‹ La chartreuse de Saint-Honoré à Thuison près d'AbbevilleChapitre 9 sur 85 · UI · texte numérisé non relu

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« reconnust qu'il fust malade et y demeura a quarante-heures1. »

Dom Louis Lemirrhe, Prieur de Saint-Honoré d'Abbeville, mourut environ deux ans après Dom Jérôme Marchand, sous le Généralat de Dom Jean de Vesly2. D'après les règles en usage dans l'Ordre, la communauté était en droit de nommer elle-même son Prieur, mais elle crut devoir s'en remettre à la sagesse du Chapitre Général. En attendant la convocation, le Révérend Père Général nomma comme recteur le Vicaire du couvent.

Le manuscrit de la Grande Chartreuse ne nous donne pas le nom de ce recteur, mais nos recherches nous laissent pressentir que ce fut Dom Jean Le Vasseur, Profès de la maison d'Abbeville. Ce religieux avait été Procureur du couvent, en 1 588, et le nécrologe lui donne le titre de Vicaire, en 1594. Le Chapitre Général de 1597 lui rendit son office de Vicaire et nomma, comme Prieur, Dom Antoine Dubois. La même année, Dom Jean le

1 Chorier, op. cit. t. II, p. 281. — L'auteur du manuscrit de la Grande Chartreuse et Chorier, dans son Estât politique du Dauphiné, ne paraissent pas d'accord sur le jour exact de la mort de Dom Jérôme Marchand.

3 Le Révérend Père Dom Jean de Vesly, Profès et Prieur de la Chartreuse de Paris, nommé Général en i 594, gouverna l'Ordre jusqu'à sa mort, arrivée en 1600.

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Vasseur fut envoyé comme recteur à la Chartreuse de Notre-Dame-des-Prés. Il resta dans ce poste jusqu'en i5gg. Après avoir été quelques années Vicaire du monastère de Basse- s Ville1, il reprit la charge de recteur de Neuville de 1616 à 1622. A cette époque, il obtint miséricorde et se retira dans la Chartreuse de Thuison, où il mourut, le 7 août 1623. Ce vénérable religieux avait passé pieusement cinquante-six ans dans l'Ordre2. %

Dom Antoine Dubois, nommé Prieur par le Chapitre Général de 1597, avait Pro* fession à la Chartreuse de la Sainte-Trinité, près de Dijon 3. Appelé à gouverner ce monastère, il y resta peu d'années et fut envoyé, comme Vicaire, chez les moniales de Salettes. Il occupait encore ce poste, lorsqu'il fut désigné pour diriger la communauté de Saint- Honoré.

Le nouveau Prieur trouva le monastère dans une position précaire. Nonobstant tous les

1 La Chartreuse de Sainte-Marie-et-Saint-Jean ou de Basse- Ville, près de Clamecy, département de la Nièvre, a été fondée, en i328, par Jean Grandes, chanoine de la cathédrale de Clermont.

2 Nécrologie, Ms. cit. — Ms. du British Muséum. — L'abbé F. A. Lefebvre, La Chartreuse de Notre-Dame-des- Prés, pp. 140 et 145.

3 La Chartreuse de la Sainte-Trinité, au faubourg d'Ousche, près de Dijon, fut fondée, en 1 383, par Philippe-le-Hardi, duc de Bourgogne et comte de Flandre, et par Marguerite de Bavière son épouse.

efforts de Dom Louis Lemirrhe, les désastres occasionnés par la dernière guerre n'avaient été réparés qu'en partie, et Dom Antoine Dubois, pendant le peu de temps qu'il gouverna le couvent, ne parvint pas à en améliorer la situation, malgré les offrandes de quelques personnes pieuses. Parmi les bienfaiteurs de cette époque, on compte la demoiselle Jeanne Leclerc, épouse de Jean Madourel et mère du frère Donné, Henri Madourel. Jeanne Leclerc avait offert au monastère : « trois journaux et demi de terre et trois quartiers de prés » plus la moitié d'une maison située à Thuison, l'autre moitié ayant déjà été donnée au couvent par le frère Henri Madourel1.

L'auteur anonyme du manuscrit de la Grande Chartreuse constate que le succès ne vint pas couronner les efforts de Dom Antoine Dubois : « Le Révérend Père, nous dit-il, « avait fondé toutes ses espérances sur Dom « Antoine qu'il connaissait capable de rétablir tt cette maison, dans le spirituel comme dans « Je temporel, mais les malheurs des temps « et la désolation où était la province du Ponrhieu, joints au petit espace de temps que dura son gouvernement, ne permirent pas qu'il pût y réussir. Car, plus il s'occu-

Kalendarium, ms. cit.

(( pait de l'administration du temporel, plus « il se voyait accablé de dettes pour sustenter « ses frères. »

L'état de pénurie du monastère existait encore, lorsqu'en 1596, le Chapitre Général, c usant de son autorité souveraine et avec « l'autorisation du Souverain Pontife, » taxa chaque province, pour venir au secours de la Grande Chartreuse, et l'aider à réparer les suites de l'incendie qui venait de détruire une grande partie de ce monastère. La Chartreuse d'Abbeville, nous apprend notre manuscrit, ne pouvant continuer de payer sa cotisation « en fut exempte, » sous Dom Antoine Dubois, a à cause de son extrême pauvreté1. »

Une note du Chapitre Général de 1 598 laisse pressentir que le Prieur de Saint- Honoré, trop préoccupé, sans doute, des embarras financiers de son monastère, montra quelque négligence dans la direction spirituelle de la communauté. La Carte du Chapitre lui intima l'ordre « de prendre soin du temporel de y la maison, sans négliger le soin spirituel. »

Dom Antoine Dubois ne survécut pas longtemps à l'avis transmis par le Chapitre Général de 1D98 ; il mourait la même année2.

1 Ms. de la Grande Chartreuse.

2 Arch. de la Grande Chartreuse. — Ms. cit. ut supra.

Le fait qui s'est présenté à la mort de Dom Louis Lemirrhe, se renouvela au décès de Dom Antoine Dubois ; la communauté abandonna son droit d'élection. En attendant la réunion du Chapitre Général de 1599, le Visiteur de la province, Dom Jean de l'Escluse, Prieur de Valenciennes, établit comme recteur, Dom Pierre Lainier, Procureur de la maison. Ce religieux, natif d'Abbeville, avait fait profession au couvent de Saint-Honoré, en 1 585 ; il était Procureur de cette maison depuis 1594, lorsqu'il fut nommé recteur. Le Chapitre Général de 1599 l'ayant rétabli Procureur, il remplit cet office jusqu'en i6o3, époque où il fut nommé Vicaire. Après avoir été un instant Sacristain, il reprit la Procure, de 16 14 à 161 5. Rentré dans le cloître, il y mourut saintement, le 24 mai 1634, après avoir édifié ses frères pendant cinquante ans.

Le manuscrit, qui nous donne la liste des Prieurs et des Recteurs de la Chartreuse d'Abbeville,fait en quelques mots l'éloge de ce vénérable solitaire: « C'était un religieux exemplai- « re, prudent et économe, qui, jusqu'à l'âge le « plus avancé, s'acquitta toujours des offices « les plus pénibles de la communauté, sans ja- « mais s'exempter des observances régulières 1 . »

1 Ms. de la Grande Chartreuse.

En remettant Dom Pierre Lainier Procureur, le Chapitre Général de 1599 nomma Dom Jean Dagoneau, Prieur de Saint Honoré. Ce religieux, aussi remarquable par ses talents que par ses vertus, resta peu de temps à la tête de la communauté de Thuison. Malgré une administration sage et prudente, il ne put cependant rétablir les finances du monastère. Homme d'étude, les affaires lui étaient à charge ; il aspirait après le moment où il pourrait rentrer dans le cloître, comme simple religieux, et se donner entièrement à la prière et à ses chères études.

Dom Jean Dagoneau était très considéré dans l'Ordre. Né à Mâcon, de parents calvinistes, il avait pris ses grades à l'Université de Paris. Avocat au Parlement, il s'était fait remarquer en plaidant avec succès différentes causes, lorsqu'un jour, obligé d'assister à la question donnée à un criminel, il fut tellement troublé des cris poussés par ce malheureux, au milieu des tortures qu'on lui faisait subir, qu'il ne voulut plus plaider et abandonna sa carrière. Bientôt sous l'influence de la grâce, il abjura le Calvinisme, et décidé à se donner à Dieu, dans la solitude, il entra chez les Chartreux du Mont-Dieu, et y fit profession. Après avoir été Procureur pendant quelque temps, Dom Jean Dagoneau

fut nommé Prieur du monastère, en i5g3. Il occupait encore ce poste, lorsque le Chapitre Général l'envoya diriger la Chartreuse de Saint-Honoré. Deux ans plus tard, en 1601, il obtenait miséricorde et se retirait dans le couvent des Saints-Apôtres à Liège1. Il séjourna aussi quelque temps au Mont-Renaud, près de Noyon, et vint mourir au Mont-Dieu le 8 février 16232.

Ce savant religieux a laissé plusieurs écrits estimés. Avant d'entrer en religion, il fit imprimer, en langue vulgaire, les Vies des hommes illustres. Plus tard étant Chartreux, il composa, aussi en français, Y Excitatoire à la vie religieuse, ouvrage réimprimé plusieurs fois. Sa Suzanne de Daniel, fut publiée en latin, en 1620. Vers la même époque, il donna aussi, à Liège, ÏExhortation aux œuvres de miséricorde. Plusieurs des ouvrages de Dom Dagoneau restèrent manuscrits ; on cite le Bouclier de la vie solitaire ; le Miroir des religieuses ; le Trésor de la Sainte-Croix ; Méditations spirituelles sur l'Excellence de la religion; Méditations sur le Salve Regina ; Exposition sur l'Évangile de saint Jean; Vie de saint Jean-Baptiste ; Miracles de

1 La Chartreuse des Saints-Apôtres, près de Liège, fut fondée, en 1 357, par Jean de Brabant, échevin, et Engelbert de la Marche, évêque de Liège.

3 Ibid. — Dom Ganneron, Ms. cit.

saint Gibriain, confesseur. Il commença une Histoire des Chartreux ; et annota la Vie de saint Bruno, par le Révérend Père Dom François du Puy. On lui attribue aussi un manus- i crit traitant de la vie de quelques religieux célèbres du monde catholique et une Histoire des Chartreux martyrisés en Angleterre, sous Henri VIII. Une partie des travaux du savant Prieur de Saint -Honoré a disparu dans la tourmente révolutionnaire ; le reste est tombé dans l'oubli.

En terminant l'histoire de la Chartreuse de Thuison pendant le XVIe siècle, nous devons, au moins en citant leurs noms, rendre hommage aux Pères Visiteurs qui, par leurs conseils et leur prudence, maintinrent la discipline dans le monastère. Le Chapitre Général a toujours choisi les Visiteurs parmi les hommes les plus éminents de l'Ordre. Les Statuts disent : « ces Prieurs doivent être des religieux qui, par leur zèle pour la gloire de Dieu et celle de notre Ordre, par l'intégrité de leur vie, par leur science, par leur jugement, par leur expérience et leur discrétion paraissent surpasser tous les autres 1 ».

Les Visiteurs de la province de Picardie, pendant le XVI0 siècle, furent : Dom Jean de

i Stat, II P. cap. rail. n. 2.

Castres, Prieur de Gosnay, Visiteur, de i5oi à 1 5 ig ; Dom Pierre Leblond, Prieur de Noyon, Convisiteur, de 1546 à i554 ; Dom Bernard Carasse, Prieur du Mont-Dieu, Convisiteur, vers i557, et Visiteur, de i56o à 1 566 ; Dom Jean de TEscluse, Prieur de Valenciennes, Visiteur, vers i58o. Nous trouvons encore ce religieux, Visiteur, en 1598 ; Dom Milan Le Daw, profès de Paris, Prieur de Noyon, Convisiteur, vers 1590; Louis Lemirrhe, Prieur d'Abbeville, Convisiteur, de 1 5g 1 à 15961.

1 Archives de la Grande Chartreuse. — Prieurs d'Abbeville, Ms. cit. — Ms. de Gosnay. — Ms. cit. du British Muséum.

CHcATIT%E XII.

DOM PAUL COUSET, PRIEUR DE SAINT-HONORÉ. — PENURIE DU COUVENT. — DOM FRANÇOIS SANSON, PROFES DE THUISON. — BIENFAITEURS DU MONASTERE. — SENTIMENT DU PERE IGNACE SUR LA CHARTREUSE DE SAINT-HONORÉ. — RAVAGES DES ESPA- GNOLS. — PESTE D'ABBEVILLE. — DOM FRANÇOIS GANNERON, HISTORIEN DU MONASTERE. — ASSOCIATION AVEC LA CHAR- TREUSE DE NOYON. — LETTRES PATENTES DE LOUIS XIV. — VISITEURS DE LA PROVINCE, PENDANT LE XVIIe SIECLE.

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ORSQUE Dom Jean Dagoneau eut obtenu miséricorde et se fut éloigné d' Abbeville pour habiter la Chartreuse des Saints-Apôtres, de Liège, le Chapitre Général lui donna comme successeur, dans la direction de la communauté de Saint-Honoré, Dom Paul Couset, profès du Mont-Dieu. Cet éminent religieux avait déjà rendu de grands ser-

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vices à l'Ordre. Originaire de la ville de Reims, il avait fait profession, en 1 571, et quelques années plus tard, on le jugeait digne d'être placé à la tête de la Chartreuse de Villeneuve1, près d'Avignon. Il gouvernait avec sagesse ce monastère, lorsque le Révérend Père Général ayant besoin d'un homme prudent et expérimenté, pour diriger le couvent des moniales de Melan 2, dans le Faucigny, l'y envoya avec le titre de Vicaire.

En 1599, Dom Paul Couset fut rappelé dans sa maison de profession, comme Prieur. Deux ans plus tard, le Chapitre Général l'envoyait à Abbeville, en 1601. On comptait sur son administration intelligente pour restaurer les finances de cette maison, et la faire sortir de l'état de pénurie dans lequel elle se trouvait depuis longtemps. Malgré son courage, Dom Paul, usé par la maladie, ne put rester dans le poste qui lui avait été confié. L'année suivante, il se retira au Mont-Dieu, où il mourut, simple religieux, le 28 octobre i6o5. Le Chapitre Général lui accorda la faveur d'une messe de la Sainte- Vierge dans tout l'Ordre3.

1 La Chartreuse de La Vallée-de-Bénédiction, à Villeneuve, près d'Avignon, fut fondée, en 1 356, par le Pape Innocent VI.

2 La Chartreuse de Melan, en Savoie, fut fondée, en 1292, par Béatrix de Faucigny. épouse de Guigues IV, dauphin de Viennois.

3 Cf. Dom Ganneron, ms. cit.—Ms. de la Grande Chartreuse.

Dom Denis Guillebon succéda à Dom Paul Couset. Profès de la Chartreuse de Paris, ce religieux avait été appelé, en 1584, à remplir la charge de Prieur au Val-Saint-Pierre, après le départ de Dom Louis de Castres, que nous avons déjà cité parmi les Prieurs d'Abbeville. Six ans plus tard, Dom Denis Guillebon dirigeait la Chartreuse de Notre-Dame-de- Fontenay2, près de Beaune. Il travailla à la restauration de ce monastère ruiné par les Calvinistes, et rendit d'éminents services à TOrdre. Ce religieux était encore à la tête de cette communauté, lorsque le Chapitre Général de 1602 le désigna comme Prieur de Saint- Honoré.

Pendant près de huit ans, Dom Denis Guillebon travailla avec zèle, mais sans grand succès, à réparer les désastres accumulés par les guerres des règnes précédents. Le manuscrit de la Grande Chartreuse constate que ce Prieur « eut beaucoup à souffrir de la pauvreté de la maison ». Les bienfaiteurs étaient peu nombreux à cette époque : seigneurs, bourgeois et habitants des campagnes avaient été ruinés par les exactions des troupes royales et les pillages des armées ennemies. Toutefois,

1 La Chartreuse de Notre-Dame-de-Fontenay, département de Saône-et-Loire, fut fondée en 1 328, par Eudes V, duc de Bourgogne.

le Kalendarium du couvent cite deux bienfaiteurs, en i6o3 : Jean de Canteleu, élu en Ponthieu, bourgeois d'Abbeville, et Jacqueline Pitau,son épouse; ils donnèrent au monastère ï le premier, « soixante sols de cens à prendre sur une maison sise sur la chaussée Marcadé, i a la seconde, « quarante sols de cens pour l'augmentation de ladite fondation1. »

Au milieu de ces embarras financiers, Dom Denis Guillebon crut devoir, en 1604, donner à surcens, au sieur Thierry Louette, la maison que possédait le couvent à Laviers et qui avait été achetée de Claude Barrast2. Cette maison avait été saccagée par les hérétiques, en 1598, et était restée en ruine, les Chartreux se trouvant dans l'impossibilité de la reconstruire. D'après l'engagement passé entre Dom Guillebon et le sieur Thierry Louette, les Chartreux cédaient à celui-ci, ce qui restait des anciens bâtiments, a à la charge pour ledit Louette, de rebâtir la maison et de donner au monastère une rente de vingt et une livres dix sols3.

Le Prieur Dom Denis Guillebon avait gouverné la Chartreuse de Saint-Honoré, avec sagesse ; sa bonté, sa charité, l'aménité de

1 Kalendarium, ms. cit.

2 Voir, ut supra, p. 221.

3 Kalendarium ms. cit.

son caractère avaient su lui attirer l'affection de ses religieux, mais se sentant affaissé par l'âge, il exprima, avec instance, son désir d'être déchargé de la responsabilité du pouvoir. Il obtint, en iôio, de retourner dans la Chartreuse de Paris, et de ne s'occuper que du salut de son âme. Dom Denis Guillebon mourut, simple religieux, le 26 février 16141.

Dom Bruno d'Affringues2, Général de l'Ordre, donna, vers la fin de l'année 1 6 1 o, la charge de Prieur de Saint-Honoré à Dom Jacques Censier, profès de la Grande Chartreuse. Ce religieux, remarquable par sa piété et ses vertus, était originaire de la ville de Compiègne. Après avoir fait de brillantes études, dégoûté du monde et se sentant appelé par Dieu à la vie monastique, il prit la résolution de s'éloigner de sa famille et vint s'ensevelir dans l'horreur du désert de la Chartreuse. Guidé par des maîtres expérimentés, Dom Jacques fit de tels progrès dans la vie spirituelle qu'il devint bientôt le modèle des novices de la commu-

1 Dom François Ganneron, ms. cit. — Ms. anonyme de la Grande Chartreuse — Ms. du Val-Saint-Pierre.

4 Dom Bruno d'Affringues, de Saint-Omer, docteur en droit, Vicaire Général de Carpentras, fit profession à la Grande Chartreuse. Il fut successivement Scribe du Révérend Père, Prieur d'Avignon, Général de l'Ordre. Il gouverna de 1600 à i63i ; à cette époque, une attaque d'apoplexie étant venue lui enlever l'usage de ses membres, il donna sa démission et mourut le 6 mars i632.

nauté. Les éphémérides de l'Ordre nous apprennent qu'il « se rendit recommandable par les qualités excellentes de son esprit, et devint un des religieux les plus pieux de la maison1.»

Quelques années plus tard, le Prieur de la Chartreuse du Mont-Dieu, Dom Pierre Serval, ayant besoin d'un religieux éminent pour l'aider dans la direction spirituelle de sa communauté, en écrivit au Révérend Père Général. Dom Bruno d'Affringues lui envoya comme Vicaire, Dom Jacques Censier, avec ce mot : « Je vous envoie la plus belle rose de mon jardin2 ». Le nouveau Vicaire répondit parfaitement à l'opinion que son supérieur avait de ses vertus ; sa douce piété, sa vie exemplaire, ses sages conseils augmentèrent la ferveur des religieux et donnèrent un nouveau lustre au monastère.

Dom Jacques occupait encore l'office de Vicaire au Mont-Dieu, lorsqu'il fut envoyé par le Révérend Père, à la Chartreuse d'Abbéville. Cette nomination fut confirmée par le Chapitre Général de 161 1. Le nouveau Prieur travailla à faire refleurir la régularité monastique, et se donna entièrement à la direction spirituelle de ses religieux. La position du

* Dom Léon Le Vasseur, Ephemerides Cartusianœ, ms. 2 Ibid.

monastère restait toujours précaire, mais, par son abnégation personnelle, il sut faire supporter, avec joie, les nombreuses privations devenues nécessaires à cause de la pauvreté du couvent. Nous ne connaissons, comme bienfaiteurs de la Chartreuse de Saint-Honoré, à cette époque, qu'Antoine Bernard, diacre. Il offrit aux Chartreux « une somme importante » qui fut donnée à rente à François de Groseillers, seigneur de Saint-Léger. Le contrat, approuvé par le Chapitre Général, est daté de Tannée 1612'. Quelques années plus tard, Monseigneur Lamoral, comte d'Egmont, prince et seigneur d'Auxi-Ie-Château, mort le 24 mai, laissait pour l'entretien d'un religieux trois cents livres de rente, à prendre sur la terre d'Auxi-le-Château 2.

Les vertus de Dom Jacques Censier le firent nommer, en 161 3, Convisiteur de la province de Picardie. L'année suivante, il fut sur le point de quitter le monastère de Thuison. Le Prieur du Mont-Dieu, Dom Claude Gantier, venait de donner sa démission, et le Chapitre Générai avait choisi Dom Jacques Censier pour le remplacer ; mais pour une raison qui nous est inconnue, peut-être à cause des réclama-

1 Arch. de la Gr. Chartreuse.

- Dom Ganneron, ws. cit. — Kalendarium. cit.

tions des Chartreux d'Abbeville, la nomination

fut rapportée. Dom Etienne Dauvergne, profès

et Procureur du Val-Saint-Pierre, fut envoyé

au Mont-Dieu, et Dom Jacques Censier conti- a

nua de diriger le couvent de Saint-Honoré, à

la grande satisfaction de ses religieux l. H

La vie active, les occupations matérielles et les responsabilités si nombreuses qui incombent à un supérieur, pesaient beaucoup à Dom Jacques. Il aspirait après le moment où, retiré dans une cellule du cloître, il pourrait se livrer à la contemplation. Plusieurs fois il écrivit, sur ce sujet, à Dom Bruno d'Affringues, et supplia le Chapitre Général de lui faire miséricorde, mais on ne crut pas devoir accéder à son désir de redevenir simple religieux. Le Chapitre Général de 1619 le changea seulement de résidence et l'envoya diriger la Chartreuse de Bon-Lieu2. Quelques années plus

1 Ms. du Val-Saint-Pierre. — Dom François Ganneron, Monumenta cit. ms. — Ms. de la Grande Chartreuse. — Les archives du département de la Somme renferment plusieurs pièces se rapportant aux propriétés des Chartreux dans le village de Port, à cette époque : saisine, en date des 23, 25, 26 janvier 1618; acquisition par les Chartreux de Saint-Honoré, en date du 17 octobre 1618, de trois journaux de terre situés à Port, dont trois quartiers tenus du roi, pour vingt-deux deniers oboles, le surplus relevant des dits Chartreux de Jean Hecquet, relevant du roi ; saisine du 6 novembre 1618.

2 La Chartreuse de Bon-Lieu, près de Saint-Claude, département du Jura, fut fondée, en 1171, par Thibaud de Montmort et Gérard, comte de Masion.

lard, il était transféré à la Chartreuse de Mont- Merle1, près de Mâcon. Il mourut saintement dans ce dernier poste, en 1624, étant Convisiteur de la province de Bourgogne 2.

Dans le courant de Tannée 161 9, le Révérend Père Général désigna Dom Claude Courcher, comme successeur de Dom Jacques Censier. Le nouveau Prieur, dont on trouve encore le nom écrit Lourcher, était natif de Beauvais et profès de la Chartreuse de Paris. Il avait occupé la charge de Vicaire de Val Profonde3, avant d'être appelé à diriger le couvent de Saint-Honoré. Dans ce poste, il montra un véritable talent d'administrateur, mais ne put, malgré ses efforts, apporter une amélioration sensible dans l'état financier du couvent. En 1626, le Chapitre Générai le transféra au Val- Saint-Pierre, où il résida peu d'années et fut envoyé à la nouvelle Chartreuse d'Orléans4, fondée par Louis XIII, roi de France. Dom

4 La Chartreuse de Mont-Merle ou du Val-Saint-Étienne, près de Mâcon, était habitée par des Bénédictins qui, sur leur demande, furent incorporés à l'Ordre des Chartreux, en 1210, par Innocent III.

2 Ms. ut supra.

3 La Chartreuse de Val-Profonde, dans le département de l'Yonne, fut fondée, en i3oi, par Isabelle de Melote, comtesse de Joigny.

* La Chartreuse d'Orléans, près de cette ville, au faubourg Bannier, fut construite en 1624 sur l'emplacement d'une ancienne léproserie. Louis XIII donna pour la fondation les revenus de cet hôpital.

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