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« Jacques Hanin religieulx des Chartreulx de « la maison de Saint-Honnouré-lez-Abbeville, « a présent demourant en la maison et église « Nostre-Dame-des-Prés des Chartreulx de « Neufville-lez-Monstrœul de ladicte ordre, a « la prière et requeste de vénérable et dis- « crepte personne maistre Guillaume Poul- « lain, maistre gouverneur et amenistrateur « de rOstel-Dieu et saint-Nicolay en la ville de « Monstrœul, estant en la place Saint-Saulve, « en la paroisse Saint-Valloy et de tout le cou- « vent dudict Hostet-Dieu et ce par le congié « et licence des Visiteurs desdicts Chartreulx a en provinsse de Picardie et du Prieur et « couvent de ladicte maison Nostre-Dame- « des- Prés. »
Ce manuscrit contient trois cent soixante-six folios en papier de chiffe, seuls les trois derniers sont sur vélin. C'est un cueilloir 1 dans lequel tous les titres de l'Hôtel-Dieu sont inventoriés et analysés. Dans la pensée de maître Guillaume Poullain, ce travail n était que préparatoire, et en 1477 il s'adressait encore à Dom Jacques Hanin pour transcrire ce cueilloir sur vélin.
« L'exécution de ce manuscrit, nous apprend Thistorien de la Chartreuse de Notre-Damedes-Prés, est des plus remarquables ; le par-
1 Arch. de i Hôlel-Dieu de MontreuiL coté A, 3, case 10.
chemin en a été parfaitement préparé, de plus J'encre et les couleurs de ce petit chef-d'œuvre sont si bien conservées, qu'après plus de quatre siècles d'existence, ce manuscrit a gardé sa fraîcheur, malgré les altérations que dans la suite, une main inconsciente lui a fait subir, en repassant à la plume quelques-unes de ses vignettes'. »
Ce magnifique cueilloir est écrit entièrement en minuscule gothique et renferme cent quatrevingt-treize folios; il a dû demander beaucoup de temps et de soins à l'artiste, et notre patient calligraphe avait, à juste titre, le droit d'écrire cette note: «Maistre Guillaume Poullain, « maistre et gouverneur dudict Hôtel-Dieu et « frère Jacques Hanin prient à ceulx qui se ai* « deront de ce registre, qui leur plaise prier « pour eulx, car de ce faire ils eurent moult « de peine et de labeur avant qu'il fut ac- « compli 2. »
Dom Robert Hanon, que nous retrouverons plus tard à la tète de la communauté de Saint- Honoré, travailla quelques années sous les auspices de Dom Jacques Hanin. Après le dé-
1 Voir notre ouvrage, la Chartreuse de Not?-e-Dame-desiVes, p. 79. — Cf. La Picardie, revue hist. et littér. 1875 t. XX, p. 191, art. de M. Aug. Braquehay.
1 Ibid . — Arch. de l'Hàtcl-Dieu de Montrcuil, cueilloir coté A, 4, case 10.
part de ce dernier pour la Chartreuse de Neuville, il continua de se livrer à la trancription des manuscrits. M. Armand Van Robais, d'Abbeville, possède dans sa riche bibliothèque un livre liturgique écrit de la main de Dom Robert et portant la date de 1464. Il a pour titre :
Psaltfrium frriatum srnmîuim usum Carttjusirnstum pcr mûnutn fXobtvti tyanon pratfati (Drïûnto in borna beatt Jfijonoratt jurta ^bbatieuillam.
Ce manuscrit, petit in- 12, en minuscule gothique, est parfaitement conservé et d1une exécution irréprochable. Il renferme deux cent vingt-cinq folios, mais cent soixante seulement appartiennent à Dom Robert, le reste est plus moderne1. Une note placée au folio cent soixante nous apprend que le pieux copiste a commencé son Psalterium le 4 octobre, et l'a terminé le 1 1 novembre suivant.
« 3nccptt ï>tc eanrtt .francisa quac tst 3t) octobris et finiuit î>ie sancti iUartmt qua? est X3 noofmbrts in anna Dotnint inC€€€CJT3333. »
Ces bons religieux étaient infatigables, et nous sommes effrayé de leur prodigieuse activité.
A la vente de M. Delignères de Bommy.
se trouvait un autre manuscrit de la même
1 M. A. Van Robais a fait une intéressante communication sur ce manuscrit dans ks Mémoires de la société d'émulation d'Abbeville.
époque, sans nom d'auteur. Il a pour titre : JJsaltfrmm frriatum aïr usum <£artr)ustfnsium in hnxo ôancti-ljanflratt apub Slbbatismllam. Ce
manuscrit d'un format plus grand que le Psalterium de Dom Hanon se compose de trois cent trente-quatre feuillets, il est orné de miniatures. Toutefois ces miniatures semblent avoir été ajoutées au texte, à une époque postérieure, et nous ignorons si elles sont sorties du pinceau d'un religieux de ïhuison.
Pendant que les Chartreux de Saint-Honoré transcrivaient en silence leurs manuscrits, dans la solitude de leurs cellules, les Prieurs s'étaient rapidement succédés. Après la mort de Dom André deVauvert,la communauté avait élu, en 1404, Dom Charles. Ce Prieur a laissé peu de souvenir ; son nom est cependant relaté dans l'ordonnance du Chapitre Général de 1406, autorisant le couvent de Thuison à accepter la donation de a noble homme » Gilles de Bosco, écuyer, seigneur de Villers. Ce pieux personnage offrait de remettre entre les mains des Chartreux le fief de Tortinécluse *, à la charge
' Le fief et seigneurie de Tortinécluse ou Tourtinécluse était situé à Drucat, canton nord d'Abbeville. Ms. de M. de Lamotte, ap. Prarond, Hist. de l'arrondissement d'Abbeville, t. I. Appendice.
de lui dire chaque année, au jour de sa mort, un service solennel'.
Vers la fin du priorat de Dom Charles, les Chartreux d'Abbeville reçurent de leurs confrères de Wittham2, une parcelle delà cucuJle de saint Hugues, évêque de Lincoln3. Cette relique était d'autant plus précieuse, pour les solitaires de Saint-Honoré,que l'illustre et saint prélat appartenait à la famille spirituelle de saint Bruno. Dom Jean, Prieur de la Chartreuse de Londres 4, chargé de transmettre cette relique, écrivit à ce sujet une lettre datée du 12 janvier 1410*. Dans cette lettre, le vénérable Prieur montre tout l'intérêt qu'il porte aux malheurs dont TÉglise était affligée, dans ce temps de schisme. Il remercie le Prieur d'Ab-
* Ms. de la Grande Chartreuse — Kalendarium du couvent, ms. — V. Appendice n. 2.
- Ln Chartreuse de Tous-les-Saints, près de Wittham, au comte de Sommerset, fut fondée par Henri II, roi d'Angleterre, en 1 j 78.
» Saint Hugues de Lincoln, d'une noble maison de Bourgogne, fit profession à la Grande Chartreuse. Il était Prieur de la Chartreuse de Wittham, lorsqu'il fut placé sur le siège épiscopal de Lincoln, en 1 185. Le saint évêque se servit de son autorité pour s'opposer aux vexations et aux empiétements du roi Richard I". Il mourut le 17 novembre 1200.
1 La Chartreuse de la Salutation de la B. Vierge Marie à Londres, fut fondée en 1370, par Walter de Manny, originaire du diocèse de Cambrai, et par Marguerite son épouse. Edouard III, roi d'Angleterre, confirma "cette fondation en
:1 Lettre du Prieur de Londres. Pièces justificatives, n. 3 u
— loy —
beville de l'avoir consolé et d'avoir dissipé les inquiétudes dont son âme était accablée à l'occasion de l'élection du successeur de Benoît XIII, déposé au concile de Pise.
Fait remarquable î Dans toutes les circonstances, au milieu des nombreux schismes qui désolèrent l'Eglise, les Chartreux ont toujours montré la soumission la plus parfaite, l'attachement le plus sincère, l'amour le plus filial envers le Saint-Siège. C'est là, sans doute, la raison des nombreux privilèges accordés par les Souverains Pontifes à cet illustre institut1.
Dans le courant de l'année 1 4 1 o, Dom Charles laissa le gouvernement de la Chartreuse de Saint-Honoré à Dom Gembelin. Ce religieux qui avait fait profession à la Chartreuse d'Abbeville, vers i3g6, reparaîtra plusieurs fois comme Prieur, mais les notes manuscrites de la Grande Chartreuse ne sont pas très explicites sur ce qui le concerne. La seule preuve de son premier Priorat est un titre de la paroisse Saint- Jacques, en Tannée 141 1 , où on lui donne le titre de Prieur '2.
1 Cf. Répertoriant privilegiorum Ordinis Cartusiensis. — L'abbé F. Lefebvre, Saint Bruno et l'Ordre des Chartreux, t. I, p. 391 et sq.
1 Ms. de la Grande Chartreuse. — Dom François Ganneron, dans son Syllabus Priorum Cartusiœ Sancti-Honorati, m.d'Abbeville, ne donne pas de renseignements sur ce Prieur. Il semble même ignorer l'époque où il a dirigé la communauté, et le place un peu au hasard dans son catalogue des Prieurs.
Ce fut sous Dom Jean Gembelin, en cette même année 141 1, que la Chartreuse de Saint- Honoré fut détachée de la province de Flandre, ainsi que les monastères du Val-Saint-Esprit et du Mont-Sainte-Marie, à Gosnay ; du Val- Sainte-Aldegonde, près de Saint-Omer, et de Notre-Dame-des-Prés, à Neuville : ces couvents devaient faire partie d'une nouvelle province que Dom Jean de Griffenberg, Général de l'Ordre, venait de créer. Les Annales cartusiennes nous apprennent que cette division fut décidée au Chapitre Général de 1410. Les monastères s'étant multipliés, on avait enlevé,àla province de Flandre, un certain nombre de maisons pour former la province dite de Picardie, en y rattachant les Chartreuses de Notre-Damedu-Mont-Dieu, entre Mousson et Sedan ; deNotre-Dame de Macourt,prèsde Valenciennes;de Notre-Dame-du-Val-Saint-Pierre, près de Vervins ; de Notre-Dame-de-Mont-Renaud, près de Noyon, et du Mont Saint-André à Tournay Plus tard, on y ajouta les nouvelles Chartreuses de Notre-Dame-des-sept-Douleurs, ou
1 Cf. Cartes des Chapitres Généraux. — Le Chapitre Général de 1474 s est aussi occupe de cette division, sans doute à cause de certaines réclamations présentées au définitoire.— V. Dom Le Coulteux, Annales Ordinis Cartusiensis, ms.de la bibliothèque de Grenoble. — Dom Schwcngel, Prieur de la Chartreuse du Paradis-de-Notre-Dame à Dantzich, Propage Ordinis Cartusiensisy manuscrit du Brilish Muséum, n. 1708D.
de la Boutillerie, à Fleurbaix, et de Saint-Joseph-et-Saint-Morand, dans la ville de Douai. Ces divers monastères appartinrent à la province de Picardie jusqu'à la Révolution française.
Nous ignorons si Dom Jean Gembelin donna sa démission, mais il fut remplacé, en 1414, par Dom Eustache Gosnay, profès de la maison, qui mourait Tannée suivante, le 9 février. Son successeur, Dom Firmin Postel, aussi profès de Saint-Honoré, depuis 1 397, ne remplit pas beaucoup plus longtemps les devoirs de sa charge ; le 9 mars 141 7, il rendait son âme à Dieu. Alors reparaît comme Prieur Dom Jean Gembelin que nous avons déjà vu occuper ce poste en 1411. Son nom se trouve dans un titre des papiers d'Héron, en 14 18, et la même année il est remplacé par Dom Firmin le Ver1.
Le manuscrit de la Grande Chartreuse, dans lequel nous puisons ces faits, tout en constatant la nomination de Dom Firmin Le Ver en 1418, ne nous fait pas connaître la cause de ce nouveau départ de Dom Jean Gembelin. Ce religieux qui paraît avoir eu une certaine valeur, puisqu'il fut trois fois nommé Prieur, a-t-il voulu, par humilité, donner sa démission, ou
1 Ms. delà Grande Chartreuse. — Archives id. — Sur Dom Firmin Le Ver. Cf. Dom François Ganneron, Ms. cit.