SCÈNE HUITIÈME
Les Mmes, ANToINg, Emarn.
Antoins. Et vous avez raison !
EmarD ‘(sa/uant Vaubert). Veuillez croire madame Desmars que vos amis saisiront cette occasion de vous prouver leur estime... Gaspard, je le répète, a commis une escapade. C’est votre opinion n'est-ce pas, monsieur Vaubert ?
VAUBERT. C'est justement ce que je viens de dire à ces dames... Gaspard n’a pas d’ennemis et ne peut-être en danger de mort, comme vous le craignéz madame Desmars.
ANTOINE. Les ennemis ! C’est comme la vermine, a vous vient on ne sait d’où, sans crier gare, à preuve le coup de couteau dont je vous parlais il y a un instant, monsieur Emard.
VAUBERT. Qu'’allons nous faire ?... Je propose qu’on se mette à la recherche de Gaspard, sans perdre une minute, et je prends les devants.
Emarp. Qui sait si quelque bon génie ne ramènera pas notre Ami, et de cette façon nous évitera le trouble de chercher, avant même que nous sortions d'ici.
VAUBERT. Monsieur Emard voudra me permettre de lui faire observer que les minutes sont bien précieuses.
Emarb. Croyez-vous aux revenants ?
VAUBERT. Pourquoi cette question ?
ANTOINE. J'y crois, moi! (Zes 4ommes vont vers un des côtés de la scène en parlant.)
ANTOINETTE (à sa mère). Voyez donc comme inonsieur Emard regarde monsieur Vaubert.
VAUBERT. Je ne crois aux revenants que lorsque je les rencontre... Allons nous mettre à l'œuvre...
Emarv. Nous y sommes.
VAUBERT. Comment nous y sommes ?
EmarpD. Eh mon Dieu oui... Voulez-vous mesdames ;.. voulez-vous messieurs écouter une torite petite histoire, . .. dont monsieur Vaubert pourra vous garantir l’authenticité.
VAUBERT. Nous n'avons pas le temps d'écouter des histoires ; nos retards torturent madame Desmars.
MADAME Desmars. Votre histoire sera courte monsieur Emaïd ?
Emarp. Très courte.
ANTOINETTE (à part). Une histoire de revenant à propos de Gaspard ?..
Desmars). “ 11 y a six mois, un riche éle- “ veur du Dakota se lia d'amitié avec un “ jeune homme dont il fit son confident.
“ Un jour, ce confident apprit que célui “ qui lhonorait de son amitié, avait fait “un testament par lequel il donnait toute “ sa fortune à un neveu et À une nièce ‘ qui vivaient au Canada avec leur mère, ‘“ Un projet infernal fut bientôt arrêté “ dans l'esprit du jeune homme en ques- “tion. C'était de tuer son ami, l’éleveur, ‘“ de revenir au Canada, de se faire ad- ‘“ mettre dans l'intimité du neveu et de “ la nièce, de s’attirer les bonnes grâces ‘* de celle-ci, de faire disparaître le neveu, ‘“ ce qui augmenterait l'héritage convoité, ‘“ puis, au bout d’un temps de deuil rai- ‘“ sonnable, d'épouser l’héritière et avec ‘“elle, la fortune de son père, grossie de “ celle de son oncle. ”.... Connaissezvous cette histoire monsieur Vaubert ?
VAUBERT. Nullement, cher monsieur.
EMARD (17 sort une photographie “et lit). On cherche ici, Harry Lamy, ‘accusé d’assassinat sur la personne ‘“ de Antoine Desmars. Voir le portrait.” “Signé Joshua Titus, chef de police, “ Franklin, Dakota. (77 {end la photographie à Vaubert) Connaissez-vous ce personnage P VAUBERT. Pas le moins du monde !
Emarp (à parf). Quel toupet de démon !
VAUBERT. Votre histoire est-elle finie ? EmarD, Oui monsieur.
ANTOINE. Et elle est vraie.
VAURERT. Quel intérêt peut-elle nous offrir dans ce moment ?
ANTOINE. C'est que l’éleveur assassiné, c'était. … MADAME DEsMars. C'était ?
ANTOINE. Moi !
ANTOINETTE. Et l'assassin ?
ANTOINE. L’assassin, .(/#diguant Vaudert.) C'était lui.
VAUBERT. C’est faux.
EmarD. C'est vrai. ( Antoinette se rapproche de sa mère en tremblant.) VAUBERT. On m'insulte dans votre maison, madame Desmars... Je vous déclare sur l'honneur que c’est faux... (Gaspard au fond s'appuyant sur Petrus.)