, dans le village où il avait pris naissance, et fut enterré derrière l'autel de Port, où son tombeau est encore conservé. Ses reliques furent transportées dans la ville d'Amiens au IXe siècle, vers l'an 854; l'évêque Hilmcrade les avait fait enlever à cause de la crainte qu'inspiraient les ravages des Danois. Quelques auteurs pensent que le chef du saint resta à Port, jusqu'au moment où il fut transféré à la Chartreuse d'Abbeville. Chaque année, les Chartreux d'Abbeville faisaient un pèlerinage au tombeau de saint Honoré, dans l'église de Port. — Cf. Actes de l'église d'Amiens, I, XXII. — Dom François Ganneron, Monumenta Cartusiœ Sancti Honorât i ad Abbavillant. vit a sancti Honorati, ms. de la bibliothèque d'Ahbeville. — L'abbé J. Corblet, Hagiographie du diocèse d'AmienSy t. III, p. 38 et sq.
près des disciples de saint Bruno, des fatigues de son ministère pastoral. iVlais en aucune circonstance il ne voulut se prévaloir de son titre de fondateur pour s'immiscer dans la direction spirituelle du monastère. Dès i3oi, il avait reconnu, dans une de ses Chartes, tous les privilèges et les immunités de l'Ordre1.
Le Pape Urbain V n'avait pas encore rappelé aux évêques que les couvents de Chartreux étaient exempts de la juridiction épiscopale et ne relevaient que du seul Siège apostolique2. Toutefois le vénérable évèque, en venant au milieu des solitaires de Thuison, cherchait à faire oublier sa dignité ; il voulait seulement se recueillir dans cette pieuse retraite, aimant à se considérer comme un des membres de la communauté. Dans le calme de la solitude, il semblait ne plus se préoccuper des affaires de son diocèse, et souvent le Prieur aurait pu lui dire, comme saint Bruno à Hugues, évêque de Grenoble : « lté ad opes. »
1 Cf. Charte de Guillaume de Alâcon en i3oi.
"- Le privilège de l'exemption de l'Ordinaire est constaté par les bulles d'Alexandre III, Lucius III, Clément III, Innocent III, Innocent IV, Clément V. Sur ce sujet, la bulle la plus remarquable est celle d'Urbain V, en date du 9 des calendes d'avril i'ib?. Cette exemption d'après Mabillon peut remonter au XII<-' siècle. Cet auteur, dans ses Annales Bened. VI., fait remarquer que les éveques, trouvant qu'il y avait chez les Chartreux plus à admirer qu'à corriger, offrirent de se dépouiller de leur juridiction sur ces religieux, en faveur du Chapitre Général.
Il aurait été doux au saint et vénérable évêque d'Amiens d'abandonner son évêché et de se préparer à Ja mort sous la blanche robe du Chartreux. Ne le pouvant pas, il voulut du moins, avant de mourir, laisser encore aux religieux de Saint-Honoré une marque de son attachement, et mériter de plus en plus le secours de leurs prières. Par une Charte datée du mercredi, veille de la fête des saints apôtres Pierre et Paul, en Tannée 1307, il leur donna soixante journaux de terre situés à Halloy1, pour subvenir aux besoins de la communauté 2.
Peu de temps après cette donation, le 19 mai i3o8, Guillaume de Màcon rendait sa belle âme au divin maître et allait recevoir la récompense de ses vertus3.
1 Halloy, fief à Neuilly-l'Hôpital, paroisse de Canchy.
2 Charte de donation de Guillaume de Mâcon de soixante journaux de terre à Halloy. Pièces justificatives, n. 14.
3 Le corps de Guillaume de Mâcon fut inhumé dans la chapelle de Sainte-Marguerite dans la cathédrale d'Amiens. Le nécrologe du Chapitre de cette église trace en quelques mots l'éloge du vénérable évêque : vir magni consilii et magnce scientiœ, cujus fama celebris in toto regno Francis fuit mirabiliter dilatata. — Les armoiries du prélat, d'or frété de sable à la face d'azur chargée de trois fleurs de lys d'or, se voyaient dans la première cour du couvent de Thuison, près de la seconde entrée. — Un manuscrit delà bibliothèque d'Amiens donne pour armoiries à l'évcque Guillaume de Màcon d'azur au lion passant d'or, lampassé et couronné d'or. Il doit y avoir erreur de la part de l'auteur. Peut-être sont-cc les armes de Guillaume, neveu du prélat.
Cette perte fut bien sensible non seulement aux Chartreux, mais encore aux membres de son clergé et aux pauvres de son diocèse qui le considéraient comme leur père. On rapporte, d'après un ancien martyrologe d'Amiens, que le saint évèque ordonna « ses biens durant sa vie être mis et départis, pour l'amour de Dieu en trois parties 1 » . La première pour fonder la Chartreuse de Saint-Honorélès-Abbeville, la seconde pour racheter les pauvres prisonniers, et la troisième pour aider à marier les filles pauvres ou leur permettre, si c'était leur désir, d'entrer en religion *.
Les Chartreux n'oublièrent jamais, devant Dieu, leur généreux fondateur, et, plusieurs siècles après sa mort, ils priaient encore pour le repos éternel de son âme. Chaque année on célébrait, à cette intention, un obit solennel le treizième jour du mois de mai3. Pour perpétuer le souvenir de la pieuse fondation de Guillaume de Màcon, les fils de saint Bruno firent
1 Ap. Ms. de la Grande Chartreuse.
- Cf. Dom François Ganneron, Monuments, Cartusix Sancti Honorati ad Abbavillam. — Vita R. F. Guillelmi episcopi,fitndatoris. ms. cit.
3 Le P. Ignace-Joseph de Jésus-Maria, Carme déchaussé, Hist. générale des comtes de Pontkieu et Mayeurs d'Abbevi'//e, p. 253. — Idem, Hist. ecclés. d'Abbeville.
graver sur la porte de leur église la naïve inscription suivante 1 :
<£n rj)0tumti' ï»f saint Cjonorc Sai par bcnipe nolantc Cotise ï»c céans fondée U*utl prélat îic aranït renommée fjommr saa,e, franc et gcntis (Eoèque ï>13miens fut taois Ce lint oéuotcmcnt t*onî>a C'ait ï>e grâce n'en ï>outrj ja iîltl trois cent et un sans plus Son àmc sait aucc 3csus.
De plus, pour montrer leur reconnaissance envers leur vénéré fondateur, les Chartreux
' On ignore l'époque où ces vers furent gravés sur la porte de l'église des Chartreux ; on ignore aussi quand ils disparurent. Ce qui paraît certain, c'est que cette incription n'existait déjà plus dans le courant du X.V1« siècle. Toutefois comme elle a été reproduite parle Père Carme Ignace-Joseph de Jésus- Maria, dans son Histoire ecclésiastique d'Abbeville et de Var~ chidiacoiié de Ponthieu ; par le Chartreux Dom François Ganneron, dans son manuscrit Alomimenla Cartusiee Sancti- Hanorali, et par l'auteur anonyme du manuscrit de la Grande Chartreuse, nous croyons à son authenticité.
de Thuison adoptèrent, pour armoiries de leur maison, ies propres armes de Guillaume de Màcon l.
Armoiries de la Chartreuse de Saint-Honoré.
D'or frété de sable à la face d'azur chargée de trois fleurs de lys d'or.
* Ces armoiries du monastère de Thuison ont été reproduites d'après une vieille carte de la Grande Chartreuse relatant les anciennes fondations de l'Ordre.
Sur le tombeau du pieux fondateur de la Chartreuse de Saint-Honoré on lisait cette inscription :
Matïsconmis orte, post Slmbtanfneta Sactm prêtante, jaat l)ic <&uillelmu8 humât us «Glut prius.... îrortor fuit rt ranonteta ôitmmf ftimosus, faamltoa rt iugeniosus Cifrtrus anodin fuit l)ir rrab Cu&mûri tërr gorto ï>eno amjunrtus corïtc stxtno fJogt rursum talon ronsrîût JJantifirakm Brtem, qui rura fuit crdcsiastica iura Jntrgra utmtt emwtaque multipltrarr.
iloe pnelatum, rector pius infrriarmn, Prarsul fccnis fuit annia, clarus...
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CHQ,icPITçT{E III.
DOM HUGUES DE NEUFCHATEL PREMIER PRIEUR DE SAINT -HONORÉ. — DOM BARTHELEMY. — DERNIERE DONATION DE GUILLAUME DE MAÇON. — THIBAUT DE CHAT1LI.ON, ARCHIDIACRE DE PON- THIEU; JEHAN, SEIGNEUR DE NOUVION ; SIMON DE MAÇON, CHA- NOINE DE NOYELLES ET GUILLAUME DE DOUDAINV1LLE, BIEN- FAITEURS. — PHILIPPE-LE-BEL PREND LE MONASTÈRE SOUS SA PROTECTION. — LETTRES ^ASSOCIATION AVEC LES CHARTREUSES DE SAINT-OMER, DE GOSNAY ET DE MONTREUIL. — NOUVEAUX BIENFAITEURS DU COUVENT. — SUITE DES PRIEURS. — LES ANGLAIS RAVAGENT LE MONASTERE. — DIPLOME DE PHILIPPE DE VALOIS.
E premier Prieur de la Chartreuse de Saint-Honoré fut Dom Hugues de Neufchatel , dont nous avons déjà parlé au chapitre précédent. Ce religieux, profès de la Chartreuse de Paris, exerçait, croiton, la charge de Procureur lorsque le Révérend Père Dom Boson, Général de TOrdre,
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l'envoya près de Guillaume de Mâcon, avec pleins pouvoirs, pour accepter la nouvelle fondation et présider à la construction du monastère.
D'après la Charte de fondation, nous voyons que Dom Hugues s'était présenté au village de Port et avait été reçu par l'évêque d'Amiens, dans le jardin de la maison même du glorieux confesseur saint Honoré, le Vendredi-Saint de l'année i3oi. Ce religieux, avec quelques-uns de ses frères, s'établit provisoirement à Thuison, dans un bâtiment provenant de la maison des Templiers et situé près de la chapelle de Sainte- Marguerite. Dans le plan du nouveau monastère, il fit conserver cette antique chapelle qui, placée en dehors de la clôture, près de la porte d'entrée, fut réservée aux femmes,celles-ci n'ayant pas le droit, d'après les règles en usage chez les Chartreux, de franchir le seuil du couvent
Hugues de Neufchatel, que l'on considère comme le premier Prieur de Saint-Honoré, n'eut réellement que le titre de recteur 2, la communauté n'ayant été définitivement organisée que sous son successeur. Après s'être entièrement dévoué à la construction du monastère, Dom Hugues n'eut pas la consolation de voir
*Stat. IL P. cap. xx, n. 2 et 3.
3 Cf. Ms. de la Grande Chartreuse.
la fin des travaux. En i3o5, il fut remplacé par Dom Barthélémy. On ignore si Hugues de Neufchatel mourut à la Chartreuse d'Ab-
beville !, ou s'il fut envoyé, par le Chapitre Général, dans une autre maison de l'Ordre.
Dom Barthélémy continua les travaux commencés par son prédécesseur et assista, en i3o7, à la consécration de l'église par Tévêque d'Amiens et par l'évêque de Lydda de l'Ordre des Frères-Prêcheurs. La communauté étant constituée, Dom Barthélémy, qui n'avait eu jusque-là que le titre de recteur, fut nommé Prieur par le Chapitre Général. Nous trouvons son nom dans un compromis passé en i3o6, devant Guillaume de Mâcon et l'Abbé de Cluny, à l'effet de terminer un différend élevé entre Philippe, Prieur de Saint-Pierre d'Abbeville et la communauté des Chartreux2. Les religieux de Saint-Pierre prétendaient, à cause de leur droit seigneurial, pouvoir prélever une partie des oblations et des offrandes
• D'après l'usage reçu chez les Chartreux, leurs monastères portaient le nom de la ville près de laquelle ils étaient bâtis. Ainsi le couvent du Val-Sainte-Aldegonde, à Longuenesse, s'appelait Chartreuse de Saint-Omer ; celui de Notre- Dame-des-Prés, à Neuville, était désigné sous le nom de Chartreuse de Montreuil, etc. Lorsque, dans cette monographie, on parle de la Chartreuse d'Abbeville, il est entendu qu'il s'agit du couvent de Saint-Honoré, à Thuison.
2 Archives de la Grande Chartreuse. — Cf. Sentence arbitrale en faveur des Chartreux. Bibliothèque d'Abbeville.
faites par les fidèles dans la chapelle de Sainte- Marguerite, dite des Templiers. Une sentence arbitrale de i3o6 les débouta de leurs prétentions.
Ce fut sous ce Prieur que Guillaume de Mâcon, sentant sa fin approcher, fit donation au couvent de Saint-Honoré de soixante journaux de terre situés à Halloy l. Malgré les libéralités de l'évêque d'Amiens et de plusieurs autres bienfaiteurs, les revenus du monastère étaient encore bien insuffisants. Nous trouvons dans une lettre de Thibaud de Chàtillon, archidiacre de Ponthieu , que les Chartreux avaient à peine ce qui était nécessaire pour la nourriture de la communauté pendant la moitié de Tannée 2. Sur la demande de Dom Barthélémy, l'archidiacre, pour venir au secours des Chartreux, céda au couvent de Saint-Honoré une partie des droits qui lui étaient dus pour sa visite dans la paroisse de Port. Thibaud de ChâtilIon,en son nom et en celui de ses successeurs, déclare faire la remise des droits perçus par l'archidiacre sur le Personnat de Port, à la condition que les Chartreux remettront, chaque année, à l'archidiacre, la somme de
' Cf. Charte de donation des terres d 'Halloy. Pièces justificatives n. 14.
-«Ad sustentationem fratrum ipsorum pro medietate.anni vix possunt sulïkere. »
vingt-quatre sous parisis. Il termine sa lettre en réservant pour lui et ses successeurs la faculté de rentrer dans leurs droits, si le Personnat de Port était retiré aux Chartreux. La lettre est datée du mercredi, vigile de la fête des saints apôtres Pierre et Paul, en Tannée 13071.
Vers cette époque, mouraient deux bienfaiteurs du monastère, Jehan, seigneur de Nouvion et Simon de Mâcon, chanoine de Noyelles et neveu du fondateur. Tous deux recurent la sépulture dans la chapelle de Sainte-Marguerite ; le premier, mort le 9 mai i3o6, fut placé devant le maître-autel, et le second, mort le 14 juillet i3oq, fut inhumé dans le chœur \
Dès le commencement de la fondation, Guillaume de Mâcon avait non seulement accordé aux Chartreux d'Abbeville le droit d'établir, dans la clôture, un cimetière pour ceux de leurs frères qui mourraient dans le couvent, mais de plus il leur avait permis de donner, dans Tintérieur de leur monastère, la sépulture à ceux de leurs bienfaiteurs qui demanderaient cette faveur3. Les premiers qui bénéficièrent de cette autorisation furent, comme
{ Lettre de Thibaud de Châtillon. Pièces justificatives, n. 1 5. 3 A/m. de la Grande Chartreuse.
3 La Charte de Guillaume de Mâcon est datée du mercredi avant la fête des saints Simon et Jude, année i3oi. Le vidimus de l'officiante de Paris est du mardi après la fête de sainte Madeleine, i3o5. — Pièces justificatives, n. 16.
nous venons de le voir, Jehan de Nouvion et Simon de Màcon. Toutefois, le seigneur de Nouvion, comme « fondeur en partie » du monastère, fut peint à genoux dans le tympan de la porte de la chapelle Sainte-Marguerite, avec ses armoiries d'azur à trois aigles d'or
Quelques années plus tard, le neveu de Jehan de Nouvion, Guillaume de Doudainville 2, chevalier, seigneur de Nouvion, voulut imiter l'exemple donné par son oncle et montrer sa grande affection pour les Chartreux, en leur donnant dix journaux de bois, au lieu dit le Croch, sur le territoire de Forest-1'Abbaye, touchant aux vingt journaux donnés au monastère par Jean de Nouvion. Dans sa Charte de donation, datée du mois d'août i3i6, Guillaume de Doudainville nous fait connaître la pensée qui l'avait guidé en offrant, à la Chartreuse de Saint-Honoré, une partie de son patrimoine. L'acte passé devant Jehan L'Enfant, sénéchal de Ponthieu, relate que cette donation a été faite pour obtenir les prières des solitaires de Thuison « pour pourrit de l'âme de my et de ma famé et de mes hoirs», dit la Charte 3.
■ Mss. de la Grande Chartreuse.
2 Les manuscrits de la Grande Chartreuse donnent Doudainville; certaines Chartes portent Doudianville. Ne seraitce pas Doudelainville, village du canton de Hallencourt?
3 Charte de Guillaume de Doudainville. Pièces justificatives, n. 17.
Pendant ces temps difficiles, où le Ponthieu
et la Picardie étaient continuellement sillonnés par des partis ennemis, les abbayes et les monastères recherchaient la protection des rois et des puissants seigneurs. Dom Barthélémy eut donc recours à Philippe le Bel et le supplia de se déclarer protecteur du couvent. Ce monarque qui venait de marier sa fille Isabelle de France avec Edouard II, roi d'Angleterre et comte de Ponthieu, accéda aux désirs du Prieur et envoya aux Chartreux d'Abbe ville un diplôme par lequel il fait savoir à tous présents et à venir qu'il met et prend sous sa garde et protection le couvent de Saint-Honoré, et enjoint aux juges de son royaume de défendre les religieux et leurs biens de tout dommage et oppression. Ce diplôme est daté de Tours, au mois de mai i3o8 *.
Malgré cette protection royale, la position du monastère restait toujours dans un état précaire. Les bienfaiteurs nouveaux étaient peu nombreux. Nous devons enregistrer, à cette époque, la donation de Jeanne de Mayenne, épouse du sieur Colard Lenain, bourgeois d'Amiens qui, en i3io,, céda aux Chartreux, pour la nourriture d'un religieux, le péage de
{ Diplôme de Philippe -le- Bel. Pièces justificatives, n. 18.
Resson, en Normandie, rapportant sept livres parisis !.
Après avoir édifié ses frères, pendant vingtcinq ans, par le strict accomplissement de tous ses devoirs de religieux et de Prieur, Dom Barthélémy rendit son âme au souverain maître, en Tannée i33o ou i33i 2. Avant de mourir, ce vénérable Prieur avait demandé, en faveur de son monastère, les immunités et les privilèges déjà accordés par le Siège apostolique aux religieux de la Grande Chartreuse et à ceux de différentes maisons de l'Ordre. JeanXXII, touché de la supplique de Dom Barthélémy et sincèrement attaché à l'institut des Chartreux, s'empressa d'accéder au désir du Prieur de Saint- Honoré et accorda à ce monastère, non seulement toutes les faveurs spirituelles et les immunités concédées aux Chartreux par lui ou ses prédécesseurs3, mais de plus il spécifia que les religieux deThuison jouiraient, de plein droit,
• Kalendarium du couvent, ms. — Avec l'assentiment du Chapitre Général, ce péage fut vendu par les Chartreux en
2 Dom François Ganneron, dans son manuscrit Monumenla Cartusix Sancti Honorati, ne nomme pas Dom Barthélémy; il donne comme second Prieur Dom Jean Gembelin, or ce religieux ne fut placé à la tête de la communauté qu'au XV* siècle.
3 Parmi les Papes qui, avant Jean XXII, accordèrent immunités et privilèges à l'Ordre des Chartreux, nous trouvons Alexandre III, en 1 164 et 1 176 ; Lucius III, en 1 184 ; Clé-
de tous les privilèges qui dans l'avenir seraient accordés à FOrdre par ses successeurs. La lettre de Jean XXII est datée d'Avignon, le 10 des calendes d'octobre, dans la quatorzième année de son pontificat 1.
Le Général des Chartreux, Dom Clair de Fontenay2, choisit comme successeur de Dom Barthélémy, Dom Renaud, religieux d'une modestie remarquable et d'une grande piété. Le nouveau Prieur mit tout son zèle à faire fleurir la discipline monastique au sein de sa communauté. Sous son gouvernement, Dom Jacques, Prieur du Val-Sainte- Aldegonde, près de Saint- Omer, obtint des religieux de la maison de Saint-Honoré, une association de prières. La lettre est datée de la troisième férié après la fête de saint Mathias, apôtre, en l'année i3363. L'année suivante, Dom Galchère, Prieur du Val-Saint-Esprit de Gosnay, sollicita et obtint
ment III en 1190; Innocent III, en 1202, 1212 et I2i3; Honorius III, en 1218 ; Grégoire IX, en 1228 et 1232 ; Innocent IV, en 1252 et 1253 ; Alexandre IV, en i25>5 ; Clément IV en 1265, 1266, 1267 et 1268 ; Jean XXI, en 1276 et 1277; Honorius IV, en 1285 ; Nicolas IV, en 1289 et 1290. Jean XXII avait accorde de nouvelles faveurs par ses bulles de i3i8, 1319 et i33o.
1 Lettre de Jean XXII. Pièces justificatives, n. 19.
2 Dom Clair de Fontenay, Prieur de la Chartreuse de Paris, fut élu Général en i33o, et fit accepter sa démission en 1 336. Il mourut en 1 339.
3 Lettre d'association de la Chartreuse du Val-Sainte-Aldegonde. Pièces justificatives, n. 20.
aussi de Dom Renaud la même faveur. La lettre porte la date de i33y, le dimanche après la fête de saint Luc, évangéliste1.
La renommée de sainteté des solitaires de Thuison s'était déjà répandue au loin; dès lors, les monastères voisins désiraient s'unir à eux par la prière et se concilier ainsi les faveurs et les grâces du divin maître.
Ce fut sous ce Prieur que le Général de l'Ordre annexa la Chartreuse d'Abbeville à la province cartusienne de Flandre. Les monastères étaient encore trop peu nombreux dans le nord de la France pour former une province particulière. Ce fut seulement au XVe siècle que le Chapitre Général établit, comme nous le verrons plus loin, la province dite de Picardie.
On ignore combien de temps Dom Renaud gouverna le monastère de Saint-Honoré. Son successeur Dom Jean de Chamouille fut nommé par le R. P. Dom Jacques de Vévey2. Un titre de la Grande Chartreuse constate que ce religieux était déjà Prieur en 13403.
• Lettre d'association de la Chartreuse de Gosnay. Pièces justificatives, n. 21.
2 Dom Jacques de Vévey avait fait profession à la Grande Chartreuse. Il était Prieur du Val-Sainte-Marie, lorsqu'il fut élu Général de l'Ordre, en 1329. Il donna sa démission en i33o; renommé en 1 336, il se retira de nouveau en 1341.
3 Dom Jean de Chamouille n'a pas été connu de Dom François Ganneron, mais le manuscrit de la Grande Chartreuse en fait mention en 1 340.
Dom Jean resta peu de temps au pouvoir, puisque nous trouvons, d'après une lettre d'amortissement de 1342, qu'à cette époque le monastère était gouverné par Dom Pierre de Montmirail'. Ce vénérable solitaire suivit l'exemple de Dom Renaud ; à la demande de Dom Jean de H ondescot, second Prieur de la Chartreuse de Notre-Dame-des-Prés, à Neuville sous Montreuil, il établit une union de prières avec les religieux de ce monastère2. La lettre d'association est datée de la sixième férié après la fête de l'Exaltation de la Sainte-Croix, en Tannée \3^>z.
Sous le gouvernement de Dom Pierre de Montmirail, les Chartreux eurent à déplorer la perte de plusieurs de leurs bienfaiteurs. Dans leur reconnaissance, ils ne se contentèrent pas de prier le Seigneur de leur faire miséricorde, ils voulurent leur donner la sépulture dans la chapelle de Sainte-Marguerite. Au XVIIP siècle, on pouvait encore voir quelques-unes des dalles qui rappelaient le souvenir de ces anciens bienfaiteurs du couvent.
La dalle la plus ancienne est celle de Raoul Coullard. Ce riche bourgeois d'Abbeville avait
1 Ms. de la Grande Chartreuse.
- Voir notre ouvrage : La Chartreuse de Notre-Damedes-Prés, p. 59.
3 Lettre d'association de la Chartreuse de Notre-Damedes-Prés. Pièces justificatives, n. 22.
donné au monastère, du consentement de la demoiselle Maroir, son épouse, a une certaine somme » qui permit aux religieux d'acheter des terres situées au territoire de Lheure1. Il fut inhumé « au long de la piscine du grand autel ». L'inscription tracée sur son tombeau ne nous est pas parvenue entière 2. On y lisait :
€1)0 gist îUoul Coullarô qui trépassa Tan ï>c grâce
incec...
Son épouse fut aussi enterrée chez les Chartreux, près de son mari. Son épitaphe portait :
Cl)» ojst HkmoisrUf iHaroir faute î»c îlaoul GottUart qui trépassa Tan U a.ràcc Û\€€€XXXX33
U jour ï>c saint lean îic
pdf s pour son amc.
' Ms. cité. — Cf. Appendice n. 2.— Lheure, que les manuscrits delà Grande Chartreuse écrivent, comme le Pouillé de i3oi, Lettres, village sur la rive gauche du Scardon, canton nord d'Abbeville.
3 Le Kalendarium du couvent donnait le 5 avril, comme date de la mort de Raoul Coullard.
A la même époque mourait messire Druon de la Marche, archidiacre de Ponthieu et chanoine de l'église de Notre-Dame d'Amiens. Pour venir au secours des Chartreux, il avait donné au couvent trois cents livres parisis ; il fut inhumé au milieu du chœur de l'église, « sous une grande tombe gravée de figures1. » On y lisait:
jÊjic iûfft Dominus Drorljn î>c iîlarrljia quonîtam 3rcl)iî>iaf0nus Jponttnensis Canomrus in fcclesia Slmbianensi natione flurgunoue Omitutu ttiumunsi 2uùb peritus Bni Ecajs Jiranciït forints ittûfmo darm pru&ene, bmignue, caritatiiws et Ijmustus in prascntt ccclesia rfqmrnte ïreDatissintf srprltri qui ann0 Û\€€€X€222 ^ie X22 nunm inaii f r l)or satculo migranit aïr €t)ridtum ntjus anima per misertrorbtam mjuifsrat in par*.
3Uiwn.
(Dratf pnr ca.
' Ms. delà Grande Chartreuse. — Dom Ganneron, ms. cité. Cette tombe fut enlevée en 1753, lorsqu'on répara le chœur;
Après la mort de Dom Pierre deMontmirail, décédé, croit-on1, en 1347, la communauté fut appelée pour la première fois à élire son Prieur. Les suffrages des religieux profès de la maison se portèrent sur Dom Firmin Coullard. Ce religieux, natif d'Abbeville, appartenait à une famille distinguée du pays. Étant dans le monde, il s'était marié avec une demoiselle du nom de Théophanie, mais bientôt, travaillé du désir de se donner entièrement à Dieu dans la solitude, il obtint le consentement de son épouse 2 et entra chez les Chartreux d'Abbeville. Dès son noviciat, il se fit remarquer par son humilité et sa vive piété. Ses vertus et sa douce bonté engagèrent ses frères à l'élever à la première dignité de la maison. Dom Firmin sut toujours se montrer digne de cette charge et « s'occupa
Druon de la Marche y était représente revêtu d'une chasuble, ayant les mains jointes, la tétc et les pieds nus. — Note de M. Delignères de Bommy.
' La date de la. mort de Dom Pierre de Montmirail n'est pas certaine, mais on a la preuve, d'après un titre de Demenchecourt, cite par le manuscrit de la Grande Chartreuse, que Dom Firmin Coullard était déjà Prieur au 10 juillet 1 347.
2 Cette pieuse personne, après l'entrée de son mari chez les Chartreux, vécut dans les exercices de la plus grande dévotion. Elle mourut pendant le Priorat de Dom Firmin et fut inhumée dans la chapelle de la Sainte-Vierge, devant l'autel. Les Chartreux la reconnaissent comme une des bienfaitrices de leur monastère. Entre autres offrandes elle avait donne au couvent « So livres parisis en pure aumône et bz sols de cens annuels ». — Ms. de la Grande Chartreuse. — Appendice n. 2.
avec succès, dit l'auteur anonyme de notre manuscrit, du temporel et du spirituel du couvent. » Dans plusieurs circonstances difficiles, il profita de sa fortune personnelle pour venir au secours de sa communauté. Déjà en 1 33g, alors qu'il n'était que simple religieux, il avait augmenté les revenus du monastère en lui faisant don de vingt-deux journaux de terre situés au territoire de Lheure 1 .
Pendant les démêlés de Philippe de Valois et d'Edouard III, roi d'Angleterre, la Chartreuse eut beaucoup à souffrir des déprédations de l'ennemi. Elle fut rançonnée plusieurs fois par les bandes armées qui ravageaient la contrée, et les religieux manquèrent souvent du nécessaire. Cet état de gêne dura jusqu'au moment où les habitants d'Abbeville, ruinés par les impôts levés sans cesse sur tout le pays par les Anglais, se révoltèrent et appelèrent le roi de France à leur secours2.
Dom Firmin Coullard fit valoir, près du monarque français, les pertes subies par la Chartreuse du fait des hommes de guerre et obtint du roi, par « grâce spéciale », l'amortissement de quatre-vingt-huit livres parisis de rente. Philippe VI affranchissait de plus le
1 Ms. cit. — Cf. Appendice n. 2.
- Cf. Louandre, Hist. d'Abbeville.
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