‹ La chartreuse de Saint-Honoré à Thuison près d'AbbevilleChapitre 4 sur 85 · CAI.LIGRAPHES CONNUS DE LA CHARTREUSE DE SAINT-HONORÉ · texte numérisé non relu

CAI.LIGRAPHES CONNUS DE LA CHARTREUSE DE SAINT-HONORÉ

— PRIEURS DU MONASTÈRE. — RELIQUES DE SAINT HUGUES DE LINCOLN. — CRÉATION DE LA PROVINCE CARTUSIENNE DE PI- CARDIE. — PHILIPPE-LE-BON A LA CHARTREUSE DE THUISON.

— BIENFAITEURS DU COUVENT. — TRAVAUX DE DOM EUSTACHF. CUILLON. — RELIQUES DE SAINT SPÉRAT ET SES COMPAGNONS.

— DOM FIRMIN LE VER, SON DICTIONNAIRE. — SUITE DES PRIEURS. — RAVAGES DES ANGLAIS.

AINT Bruno, en recommandant à ses compagnons de s'adonner à l'étude et à la transcription des manuscrits, avait suivi l'usage en vigueur dans la plupart des Ordres monastiques de son temps, mais son but particulier était d'identifier ses disciples avec les Saintes-Écritures, les Pères de l'Eglise et les auteurs ascétiques, et de

donner, par ce moyen, un aliment à leur piété.

Cette transcription des manuscrits resta pour les Chartreux un point précis de leur règle, jusqu'au moment où l'imprimerie fit son apparition. Tous les religieux devaient se livrer, dans le temps libre, à ce genre de travail, et ils ne pouvaient s'en exempter, sans une permission expresse du supérieur. Dans les Coutumes de l'Ordre, rédigées au commencement du XIIe siècle par le vénérable Guigues il est dit : « Si un religieux connaît un « art autre que la calligraphie, on peut lui « donner les instruments dont il a besoin, « mais cela arrive très rarement parmi nous « car nous apprenons l'art de transcrire à c presque tous ceux que nous recevons dans « nos monastères2 ».

Les Statuts, au chapitre de ustensilibus cellœ, entrent dans le plus grand détail sur les objets qui doivent être fournis à chaque religieux, pour la transcription des manuscrits : des plumes, des pinceaux, de l'encre, de la craie, deux petites cornes, deux pierres ponces et

1 Dom Guigues de Castro ou de Chastel, dit le Vénérable, profès de la Grande Chartreuse, fut nommé Prieur du couvent en 1 1 10 ; il conserva le pouvoir jusqu'à sa mort arrivée le 27 juillet 1 137.

* Consuetudines Guigonis. Stat. Ord. Cartus. II P. c. xvi.

deux rasoirs pour racler et polir les parchemins, un grattoir, un poinçon ordinaire et un autre plus petit et plus fin, un crayon de plomb, une règle et des tables l. Dans un autre endroit, il est dit : Le sacristain distribuera, chaque dimanche, après l'office de none, de l'encre, du parchemin, des plumes et des livres, soit pour lire, soit pour copier2.

Les Bénédictins, auteurs de V Histoire littéraire de la France, constatent qu'une des principales occupations des religieux Chartreux était de copier des manuscrits. Ils en reproduisirent, ou en ramassèrent un si grand nombre, qu'ils en avaient formé, au désert de Chartreuse, une très riche bibliothèque dès le temps de Guibert de Nogent qui en fait l'éloge. « L'amour des livres, ajoutent-ils, persévéra toujours dans cet Ordre, témoin le grand nombre d'auteurs qu'il a produit, et la quantité de manuscrits qui se voient encore à la Grande Chartreuse et dans les autres maisons qui en dépendent15. »

Les religieux du monastère de Saint-Honoré, fidèles à leur règle, profitèrent des années de calme qui suivirent la mort de Dom André de Vauvert, pour reprendre leurs travaux

2 Ibid. c. vu, n. 9.

3 Hist. litt. de la France, t. VII, praef. n. xiv, p. u.

interrompus par les dévastations des Anglais. Les uns copiaient, les autres collationnaient et corrigeaient s'il y avait lieu; les plus habiles traçaient des lettres ornées ou peignaient ces gracieuses miniatures qui font encore de nos jours l'admiration des artistes.

Le travail de ces pieux copistes et les services qu'ils rendaient étaient très appréciés, même dans ces siècles d'ignorance. On attachait une véritable importance à la transcription des Livres saints. Comme exemple, nous n'avons qu'à citer un passage du Kalendarium du couvent de Saint-Honoré : On recommande aux prières des religieux « une dévote personne qui a donné cinq livres parisis pour écrire la Bible ».

Nous ignorons les noms de presque tous ces patients religieux qui, par obéissance, passaient de longs jours à transcrire les saints livres, les Pères de l'Eglise, ou encore les graduels et antiphonaires servant au chant de l'office conventuel. Bien rarement le laborieux copiste signait son œuvre ; il ne nous reste même qu'un petit nombre de spécimens du précieux travail des religieux de Thuison. Le temps et surtout la Révolution ont fait disparaître la plupart de ces manuscrits. Quelques rares épaves, recueillies précieusement, après la tempête, ont seules été sauvées par d'in-

telligents amateurs du passé. Il nous a été donné de voir trois manuscrits, œuvres des solitaires de Saint-Honoré et nous sommes heureux de faire connaître les noms de ces copistes ; ce sont Dom Jacques Hanin et Dom Robert Hanon. Nous ne citons pas ici le Prieur Firmin Le Ver, dont le précieux et magnifique manuscrit est devenu la propriété de la Bibliothèque nationale : nous en parlerons dans la suite de ce travail. Son œuvre si remarquable par la science et l'érudition nous oblige à oublier le calligraphe, pour ne considérer que le savant.

Dom Jacques Hanin, profès de la Chartreuse d'Abbeville, s'était occupé de transcription depuis plusieurs années et était déjà habile copiste, lorsqu'il fut envoyé au monastère de Notre-Dame-des-Prés, pour former, sans doute, quelques jeunes religieux dans Fart de la calligraphie. Nous ne connaissons aucun des travaux exécutés par Dom Hanin pendant son séjour à la Chartreuse d'Abbeville, mais les archives de l'Hôtel-Dieu de Montreuil-sur- Mer conservent deux manuscrits sortis de la plume de ce religieux. Le premier porte la date de 1464, nous y trouvons cette note :

(l En Tan de grâce Nostre Seigneur Jhe- « su-Christ, mil 1111e LXIIII, au mois de « juing fu cest registre commenchié par frère

il! : »

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