‹ La chasse au chastreChapitre 7 sur 11 · ARNAULD DE VRESSE, LIBRAIRE-ÉDITEUR · texte numérisé non relu

ARNAULD DE VRESSE, LIBRAIRE-ÉDITEUR

55 y RUK J>B RIVOLI, 55.

LA

Ce livre n'est point une hideuse et horrible fiction^ encore moins une lâche personnalité. Il existe encore malheureusement en France plus d'un illustre et valétudinaire personnage politique^ à qui l'application du sombre portrait qui domine ce récit pourrait être faite... La race des juges impitoyables est-elle donc éteinte ?

L'auteur n'a voulu d'abord écrire qu'un roman.

Ce n'est pas sa faute à lui, si, presque à son insu, l'histoire est venue se mêler impérieusement à son œuvre avec ses ombres et son drame funèbre, comme l'avalanche et le torrent mêlent leur écume^ leur limon et leurs débris au cristal le plus pur.

Le'petit musée d'une grande ville de province (dont le nom importe peu je pense au lecteur) était, en l'année 4827, durant le mois d'octobre, le théâtre d'une solennité artistique à laquelle avaient concouru la plupart des nomb quelque peu célèbres dans les annales de la peinture moderne. La Suisse^ l'Italie, Paris surtout, y avaient leurs représentants à côié des maîtres d'une école trop vantée

peut-êlre, mais non sans ^clat! Au résumé, c'était une assez belle exposition, qui avait attiré dans les murs de la vieille et populeuse cité plusieurs milliers de voyageurs, de provincfaux^<i[' Anglais, die marçbaiiâs, d^ k^çocanteurs, de juifs et de grands? seigneurs, tous appelés presque autant par l'appât d'un gain inespéré que par celui d'une curiosité noble et sympathique.

. Ainsi va le monde : dans les plus sublimes passions, il se rencontre encore quelque chose de vil, de spéculatif, de trop terrestre enfin, comme de l'alliage, dans l'or le plus pur! Mais, comme cela arrive toujours, à cette exposition établie au profit de l'art, et à laquelle le public, sans exception aucune, c'est-à-dire tous les rangs, toutes les fortunes étaient supposés devoir âtre admis ; à cette exposition, comme partout, la richesse, le privilège, le rang, l'aristoeratie, avaient aussi leurs entrées de faveur : pour l'orgueil blasonné, décoré ou titré, il n'y avai( ni foule bruyante et compacte, ni gène, ni attente fatigante, ni impatience trompée; l'orgueil et la morgue insolente avaient seuls, deux fois par semaine, leurs coudées franches dans la vaste salle du célèbre musée, trop étroite les autres jours.

Or, si celte splendide et remarquable exposition était à elle seule un spectacle plein d'attraits et d'émotions variées, un autre spectacle, celui de la foule ébahie, parée, impatiente, joyeuse, naïve ou railleuse, n'était point, je vous jure, à dédaigner ; et vous Seirez moins étonnés de voir bientôt plus d'un grand personnage, plus d'une noble parquise, plus d'une femme de haut et puissant fonctionnaire, plus d'uù fat portant épaulette ou habit de magistrat, de yoir, dis-je, toute une aristocratie fardée et pédante se populariser a^\i point de se mêler i la foule pour voir la foule... qui ce les regardait pas, elle.

Il y avait parmi tous les. chefs-d'œuvre ej toutes les pné4iocrilés pômpeusemeat étalés aux regards des specta-

LA. ROBE ROUaS.

teurs agglomérés, il y avait parmi tous ces lal^leaux, burlesquemenl intitulés ou expliqués dans pn livret rédigé comme tous les livrets passés, présents et futurs, plusieurs portraits d'un jeune professeur déjà célèbre; son triomphe étaft conjplet : toutes les bouches redisaient son nom et son éloge. Il était désigné par aucuns pour telle lointaine récompense ou faveur municipale qu'il était si loin d*espéreji', et plus loin encore de briguer, rhonnêle, consciencieux et modeste artiste! L.e coloris, la pose habituelle de ses personnages, la vérité de l'expression, tout était nature dans ses tableaux; et, je le répète, la vogue et le succès d'Arnold (ainsi se nommait notre jeune peintre) étaient SI complets, qu'ils désespéraient bien quelques-uns de ses rivaux, surtout ceux d'un talent médiocre ou incomplet : car tous les autres rapplaudissaient et l'aimaient sincèrement.

Tous ses tableaux de famille avaient été payés fort cher ; on se disputait les a.utres.

Voilà, vous écriez-vous, un liomnie heureux, en voyant Arnold le favori des muses et de la fortune, en le contemplant chéri, honoré , choyé et fêté dans la ville la moins 'artistique dû monde, en le voyant embrasser, avec les transports d'une imagination ardente, les succès qui l'appelaient sur un plus vaste théâtre, rêvant une gloire européenne, lui, pauvre enfant, perdu dans les illusions et les prestiges d'un avenir éblouissant.

Et moi je vous répondrai : N'enviez pas la gloire, ni les triomples, ni les ioies, ni les honneurs, ni les passar gères richesses d'Arnold, le peintre de portraits; ne lui enviez rien au pauvre enfant à la chevelure blonde et au resard languissant : car il allait être, il était déjà bien à plaindre le jeune artiste^^ Iç jeune ms^rtyr, ^e j^uçe enthousiaste • avec son icpaginatiop échevelée, avec son âme dorée, sa belle âme de feq, hélas I son âme d^ poëte 1 On remarquait^ de préférence à tous les autres portraits

exposés par Arnold, et on citait avec emphase, avec un redoublement de louanges, le portrait d'un premier président de chambre, ancien procureur impérial, et, malheareusement pour lui, ex-président d'un trop fameux et trop sanglant tribunal durant des jours de deuil et de proscriptions. D'abord il se trouva des gens qui firent un crime à Arnold d'avoir peint un pareil homme ; puis un peintre, homme d'esprit^ donna le signal des inimitiés et des douleurs que ce tableau allait faire fondre sur lui... Il s'écria en le montrant aux quelques barbouilleurs sans nom dont U marchait sans cesse escorté :

— Arnold a fait là un bon portrait et une mauvaise action... On ne peint pas de telles gens...

Et le mot cruel, semblable à un irait empoisonné^ avait déjà franchi les murs de Tatelier et volé dans Tespace, répété de bouche en bouche, amplifié, torturé, expliqué, analysé et interprété de mille manières, toutes plus acerbes, plus hostiles les unes que les autres au pauvre Arnold, le peintre de portraits, le lauréat du dernier concours.

Il se doutait si peu du coup funeste qui menaçait sa jeune renommée, qu'il obtint^ après bien des suppliques, bien des instances^ d'accompagner lui-même (mais une heure avant Touverture de la salle pour le vulgaire) les dames de Morneyx et leurs parentes à cette mirifique exposition, dont il était par ses œuvres l'ornement et l'orgueil. Voilà donc Arnold^ fier de son rôle de ciuron», s'asseyant tout troublé dans l'éléganle et rapide calèche de l'ex-procureur impérial^ placé auprès de madame la première présidente, ayant à sa droite sa fille, la blonde et pâle Ëveline^ dont il se proposait avec tant d'ivresse et d'enthousiasme de reproduire sur la toile la mélancolique et céleste beauté; car c'était à ses yeux une si insigne faveur, qu'il l'avait bien souvent réclamée et toujours vainement à plusieurs reprises, comme un eoiant un jouet,

en mînandanl, en suppliant tour à tour, en riant et en devenant sombre tout à la fois, tant il plaçait pour son pinceau de renommée et de vraie gloire dans )a ressemblance parfaite de cette chaste et belle télé de vierge de dix-huit ans. Eveline, elle, ne refusait pas trop péremptoirement de satisfaire aux désirs si pressants d'Arnold ; mais madame la première présidente pinçait ses lèvres ridées, jetait un rçgard sévère sur sa fille, et disait à Arnold, en essayant d'adoucir sa voix dure et aigre :

— Nous y songerons plus tard, monsieur Arnold, vous êtes trop bon ; aujourd'hui, ne pensons qu'au plaisir que nous allons éprouver à admirer vos chefs-d'œuvre...

Ce qui voulait dire clairement à la jeune fille et au peintre : Ne me parlez pas de votre projet, il m'importune.

Puis madame de Morneyx continua :

— Il faut convenir, du reste, monsieur Arnold, que vos portraits sont la vie même... Et M. le premier président est d'une ressemblance si frappante, son regard a quelque chose de si sombre, de si rêveur, de si grave et de si digne, que c'est à peine si moi, son épouse, j'ose le contempler en face sans me sentir émue de mille sentiments que je ne peux définir... Ce pauvre président, sans sa maudite goutte qui le torture si cruellement, il serait bien des nôtres aussi aujourd'hui, et il ferait mieux que moi votre éloge, car il sait apprécier le mérite, lui, il est juge compétent eniait d'hommes de talent, il est de vos amis, vous le savez, monsieur Arnold.

Le jeune peintre s'inclina pour toute réponse, craignant peut-être d'interrompre la baronne de Morneyx, qui, une fois lancée dans le champ de la conversation, s'arrêtait moins facilement que les deux fringants coursiers alezans de sa calèche armoriée; et celle-ci, malgré les cahots et le bruit des roues sur le pavé inégal de la grande cité, continuait de promener gauchement, en grande dame ^

t lA àoBE àotiGÊ.

parvenue (comme la province en compte tant), continuait, Hisoti^Boiii, de promener son encens nauséabond sous le front [)'eiisif'ét pâle du jeune Arnold, qui^ loin dël'ecoûteri sentait coihmé malgré tui son irhàginâtioh embrasée reflélëf pôibpèus'emeht un à un tous les traita de la sùâvé et célëkle figure 3'àrige ^u'il n'osait regarder rdi-rhëine en 'ciet instant. Youé le savez^ Évelidë était en face du jéùiie peintre.

Il songeait auâsi à ràmî'tié àe réx-prdcureur impérial; et, s'il ûe àë règardàll pàé, ^dur kvoir peiiit cetié Jàgure de vifeillàVd, grave, lugubre et imposante, coitihië complice, et, moihs qiië cela , comme solidaire des egàremenis, dès iaules bii des crimes de ce noble et puissant personnage , malgré lui, polirîànt, il ne pobvaii s'émpèchér d'éprouver un sentiment pénible à l'idée seule qu'un homme dont rhonneur avait reçu plus d'dnè atteinte, qu'un homme aont là vie comptait plus œ uiie page sanglante, et que le bourreau avait appelé son pourvoyeur, que cet homme-là. pourrait iîii setrër la main et le nommer publiquement son àmi. Il frissbh'nait a cette pensée, une sueur froide couvrait son front. Il fit un mouvédaent convulsif, comme si quelque rëpiilë hideux se fût soudainement trouvé sous son regard; puiâ, passant une dé èes mains sur son froilt . il leva les

Îfëtix *àu ciel et rencontra ceux d'Éveline, bu se lisaient %hxïé[é et Inquiétude.

-^ Qu'aveï-Voiis donc, moiisièiir Arnold? demanda la préliiièré présidente : là chaleur vôiis incominoderaitelle?... Nous allons baisser les vasistas... Ce qu'elle fit à l'instant, fen pinçant ses lèvres et en arrondissant prétentieusement son bras atnaigri ; car madame de Morneyx était bien la femme là plus ridiculement boursouflée, hautatite, ridicblë et guindée, qiië l'espèce de falibourg Saint- GerriiUin ëti tnitiiàtbrê de la populeuse cité eiit jamais viié depuis le^ chanoiuessës ël lés baronnes de l^ëmpjVe'. L'espace qui séparait l'hdtël de là (iretbièré pfêsidente

du vaste édifice^ monument d'assez mauvais goût, érigé depuis quelques années en un temple à ]\|ercure et aux arts, cet espace fut rapidement franchi par les deux beaux et robustes normands qui entraînaient Arnold et Ëvéline^ si préoccupés, sans s'en douter, Fun de l'autre.

La calèche s'arrêta devant le magnifique escalier de l'édifice communal et presque royal, badigeonné, récrépi et restauré (lui aussi) depuis peu à neuf, débaptisé et pom» peusement rebaptisé du noni de Palais des Arts et de Vindustrie par les magistrats et académiciens de l'endroit.

— Vous sentez- vous mieux, monsieur Arnold? demanda en cet instant madame de Morneyx au jeune peintre;^ qui sortit brusquement de sa mélancolique méditation, et, se levant pour offrir la main aux deux nobles visiteuses, répondit avec un peu d'hésitation :

j — Tç*ès-bien, Madame... merci, madame la baronne, répéta-t-il avec intention. '

Puisii ajouta à voix basses et avec une émotion qui ne fut comprise peut-être que d'Éveline, déjà debout sur le marchepied de la voiture :

— Quoi 1 si vite arrivés I , ;^ Quelques secondes à peine, écoulées, Arnold, redevenu

rayomiant) et Tesprit libre de toutes sombres préoccupations, donnant le bras à la baronne et à sa fille, se redressait avec complaisance et orgueil, plein du sentiment de sa force et de son avenir, dans Timmense galerie où tant de nobles et pénibles travaux, fruits de tant de veilles, causes de tant de rivalités, et souvent de tant d'inimitiés et de basses jalousies... où enfin chefs-d'œuvre et médiocrités étaient péle-méle étalés aux yeux des connaisseurs et des

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ignorants ; car^ dans la foule des spectateurs comme parmi les innombrables concurrents de cette mémorable exposition, chez les uns comme chez les autres, on comptait beaucoup plus d'appelés que d'élus.

— Voyons d'abord vos tableaux, monsieur Arnold^ vos portraits^ celui surtout du premier président^ dit avec une volubilité qu'elle croyait être de la grâce aristocratique madame la baronne de Morneyx.

— Si vous le voulez bien, répondit avec un embarras qui n'était pas de la modestie, mais plus que cela peut-être, et qu'on pourrait appeler la pudeur de l'art, si vous le vouleZ; madame la baronne^ répondit le peintre, nous verrons avant toute chose les tableaux de nos maîtres, de nos chefs de file... Je ne suis qu'élève encore, moi.

— Allons^ monsieur Arnold, puisque vous faites aussi le modeste^ je vous dirai que vous nous réservez vos productions pour la bonne bouche... Fi ! que c'est laid et gauche d'être ainsi modeste !... Mais songez donc, Monsieur, que ce n'est plus d'usage à Paris, et que déjà, ici,' nos peintres à la mode, Rémond^ Duverl et Renard font eux-mêmes, et le plus complaisamment du monde, leur apologie. PeN sonne ne saurait mieux les louer dans un journal qu'ils ne le font eux-mêmes. Demaûdez-le à mon cousin de Terre- Blanche^ lui qui connaît tous vos artistes et hommes de lettres... il raconte sur la modestie de nos célébrités du jour des choses inouïes... Ne soyez donc pas modeste^ vous^ monsieur Arnold, surtout si vous allez à Paris^ répéta la baronne en pinçant avec intention ses lèvres dédaigneuses.

— Je ne suis encore qu'en province, Madame^ et j'étais, il y a deux ans à peine, sur Jes bancs de l'école : je ne saurais donc me décider à me louer moi-même ; d'abord je n'oserais... et puis ne serait-ce pas une sotte présomption à mon âge? répondit Arnold.

— Ne soyez plus si modeste, ou vous ne réussirez pas, répéta encore madame de Morneyx, qui ajouta : Mais

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conduisez-nous donc où vous voudrez, et soyez noire cicérone.

Comme au bateleur qui grelotte et se meurt de faim sur la place publique, comme au pauvre coryphée vêtu d'habits resplendissants de paillettes d'or el.de fausses pierreries, le jour même de la mort de leur fille ou de leur femme, Timpitoyable nécessité et le besoin impérieux crient d'une voix rauque : Danse, pauvre histrion ; joue, amuse le public qui te fait vivre ; grimace la joie, pauvre père de famille, avec le deuil dans l'âme ! de même la baronne de Morneyx avait répété à Arnold le peintre : Soyez notre ctcerone, Monsieur ; et le jeune homme s'était redit à luimême avec résignation, en refoulant bien profondément un cri de sa conscience et ses plus chères pensées, il s'était redit, le pauvre peintre adolescent, jetant à la dérobée un regard sur son avenir, que la puissante maison du président lui semblait pouvoir protéger un jour, lui aussi, s'éfforçant de simuler la joie, il s'était redit douloureusement : Soyons leur cicérone... Ce qu'il fit sur-le-champ avec la meilleure grâce du monde, avec le plus de laisser-aller possible, faisant trêve aux préoccupations de son esprit enthousiaste. Il conduisit d'abord les deux nobles dames devant un tout petit tableau bien léché, bien luisant, fort en couleur, un vrai tableau de débutant qui avait le privilège d'attirer un triple cercle d'amateurs, de loquaces et fatigants connaisseurs, comme toute petite ville enrichie d'une bibHothèque publique et d'un musée a l'avantage d'en posséder...

Ce petit tableau, l'enfant gâté des badauds, des commis marchands, des grisetles, des bourgeoises de qualité.. • ou non... ce petit chef-d'œuvre représentait, oU plutôt était

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censé représenter, toujours d'après le mirifique livret, {es Débuts^ ou la première Vinte d'un jeune médecin. Le peintre avait-il voulu faire une épigramme? c'est ce que je n'oserais affirmer ici. Il avait barbouillé tant bien que mal, dans son tableau, rintérieur d'un joli boudoir... de danseuse, je crois : de riches draperies, de molles ottomanes, des rideaux soyeux; l'albâtre^ le cristal, le marbre, la porcelainey le bronze étaient avec quelque désordre prodigués dans ce petit temple de la déesse de Terpsichore.

Cette dernière, dans le leste appareil d'une beauté qu'<m vient d^arraeher au sommeil, la prétresse séduisante, à demi voilée par la gaze la plus diaphane qui se puisse rencontrer y voluptueusement étendue sur rédredoa d'un divan, souriait avec malice et d'un air moitié sévère, moitié encourageatit^ au jeune disciple d'Ësculape. Maison voyait aisément que la grave Faculté n'était pour rien dans ce qu^ allait se passer entre le docteur imberbe et sa jolie cliente, x]ui> par contenance sans doute, et peut-étr^méme dans un esprit de mystification qui échappait au spectateur comme au principal acteur lui-même, tendait sa main potelée, d'un blanc rosé, au jeune médecin. Celui-ci, au li^u de tâter le pouls de la jolie bayadère^ dans un transport d'amour dont il n'était pas le maître, se disposait à placer la bouche sur ^a jolie main. Un noir sourcil, adroitement froncé en cet instant, semblait lui dire assez à temps : a Attendez un peu, Monsieur. »

Près de la porte entr'ouverte du boudoir parfumé, on apercevait la suivante, la confidente, la femme de chambre, la chambrière, ou, mieux que tout cela encore... si vous le voulez, mais un être féminin au service de l'admirable maîtresse de ces lieux enchantés. La jeune fille caressait, en souriant de la façon la plus intime, la plus égrillarde, avec le minois le plus effronté que porta jamais sou brettCi un beau matou noir q.ui faisait le gros dos sous sa main douce, et se montrait l'animal le plus apprivoisé, le plus

liberlin que vous ayez jaiçais vu. l/efifrontée gouvernante avait quelques pensées drolatiques e{) tête, soyez-en sûrs^ car) les yeux filmés sur sa maîtressjs triomphante et ^sévère pourtant, sur, la belle nym plie d'opéra ayant la Faculté . presqu'à ses pi^s, elle semblait se, complaire, d'une manière fdrt agréable aux pattes de velours réitérées du beau mfttou. ,

On comprenait du reste que le jeune Ësculape . devajj âtre très-bien avec la friponne suiya^ite, car celle-ci tqnait encore dans sa main gauche à demi fermée une pièce d'or. C'est là le mot de l'énigme de bien d'autres débuts et de bien d'autres sucj!)èsr , ,

Quant au docteur lui-mên\ef il avait l'aft* vraiipe.nt bien décontenancé avec $a tête fra|chen[ient rasée, soi^ l^abit noyr tout luisant» neuf de la veille, et ses lunettes, 4'écai)le. Il attendait sileneienx un mot d'encovir^gçment de la sultane, qui,' pour l'enhardir, lui présentait de la m/iin^gauche une perruche grise^ et sefiiblait dire^ en minaudant a une voix doucereuse :

— Voyez, docteur, c'est elle qui est malade;

Et la soubrette effrontée soviriait de plus belle en c£^ressant toujours^ satis ée lasser^ le dos velouté et arrondi du superbe matôu \ . , ^

— Coaragel beau docteur, CQViragel semblait-elle dire,: d'abord le chat , la perrctehe et nous... puis notre maîtresse... Docteur, vou^ arriverez..;

Od remarquait un peu. plus Jk)iD. quelques compositions gracieuses d'un peintre suisse ; c'étaient les S,œursjum$Ue$^ le YcBu à la Vierge d'une jeune. Mariée^ la Mère italienne. Plus loin, les tableaux d'un professeur célèbre attiraient incessamment lé. foule admiratrice des connaisseurs, maîtres et élèves. C'étaient ailleurs le sublipe et le grotesique réunis i Esmeralda et Quasimpdo4 togte la poétique hardie ,et incompiise de Hugo. Plus loin, les La%%aroni e^ la riche

Sfoêa nafolitainp, moins riche de ses di^maalS; de ses pa-

rures, de ses tissus et de son or, que de ses charmes, de ses désirs inaocents et de ses pudiques craintes. C'étaient auss^ les premiers succès d'un peintre fashionable^ favori de Taristocratie nobiliaire, sur qui le gouvernement venait fort à propos de jeter ies yeui. Ses essais appréciés étaient ceux d'un talent origii|al, naïf, qui depuis a grandi, s'est développé et a pris sa place. On remarquait surtout un Hôpital des FouSy page lugubre trop pleine de vérité et de sombre mélancolie.

Le sublime et le trivial, le bouffon et le grave, l'exiguë pochade de chevalet tt Ja gigantesque toile d'histoire se coudoyaient presque , sur les murs de cette salle, recouverts, jonchés, surchargés même de croûtes et de chefsd'œuvre tout fraîchement éclos. Enfin, à-côté des grandes compositions, à côté des paysages reluisants^ bleus et verts, trop verdoyants même parfois, auxquels de malins observateurs prodiguaient les épilhètes de paysages-salades.,, à'arbres'épinards... etc. ; au milieu de ce déluge de cadres aux moulures gothiques, aux riches dorures, et non loin du portrait de grandeur naturelle du premier président, une malice charmante^ pleine de verve et d'esprit d'observation^ fixait à elle seule les regards de la foule railleuse et sardonique : c'étaient (toujours d'après l'éloquent livret) les Apprêts de la Reviêe, ou le Colonel de la Garde nationale. Yoici en quelques mots l'analyse de cette délicieuse charge^ que vraiment Charlet, Tbénot ou Gavarni n'eussent pas reniée, et qui eût fait rire Verneriui-méme :

Le colonel de la garde nationale était un homme d'une haute taille, maigre et fluet; On devinait aisément, à sa pose, à ses allures, à la gène, à l'espèce de torture que semblait lui faire éprouver son uniforme tout neuf, qu'il débutait .dans le noble métier des armes. C'était quelque riche bourgeois, quelque ex-banquier ou marchand de laines, qui faisait une mine assez piteuse tout en se redressant devant sa glace, pendant que sa grosse épouse, qui le

donnait des airs de baronne, achevaif, aidée de son égrillarde suivante, de fixer sur ses hautes épanles les épaùlelles à graines d'épinards. La première, madame lacolonelUy comme disait un plaisant spectateur, était juchée sur un tabouret pour arriver jusqu'aux extrémités dorsales de son immense époux^ espèce de pyramide de chair et d'os, surmontée d'un large chapeau à trois cornes placé fort disgràcieusement sur l'occiput de cette tête pelée, dont le front osseux et luisant restait (au dire des mauvais plaisants) beaucoup trop à découvert. . .

Le colonel se regardait complàisammeat dans la glace, et tenait d'une main son livre de théorie ouvert, tout semblable à un écolier répétant sa leçon. Sur une table placée^ à quelque distance, près d'une fenêtre entr'ouverte, étaient symétriquement rangés de petits fantassins de plomb et en carton peint, formant des carrés,* des colonnes, des fronts de bataille, que sais-je encore? Malheureusement un chat, attiré par les parfums qu'exhale une jatte de café à la crème qui vient d'être déposée non loin de la petite armée, a jeté le désordre dans les rangs des soldats modèles, et en a culbuté même une partie en renversant la tasse de porcelaine, dont les débris volent sur le parquet. C'est une déroute complète arrosée de lait... La chambrière rit aux éclats. Le colonel, absorbé dans son admiration personnelle ou dans les exercices de sa mémoire un peu rouiliée, le colonel, lui, n'a rien vu ni rien entendu... mais son vieux domestique, ancien militaire qu'on entrevoit derrière une porte à demi fermée, semble regarder d'un air de pitié un colonel habillé des mains de deux femmes et cette armée de carton humecté^ si digne d'un tel chef, et il rit d'un rire de vieux grognard si dédaigneux, si malin en soulevant les épaules, qu'il est impossible au spectateur de ne pas rire avec lui.

La baronne de Morneyx elle-même s'abandonna à de grands transports d'hilarité qu'Arnold eût voulu pouvoir

étouffer, tant il les trouvait excentriques chez une grande dame : il se contenta seulement de sourire avec amertume. Il y avait peu de monde en cet instant dans Ja salle ; m^ le moment du peuple, celui de l'admiration ^\i vrai public approchait ; Ijb temps avait fui^ rapidement d^evant chacun de ces innombrables tableaux bons et mauvais, tous expliqués, commentés, critiqués, souvent de si diverses façons, et par quels juges encore 1 j . :

— Allons donc admirer vos tableaux, djt la baroqne. .

— Gomme il vous plaira, répondit^ timidement ^Arnold; d'ailleurs, repri^-ii, voici bientôt T heure de la foule assourdissante et tumultueuse, de la foule avide et curieuse, qui va se presser à son tour dans ces lieux, où vos robes, VOS frais chapeaux pourraient courir plus d'un danger^ çt il voiis deviendrait même difficile de regagner votre voiture au travers de cette mêlée générale.

— J'avais doublement raisop, vous l^e voyez, jeune homme, reprit avec son afféterie et son pédantisme accouturnés la maigre baronne; et ^ous les trois se dirigèrent vers la partie de la salle quç décoraient les portraits et plusieurs tableaux d'histoire fort remarquables et fort remarqués du timide artiste.

Déjà, devant eux, à cette heure accordée à la faveur et au privilège, des groupes d'amateurs, d'artistes, de femmes élégantes, de hauts ^t nobles personnage^, étaient arrêtés, attentifs, le coii ten^u, le lorgnon sur l'œil, dans une attitude presque académique, chuchotant eatre eux à voix basse, s'interrogeant sans se connaître, admirant sans motifs ni crime^ analysant et déraisonnijint^ comme il afrive si souvent à des juges improvisés. Ce qui fit dire à la baronne en minaudant :,.

— Vous le voyez, Monsieur, nous redoutions l'entrée de la foule... et nous la trouvons déjà devant vos tableaux : c'est à peine si je puis d'ici apercevoir le premier président dans son fauteuil... je ne vois qu'une portion de sa

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robe rouge; c*est cruel. Pourtant il rae semble qu'il devrait vous être permis à vous an moins d'approcher de vos enfants»,, et autres sottises qu'elle débita sur le même ton, en se redressant d'une façon fort disgracieuse pour découvrir le portrait de son paralytiaue èpoùx, qu'elle faillit désigner même du doigt aux spectateurs privilégiés, qui, étourdis et étonnés, se retournaient et se regardaient entre eux, prenant la grande dame pour quelque femme de fabricant de couvertures ou de commissaire-prisèur.

Arnold fut reconnu en cet instant par deux de ses anciens professeurs qui se retiraient avec plusieurs amis; Is.lesalqèrent anjiicalement et Tinvilèrent à s'approcher e^à prendre les places qu'ils lui abandonnaient poliment. L'iip d'eux, lui ^serrant la main au passage, lui dit avec l'effusion de la franchise :

— Arnold, voilà qui est parfait : vous nous effacerez tous,

•j-J'en doute encore^^ moij répondit le jeune peintre; mais votre indulgence m'eiicourage. Adieu, maître !

— Ah ! enfin je puis voir ce cher président ! s'écria la baronne : c est bien lui, il est frappaht. Cet air noble et grave, ce regard imposant, ces traits bons et majestueux, et celle hermine, et cette couleur pourprel.. ce cher président!*, il a même cet air soufifrant, bêlas I trop vrai pour lui. N'est-ce pas, Ëveline^ qu'on dirait à le voir un de ces sénateurs romains qui moururent si noblement sur leurs chaises curules, comme vous me le lisiez l'autre soir dans vptre histoire romaine de... de je ne sais déjà plus quel abbé...

— Maman, se hasarda, à répondre tout bas la jeune fille, prenez garde qu'on nous écoute, et qu'on nous re-^ garde même.

— C'est bon. Mademoiselle, interrompit sèchenaent la vieille présidente; gardez vos leçons pour vous-même, et laissez-moi parler ou agir à ma guise.

16 LA ROBE ROTTGE.

— Quelle femme et quelle baronne! pensa Araold, dont un fer rouge semblait en cet instant sillonner là poitrine oppressée.

— Gomment sortirons-nous d'ici? poursuivait-il, se parlant encore à lui-même.

Malheureusement l'admiration de la baronne fut si prolongée, son enthousiasme et son verbiage si intarissables, que, sans s'en apercevoir, les deux nobles dames et leur cicérone se trouvèrent soudainement enveloppés d'un triple cercle de curieux, que toutes tes portes du musée ouvertes à la foule depuis à peine deux secondes venaient de voir se ruer en désordre dans l'immense galerie. La baronne n'entendit rien de ce bourdonneinent sourd qui bruissait sur toutes les têtes levées, nues ou parées; elle n'entendit même pas une grosse voix qui, trèsdistinctement et tout auprès d'elle, du sein de& spectateurs, s'exprimait ainsi :

— Parbleu ! que regardez-vous tous là ? le portrait de l'ex-procureur impérial de Morneyx? Qui ne connaît pas cet homme-là? n'a-t-ii pas présidé des cours prévôtales en 1 Si 6? Certes le peintre a bien fait de lui m&ttre cette robe roUge; car il y a du sang sur tous les habits da baron de Morneyx!

— Oh! ohl murmura la foule.

Éveline frissonna^ et son bras serra convulsivement celui d'Arnold ; il se fit un morne silence dans les rangs pressés des curieux, le silence de l'élonnement > de l'anxiété. Arnold, pâle, les traits contractés, se dressant sur la pointe des pieds, promenait, haletant et presque sans forces, uu regard sinistre et interrogateur sur la face de chacun des spectateurs qu'il pouvait découvrir.

— Il y a du sang sur la robe du premier président de Morneyx! répéta la même voix, eeo e vero,.. ajouta la voix provocatrice.

L'œil d'Arnold étincela soudain, et, se redressant davan-

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tage, sans quitter le bras d'Éveline qui^ tremblante, s'emblait s'attacher à lui^ il cria d*un ton lugubre en désignant de la main son offenseur :

— Un lâche, un lâche seul p|5ut parler ainsi !

— Il y a du sang sur votre tableau, Monsieur! poursuivit en ricanant la même voix; e* dans vos paroles aussi! car vous êtes vous-même lin lâche et un infâme; entendez- vous?

— Éveline! Éveline! ma fille se meurt; secourezla! s'écria, suffoquant d'émotion et de trouble, la baronne.

•— Faites place l faites place ! répéta Arnold hors de lui; et les rangs delà foule effarée, inquiète et curieuse, s'ou* vrirent devant le jeune peintre portant, pâle et inanimée^ sur ses bras, la jçune fille mourante.

— Ouvrez les fenêtres !

— Secourez-la!

— Donnez-lui de l'air !

— Voici des essences !

— Délacez-la ! disaient mille voix confuses, raille personnes empressées.

Ëveline, placée sur une banquette élevée, dans un des angles de la vaste salle, commençait à revenir à la vie, et ses yeux à demi ouverts^ ses yeux pleins de larmes, cherchaient malgré elle peut-être et bien douloureusement Arnold, qui , la voyant mieux , venait de s'éloigner, et, entouré de quelques amis, donnait son nom et recevait celui d'Un gros personnage qui lui avait à plusieurs reprises frappé sur l'épaule, pendant qu'il prodiguait ses soins à la jeune fille.

Car répais et grotesque adversaire d'Arnold paraissait très-pressé : c'était un petit homme trapu, grisonnant, qui avait nom Duroteau, se disait ancien militaire, et fut reconnu par plusieurs personnes présentes pour un vieil amateur de tableaux et un brocanteur renommé de la grande

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ville. Ce dernier se retira ea grommelant d'une voix dé Stentor :

— A demain donc^ Monsieur ; à six heares^ an bout du premier pont, je vous attendrai; et nous saurons bientôt lequel de nous deux est un lâche et un inOlme.

Puis il traversa la fpule de plus en plus compacte, en murmurant entre ses dents^ tout en retournant Id tête a chaque pas :

. — Se battre pour une vieille miomie ! pour un ex-ptésident de la cour prévôtale ! pour la robe rouge d'un as: sassin royal! etc.. Se battre pour... une toile barbouillée 1 pour une vérité que tout le monde pense ^ qu'un vieux grognard ose sei^I leur dire en face!.. Allons, ^Uoas^ vraiment ça n'en valait pas la peine^ et le blanc-bec (jourrait lui-même s'en mordre les doigts.

Puis il sortit, se parlant toujours ainsi à lui-même :

— Le pauvre enfant est fou ! avec tout son talent, ne le voilà-t-il pas encanaillé parmi cette sotte race aristocratique 1 devenu le chevalier des dames de l'ex-plré^ident d'un tribunal affreux! Enfant, hélas! pauvre enfant! ça fait pitié ! ça fait pitié! répéta-t-ilf et il sortit.

Qu'il est( triste et lugubre l'aspect d'une grande ville, quand la pluie tombe à torrents sur ses places et ses rues boueuses et désertes; quand l'horizon blafard et froid semble s'affaisser sous le poids des nuages orageux et écraser les faîtes des monuments noircis par la fumée des siècles accumulés! Or, ce matin-là, il pleuvait beaucoup^ et une brise froide chassait désagréablement au visage des rares passants l'ondée plus épaisse et infecte rejetée des égouts et des toits par son souffle sauvage et opiniâtre.

Arnold attisait^ devant le foyer d^ sa modeste, chambre, quelques rares charbons à demi éteints, et sèmbait écouter avec mélancolie le vent qui soufflait avec plus de force dans sa cheminée, quand six heures sonnèrent : il regarda sa montre ; elle marchait d'accord avec le beffroi de la grande vilte, et un sourire de satisfaction efQeura sa lèvre.

— Ma montre est bonne^ pensa-t-il.

Gomme il pleuVait beaucoup, pour garantir ses armes, bien plus que pour se .garantir lui-même, il jeta ^ur ses épaules un manteau de couleur grise, prit ses pistolets et ses fleurets^ alluma sa pipe d'écume à^ sa lampe dont la lueur vacillante annonçs^it les derniers instants» et sortit en fredonnant l'air mélancolique de cette romance délicieuse qui semblait faite pour lui :

Je donperais mes jours pour celle Oui ne m'a jamais donné rien.

Pauvre enfant! peut-être peiisait-il à Éveliiiè, Regrettant moih^ là vie qu'il allait offrir en (ibioctiuste à soH honneuret à sa dignité personnelle, dahs cette sélilê pensée qu'elle ignorait sans doute ce qu'il osait à peine s'àvçuer à lui-même.

il sortit; et oientôt, au milieu du pont jeté dur leé vagues écùmantes du fleuve qui sépare en deux pbt'tionâ inégales l'antique cité, Arnold et son adversaire sd Rencontrèrent. Le jeune peiiitrë était suivi d'iih de seâ élèves qui, le premier, s'était offert a partager ses dangers, éî qui lui semblait, ed cette occasion terrible^ le pluis sincère, Ib pluscouia^eux et le plus sûr de ses adiis si nonâbrëlix f c'était le fils d'iin pàiivrë artisan. Arnold liii doiiiiàit ses conseils.et ses leçons gratûiletherit ; aussi le peintre enfant croyait-il ne pas assez bien témoigner sa reconiiaiâsàiice en demandant à cette heure même, avec îhstahce; â soti professeur, de le laisser se battre à sa place.

— Vous âvék du talent, une gloire acquise, un avenir

brillani, VOUS, monsieur Arnold , lui disait son jeune second; moi, j'ai tout cela à acquérir. Je puis mourir sans rien perdre ni laisser de regrets : je prends votre place. Vous ne vous battrez pas !...

— EnfantI lui répondait Arnold tout en marchant, une affaire d'honneur, dans ma position^ un duel, moucher ami, cela ne peut pas se repasser à d'autres mains comme le pinceau, quatid vous travaillez et que je corrige. Soyez mon témoin, mon second, mon camarade ici comme dans Talelier ; mais laissez-moi me battre : vous ne pouvez pas l'empêcher...

Et bientôt en effet les combattants furent en présence.

— Ah ! vous voilà, monsieur le peintre, dit à Arnold le gros amateur de tableaux, son adversaire : vous êtes exact; car j'arrive à peine, et je suis encore tout essoufOé, comme vous voyez.

— J'aurais été désolé de vous faire attendre, répondit le jeune professeur de l'école royale; surtout, ajouta-t-il, par un temps semblable, et avec la boue qui change les lieux que nous avons à parcourir en véritables cloaques.

— Vous êtes bien poli. Monsieur, je le sais, et même plus que moi, je l'avoue, murmura le gros et peti' homme.

Puis, en mettant ses deux poings sur ses hanches :

— Ah çà! dit-il d'un ton goguenard, nous battronsnous pour si peu de chose?... Voulez-vous vous allonger sérieusement avec un vieux grognard trop brusque, trop franc, trop peu souffre-douleur, il est vrai, mais bon diable dans le fond, et qui serait désespéré qu'une bagatelle vînt à occasionner quelque malheur ?

— S'il ne s'agissait que de moi , Monsieur, répondit Arnold, peut-être pourrais-je écouter et accepter même vos explications ; mais il s'agit d'une famille entière, de deux femmes que vous avez insultées à mon côté... Du sang,

LA ROBE ROtJGE. Si

comme vous l'avez dit vous-oiéme, peut seul laver celle injure. . . Nous nous baltrons !

— Comme vous voudrez, jeune homme, répliqua Tamateur de tableaux^ mais j'en suis réellement fâché.

Le choix des armes réglé, les combattants se mirent, chacun armé d'un pistolet d'arçon, en face l'un de l'autre^ à une distance de vingt pas. A un signal donné, ils devaient s'avancer de cinq autres pas, en déchargeant leurs armes^ ce qu'ils firent presque simultanément; mais à la première détonation Arnold, porlant vivement la main sur son sein droit, poussa une exclamation entrecoupée, chancela quelques instants et relomba, pâle et expirant, baigné dans son sang.

— Il est tué ! crièrent les témoins ; et le jeune Prosper accourut, les larmes aux yeux.

— Voilà le malheur que j'aurais voulu éviler; je suis aussi fâché que vous, moi, voyez, répéta le gros monsieur Duroteau. Puis, serrant avec effusion et d'un air vraiment ému la main glacée d^Arnôld : Pauvre enfant I ajouta-t-il, aller s'en prendre aux propos d'une vieille moustache, d'une vieille ganache même, si vous voulez, et penser qu'elle reculera... Bah I bah I bah !... c'a été mon métier d'aller au-devant des balles, comme c^est le sien de faire des portraits. Pauvre enfant ! répéta-t-il , s'il mourait , je serais désolé...

— S'il meurt, Monsieur, interrompit le jeune Prosper, c'est à vous que je demanderai compte de la vie de mon maître et de mon ami.

— C'est bon, c'est bon, jeune homme I S'agil-il encore de faire un nouveau malheur ? Songeons d'abord à porler secours à votre ami. Messieurs, voici l'adresse d'un médecin : c'est le mien. Courez en toute hâte, un dé vous... pour nioi, il viendra sur-le-champ.

Puis l'ancien militaire continua ainsi :

-^ La demeure de ce jeune homme est trop éloigné; je

^% LA ROBE R0ÏÏ6E.

VOUS offre h mienne : nous l'y porterons, si vous le voulez ; mais ne perdons pas un instant, car la blessure est grave. Mon Dieu, quel malheur !•.. Allons, Messieurs, voici un brancard et un matelas; plaçons-y avec précaution le malheureux, et suivez-moi. H sera bien soigné, je vous jure ; car je l'aimais, ce jeune homme, et c'est la fatalité qui nous à faits ennemis. Suivez-moi, Messieurs, vous disjè, et bâtons le pas. Je veillerai le blessé comme mon enfant; et je voudrais avoir dans le bras la balle que je lui ai mise dans le flanc.

Ainsi parlait avec une volubilité incessante M. Durofeau, tout morfondu de sueur, et vraiment ému et affecté de se trouver (grâce aux préjugés des hommes) le meurtrier innocent d'Arnold, de ce jeune adolescent qui, avec ses beaux cheveux blonds épars sur se& épaules nues, son teint blême et son œil noir à demi ouvert, faisait dire aux passants :

— Mon Dieu, mon Dieu ! ça ne fait-il pas pitié? et les hpmmes sont bien lâches ou bien barbares que de se battre ainsi avec de vrais enfants 1

Les femmes, sur les portes des boutiques enfumées du vieux faubourg qu'ils traversèrent, levaient fes yeux au ciel et joignaient les mains en signe de commisération. L.es unes disaient :

* — Pauvre ange ! si joli l et déjà mourir I

Les autres :

-^ Ça n a pas vingt ans, c'est blanc et délicat comme une jeune fille, et ça se bat en duel l Pauvre mère I pauvre mère ! que tu vas pleurer 1

G était ainsi partout, sur leur passage, des plaintes, des mots de nitié ou de reproche, loirs remplis de cette verve, de ce sentiment profond et de cet instinct du juste qui se trouvent comme en relief dans chaque parole du peuple.

Le soir, à di]|f: heures seulemeot, un visiieur maladroit annopça à ia nombreuse réunion qui se trouvait, joyeuse et parée^ dans l'hAtel du premier président de Morneyx, l'issue du duel d'Arnold.

— On le dit mourant, ajouta-t-il en jouant avec le cordon de sa canne.

A ces mots^ un cri perçant se fit entendre, et la baronne sortit avec précipitation, eflforée, émue et tout en pleurs, soutenant sa fille^ chancelante et pâle, qui, à peine entrée dans sa chambre, tomba sans connaissance.

— Ëveline ! É véline ! ma fille 1 revenez à vous I revenez à vous! il n'est que blessé; il guérira sans nul doute^ s'écriait la mère dans son effroi, ajoutant plus bas : Soyez raisonnable, mon en&nt !

Et la baronne prodiguait, de plus en plus émue, ses soins à sa fille, entourée de femmes et de domestiques qui se retirèrent quand, revenant à la vie, cette dernière promena ses yeux baignés de larmes sur tous ceux qui l'entouraient et murmura d'une voix aCTaiblie :

— Il est blessé, et pour nous encore I... Ah! s'il meurt, s'il succombe, quel reproche éternel, quels regrets î... S'il meurt, c'est pour vous, pour Thonneur de votre maison ! 0 ma mèrel c'est pour vous, c'est pour moil...

Et la pauvre enfant sanglotait, éperdue, pleurait à chaudes larmes et sufioquait^ couvrant de baisers convulsife sa mère, qu'une crise si violente alarmait déjà si vivement.

Il se forma dans le salon du premier président plusieurs groupes aniniés, inquiets et curieux, s'interrogeant et se répondant à la fois avec une infatigable et désordonnée loquacité sur l'incident qui venait d'interrompre les parties

de wisth et de piquet, et de couper brusquement les paisibles causeries.

Un grand et maigre personnage, le président lui-même, jouant au milieu de tous Timpassibilité et rétonnement^ se promenait de l'un à l'autre de ces groupes, questionnant du regard les uns, parlant à l'oreille des autres, lorsqu'un homme dans l'âge mûr, portant le ruban de Thonneur à la boutonnière de son habit noir, venant à lui avec brusquerie, lui dit :

— Mais, monsieur le baron, étes-vous donc le seul qui ignoriez ici qu'Arnold s'est battu pour vous? que l'insulte dont il a demandé une si prompte réparation n'atteignait que votre nom, que votre dignité seuls ? Gomment ! vous ignoriez cela, Monsieur?... Mais, vraiment, c'est inouï! et je me fais presque charitable envers vous en vous l'appre« nant, pour que, si votre jeune champion échappe à la blessure mortelle, dit-on, quil a reçue pour votre compte, vous puissiez au moins vous montrer reconnaissant; Mais si vous voulez plus de détails, ajouta en baissant la voix le malin interlocuteur du baron de Morneyx^ venez, Monsieur, dans l'embrasure de cette fenêtre^ et je vous les donnerai.

D'un air confus et embarrassé le premier président accepta. Â chaque parole du professeur de peinture, son visage ridé et blême s'empourprait et se crispait, un tremblement convulsif agitait tous ses membres, ses dents s'entre-choquaient, et ses regards flamboyaient d'une façon lugubre et donnaient à ses traits durs un aspect plus prononcé de cruauté. Dans cet état de fièvre et de colère concentrée, l'ex-président de tribunal révolutionnaire, Tex-président des cours prévôtales et royales était effroyable à voir, et, aux reflets des ilambeaux, son visage hâve et amaigri et sa personne toute frissonnante le faisaient ressembler à un spectre menaçaAt.

Quand il eut quitté le personnage qui venait de l'instraire

si cliarilablement du duel d'Arnold et de tousses moindres délails, il lui prit un accès de toux violente qui le força de s^approcher du foyer : là, accoudé sur le marbre de la cheminée, le vieux président toussa plusieurs fois, et cracha à la dérobée quelques gorgées de sang.

En s'éloignanl de l'embrasure où il venait de causer à voix basse, Tami d'Arnold, son ancien professeur de dessin, je crois, avait été accosté par un jeune conseiller auditeur assez mécontent du peu d*appui que lui avait prêté le vieux baron, malgré d'innombrables promesses ; aussi tous deux ne purent-ils s'empêcher, en voyant ce dernier tousser avec tant de force, et couvert de sueur arroser le parquet de son sang décomposé, d'échanger un sourire d'intelligence... qui semblait vouloir dire : Il en a bien aâsez répandu, ou fait répandre, qui ne lui appartenait pas; c'est compensation et justice qu'il en verse quelque gouttes du sien!

Ces deux hommes se serrèrent la main en se séparant; ils s'étaient trop bien compris.

En ce moment la baronne et sa fille rentrèrent dans le salon, et y furent accueillies par un unanime murmure de plaisir et d'intérêt; le baron, d'une voix oppressée et interrompue par des accès de sa toux, qui devenait de plus en plus opiniâtre, crut devoir adresser quelques mots à la société brillante qui se pressait à la. rencontre de ces deux dames.

— Messieurs, dit-il, je suis désolé que le plaisir que nous éprouvions, la baronne et moi, à vous réunir ici, ait été troublé par les suites d'un événement très-fâcheux que j'ignorais; vous excuserez facilement l'émotion si vive de ces dames, quand vous saurez qu'elles viennent d'apprendre le danger imminent que court la vie d'un galant homme, insulté à leurs côtés hier malin, au musée de notre ville, pendant qu'il leur expliquait avec complaisance les beautés d'une exposition où son talent et son

HSî LA ROBE ROUGE.

nom brillent du plus vif éclat | Vous connaissez tous monsieur Ârnojdl... c'est un de nos talents les plus vrais... une gloire bien jeune, qu'il serait si cruel de voir s'évanouir... vous comprenez. Messieurs, nos regrets et notre douleur.

Ainsi parla le baron de Morneyx.

-7- Voilà la reconnaissance des grap(](s, dit le peintre au conseiller auditeur qui venait de le rejoindre... et un qipyen cqmmp^. ajputa-t-il, d'acquitter ses dettes aux yeux du monde.

Chacun à i'envi vint fair^ son con^pliment de condoléance aux dames dç IVlorneyx. Les plps flatteurs, les plus fourbes^ adressèrent leurs hommages au baron luj-méme !

La soirée interrompue s'acheva froide, silencieuse et tfisle; et plus d'une belle femme, les yeux fixés sur la pâle figure; d*Èveline, dopt le sein oppressé, les regards langoureux, trahissaient trop bien encore l'émotion, plus d'une jeune femme, disons-nous, se surprit à penser tristement que la pauvre enfant aimait peut-être celui que la mort allait arracher des bras de sa jeune et radieuse eloire; plus d'une retint ses larmes; plù$ d'une, qui la plaignit, devina juste. .. Pauvre E véline !...

Quand cette dernière se trouva seule dans sa chambre^ après une explication orageuse avec son père, qui avait pu dqnqer alors un libre essor au fiel et à la fureur qui l'oppressaient; après cette nouvelle et si pénible émotion, quand la douce et faible Jl^une fille se trouva seule avec elle-mén^e, elle se prit de nouveau à verser d'abondantes larmesi; p^^ç elle s'ipterrogea, en se regardant ainsi éche- . yçîlée, ^çs épaules nues, dans sa glace, oh elle se voyait à pçiij^ç^ è^ travers le voile épais de ses pleurs; elle s'interroge^, ^e deppandant si ce qu'elle ressentait pour M. Arnold n'élai\ pc(â plps que de, rinlérêl et de la reconnaissance, ^1? joignant ses frêles et blanches mains, elle s'agenouilla comme upe Madeleine, plus belle de ses larmes, de sa dou-

LÀ ROBE ROUGË. 127

leur^ du désordre de ses cheveux et de sa toilette^ que de sa beauté si remârquaDle.EUe tomba, ainsi éperdue, les b'àiHs jointes, sur les carreaux froids dé sa chambre, s'écriaht :

— Mon Dieu, sauvez Arnold 1 sauvez-le I je ririôbrrai vierge. Il a défendu i'hônneur de mon père : sàuvez-le, mon Dieu !

Puis, ouvrant avec mystère un des tiroirs de son secrétaire d'acajou, elle en tira avec précaution ùh riche album relié avec luxe et tout incrusté dé nacre et de pierreries ; puis^ marchant sur ka pointe des pieds, elie alla placer son oreille près de la serrure de sa porle, et là, la gorge haletante, le regard effaré, retenant sa respiration^ elle écouta attentivement quelques instante...

— Ennn ils dorment tous, dit-elle toul l)as, eh reveûaiit d'un pas Furtif à son meublé discret élcbëri.

Alors elle ouvrit et feuilleta cet albiim, son trésoi*él sa joie, et soudain, joignant de nouveàd ses màihé, elle retomba à genoux, ses yeux pleins de larmes fixés siir une image qu'un crayoii fidèle semblait y avoir fait revivre i ceé traits, ce crayon, ce nom... c'ét^ent ceux d'Arnold, d'Arnold à cette heure mourant...

Dans son extase et dans sa douleur passionnée, là pauvre Eveline^ hoirs d'elle, sans voix, sans force, laissa coulel^ ses pleurs sur le velin uni, contemplant ces traits due là pâleur de la mort (pensait-elle) couvrait déjà... El éilé Irfipéta avec î^accent du délire :

.— Sauvez-le, mon Dieul sauvez Arnold, je resterai vierge...

Puisf se baissant et comme cédant à un pouvoir irr4istible, ses ^éiix obscurcis et à demi fermés par son Irôùblè et un sentiment de voluptueuse pudeur, elle t)bsa ses lèvres pâlies sur le portrait et le nom d'Arnold, puis relevant sa tète si belle, si chaste, el rejetant sa chevelure en désordre sur ses épaules :

— Ah) puissent; généreux artiste, dit-elle, puissent les

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larmes et les baisers d'Eveline te rappeler à celte vie dont tu étais un si noble ornement! Pauvre Arnold^ paiivre Arnold l je serai vierge si tu vis ! répéla-t-elle d'une voix passionnée.

Puis elle referma, le livre bien-aimé, le replaça avec amour dans son étui de maroquin, et ferma le secret de son meuble favori.

La pauvre Eveline appela en vain pendant toute cette nuit un repos salutaire : la nuit était orageuse et sombre; des éclairs sillonnaieat à chaque instant la demi-obscùrité de sa chambre; la foudre grondait dans le lointain; la figure pâle et sanglante d'Arnold passait devant ses yeux et seml)lait venir parfois^ comme une funèbre apparition, s'asseoir aux pieds même de son lit. Si^ accablée et cédant à une fatigue trop au-dessus de ses forces , elle s'assoupissait , soudain elle était éveillée par une détonation et par le râle d'un mourant, et elle voyait encore Arnold blessé et agonisant : il passait devant elle d'un air résigné, et il lui disait d'une voix presque éteinte :

^ Ëveline, je meurs pour vous; je meuc3 pour l'honneur de votre père.

Ces lugubres apparitions, ces bruits, ces voix, ces soupirs mêlés au roulement lointain de la foudre, donnaient un nouveau cours à sa douleur et à son trouble ; et la pauvre É véline pleurait, priait et sanglotait encore^ appelant dans son efiProi, dans son deuil^ dans son inquiétude, les premières lueurs du jour comme l'heure de sa délivrance. Pauvre Évelinel pauvre vierge!

A peine la grande cité, endormie et encore plongée dans Tobscurité, retentissait des bruits du matin, qu'Éveline, habillée, sonnait sa femme de chambre. Toute tremblante, elle lui dit :

— Suzanne, vous allez sortir. Vous irez chez M. Herbert, le sculpteur, cet ami si dévoué de M. Arnold : vous lui direz que les dames de Morneyx vous envoient cher^

cher des nouvelles de son ami ; puis, àjoiila la jeune fille, sans paraître trop curieuse, tâchez d'obtenir de M. Herbert l'adresse de ce méchant homme chez qui on a déposé mourant M. Arnold. Allez, Suzanne, et revenez vite, je vous en prie. ■

Suzanne partie^, Ëveline se mit à prier pour atténuer rimpatience qui l'agitait; mais elle avait beau diriger ses esprits vers le ciel, une seule pensée y régnait tyranniquement : c'était celle de l'état d'Arnold, c'était aussi cette pudeur angélique qui ne lui déguisait qu'à travers un voile transparent le tendre intérêt qui la liait à lui.

Suzaane, en habile diplomate, revint promptement ; mais ces traits étaient pleins de trouble, et, tout essoufflée, s'étant assise aux côtés de sa jeune maîtresse, qui l'interrogeait d'un regard inquiet, elle lui fît signe avec la main qu'elle avait besoin de reprendre un peu halçine avant de pouvoir lui répondre.

— Eh bien, Suzanne? eh bien? dit^ plus pressante^ plus émue et plus pâle^ la pauvre Ëveline, qui appréhendait quelque funèbre nouvelle ; eh bien, Suzanne, qu'y a-t-il? est-il mort?

— Non^ Mademoiselle, répondit la suivante, il existe encore, mais, hélas! de quelle vie!.. . Ah! Mademoiselle, M. Arnold était un bien brave jeune homme! Comme tous ses camarades l'aimaient I Pauvre infortuné ! sMl meurt... et j'en ai bien peur... ils verseront encore du sang... Dans leur indignation, dans leurs regrets, dans leur douleur, ils vont jusqu'à rendre monsieur votre père responsable des jours de leur ami... C'est pour lui, disent-ils, qu'il s'est battu ; c'est pour son honneur qu'il expire... Et ils répètent à ce propos des choses si affreuses, si épouvantables sur monsieur le baron, que j'en suis encore toute tremblante... Ils prétendent que monsieur votre père...

Arrêtez, Suzanne I Suzanne, silence ! s'écria Ëveline

en interrompant avec fierté sa femme de chambre. Su-

zanne, tais-toi ! tais-loi, de grâce I poursuivit-elle. Parlemoi de luiy de lui seulemeat, de Ai. Arnold... Il est done bien mal?...

— Presque à l'agonie, hélas! Mademoiselle. La balle n'a pas été extraite encore... Dans son délire, na'a dit M. Herbert, il vous appelle, Mademoiselle... et il vous implore, a-t-il ajouté... Vous étiez sa protectrice?

— Tais-toi, tais-toi, Suzanne î reprit la Jeune fille défaillante ; c'est assez ; ne me parle plus... Vois-tu... cette mort... la mort de M. Arnold.. < me déchire le cœur... C'est ma mère et moi qui l'avons tué, s'il succombe...

Et, la voix lui manquant, elle tomba sans forces dans le fauteuil gothique qui était près de son prie-Dieu.

— Ils s'aimaient donc déjà! murmura Suzanne.

Puis elle leva les yeux au ciel et soupira comme si elle eût voulu dire :

— Les pauvres enfants I

Les soins de sa fidèle camériste rappelèrent bien vite Éveline à la vie, et, quelques instants à peine écoulés^ la femme de chambre eLsa jeune maîtresse se dirigeaient toutes deux du côté de l'église paroissiale, où la prière et le silence les attendaient.

Qu'elle pria avec ferveur, la jeune vierge, dont le cœur bri^é et saignaqt s'élançait comme en bplocaqste au pied des saints autels! Quelle douleur, quelle résignation et quelles angoissas dans son regard, son mainti^ et son extase pieuse !... Éveline, tendre. Ëyelinel c'est donc vous qui venez ainsi, pauvre fleur, frêle vierge^ si pure, si aaive, si chaste ; c'est donc vous, hier encore placée sous la garde de Yotre mère , qui venez .youer, toute tr^embl^nte , i la reine des cieux^ à l'immortelle protectrice de tous les af&igés, voire premier amour, ce trésor si prédeu^ment eofoai au fond de votre âme candide 1 Est-ce bien vous ^ Éveline?...

— Mademoiselle Éveline ^ la messe est finie il ]f 4 ob

' LA ROBE ROUaE. ai

quart d'heure. .• ne sortons-nous pas?... Mademoiselle, oh nous attendra peut*étre^ répéta Suzanne tout bas. en approcnant son minois effronté du cnapèau de gaze de la jeune fille.

Ëveline, se retournant de son côté d^in air ébahi, les yeuz pleins de larmes^ se leva sans lui répondre; seulement, avant de sortir;^ en lui offrant de l'eau bénite, elle lui dit en souriant d'uti air attristé :

— Tu as raison, Suzanne, sortons. «

Pauvre Ëveline I elle avait redit au pied des autels, i la Reine des vierges, elle avait encore, dans le temple du Dieu sauveur^ en face du ciel et des anges, elle avait redii avec des sanglots à demi étouffés, des soupirs et des larmea cuisantes :

— S'il vit, je ser^i vierge L„

Vî

Que se passait-il dan^ la demeura de M* Duroteau?.»» Hélas I Tagonie et le deuil y avaient suivi Arnold et son triste cortège..; Le gros brocanteur de tableaux, Tex-officier impérial avait pour son malade, pour son blessé^ sa victime, comme il le disait lui-même, des attentions^ des prévenances et une sollicitude presque paternelles ; parfois il se prenait à pleurer en contemplant les traits altérés, la pâleur^ Ws appareil^ sanglanU du jeune peintre, dont^ au dire même de plusieurs chirurgiens; Tétat semblait désespéré.

En vain ]e$ conseils de Tamitié, la voix de la prudepcç le pressaient^ls da ^'éloigner, de fuir, de gagner le sol étranger, le bonhomme se Qtçbait tout rouge quand pn persistait, ûi ï\ réfonia.i\ :

— C'est moi qui ai fait le mal, je resterai jusqu'à la fin; et s'ils veulent encore s'allonger avec moi; au moins ils m

trouveront ici.é. car que m'importe maintenant un malheur de plus? Peut-être un de ces étourneaux aura-t-il la main plus heureuse que ce pauvre enfant, qui ne savait, lui, maiiier que son pinceau... Mais il Ta voulu ^ il m'a poussé à bout, vous le savez bien... C'est égal, j'aurais dû Tembrasser au lieu de lui tirer dessus; car c'était trop jeune, trop beau, trop loyal, trop franc et doué de trop de talent , pour tomber ainsi. Je voudrais qu'il m'eût cassé la cuisse et fût debout.

Et le gros Bonhomme se passait brusquement la main sur les yeux^ pour qu'o:i n'y vil pas luire quelques larmes qu'il s'efforçait de retenir ou de cacher.. • car c'était vraiment, malgré ses manières violentes, son ton grossier parfois, c'était encore un excellent cœur d'homme que l'excapitaine de la vieille garde, qui veillait son blessé comme une mère son fils, et, quand il se voyait seul à soa chevet, pleurait comme une faible femme, le baisait au front, et tordait avec colère sa longue et épaisse moustache*

Le chirurgien-major d'un des hospices nombreux de la cité où ce drame se passait venait d'entrer dans la petite chambre sombre où Arnold^ en cet instant plongé dans un assoupissement léthargique, gisait sur un lit de sangles, pâle et décoloré, du sang sur les lèvres et sur ses draps, avec une respiration saccadée et des soubresauts convulsifs que la garde-malade et le médecin de la maison regardaient comme des symptômes plus alarmants.

~ Eh bien! docteur, comment va notre malade. •• je veux dire notre victime ? demanda avec hésitation et en se reprenant l'ex-capitaine de la vieille garde.

Le chirurgien, muet, attentif, la main d'Arnold dans ses mains , contemplait froidement et en sifBotant, selon sa vieille habitude contractée dans les camps^ le blessé^ dont il examina scrupuleusement l'appareil sans prendre garde i l'interrogation de M. Duroteau, qui répétait avec impatience :

— Comment va-l-il, docteur? comment trouvez-vous notre ami?

Au bout de quelques minutes d'un silence qqe Taspect lugubre de ce tableau rendait presque religieux, le chirurgien, après avoir gravement puisé à plusieurs reprises dans une magnifique tabatière d'écaillé blonde enrichie de cercles d'or, se retourna en secouant du bout des doigts le superflu de la poudre fine épandue sur son large jabot; puis, en hochant la tête d'un air professoral :

— Il est bien mal, Monsieur, dit-il; mais tout n'est pas encore désespéré.

Puis il ajouta :

— Je reviendrai ce soir avec deux de mes collègues, et, s'il y a possibilité, nous arracherons le plomb que vous avez été loger dans ce jeune corps.

— Abl ne l'abandonnez pas, je vous en prie, docteur I Sauvez cet enfant, sauvez-le : sa mort me mettrait au désespoir ! s'écria le bonhomme Duroteau. Amenez donc^ s'ils vous sont nécessaires, vos amis^ poursuivit-il : je ne suis pas riche, voyez-vous, mais je trouverai de l'or pour vos soins et les leurs; je vendrai mes Rubens, mes Albane, mes Guide, mes Vanderbuck; je me séparerai, s'il le faut, de mes plus précieux tableaux, mes trésors les plus chéris, et ne les regretterai pas, je vous jure, si vous le sauvez... Revenez vite, revenez bientôt, docteur I Ce n'est plus ici l'adversaire, ce n'est plus l'homme simplement liumain qui vous parle : ehl mon Dieu, Monsieur, c'est plus que tout cela aujourd'hui... c'est presque un père qui vous demande à genoux la vie de son enfant. . .

Et, en parlant ainsi, le gros bonhomme mouillait de ses larmes la main gantée du chirurgien, qui, froid et impas-

^ sible, lui dit :

— Soyez calme,. Monsieur. Comptez sur moi, je reviendrai ce soir; soyez calme...

A la fin de ce môme jour, sur les onze heures du soir,

ua vieillard et une ïeinme étaient silencleasement assis devant leur cheminée^ où un feu pétillait, jetant, par son éclat, une nouvelle pâleur sur les physionomies tristes e^ préoccupées. De temps en temps, le vieillard, le front appuyé dans sa main posée sur le marbre précieux de la cneminée, semblait étouffer avec peine quelque nouvel accès de sa toux opiniâtre, ou^ les yeux fixés sur le fofer ardent^ poussait de longs bâillements que sa femme interrompit enfin par ces mots :

— D faut convenir, baron, que vous êtes rhomme le plus flegmatique, le plus froid, j'allais dire le plus insensible , qui se vît jamais sur celte terre.

— Allez-vous recommencer encore, Madame, répliqua M. de Morneyx, que vous avez reconnu, en jetant à sa nautaine moilié un de ces regards sinistres de l'ex-président du tribunal expéditif. C'est assez, vous dis-je, c'est assex d'explications, répéta-t-il, sur un pareil sujet.

Et la baronne, le visage pourpre et les lèvres crispées, continua, en frappant avec violence sur le dossier de son fauteuil :

— Je veux parler, moi, et j'en ai le droit, peut-être I J^ veux vous dire que voire conduite à l'égard de ce jeune Arnold est inqualifiable; que c'est une conduite inhumaine, cruelle même, qui vous fera mal voir de toute la bourgeoisie.

— Eh ! Madame, que me fait votre bourgeoisie, et qu'aije à me mêler de ces querelles d'écolier? Votre monsieur Arnold s'est battd... il est blessé... eh bieni c'est tant pis pourlui.,e Ypuis-je quelque chose? Voulez- vous que j'aille le soigner, le visiter, moi premier président de cour?.. Mais en vérité vous êtes folle, Madame !

— Baron, vous êtes, malgré vos injures, un homme au cœur plus dur, plus froid que ce marbre.

— Eh ! Madame, répliqua encore d'un air de calme trop concentré rex-procureur, eh ! Madame, je souffre

Wen assez de mon rhumatisme et de ma goutte : ne venez pas, vous aussi, ^j<>"*Çjf 21 ™cs tortures. Vous feriez mieux d'aller vous reposer, et, avant, de vous informer si Éveline, dont la santé m'inquiète plus que toutes vos extravagances et vos démarches imprudentes , n'est point, elle aussi, tenue éveillée par ses souffrances. Vous n'avez pas seulement remarqué, femme bizarre et légère que vous lêies, l'altération et la pâleur des traits de cette enfant, et vous venez de préférence me parler d'un écolier, d'un artiste, que saîs-je?de votre M. Arnold I... Allez, allez, Madame, un premier président de cour, un homme de moif âge, de mon expérience et de ma dignité, n'ouvre pas ses oreilles à de pareilles sornettes.

El comme accablé par cette longue sortie, le baron croisa ses jambes, toussa de nouveau, cracha encore avec douleur quelques gouttes de sang dans son mouchoir, puis replaça son front dans sa main, et, ainsi accoudé sur sa cheminée, retomba dans le calme et rabattement.

La baronne, se levant d'un air courroucé, jeta sur son noble et vieil époux un regard de pitié et d'ironie ; puis elle ouvrit la porte qui communiquait à ses appartements, et, la tête encore en dehors, et comme narguant les souffrances et rimpassibilité du président, elle lui cria d'une voix aiguë :

— Adieu , ' méchant homme I adjeu, cœur de pierre ! adieu, çftOjQ^ieyr le procureur royal.

I^Q yie,ill,ar(l^ sans se déranger le moins du iQonde de sa posture, jeta un regard flamboyfi^nt sur safepame. En futellç effrayée? c'est ce que nous i^e ||iuriojQa dire ; seulement elle ferma la porte avec préçipilalpn et s^e retira dans sa chaipbrc, ou ellç fut |pqgtç0^p§ tremblante eJso^cie^se*

Il y avait à peine quelques instants (^ue le bai^oa se trouvait seul, appelant en vain un sommeil régénérateur aue repoussaient sans cesse et l'agitation de ses esprits et son astbuie cîpiniâtre, lorsqu'il se fil, presque sous ses fe-

nétres, un grand tumulte qui semblait occasiopné par une réunion nombreuse d'hommes échauffés par le vin^ ou tout au moins par quelque violente passion.

— Si c'était l'émeute! pensa, avec un sourire infernal sur ses lèvres tachées de sang, le vieux baron.

Et il prêta une oreille plus attentive.

Cependant le bruit des pas^ les vociférations, le tumulte se- rapprochaient de plus en plus. Soudain la sinistre rumeur a cessé comme à un signal de chef tout-puissant, et au yacarme, aux éclats de voix menaçantes et émues, succède un silence plus lugubre.

— Que signifie donc cela? se demanda l'ex - procureur royal tout en se regardant dans la glace, comme pour interroger la pâleur de son effroi , dont il n'était déjà plus maître.

Une voix de Stentor se mit tout à coup à entonner d'un ton menaçant, et comme une réponse aux pensées du vieillard^ ce refrain sinistre, qui fit frissonner le baron de tous ses membres :

Ce vieux juge tout-puissant

Qui du lit De bouge^ Sur sa robe, il a du sang...

Oui^ le baroD a du sang

Sur sa robe rouge !

— Bravo! bravo! hurlèrent simultanément toutes les Yoix confuses, qui semblaient de plus en plus animées. •

— Biil biil poursuivit un de ces jeunes hommes, que quelque sombre motif avait rassemblés.

... ^t>/ reprit-il. Mort à tous les bourreaux du peuple I Â bas les cours prévôtales !

• Et le bruyant cortège vociféra de nouveau et d'une façon plus sinistre :

Le vieux baron a du sang Sur Sti robe rouge!

Et^ au même instant, plusieurs pierres lancées avec

LA ROBE ROUGB. 37

force vinrent briser deux des vitres de la chambre du noble personnage, lesquelles, volant en éclats, tombèrent à s^s pieds.

Se regardant de. nouveau dans la glace, et se trouvant plus pâle, le baron se dit encore, mais avec l'accent de la stupeur :

— Serait-ce donc l'émeute?

— Ohé! baron de Morneyx, cria une autre voix; ohé! savez-vous qu'Arnold, cet imbécile d'Arnold, s'est fait tuer pourjotre robe rouge?... Il ne savait donc pas que vous l'avez trempée dans le sang de vo)» compatriotes? Ohé! baron?...

Et, au même instant, une autre vitre vola en éclats.

Le président, se saisissant d'une main défaillante du cordon de isonnette qui pendait auprès de sa cheminée^ appela ses gens. La baronne accourut la première, tout effrayée :

— Qu'avez-vous, Monsieur? lui demanda-t-elle, tremblante et en balbutiant. Vous me permettrez peut-être de vous secourir?

— Écoutez, Madame, écoutez, répondit froidement le baron : voyez les nouvelles œuvres de vos libéraux* Voici venir la révolution et ses aimables soutiens, vos protégés.... Entendez- vous , Madame? vos protégés... car le nom de monsieur Arnold est prononcé par cette foule furieuse qui nous assiège chez nous, et ne rêve que meurtre et pillage... Àhl si une cour prévôtale bien dirigée pouvait purger la société de toute cette canaille !••• Entendez-les, Madame...

— Ohél baron, ohé! vieux président^ dormez-vpus? Marquis de la Robe-Rouge, dormez-vous ? hurlait plus fortement la foule des jeunes amis d'Arnold, qui, mus parles ocnti'ni^nts de regret et de haine que sa perte imminente excitait è^ eux, s'étaient arrêtés sous les fenêtres du vieux

baron. ^

% LA nom mocGB.

— IMadame, dit arec émotîoa ce dernier à sa femme, ne perdez pas an instant, je tous en prie : euToyez au plus Tite Totre cocher chez le commandant de la place! Qff il sorte par l'escalier dérobé, et m'amène promptement du secours, nne compagnie on an luttaillon; qu'il dise à l'officier de £ure charger les armes...

Cependant les intentions do baron et ces mesures de précaution furent inutiles; car à peine arait-il fini de parler^ qn'one patronille déboncha par la tête de la rue. Â son approche, le groupe tumultoeui et menaçant se disapa.

Le lendemain, toutes les feuQIes, grandes et petites, de l'endroit commentaient à leur guise l'événement nocturne que le lecteur vient d'apprendre ; nne d'entre elles sarlout, petit journal obscur de ruelles et de cabaret, qui Tenait de publier une longue série de plates diatribes et de lâches injures, c'est-à-dire nne revue critique de sa ^çod, à propos de l'exposition que vous savez ; une d'enlre ces feuilles, disons-nous, avança que cet attroupement et ce bruit nocturne, le duel du jeune Arnold même, étaient une provocation de la police, qu'Arnold avait servie (on voulait bien le croire) involontairement Infamie! in-

fiamiel

De misérables apprentis dans un art difficile et trop élevé pour leur médiocrité insolente, de redoutables adolescents , plus tard excellents peintres d'enseignes, jalonsàient à Fenvi Arnold, cet ex-rapin, comme ils l'appelaient dans leur langage d'école, dans cette espèce d'argot qni donne des nausées à un honnête homme, et sent à deux lieues à la ronde le gamin et le chiffonnier à genoux dans fa boue du ruisseau.

Toutes ces suppositions malveillantes n'empêchèrent pas que le président de Momeyx, à sa première sortie, le lendemain, sur le midi, ne f&t encore insulté pendant qu'il se rendait, traîné rapidement dans sa calèche fermée, ohez le commandant de la place. Au détour d'une

rue donnant sur une des plus belles places de France, il fqt accueilli par des sifflets innombrables; des groupes sinistres barrèrent le chemin à ses chevaux; une pierre même fut lancée contre sa voiture et en brisa une glace. Les chevaux, effrayés, s'emportèrent, et sans la présence d'esprit et le sang-froid du cocher, peut-être le vieux baron eût-il été assommé ce jour-là. Il en fut quitte pour une grande frayeur et pour de nouvelles craintes et de nouveaux remords.

Dans leur fuite , ses chevaux avaient renversé plusieurs personnes; plusieurs d'entre elles étaient grièvement blessées. La rumeur publique , comme il arrive toujours , grossissait le mal, et vingt mille voix du monde commer. çantou artisan commençaient à se plaindre tout bas; les plus hardis et les plus médisants ajoutaient que l'ex-président trouvait sans doute qu'il n'avait pas fait assez de victimes avec ses cours prévAtales, et qu'en écrasant les citoyens sous les pieds de ses chevaux, Il avait découvert un moyen plus expéditif.

Ce fut, le soir même, un cri général d'indignation; et à don retour de l'hôtel du général, il fallut bien la présence d*un piquet de chasseurs à cheval autour de sa voiture, pour préserver le noble baron d'une nouvelle attaque.

Il revenait soucieux et te front assombri par de tristes pressentiments, et comme choqué de l'accueil froid que lui avait fait le lieutenant général.

Il croyait l'entendre encore lui dire, avec le sourire sardonique d'un vieux militaire à qui la fréquentation des conrs et des courtisans n'avait pas enlevé ce dernier vernis de franchise et de loyauté acquis sur vingt champs de bataille, il croyait Tentendre encore lui dire en tordant sa moustache rousse :

— Mon vieux président, saveï-vous que tous n'êtes pas adoré ici?... Soyez prudent, car les têtes sont chaudes en ce pays... Je vous le cpnseilte en ami, soyez prudent.

Rentré dans ses appartements, le baron ne voulut voir personne, ne demanda ni sa femme ni sa fille; et, après s'élre placé devant son feu, enveloppé de sa robe de chambre de taffetas rouge, après avoir toussé à plusieurs reprises, et regardé le cadran de sa pendule de marbre noir, il s'endormit la tète appuyée contre la pierre de sa cheminée, dont la froideur semblait rafraîchir et apaiser l'effervescence des idées qui s'entre-choquaient dans son cerveau septuagénaire.

Cependant la baronne et Éveline étaient toutes deux sorties, et toutes deux s'étaient dirigées, par une route opposée, vers la demeure où Arnold, abandonné aux soins de son excellent hôte, de cet adversaire si généreux, si compatissant, semblait, depuis plusieurs heures seulement, donner quelques signes, hélas! bien rares encore, d'existence.

Éveline était arrivée la première, conduite par sa discrète et peut-être trop confiante camériste.

— Je veux le voir encore une fois avant qu'il meure, avait-elle dit à sa femme de chambre, et toutes deux étaient sorties, avaient parcouru les rues les plus sombres^ Les plus détournées, et elles venaient de frapper doucement à Isi, porte cocbère de la maison qu^habitait l'ex-capitaine Duroteau. Le portier ayant tiré- le cordon, toutes deux entrèrent et avancèrent d'un pas furtif, Éveline respirant à peine, et tremblante d'effroi.

Le vieil amateur de tableaux vint ouvrir lui-même aux deux jeunes femmes. La voix entrecoupée, chancelante, et sans relever le long voile noir qui cachait ses nobles traits, Éveline lui parla la première ainsi :

— N'interprétez point défavorablement, Mçnsieur, cette démarche de deux femmes, démarche qui déjà vous paraît peut-être hasardeuse. Je suis la fille du président de Morneyx.

— Du président de Morneyx ! interrompit le bonhomme

tA ROBE ROUGE. Ai

Duroteau hors de lui. Voilà le seul meurlrier de cet enfant... c'est lui seul qui me Ta fait tuer... c'est avec ma main que votre père, Mademoiselle, a assassiné ce jeune homme. Alors que venez-vous chercher ici de sa part?

Plus tremblante, et d'une voix presque éteinte, sentant ses genoux fléchir, Éveline continua ainsi :

— Ohl Monsieur, veuillez m'écouler jusqu'au bout, je TOUS en supplie, et ayez quelque pitié pour une faible jeune fille. Je viens, guidée par un sentiment de reconnaissance que vous trouverez, j'en suis sûre, naturel, je viens m'informer de l'état de cet infortuné qui se meurt pour avoir été insulté à mes côtés^ qui se meurt pour nous ^ pour ma mère et pour moi... Ne m'accusez donc pas^ et soyez indulgent et discret^ je vous en conjure, pour un sentiment de pitié si vrai^ comme je le serais, moi qui vous parle^ pour le meurtrier même de monsieur Arnold.

— Ah! ne dites pas ce mot-là, Mademoiselle, ce mot de meurtrier! s'écria Duroteau; car il déchire mon cœur avtîc la lame brisée d'un poignard... Ne le redites pas, excellente enfant, car vous me tueriez avant lui, moi qui l'ai tué à moitié! A votre tour, pardonnez-moi I

— Vous, Monsieur! \ousI répéta, stupéfaite, pâle et plus défaillante^ Ëveline, qui s'appuyait sur le bras de Suzanne.

— Hélas! c'est bien moi, moi qui Tai immolé à un absurde point d'honneur; c'est moi qui suis le meurtrier... Mais, Mademoiselle, vous avez dit que vous seriez indulgente et bonne pour lui-même... vous l'avez dit... mes larmes, ma douleur vous en font une loi ! Car, ajouta-t-il avec J'accent le plus vrai et le plus déchirant du remords^ cet Arnold, fussiez-vous sa maîtresse, ma pauvre enfant^ TOUS ne l'aimeriez pas plus que moi aujourd'hui... et^ je vous le dis à l'oreille, s'ils ne le sauvent pas, ces ânes de médecins, eh bien! je vous le dis en confidence, ma noble jeune fille^ je me tuerai, moi aussi , et je léguerai tous mes tableaux aux pauvres...

42 LA ROBE ROUaE.

— Oh I Monsieur^ vous êtes bon et repentant : je yoos plains, et votre douleur et vos larmes me rendent Tassurance que vos premières paroles m'avaient ôtée... Gomment va-t-il, dites-moi?

— Venez, répondit d'un air mystérieux le vieux Duroteau.

Et Ëveline et sa gouvernante, comme soumises par le geste et la parole si brusque, si impéralive de l'ancien militaire, traversèrent sur ses pas plusieurs pièces décorées avec luie, et arrivèrent avec lui près d'une chambre étroite dont la porte était entr'ouverte.

Dans cette chambre, éclairée à demi par une luear lugubre, tout était silence et recueillement; un jeune élève en chirurgie, un jeune peintre, une garde-malade, j étaient assis mornes et pâles aux trois angles, et, pour toute conversation, échangeaient de temps en temps des regards intelligents, regards de l'amitié, paroles muettes du cœur, qui disaient tant de choses, trahissaient tant d'angoisses !

— U sommeille, murmura à voix basse le bon Duroteau,

Et comme Éveline, apercevant deux jeunes honameS| n'osait avancer, il ajouta :

— Je comprends ; vous ayez raison.

Gt, se mettant de côté, il écarta légèrement les rideaux.

Alors la pauvre Éveline, sentant ses genoux se dérober sous elle, suffoquant de pitié et d'émotion, Éveline aperçut la pâle figure d'Arnold, dont la respiration gênée, la boucbe entr'ouvertç, les soubresauts fréquents, et jusqu'aux traces de sang qui l'eniouraient, ne décelaient que trop la funesie position,

Qélas! il était beau encore, ainsi mourant.

— Pauvre ange ! murmura Duroteau... Et songer que si un boulet avait eu l'idée d'emporter une si vieille et si stupide tête que la mienne, il serait plein de vie comme il est plein de talents !o. Pauvrç ange ! répéta l'ancien militaire.

LA ROBE ROUG£, 43

Et il rebaissa le rideau.

Puis, accompagnant Éveliae qui se sentait défaillir et la soutenant par le bras :

— Mademoiselle, lui dit-il, cela vous a fait mal, n'est-ce pas? et pourtant, j^ose vous le dire, pas plus qu'à moi, vieux militaire ! Seulement vous êtes plus faible, plus sensible. Que suis-je, moi? Je suis une vieille béte qui se tuera si le pauvre enfant ne guérit pas.

Puis il présenta du vinaigre à respirer à Ëveline, la fit asseoir, lui offrit de se rafraîchir, et, quand elle se trouva mieux, il l'accompagna avec politesse. Avant de se retirer, il lui dit en souriant d'un air triste :

— Tous ces petits rapins, ce rebut d'école, que sais-jeî un tas de freluquets que je ne connais pas, moi, m'envoient à toute minute des cartels au sujet de ce malheur que je déplore plus qu'eux. J'en ai déjà reçu vingt, je crois. Eh I mon Dieu, Mademoiselle, ils ne savent donc pas à quelle vieille pratique ils ont affaire?... Si le pauvre enfant meurt, ils n'auront pas besoin d'être si. nombreux pour se débarrasser de moi... je leur ferai beau jeu, je me battrai à brûle-pourpoint; s'ils veulent, j'attendrai que le sort ait favorise l*un d'eux... c'est-à-dire que je ne veux pas tuer

** encore un enfant... quoique tous réunis ils ne vaillent pas le petit doigt de mon pauvre blessé ; mais s'il vit, pas un n'acceptera mes propositions... ils s'envoleront, les rapins^ comme des étourneaux. Adieu, Mademoiselle, adieu, noble et généreuse fille que vous êtes; allez prier pour Arnold et pour son meurtrier, puisque je le suis réellement. Allez, et soyez sans crainte sur la discrétion de votre serviteur.

Et , la porte s'étant fermée , Ëveline et sa femme de chambre s'éloiglièrent ; la première donnant un libre essor aux sanglots et aux soupirs qui l'oppressaient, la seconde^ toute triste et toute pensive, peut-être pour la première foisdesavie»..

44 LA ROBE ROOa.

Elles étaient toutes les deux si préoccupées qu'elles ne s'aperçurent pas qu'une femme, enveloppée d'une pelisse de couleur sombre, les avait presque heurtées , et s'était retournée à plusieurs reprises^ comme si elle les eût reconnues!...

Cette femme ^ cette apparition mystérieuse et rapide, c'était la noble et hautaine baronne de Morneyx elle-même, qui allait, elle aussi, dirigée par un sentiment de pitié inaccoutumé, prendre des renseignements sur la position du jeune blessé.

Elle ne se donna pas la peine de monter au deuxième étage... elle s'adressa tout simplement au portier, qui lui répondit t)ue l'état du malade était toujours le même, et que, vu l's^fâuence des visiteurs, il pensait que les jours suivants on ne recevrait plus personne... car le bruit pourrait encore, dit-il, aggraver sa position désespérée.

Le vieux portier ajouta :

— On prétend que ce pauvre jeune homme, un artisan, ou plutôt un artiste (comme ils disent), s'est battu pour des aristocrates... et je le plains bien d'avoir été si bête... Pour des nobles se battre I quand on sort du peuple, quand on gagne son pain soi-même, comme le peuple, quand on aime et estime le peuple. Oh ! ma foi, il faut bien peu tenir à sa peau , pour la jouer si sottement et pour si peu!., car, voyez-vous, qui dit nobles dit aujourd'hui ennemis de la France, et Vautre ne s'est perdu et n'est tombé que pour s'être' empêtré avec eux.

Ainsi parla le portier, qui, nous devons le dire en écrivain consciencieux, était aussi un pauvre cordonnier en vieux...

La baronne de Morneyx, pinçant plus que de coutume ses lèvres décolorées, déguisant mal son dépit, quitta, pâle et tremblante, le portier goguenard, qui murmurait encore en lui fermant la porte sur le fiez :

— Se battre pour des nobles... c'est-il bête!

LA ROBE ROUOi;. 45

— C'est donc une maison de jacobins? se demanda à elle-même la vieille baronne quand elle se trouva sur le quai désert, se reprochant déjà un si court moment de compassion.

Plusieurs nuils se passèrent sans que le vacarme nocturne que vous savez se renouvelât ; de nombreuses patrouilles circulèrent chaque soir dans le quartier qui en avait été le théâtre : mais la grande ville était toujours en émoi y et l'anxiété se décelait sur plus d'un visage et dans plus d'un discours. Le duel d'Arnold, sa cause, ses suites, étaient le sujet de toutes les conversations dans tous les salons, tous les cafés, tous les cercles; enfin, dans tous les lieux publics il n'était question que de la sourde agitation des esprits, et surtout de celle des écoles de médecine et de peinture^ dont le ressentiment était peut-être endormi, mais non assouvi.

Arnold^ pourtant, n'avait pas succombé; et toute une semaine s'était écoulée depuis sa funeste rencontre. Son état, sans donner de réelles espérances^ semblait moins désespéré; le chirurgien le visitait plus fréquemment, plus sûr de vaincre avec la vie et la jeunesse qu'avec les seules ressources de l'art. Aussi le visage du bon vieux Duroteau, que des veilles continuelles, les fatigdes les plus accablantes de l'esprit et du corps n'avaient pu lasser d'un si noble dévouement^ le visage du généreux adversaire de notre jeune peintre semblait illuminé parfois de quelques éclairs d'espérance.

Déjà, dans la grande ville, on touchait aux jours de la folie et du plaisir; le carnaval venait de s'ouvrir : c'était un dinuincbe, le premier de l'époque joyeuse. Plusieurs bals masqués étaient pompeusement annoncés d^avance par de

longues affiches^ à l'instar des affiches monstres des^brairies modernes. Le charlatanisme envahit la province ; les faubourgs, eux aussi, les ouvriers, les artisans devaient avoir leurs fêles ^ leurs raouts , leurs bals comme dans mainte grande maison : toute la différence est dans le luxe des habits et des tapisseries, dans l'orchestre, les parures et l'étiquette. La grosse joie^ la folle ivresse s'étaient donné rendez- vous chez le peuple... le fard, la morgue, la fatuité, 1^ prétentions surannées chez le riche.

Or on devait danser aussi çhçz le baroq de Momep^^ Pendant tpqt ce dimanche, de nombrçuse$ cavalcade$| d^ partiss de déguisements, des masques de toutes pouleurs, k pied^ à cheval, en calèche pu eq p^ariot sillonnèrent ]e$ quEiis, les rues, les places dç U grande oité ; )e soleil, loi aussi, seipblait être de la fête; et la foule curieuse, pressée, cauBeuse et croitép se ru^it sqr tous les Ijeu:!^ que les bandes de pierrots, d'arlequins, de turcs, de chevaliers, de mar^ qiiisi de poissardes ei de paillasses devfiieqt parcourir aux éqUt§ de rire d^s ^ttroupiçiqeQts qui se fp^najeat sur lepr passage.

t.e baron de Morneyx et quelqqes nobles, intiines ou parçqts, se Irouvaieqt sur un des boulevards Içs plus fréqpQntéf, admirant de leur balcon cette fouie bruyante çt folle, se faisant saluer ou saluant de leurs splendides équipages quelques h^uis parvenus étalant, en guisse de cos- (upes et 4a m^isques, leur morgue insolente et leurs V4iii|é§ armoriées, qui rappelaient à plu^ d'un p^pvrp piétpn écl^pussé la plante du poète :

D9 l6«r iporgue insQlentd Riep De nous garantit.

Sur les trois heures de l'après-midi, une Ippgue file de voitures vint à passer sous les fenêtres du baron de Morney^c : c'ét^ie^t de rjches dominos, de frais }iabits de pierrots dessiqa^t à merveille 1^ souple et svelte taille d'une griffue» pu les formes un peu saillantes de quelques jeun^i

filles folles de leurs corps; c'étaient encore des paysans au langage trivial Qt cynique > et surtout avec des turcs, des magiciens et des arlequins à foison.

Mais soudain il se fit une grapde rumeur au ^ein de la foule, qui se précipitait de toutes parts haletante et effaréei l'avidité, la curiosité et l'attente écrites sur tous les visages.

Or savez-vous quelle était la cause de cette recrudescence de l'allégresse et des clameurs populaires?.. La voici :

Un immense chariot traîné par quatre vigoureux chevaux s'avançait lentement, jonché, en quelque sorte, de masques aux vêtements rouges : c'était une allusion lugubre du peuple^ une lithographie animée. Le c})ar repré* sentait un tribunal : sur une chaise élevée était assis au vieux personnage au visage amaigri , tout sillonné de mouches noircies simulant des myriades de petits boutons ; ses cheveux rares, d'un blanc gris, ombrageait à demi sop front osseux et ridé. Il était impossible de s'y méprendre. On avait voplu représenter un célèbre et puissant personnage. Devant lui étaient à genoux plusieurs femmes tout en pleurs et couvertes d'habits de deuil; des huissiers et des gendarmes semblaient entraîner deux jeunes enfants qui, chargés de lourdes chaînes, n'offraient aucune résistance et tendaient des mains suppliantes vers leurs mères cons* ternéea et défaillantes; plus loin encore l'instrument du supplice se dressait et semblait attendre sa proie.

La police ne tarda pas à être sur les traces de cette cara*^ vane sinistre, que la foule incessamment grossie suivait, et à laquelle plusieurs bandes de masques des faubourgs venaient de se joindre. Les agepts de l'autorité, ne se sentant point as6ez forts pour disperser ou arrêter les auteurs de cette allusion sanglante et provocatrice, se bornèrent à lef( suivre sur plusieurs points, dan$ plui»ieurs quartiers, met^ tant à l'aifùt sur le passage de la bande masquée, mélaM aux groupes des curieux, ou dirigeant vert» les principales casernes leurs limiers les mieux iàressési

18 LA movB monas.

Le chariot s'était arrêté en cet instant sous les fenêtres de l'ex-présidenl, et une Toix de stentor lui a^ait crié en brandissant une hache :

— Ohé ! monsieur le bacon I il y a une place ici pour TOUS. Prenez donc vite Totre robe r^uge I... voyez la cour préydtale qui passe... Il y a encore du sang à verser^ mondenr le baron... venez reprendre ?otre fauteuil l...

Le yienx baron pâlit et chancela ; il sentit comme un tourbillon gronder à ses oreilles ; il vit comme un éclair devant ses yeux; et une main amie l'ayant entraîné dans son salon^ il se retrouva, sans forces et couvert d'une sueur froide, sur les moelleux coussins d'un sopha. Au même instant plusieurs vitres de ses fenêtres volèrent en éclats, et une liqueur rougeâtre vint colorer celles qui étaient intactes.

— Ils m'envoient du sang ! dit, les traits crispés et l'œil hagard, le vieux baron, qui tremblait plus fort.

Et il ajouta :

— Vont-ils monter?... 0 mes amis, protégez-moi I Mais des cris confus, des cris d'effroi se firent entendre

presque aussitôt; ils partaient du quai même où le chariot des masques continuait sa marche lente au milieu de la foule compacte^ qui applaudissait à cette audacieuse image. Ces cris étaient un signal d'alarme; ils annonçaient au peuple et au masque l'arrivée d'une compagnie de dragons qui, sortie à l'improviste de sa caserne, s'avançait au grand trot, les sabres nus et les casques reluisants aux derniers rayons du soleil.

— Sauve qui peut I cria une voix.

Et, à ces mots, les rangs de la foule s'étant ouverts, tous les acteurs en robe rouge désertèrent leur char de triomphe et se précipitèrent dans une longue et sombre allée dont la porte vermoulue se referma sur eux , puis les chevaux du char, lancés au galop, l'entraînèrent vers le vieux faubourg d'où il était sortie et où il rentra saiis encombre avant que les dragons, arrêtés par le rempart de plus en plus épais

des spectateurs, eussent pu l'apercevoir. Ils entendirenl seulement la voix narquoise des gamins qui, juchés sur les arbres de la promenade, obstruée en cet insiant par la foule, leur criaient comme en les narguant :

— Ohé I les dragons... ohé!... les autres sont partis !... Enfoncés les dragons I . . . .

Cependant les sbires de la police étaient parvenus à s'emparer d'un des personnages masqués, qu'ils regardaient comme l'ayant provoquée; on l'emmenait bien escorté, et il allait être remis sous bonne garde au chef du poste le' plus voisin. Mais le peuple a vu lé masque qui se débat, et qu'on entraîne malgré sa vigoureuse résistance : il a entendu ce dernier crier :

— A moi^ mes amis I El le peuple a répondu :

— A l'homme rouge ! Délivrons l'homme rouge !

Et le peuple s'est rué 3ur les gens de la police : la balte d'Arlequin, les massues de bois creux, les sceptres de sapin doré ont été autant d'armes offensives dans les mains de la foule irritée ; et les baïonnettes ont été recourbées, et le poste s'est retiré, effrayé des cris, des provocations et du nombre des combattants. Le masque à la robe rouge était délivré; libre de ses longs vêtements, il fut emporté en triomphe par la foule émue et plus menaçante que jamais.

Le même soir, dans tous les bals masqués publics^ dans toutes les guinguettes des faubourgs de la grande ville, le rouge fut à Tindez, et il y eut plus d'une arrestation préventive, plus d'une rixe où le doigt et l'œil de la police se décelaient trop bien. Pendant toute cette même nuit, des bandes de masquées, des groupes bruyants et sinistres parcoururent les rues les plus fréquentées de la grande cité en proférant tout haut des plaintes et des menaces contre les violences du pouvoir, mêlant à leurs vociférations le nom lugubre du baron de Morneyx.

Ces promeneurs nocturnes^ qui gardèrent le plus morne

50 LA. ROBE BOUOS.

silence en passant devant la demeure où gisait le panvre Arnold, s'arrêtèrent quelques minutes sous ce même balcon armorié d'où le vieux baron avait été enlevé pâle et respirant à pçine : là ils recommeucèrent le chorus la-» femal des nuits précédentes, qui vint redoubler encore l'effroi de la noble maison^ et donner un caractère de gra^ vite plus alarmant à la crise nerveuse à laquelle était en proie M. de Morneyx -, mais une patrouille s'étant fait entendre au détour d'une vaste place qui aboutissait au boulevard, la bande masquée avait pris la fuite en jetant, dans la nuit, comme un sinistre adieu à l'objet de ses opiniâtres poursuites, ce lugubre refrain^ son cri de ralliement :

Ce Yieux juge tout-puissant Qui du lit ae bouge^ Sur sa robe ii a du sadg, Sur sa robe rouge 1.

Le lendemain, il JPaisait à peiiie jouf que plusieurs médecins avaient envahi le somptueux bfttel du premier président. Une fièvre des pliis intenses, jointe à un accès de goutte terrible qui faisait ci^aindrè lîûe paràtysie du cerveau, s'était emparée de lui ; on allait jusqu'à redouter une attaque d'apoplexie. Une consultation avait été jugée indispensable par le médecin ordinaii^e de la maison ; il avait réuni déjà plusieurs de ses doctes collègues , lorsqu'on sonna avec force. Ëveline, dont l^ansiété sur l'état de son père allait toujours croissant, se trouvant près de la porte, otiVrit dans un empressement tout naturel, et Un homme grave, d'une beauté ibâle et noble, s'étànt avancé, elle reconnut le chirurgien qui pansait Arnold, la victime et désormais Taini du bon Duroteau , et un léger frémissement vint trahir son trouble.

— M. Arnold va un peu mieux, Mademoiselle, dit à voix basse et d'un air mystérieux le docteur. Puis, au moment où il entrait dans le salon qui conduisait dans la chambre du baron, jetant à Ëveline un regard d'intelligence, et un

doigt sur la bouche^ il ftjpuU '• Nous le sauverons peuU être.

— Abll s'écria iovolontairemept la jeune fille, ^t, se reprenant avec 13a trouble trop visible, elle çouliqua ( Coures^ vers mon père^ Monsieur I courez vers le baro9« il est biea mal!

Pm ^y^lme, qui ay^it grand'peiue à retenir ses larmes, sç retira 4^os »a ph^mbre où, protégée pur une (obscurité aussi sombr^ que ses pensées, elle /$e poit à pleurer et à prier f joignant malgré elle, d^m sa prière^ le nom du b^ron à celui d' Arnold , l'enfant au vieillard! Pauvre

Éveljqpl.,.

Ëa effets par UO caprice bizarre du sort^ à Tinstant même oii le jeune blessé semblait revenir à la vie^ pour lui si. pleipç d'illusions et d'espérances^ le vieu^ président^ lui^ frappé peut-être par la main vengeresse de la Pri^vidence, s'avançait vers la tombç que son nom et sou existence ei^-^ tachée ^valent ouverte pour un ^utre 1» *f

Les docteurs assemblés déclarèrent que Tétat du baron de Mpri^eyx était des plus graves : ils le saignèrent à plusieurs'reprises pour dégager le cerveau, dont les voies s'embarrassaient ie plus en plus.

Ainsi s'écoulèrent plusieurs nuits pleines d'anxiété et d'effroi , au bout desquelles^ après d'inutiles tentatives, après les secours et les soins les plus empressés et les plus n^ultiplié^^f U Faculté s'avoua vaincue elle-même par le mal affreux dont l'ex-président était atteintt U pouvait vivre encpre^ hélas ! mais de auelle vie 1 Le flambeau de aa rai§on s'était k lout jamais éteint ; des crises nerveuses de Taspect et du caractère le plus effroyable se succédaient à des périodes de temps presque égales. Dans ces accès, le vieux baron épumfût, ses yeuic flamboyants pleuraient des larmes de sang , il s^ voyait* le malheureux, entouré d'aasassinSi de bourreaux» de victimes, et il criait :

~ Pardon I grâce I vous que j'ai fait périr si impitoya'^

Sa LA ROBE BOUGE.

blement ! Pitié pour votre juge inflexible! Oh l ne m^égor- I gez pas ainsi I

Et il se roulait à terre, en proie à d'atroces souffrances, et dans les convulsions du mal le plus effrayant que ressente la frêle humanité.

C'étaient des cris lugubres, des sanglots étouffés, des plaintes et des menaces qui se succédaient soudainement dans là bouche du vieillard, et jetaient l'épouvante, la donleur et rétonnement chez tous ceux qui l'entouraient.

— Mon Dieul dit Évelinè un matin, en se levant plus pâle et plus belle que la veille^ plus belle dans son abattement^ avec une angélique résignation écrite sur ses traits si purs et si doux; mon Dieu I si j'allais visiter la chapelle de Notre-Dame, peut-être que mes prières et mes larmes sauraient obtenir quelque allégement à ces maux si atroces que souffre un père 1... Peut-être !... pensa-t-elle avec le frémissement de Tespoir.

Et elle partit suivie de la légère et insouciante Suzanne.

Il fallait gravir un coteau escarpé, traverser des rues tortueuses, fouler avec un pied délicat le pavé le plus anguleux de la province^ pour aller implorer la protection céleste sur les jours de son père : Éveline, humiliée comme elle rétait hier, comme elle le serait encore ce soir, courut sans hésiter prier aussi pour le salut de celui qu'elle n'appelait, avec un accent de fraternelle compassion, que notre pauvre victime.

Laissons Ëveline et sa jeune gouvernante prostemée; toutes deux sur les dalles d'une étroite chapelle tapissée d'une multitude à'ex-votOy de tableaux, de chapelets^ et obscurcie sans cesse par un nuage odoriférant de fumée et d'encens. Dans son extase, la première n'aperçut pas un gros homme qui était aussi venu prier (lui qui priait si rarement), et qui, malgré son embonpoint et ses cinquantecinq ans, avait gravi la colline élevée dans un motif presque

analogue à celai qui Pamenait elle-même. Mais ce person» nage, que vous avez peut-être déjà nommé, et qui lisait^ ses lunettes sur les yeux, assez attentivement dans un livre à gros caractères , ce personnage, dont rallilude, la mise simple et grave^ et jusqu'au bout fané d'un ruban rouge mal noué à sa boutonnière^ trahissaient trop les habitudes peu religieuses, avait bien vite reconnu^ lui, la jeune Éveline ; et ce fut l'unique cause sans doute des distractions auxquelles il semblait, presque malgré lui , livré depuis quelques minutes.

Craignant de s'être trompé, il tournait et retournait la téte^ ôtait et remettait brusquement ses lunettes... s'agenouillait, se tenait debout... prenait de nombreuses prises de tabac dans sa vaste boîte... Ce personnage, déjà je vous l'ai dit, vous l'avez nommé aussi, c'était... le bon, le noble, rexcellent^ le loyal Duroteau ! Lui qui, avant la blessure d'Arnold, ne croyait à rien, qui déclamait comme un furieux à tout propos, et sans motifs souvent, contre les prêtres et les gens d'église... eh bien I ce vieillard, mû soudain par un sentjpent de profonde et sincère pitié, sous le poids de l'anxiété et des craintes les plus pressantes, s'était senti comme réchauffé intérieurement par une étincelle de la foi de ses premiers jours» et, croyant la Faculté impuissante à retenir cette jeune et si belle vie prête à s'envoler, il avait joint, comme la timide vierge, ses mains calleuses et cicatrisées ; puis il avait demandé à sa gouvernante ébahie son livre de prières tout huileux , et , dès l'aube, lui aussi^ il était sorti furtivement, et avait gravi péniblement la sainte colline.

N'y pouvant plus tenir, il venait de rapprocher sa chaise de cellb d'Éveline; et au moment où cette dernière se prosternait avec plus de ferveur, penchant sa tête chauve près de son oreille, il lui dit d'une voix bien émue :

— Notre protégé va mieux ; il est sauvé maintenant, je crois...

54 LA ROBE AOUGIE.

— Ah ! merci, Monsieur I lui répondit ÉTelio^ %u jisiant

sur lui un regard plein de trouble et de pudeur.

— Il va mieux ; nous le sauverons, je Tespère, répéta tout essoufflé le bonhomme, qui, en se relevant, aperçut les yeux d'Ëveline remplis de pleurs iixés sur lui; et il Tentendil d'une voix tremblante lui répondre ces mots ;

— Àh I merci, Monsieur, vos paroles réjouiraient certainement mon âme si elle n'était à cette heure si remplie de deuil et d'anxiété.». Votre ami va mieux, dites- vous... et moi, je viens ici prier pour un père qui se meurt..»

— Diable ! interrompit d'un ton brusque U vieux Dnroteau, qui ne vit pas, au léger tressaillement de la jeune fille et à la rougeur subite de son front» que ces paroles intempestives, un peu trop hautement prononcées, la scandalisaient... et il attendit en silence, en se composant da mieux qu^il put un maintien recueilli; il attendit, plus pen* sif et aspirant de nombreuses prises de tabac, que l'ofiQoe divin fût terminé.

Lorsque Éveline se disposa à sortir du temple, il la suivit à quelques pas de distance; puis^ pressant sa marche et se trouvant presque en face d'elle au moment où elle allait franchir le seuil sacré, il s'enhardit encore à lui o&ir da Teau bénite. Eveline, en hésitant, accepta, saluant avea une grâce pudique son officieux interlocuteur, et, loule émue, elle allait redescendre la colline escarpée^ quand elle entendit encore la voix de M* Duroteau» qui la suivait en parlant ainsi :

— Écoutez un instant. Mademoiselle^ ce viâuêc limp 4$ mer qui vous fit tant de peur il j a huit jours, et pour qui vous avez été si bonne, si généreuse I Ëcoutex-moi seulement quelques minutes, mademoiselle Eveline, etnoai nous entendrons bien vite tous les deux... Je voulais dons vous dire que notre protégé, M^ Arnold, est beaucoup mieux. C'est ma victime que ce pauvre enfant! Vous savei tout. Un instant d'égarement, cette manie de ferrailler qui

hl ROBI ROUGE. tt5

m'a fait tant de tort sous Vautre.^, et catte bêle de politique qui se perche toiyours au bout de ma langue comme un oiseau sur aa branche. f. tout ça réuni a causé un grand malheur... J'ai versé, comme un mauvais bretteur, le sang de ce faible et doux jeune homme, qui^ je vous le dis, s'est bien battu, ma foi I et en digne adversaire d'un vieux brav« de Yanoienne**, et à peine l'ai-je vu à terre, pâle, défait et baigné dans son sang, que j*ai senti dans mes entraillea comme un cri de père : il m'a semblé que j'avais immolé mon propre fils ; et, je vous le répète, s'il n'avait pas survécu à sa blessure^ je me serais tué I Ce pauvre enfant I maintenant qu'il semble sorti du danger^ je revis ^ je sens ma respiration plus libre , je redresse ma tête. Car enfiiii Mademoiselle, j'étais pre^^que son assassin.,., et je l'aime tant ! je l'aime tant^ que la fille de ma sœur, ma nièce ^Ç'' nestine, sera sa femme un jour, et que pour dot, je leur donnerai tout ce que j'ai , y compris le montant de ma pension^, je vendrai même, sll le faut, mes plus beauï tableaux pour les voir tous les deux heureux, tous les deux^ mon Arnold et mon Ernestine... Oui, je les marierai, ajouta en se frottant les mains le vieux Duroteau, qui ne vil pas la pâleur qui couvrait en cet instant les traits altérés d'Éve" lioe.

La pauvre enfant, déguisant à peine son trouble^ s'appuyait en cet instant, presque sans forces, et plus trem«blante que la feuille sous le vent d'automne, spr l^s bras de sa femme de chambre, qui lui dit à l'oreille :

— Mademoiselle, ne redescendons-nous pas? Il est bieii tardi

— Plus qu'un mot| interrompit l'ex-capitaine de la vieilli garde. Et il continua son interminable péroraison, qu'Eve^ Une, préoccupée de cette seule pensée, qu't/ les marieraUf entendit à peine : Je voulais vous dire encore, reprit-il, qq^ j'ai loué une chambre et un jardin sur ce coteau riant, dont l'air vif et pur contribuera sans nul doute à achever promp*

tement la gaérîson de mon cher adversaire^ de cet excellent Arnold. Si vous venez prier dans celte cbapelle d'Ici à deux ou trois jours... vous m'y trouverez; el je m'offre d'avance de vous servir d'introducteur auprès de notre jeune blessé, à qui j'ai déjà dit votre bonne visite le surlendemain de notre déplorable entrevue... Il a paru tout ému de celte marque d'intérêt... et je vous demande pardon de ne pas vous l'avoir appris tout d'aibord.

— Ah! Monsieur^ pourquoi avez- vous tt^ahi une démarche^ imprudente peut-être^ que la pitié seule pouvait excuser? interrompit Éveline, dont l'émotion toujours croissante allait^ malgré elle, déceler les plus intimes pensées.

— Mademoiselle, soyez sans crainte, repartit le bon Doroteau : M. Arnold et moi, nous sommes hommes de cœur... Le pauvre enfant, lui, est encore bien mal... et moi, je suis comme une tombe*. • où n'est écrit qu'un seul nom, que n'éclaire qu'un seul flambeau , celui de l'espérance, qui m'attache à la vie pour lui. Comptez donc sur deux nobles cœurs, vous dis-je, ennemis hier et frères aujourd'hui, et dignes tous les deux de votre con6ance et de votre sympathie. Mais quelle est donc la maladie de monsieur votre père? continua-t-iK

Ëveiine resta muette, et, la tête penchée sur son sein, les yeux mornes, elle attendit qu'il répétât encore :

— Quelle maladie a donc monsieur le baron?

— Hélas I un mal affreux, répondit la jeune fille, et que Dieu seul connaît.. . Sa tête est perdue.. . sa raison éteinte..* un délire continuel, la fièvre la plus opiniâtre minent ses jours affaiblis par l'âge.. . Mon père est très-mal. Monsieur, et les médecins qui l'entourent sont consternés comme toute sa famille... Vous avez su les menaces dont il a été l'objet, les cris de mort qui ont retenti sous ses fenêtres pendant plusieurs jours, les attaques nocturnes dont les alentours de son hôtel ont été le théâtre; vous savez tout

LÀ ROBE ROUGB. 57

cela, Monsieur : peul-étre son mal a-t-il sa source dans de si criminelles persécutions. Les anarchistes auront tué mon père comme tous avez failli, tous, tuer monsieur Arnold...

— Eh î Mademoiselle, interrompit monsieur Duroteau, oubliez-Tous que c'eût été encore la faute de TOtre père, si j'eusse immolé cette innocente et faible victime? Ah I Mademoiselle, je tous plains de grand cœur ; car tous êtes bonne, tous... Oui, je tous plains surtout.. • et entre nous... d'aToirun tel père. Hélas! voyez-TOus^ c'est la main de la Providence qui se retrouve partout, et veut que nous autres, vieux athées, nous reconnaissions aussi que Dieu est juste! Bonsoir, Mademoiselle. Je suis bien votre serviteur.

Et Tex-capitaine de la vieille garde s'éloigna d'Éveline, qui^ accablée par son trouble et une agitation surnaturelle^ regarda plusieurs fois d'un air d'anxiété sa femme de chambre, avant de se décider à descendre avec elle la sainte montagne.

Chemin faisant, et toujours appuyée sur le bras de sa fidèle suiTante^ elle se disait, étoufTant à peine les soupirs qui s'entre-choquaient dans son sein^ elle se disait, retenant de grosses larmes prêtes à s'échapper :

— Il les mariera! dit-il... Oh 1 pourquoi, pourquoi a-tii parlé ainsi? pourquoi y songé-je encore?... et quel tourment inconnu a-t-il donc jeté dans mon âme?... Oh! oui^ il aTait bien raison, je suis, moi aussi, bien à plaindre !... Mon Dicul pourquoi suis-je ainsi toute tremblante à cette idée, que cet homme peut les unir?... Pourquoi mon sein se soulève-t-il si agité? pourquoi me sens-je presque défaillir à cette seule pensée?... se disait encore^ rentrée à peine dans sa chambre, Ëveline, qui, essoufflée et pâle, oubliait sa toiietto an matin et 'heure du déjeuner de sa mère.

Cette dernière entra inopinément, s^ns s'annoncer, peu-

60 LA ROBE aouai.

nous... aujourd'hui il se dévoue encore... c'est noble, c'est généreux... Donnez-lui donc votre amitié... il a fait, pour la mériter, plus que nous ne devions en attendre, et la pitié et la reconnaissance plaident sa cause auprès de vous. — - Oui, ma fille, répondit la baronne^ nous irons le voir ensemble et le remercier. Je lui serai utile si je le puis... je vous le promets dès ce jour. Ah! c'est au sein de la douleur et de rinforlune qu'on apprend à se m^riser soiméfne dans les vaines et puériles marques de la grandeur! Je ne serai plus pour votre protégé qu'une femme simple et compatissante; je l'aimerai, ce monsieur Arnold^ je vous le promets encore, mon enfant I Étes-vous contente de moi?

— Ahl ma mère^ votre cœur a parlé enfin I répondit la jeune fille, enlaçant de ses bras caressants le coa de la vieille présidente, et couvrant de larmes ses joues amaigries.

Quelques jours après cet entretien intime^ après cet épanc^ement réciproque de l'amour maternel et de l'amour filial, deux femmes élégamment parées gravissaient, à pied et avant le jour, la colline escarpée que la piété et la reconnaissance des fidèles, les Iraditious populaires, et jusqu'aux superstitious du vulgaire, rendent encore toute célèbre au dix-neuvième siècle. Elles avaient foutes les deux la tristesse, la souffrance et le deuil écrits sur leurs pâles visages^ qu'une gaze légère d'une sombre couleur protégeait à peine contre l'humide et épais brouillard.

— Mon Dieu ! quel coup funeste nous a frappés tous, mon enfant, dans la personne de votre père... Hélas ! quel mal plus affreux que le sien ! quel délire, quels paroxysmes, quelle fièvre opiniâira minent chaque nuit ses jours déjà si affaiblis par l'âge et le travail ! Les médecins coastemés avouent l'impuissance de leur art^ en présence d'une complication si effrayante de maux, devant celte

désorganisation si brusque de tous les organes vitaux ! Mon Dieul mon Dieu! ma chère enfant, allons iious adresser au ciel, à ïa Vierjge, nôtre divine et infafigâble protectrice... à genoux, le front prosterné sur les dallés de son humble temple; demandons-luî, demandons à" la mère àes chrétiens, pour l'obtenir de son divin Fils, un miracle (Juf sauve les jours de votre père, et ratlûme enfin le flambeau éteint de sa raison I ' ' * »- — Oui, nia mère! niurmura une voit' àngélique/àltons prier j et ne nous lassons pas de monter chaque jour jusqu'au sommet de cette sainte montagne : la Vierge et ses ineffables consolations nous y attendent! Je suis sûre qu'elle seule a sauvé monsieur Arnold... ^élle pourra bienî, elle saura bien aussi sauver mon père.

'Et les deux femmes continuèrent de niarcher péniblement, jetant çà et là sur leur chemin quelques pièceâ de nionnaie à' la hai^ déguenillée dés mendiants qui, quotidiennement, s'y tormenl* sui^ le passage dès pieux visiteurs.

Les voilà dànâ le temple, toutes les deux' priant dans un saint recueillement, agenobillée^ devant 'ràulel;ËVe1iné surtout, comme plongée dans une céleste extase, semble s'offril^ tout entière en holocauste à la mère des douteiits. Son visage est rayonnant, et comme îîliirûiné par une profonde inspiration; son âme brillé dans ses regards, sui^ sa bouche entr'ouverle, dans sa pose :' ce n'était' plus la jéutie iilie timide et suppliante, prosternée devant son Dieu... c'était, oui, c'était un ange!

Non loin des deux femmes priait'ààssî, un seul genou à terre, tin homme a la mise sotilbré, aux cheveux grisonnants, à Tair dur, aux forrhes vi oureuses... Cet homme, fidèle aussi à sa promesse, et' chez qui la pitié' et la douleur avaient réveillé dan^ toute leut foi'ce primordiale une foi mal éteinte, cet hommô, c'était le bon, l'honnête, le courageux Ûuroteau ! '

, L'eoaeEDi. (|p baro^a de, Mora,eîx, dç toujjç, jçipblesse et de tout tijrci^ griaijtflon loi^d^s 4(sgx femme^ quje p parole ^^ruta^ç ayç^it insultées il y afyait tip^a.e (}Melg«ps ipûrs,.. .

La priièfe,, çao^pne ramomr^ .seqable uoir,!. eA se, jiiaîtà qoijifop^reî^uSjles re^8^,à rapprf)cb^r l,<;M;ile§.fei^,dislaQces: çuf lf| s^uildi^ t^wpte», Q0.mr»e,4*fi*l|i. tombe,, corninewce à régner Tégalité. ! i:. ».: - ! -a'.- :

,,,Pouçei4>ien^4Wlç,rç^ig|pi[\,.,,ftu^ad donp,te?,Jkis se- CQflt-i^lJ^s ies tçf^ d^ l - If^nJ^î^é l , . , , . . , . , . , . . ^ La.messp^açbev.éjÇ,.lç^,,4®MX feiomp^j^e di§pp§aiçïït.$ s^ortir,, qiiaa4 If vie^^ pprc^teaM^qui .av,ailfapç\i!'çu Éy^liae^ se bfts^rd^, ,^^^ique Jj^^yçjâa^ aujp^s? d.'utte ^anfte^^gq'il. ne connaissait points àPabordfir. , ,...,,,, , .,,, , ,.,| :,m.. .,-r:*t^^«?p^fteij^^,iijûiiU çoo^^aqe àal-

Ifjr,ai^ux. j..„,. .. ....... .. ., . ., . . ;.. .. ^.. . ^ ...

. — .At^Jidil.fiP .tr^?pai>laiij J^f^Jine, ^\, p^gç^, dans Ufle i^w]è e.ti. ineffable r^veçi^, n;ax?.if,,pa^ ençflr.e vuspa inlerlocufeur ; ahl merci, Monsieur, reprit-elle. Puis, se tournant yers ;5a mère, ell^^jpula: ^Jjîp^rqaq, yoiwtvxjyez en Monsi/B^r un ami de JM;, Ajçnofd^ , ,. .,, j . . , r- .^e suis encbatit^e dç rencontrer vççi, aqçiji, .^, ce| .excelleiftifMfle homme,, répondit la b^aponçe.ètji, reprenapt-^ gi:ands.ftirs^jet.,çnpiiïç^pt.,f9,r,t disg^ac/çjij^epieï^ts^sjèvre^ jercéçs. Mais, si Ypusj Je vQif lej bijçp, Mjonsieur, pqur,ca«ser pliislil^rement, portoi^p.: j.ç^^,(;jis eqpnes^éê A^avoii: des nouve\les,^e c^ bon M. Arnold,.... . . ; ^' , , . .,. .,^,^

Les deux femmes et* le vieux Duroteaujf ayaii^t auitté la mpdeste. église, ^ q\ii ^çia.çéjébrité ;tiept.jfiisépie.Qt lieuse po|np^ e(,4^fa^te iptépij^ur^^ $e retrouvèrent ç^^eipble sur uae pla^-%me. d'ou,la:Vue.^[ja.lj>rasse le tabk plus

lq[^St£^nt qi^ se vijL j^an^ajs* C'est d'abord la ville géante^ a^vec ^^ i^çiuf fieuyçà i^ajje$iaeux. l'é^reigp^qt Qomme une doubjLe et, brillante (^ein^re^ et ^lanl coi^foixi^e.leufs flots écumanls^ leur impétuosité à quelques jçijijips de ses portes, où ili se réunissent avec fracas, plus fiers et plus mena-

LA ROBE Ronas. 63

çaats après leur splendi^e hymen. Plus loin^ ce sont les Alpeis, avec leurs têlès phenues incessamment blâilchiesy où le solèildardé ày'ec plî^isir se$ rayons, qui ié reflètent en éblouissante^ gerbes dj^f et en scintillantes plérrérfesi' sur la héigè' éf les hauts' glàcjers.,. puis, liu piëJde feur chaîne escarpëe^j" c'est une riche el vaste plaine a rhdrfzoïï éàhs' bornés, dans l^ùètlë' l'œil se piotige elsé'per'd àvéci délices au milieu de frais patq rages, de vuw soppiueuses, de saussaies et de viergers réjouîssanls, qu^iinîtpent et peuplent rin^astriiB et I agriQullure, ces deux sœurs nourricières des nçilions, ët'oii ' folA^rëiit' et bopdi^sént ihcéss^rriment qes troupeaux, lespoir et la richesse de leurs paisibles haDitapts. Quel aspect! quel paysage! quel ma^ninqu'e et subiiîne spectàcieT La grande citë, ses deux granij^ fleuves/ l^mméiiigie jptainë/ét lès ]ncoip)mënsûrà()l'es Âlpesl Que de subjimes ^)ej|^tés, si pleines d'àltraîts pdi/r^Tétràniger,^ et à peine remarquées pat la pôpulàtîôil ' acti Vj^', dUtraite et spéculative qui foule ^nç y sons^er ce sol joa^né e rpmes ^t d^ souvenirs nistoqques T

lies deux femmes et le bon Puroteaîi 'jetèrent à, pëirié un reg[àrd furlit sijir toiit ce gràndîcjse làbteaju Vils' plongeaient tien à autre (jhôse, vraiment, tous trois 1. Le vîéùx militaire eiit Wén vite'4êçlinp/sés nom , préhoiias et qu'alités aux deux nobles dames ;' jt leur eût biehtèt répété ITiîstôilfe (le son dùéî avec Arriblà,' et cqhfèss^ aivèc Vbiimiïité d*ijn enfant ses torts/ âvopanC aussi haïvernerit ses espè'râneés et son'îi(tî^clîëmérit presaué pà^ejrnel pour le îéuné peintre, Quânà il eut achève sa longue narration, lé bonhomme aioula d'un ton eniprç^ssé :

' ^^i vôus^çulez, MesdàmëSïra'accôràpâgner, riôusrèndrons ensemble une viçite a mçn cher adversaire... a notre jeune protège... pui^quil est aussi le vôtre, ^pjourd nul; et je m'en réjouis... Voulez- vous accepter mon prasr

it-il a la baronne, qui, en faisant la moue, se rendu a sa demande.

Il <(,•>■

Et tous les trois suivirent un chemin torUieux qui Tes conduisit vers une petite maison basse , tout fraîchement récrépie, dont les volels verts, la porte étroite recouverte de grilles de fer, et ces mots : Maison de Saitté, écrits ea gros caractères sur la façade, annonçaient assez la triste destination. La petite porte s'étant ouverte devant eux, nos trois visiteurs pénétrèrent danâ l'intérieur de cette l^umble habitation, où nous les suivron^.

— Entrez, Mesdames, dit en poussant légèrement de la main une porte calfeutrée l'ex -capitaine de la vieille garde ; et Éveline et sa mère, ayant passé devant lui, se trouvèrent dans une étroite chambre assez simplement décorée, et dont la (lemi-obscurité l|eur laissa à peine voir un lit de camp recouvert presque en entier par les plis vastes et soyeux de longs rideaux verts.

— Qui est là? est-ce vous, mon ami? demanda une voix affaiblie. ^

C'était celle d'Arnold. Puis le jeune blessé, ayant eatr'ouvert lui-même lès rideaux de sa couche de douleur, entrevit et reconnut en même temps, avec un sentiment de trouble qu'il ne put déguiser, les deux femmes, que quelques pas à peine séparaient de lui. Une rougeur soudaine illumina ses traits, qu'une pâleur plus grande vint presque aussitôt recouvrir avec toute la précipitation d'un premier maître chassant d'usurpateurs voisins.

Arnold n'entenilit pas le vieux Duroteau, qui répondait à son interrogation : — Ce sont, de nouveaux et d'anciens amis. ^

Comment aurait-il pu l'entendre? c'était à peine s'il pouvait en croire ses yeux ; et l'émotion si profonde qu'il ressentait lui laissa tout au plus la force de dire ces mots: —-Vous, Mesdames; vous, madame la baronne, et vous, mademoiselle Ëveline, vous avez bien voulu... vous avez pu venir jusqu'ici... Ah! merci, merci! j'en suis bien touché!

Et le jeuire blessé plaça une main sur son cœur, puis l'autre sur son front; comme s'il eût voulu dire : Je ne puis v6u^ exprimer toute la reconnaissance que j'éprouve; ma toiit eist tmp faible, mes sens trop engourdis, mon âme trop émue, pour traduire en termes assez éloquents t'agitatîbn et la joie que vôtre visite m'apporte.

Et malgré ses efforts pour les i^etenir, les yeux du jeune blefssé ée couVttretit dé formes bîèti éloquentes, je vous |ûr^; et Éveliïië; essayant en vain de cacher son trouble, tourna "la télé à '^liisieurâ reprises, abaissa son voile, seiitant ses plèiirs aussi répondre à ceux d'Arnold.

Pativrè Évelîne! que de pitié, que d'abnégation et que d^atnotir déjà dans ton cfhaste coeur àe vierge!.. •

La baronne, après avoir remercié chaudement le jeune peintre de son dévouement, desr nouvelles preuves qu'il venait de leur en donner, '8t à sa fille le signal du départ, renouvelant ainsi, aVec une affectation de tendresse qui lui étaiit si peu habituelle, les offres de sa protection et de soà amitié à Âtnold, tout interdit d'un tel langage :

-^ Ouij Monsieur, nous reviendrons vous voir; car désormais,* âache^-le bien, nous voulons être de vos amis. Nous n'oublierons jamais, É véline et moi, vos titres à notre reconnaissance ; et je serai heureuse de * pbuVoitr vous prouver un jbur que nous ne sommes pas des ingrats* Adieu, mon cher monsieur Arnold !

— ^ Atlieu, Madame 1 adieu, Mesdames ! répondit le jeune blessé,* sentant sa voix expirer sur ses lèvres, et son àmé prête à s'échapper de son être, tout frémissant de joie et d'étonnement; mais un long et tendre regard d'acKeu suppléa à son silence, et sembla étreindre les deux femmes, en s'arrêtant ôomme une auréole sur le front plus pâle d'ÉvelineJ qui venait de se' Hasarder, toute treinblante, à fixer sur Arnold un regard compatissant, un regard de sœut*. Voilé dés plus pures larmes.

Les d[eux nobleS danlés étant sorties de sa chaixibrey

iit^ LA ROBE Borec.

aecoiupagnées par le vieiu Duipteau^ qui se lassait <|éjà d'être poli et d'oublier sa brusquerie accoatomée, hç^çSifi^ 3^mf]| d^ 4e.sspu;5 S9Ç ct^e.yel que e^)}i9$e qu'il %W crajonriée Ici matin ïx\ktne, la coptemplf aaaoureijtysiDf j| et en silçnc^ quelques insiste, l'afkpayaat avec i^e jjçuQ mêlée de respect sqf sa bQqf^j), çt J^p^\)fiifk\ le v^Uq ^t j^b^ae d^ sfis, pleurs à pçifte s^bés, ' .

— Ôhl oui, mon pieu! s'écria-l«iL c'est bien ellçl j*|i pri^ sa ye^iQbJanca dans mes spaveniri^rf C'est hisjf^ ei\Çj ipojn^ la candeur, la réçignatiôii et la doupe pitié q\]\l illuminaient ^es tr^ts }ç|> dans CQt1;ç chambre| il y ^ quf^jques secgndçs; c'est elle, ipQiils spn Ipn^ et j^oalçuraox regard qui a pénétré jqsqjij'aâ plus profond do mpp êfr^ et réveillé poijîime d'une léibargie 1q sentjpnieat de ma l>iessure I Ob ! mon Dieu! elie me plaint donc elle aussi I Eit mçj.., si jç l'airpais^ poi I... Insensé!. •.

^\ entp|;)dant les pas ^q vieux Duroteau qui fçnlçj^t dan^ s^ cbambre en grorprpela^t quelque^ grpsjuroi^ contre les convenances, réiiqqçtte et Ip ^avardage d^ grandes d£\(nes^ Arnold cacb^j^ous sou preiU^ l'eiiquisse bien -aip[iée, toute humide eqcore de ses baisers: çt e^: ^yiaLji| de ^e remettre du trpubie qifil ^r^^i^vait QnçQffli

maini . / ; f. '. < ;: . , / .

ie^ije inèrç au. ç^çinçjre .çapripp, dp. sqrj yp'^^^^m. \ . >

— Allons, luj dit-il, voqs $lç^ b|fin.^|lé ^çcorp, pi^OQ e^f^nf ; top^s pç§ yi^it^s yoq.sfon^'du ^^J^^/fi'^'(^,g^^^ d^s suiptoi^t,- vos b^ronne^,,., c^s vj;^j^yottjjM r^/^#,.. n^;?ftiy'aîent qu%^ye^ p^^

voty^. convalescence... Aiis^i je vous Ijjj'Ç^ qge je yj^is sjHf- ' ig^ch^mg les coij^^igner à Ifi. porte de celtei jjj^fii^n,

— JPauvre ami, répondit Arnold, vptfe ^ttacbepent ^ vrfd pou( moi vous rend parfois iduste pour (iu autrti.

LA. ROBE ROITOE, dl

— Bah ! bahl bah!... les autres abusent par trop aussi àé Vôtre bonté, moii 6her amï, répliqua le' Wdcaîâetii^ de

â'ïïfie, tkndis que lé jeùiie peîiitré' fëîghàit flé 'dipr^^ tttétt^e ' uû'é tréVé à éâ màii valse hùndeur. - ^ ' ' ' ^

' /'. • .' >'''Ai iJ'i '. '. . /..i y . ■ .iW'jLJLX • '■ ' I /'./,<J ,,) . ,

IVraiiilenànt suivons ^yeliije ^ s^ ni^rOj quï'|:éntr^^^ dans rhôiel de Morneyx. '

— Ma fille, disait Ja baronne en fraiichis^anl l^j^ dermers degrés de marbre noir du inagniiique péristyle de leur demeuré, ma fillèV votre n^ônsieur Arïïold à décidémeut fait ma conquêie. Je veux, s'il se remet, lui donner dés preuyés! de ma, ïjônlâ',^;^ Et si le ciel nous fait la'çrâcp de sauver les jours de votre ton père... je tiens à ce quç nous accompUssions ce voyagé d'Italie depuis isiî Iqçgtemps projeté..^ alors, si M. Arnold veut nous accompafirner, il me fera plaisir. Ce voyage sera sans doute utile au developpemeat de son beau tajent... et, con^mç vous le pensez bien, nous le traiterons en ami et en parent,,^ Puis je veux aussi, lui faire peindre votre poftràr^ et. lé mieq. Qu eq pepsez-ypus, Evçhne f

41- dli i je pénsé^ chère toèré, que vous sçrez très-T)onné pour M. Arnold, qui^ comme vous le dites)

pour M. Arnold, qui, comme vous le diies^ vous-même, .est dign^ maintenant de notre amitié à tous. , /

J— Oui. ma njTe, poursuivit la vieille baronne, a qui un flôméstique en livrée, pâle çt tqût etfare. Venait d^ouvrir la porte de ^es apparteipaenls.

A péinetïeg deux férnmésbnt-^Ues,. pénétré qaa^rautichamprcj trbùl

68 LA ROBE ftOUaE.

baron est biep mal I II Tient de tomber dans un accès de délire plus effrayant que tous ceux dont nous avons été déjà témoins^ Six hommes peuvent à pçine le teniir... rien ne calme sa fureur. Tou? vos iii.édecins ^onl réunis, et pleins d'inquiétude aussi... Accovire:^, accourez, de grâce! Votre absence doublait nos angoisses..,

— Mon Dieu, mon Dieu, donnez-moi des forces! répondit la baronne en pénétrante dans la chambre en désordre du vieux président ; et elle recula épouvantée en voyant ce dernier^ qui venait d'échapper à ses gardiens, pâle, les cheveux hérissés, rdeil flamboyant, la poitrine ensanglau: tée et nue, s'avancer vers elle.

— En voilà encore iin , s'écrîa-t-îl, encore iin spectre sanglant qui me montre sa tête... et mè menace du supplice que je juf ai fait subir. Les apprêts (le mort sont devant moi... Voyez-vous ces nièrés qui , haletantes et tout en larmes^ se jettent sur mes pas ? Ma robe est déchirée par leurs mains crispées et suppliantes... '

Point dé pitié pour elles, bourreau : fais ton devoir!...

oublie que tu as une mère aussi... Qui sait? peut-être n'en

as-tu point. Mais c'est un enfant, dites-vous, qu'on va

immoler î Qu'importe ! qu'îr meure de même, pour

'exempte...

Ah ! voilà du sang... voilà du sang !... La justice est satisfaite... la révolution étoufféel... Maudits libéraux !^.. je vais prendre la hache moi-même pour abattre vos tètes révoltées et régicides. '

Tenez, tenez, sentez-vous les coups du gTaivë de la loi I C'est !a cour prévôtale du roi qui passe... Inclinez- vous I...

Mais vous m'entourez!... Quelles sont ces clameurs sinistres, ces menaces sanguinaires? La révolution à-t-elle triomphé à son tour? An I... je suis perdu..', n'est-ce pas?.. Voici l'hydre de l'anarchie qui relèVe ses mille lêles... J'entends lé tocsiù mugir dans vos éampagnés...'

Elles se soulèvent encore au mm de VusirfoUvk! Quels

sombres ^ sinisires visages !...Que me veulent ce^ hommes en haillons, iarmés de piques et de fourches?',,, que me veulent-îlsî... Ils demauderit ma tète, nW-ce pas? c'est tùon tour,' dîtés-S'ôas!., Et ces spectres sanglants... et cet éhfànt qui tne ilfioritre sa tête ruisselante et ses jolis cheveux blonds tout souilles.; . nion Dieu ! mon Dieu (que me veulent- Ils tous?.. N'entëridei-Vouâ pas leurs crisl Mort aubaron de MorneyxL,. Mort au président des cours prévôtalesl,.. Us ôht dressé l'a guîllolihe sous mes fenêtres... Venez^ venez la voir... et défendez votre maître... Ah! grâce l pitiél grâce au' norii du voi, que j'ai servi fidèlement... au nom de ses ministres, à qui j'ai obéi aveuglément?.,. A peiné rèste-t-îî qtieique peu de sang figé par Teffroi dans mes veines... ne le veïsez pas I

'Spectres, bourreaux, gardes/soldats, et vous, pauvres ieninlès que j'aî couvertes de deuil... pitié ! pitiél pardonnez au baron de Morrieyx, qui se traîne à vos genoux, qui baise à sofa tour vb^ pieds 1...

'"'Et en effet, le vieux» baron, l'ex-président, presque nu, se traînait sur le parquet, marchant sur ses genoux déidfaàrnés et meurtris; et it joignait les mains comme un suprpHcié, ainsi courbé sous le poids de Taffreux paroxysme auquel îl était etï proie, lorsque sa tête, penchée comme un roseau jplié par l*ouragaû, vint à heurter violemment un des ôheniels de la cheminée de marbre de sa chambre. On lie relèrvsi sans connaissance, et on le plaça aussitôt sur un lit où il iresta plusieurs heures plongé dans une profonde et fùirèbre léthargie. '

Quand il se réveilla, il panri plus caltne; cependant les médecins qui rentdut^iént déclarèrent qu'une saignée abondànler était nécessaire : ce fut le signal d'une nouvelle crise plus terrible que la dernière. En voyant couler son sang eir abôiiàancé, le vieux baron s'écriait avec fureur :

— Ab I vous m'égorgez à votre tour ! vous m'immoleî ddtlt ai^ssî, lâches assassins!.., Le bourreau maintenant est

70 * LÀ ROBK ROUaS.

à Tos ordres... libéraux régici4es... et vous. en profitez.. Eh bien ! nagez donc dahk le satfg qe 1 éx-présïdi^t des hàute| cours de justice,,. Soyez forts... sî,vou| popYO^..^ c'est la justice des gouyérneDçieat|... Ë^çrge^-^oil irép^t^ â t'ue-téie, dans spn délire, l'aqçjçn présidenî,. Je mpurrù en criant encore : Mort atf^ lif^éra^ I tf vife, h 'f^f/ ^\.^îh^^^? ^k \f^^^ réit erés mj'il iB\^i\ ppup ^happer j(

son sangiiiir îe tapis jpréçj^uj^g[ui couvrait le% ça.rré^i^]( qf Vâlcôve^ , ,'

Vîvêlé, roir

— Quêr no9)me! qud supplice affreux et quel çbltir ment I murmura, sans prendre garde à' JSye,|iq^.qui g^ |<^ nait derrière lui ^ les mi\\m suf ses yejix., }e c^iè^ye çbiïl^^ gien (^di ^vait ^uvé Arnold,., puis il ^oupi^a ^ yQfs: ^f^| Dieu est juste... Chacun a son tour içl-lj^i . '

Quand il se retourna, Evelin^ ^'qj^ritp^ l^j,^ V^\9i \^ tante, immobile et se soi| tenant ^| P^JQf^/ ?PW1^^ .^^!!^'^ meuble d'acajou aux riches mpu|ur^^^e Jjfoj^^.,-

-7 Retirez-A^ous^ Mademoiselle I lui j[|lj|,im{]térîeu$eQ|f^ le chirurgien ; retirea^-vous ! votre place n'çst point ioi.

Et coifl.mç E velipe, açpabl^f, Ji\e riépâada,U ripa, «t <m'ijj|| prieur plp'grandp'dé(^iaU's>uiç qi^el?çC|i;ei ^Itf/WPBf.pr ^pxiuai| cet 4tM d^ d.éfj^illanc^, il prit sfjft fefJt? eUft.wdllj- ?it Itfi-roêniç ^ssez brijgqijpipetil.^danç Jft.pj^ ,ypîSW«t.'»i>

— Madame 3 c'est ane barbarie , .w]iç,^i]aaié. |m^ spectacle yolre ,de<j)pisellé,, gfie je, yojis ,y»Rjèi^;, .%mi^r

«os saii^?.et (Iç vçtré ain?ur„. aillfVÎ?» 4l« .«P»iJP.«i}«sÏQoa perdus. . , .

—. Merci, Monsieur... murmura f^oideIn^nteteo(ul^|;^l

tA. ROBE AÔuaÉ. 7i

réé léVrôk la bat'oilhé; elle chîrurglçn d'Arnold rentra dans la cnafïiWë' à coiichéi* 4ti prêïnier pr^^^ " Le léiiAéiHain d^ c^tte scène de deuil dont le somptueux hôtel deMprneyx avait été le théâtre, après une nouvelle conààïtatiBn k laqueflè l^^iie de lâ t^aculté provinciale prit part, 8 fût aétiASqùé lé bàrbn serait conduit clans une maison cle sàbtè^ èiit* iieltë milité iiiontâgne où nous avons laissé Arnbîii dàhé iirt etât de convalescence qvtl. reniait tout rayonnant de Joîé et d^espéradce le bon tiui^ôteau^ tnainlenant rkïhi dèvodê de tioirè Jeune pôîntfê.

Les ordonnances, du docte corps sont, dans de telles cjrcBmtanôies, de véritables lois : on les suivit ponctuellement: iï, lé iriërtie-soîr, ùtle Voiture attelée de quatre vigoureux (ilîevàûx enti'aîna, malgré ses cris ie : A l assassin ! on m^i'gôrge! Tex-président vers sa nouvelle demeure, ou âé' robustes gardiens et de solides liens enchaînèrent sa fureur cV sa âèvre dé tôyàllstoë. Pçinv rebai*6ril . .

'Le c\é\ |iôutsuivait $k fèrrib'le vengeance. Le plus grand Éfiivstère âîaii eiivlrôhné cet enlèvement nocturne ; si oien

Îae la gratidé cite n'apprit que deux mois après cet événefefll lugubre (|tie le baron de Morneyx, dont la malaàie n*létait lifûôrëé de personne , venait d'être jeté dans une nmisDii dé Tous. ' < i

''ËvBline et sa mère durent gravir plus fréquemment le coteau escarpé sur le sômrnét duquel nous les ayons suivies AHik', Rarement élleâ avaient achevé d'accorpplir centriste it 6&iitbld flevoir sstns i'enare une visite a Arpôjd, dqnt là

^iiffaité gtférlkori àèAblàît de plus en plus rapprochée. '*'ï)àîiè)déé ["kj^pôrlâ d'une intiniilê clêsfnléressée, les sen* âftiebts ëhcoréîtonfuSdè tendre sympathie qu^Ëvéliné por-^ tàît S ëoù pi^ôtéfeé lrc)ûverent iiii nôuviel aliment et prirent bientôt une tiôuvellè force.

L.e Vieux burôleaq^ lui, rie voyait pas sans quelque préocfcut)atîôri fichéusè, saris une secrète jalousie, deux grandes dames* coutitiuer de prodiguer à son cher enfant^

72 LA BOBEjl^.pUGB.

comme il nommait ^rnold^ des preuves d*iqtérêl et de dévouement que sa méfiance naturelle^ ^es préjugés et sa haine pour toute aristocratie^ lui faisaient frouver trèssuspecls.

Or, un jour que la baronne et sa fille Éyeline étaient venues de très-bonne heure visiter leuns deux malades^ le vieux Duroleau^ cédant à un caprice de .sop hu^eur^ ce matin moins bourrue^ oJBTrit à mada^ie de Morneyx de visiter le petil jardin, qu'il avait entrepifis. .de cultiveyr Ijui-méine depuis qu'il avait loué la nouvel(e bai^t)itation fie son cher blessé.

Ëveline était en cet ins|ant occupée à montrer un riche album à Arnold; qui devait lui-même bientôt y joindre son tribut ; car nos deux jeunes gens avaient été sinon oubliés^ .tout au moins laissés avec intention à leur artistique investigation.

La garde-malade, qui dormait non loin, dans une pièce voisine^ semblait peut-être, elle aussi, u^e suffisaiite garantie de sécurité aux yeux de la mère d'Éveline... mère coquette et peu attentive, nous Tavons déjà dit...

D'abord les yeux d*Ainold et d'Eveline se parièrent seuls. Éveline, troublée et frémissante, voulut enfin s'éloigner de son jeune professeur... il n'était plus temps 1,. Celui-ci venait de tirer des pages d*un livre.j'^quisse du po^ trait de la jeune fille, ^t il lui disait :

— Voyez si je vous ai jamais oubliée I voyez !..• Vous qui êtes si bonne, si compatissante; vous qui m'avez plaint... oh ! dites-moi encore, dit^s que je ne me sois pas trompé ! Parlez, n'avez-vous pas eu pour moi une pttié de sœur, une compassion d'ange?,.., oi^^b^en ne fut-ce 'qu^une trompeuse image d'un des rêves désordonnés de ma tête malade, qu'une courte hallucination et comme une céleste trêve envoyée à mes trop longs instants de torture, dites, puisque vous m'avez plaint, vous aussi. Ditese-moi vous-même, oh ! je vous en supplie !...

LA. AOBS noueux 73

Ëveliae, les yeux baissés, ne répondait rien ; mais elle laissa prendre sa main à Arnold, q^ui la couvrit de larmes et de brûlants baisers... Puis, comme elle semblait vouloir s'arracber elle-même à une profonde et secrète volupté :

«T- Dites, dites, continua Arnold; Éveline, dites-^moi^ Éveline, vous m'aves plaint, n!est-ce pas ?...

Éveline se tut encore; mais une larme brùlanJle s'^ cbappa de ses yeux et iQfnba sur la main d'Arnold^ qui, ivre d'espoir ef de joie, poifrsuivii jivec transport :

— Oh ! je vous comprends... oui, votre silence, votre trouble parlent assez : vous êtes déjà ma soÈur, paa protectrice; mais serez-vous jan)ai%mon amie?... Oh 1 ma vie» toute ma vie, tout mon sang et toute ma.gloirep^ÉvMiue, pour ce seul nom,.. Il me faut votre haine, pu vôtr^ amitié... êtes-vous, seresi-vQUs toujours mon amie, ma sœur^, diles, dites'lermoi ? Regardez cette esquisse : c'e^t vous» J'ai trouvé votre ressemblance dans mon cceap, plus.déchiré encore par votre souvenir que ma poitrine ne l'était par d'atroces souffrances. •« Regardez les (races de mes pleura sur le papier... prenez ce crayon... mettez ^u )>^.,9 oui ou non... c'est lout mon sort !

Et Éveline repoussait la main d'Arnold^ qui plaça malgré elle dans la sienne le burin d'où dépendait sa joie ou sa douleur. La jeupe fille, plus émue, plus tremt^lante, plus pâle, respirant à peine, bésita en vain : une force irrésistible, une voix lugubre qu'elle crut entendre lui crier a l'oreille : Je les marierai y une puissance surhumaine l'emr portèrent enfin sur s^ faible raison, sur son effroi... elle écrivit au bas de l'esquisse, mais en caractères presque illisibles : £ve/me, voi;r0 amÎ6... ,

Puis elle s'échappa légère comme un faon ; et, toute défailÇy plus agitée, et ses larmes à peine séchées, elle alla rejoindre la. baronne et le vieux Duroteau, qui, en Irain de causer de botanique^ oubliaient, à discourir passionnément sur les méthodes nouvelles et les anciennes, que la leçoti

\é LA ftOBK rouets.

âe dessin se prolongeait beftueoap, peut-être... pour la feiblesse du convalescent.

Ëreline ent bientôt repris, au grand air, les couleurs que son émotion avait eflàcées ; et, s'arançattt d'un pas lent et Arrtif, elle donnait déjà le bras à sa mère, que celte-ci, toute préoccupée de sa discussion cbaleureuse^ ne l'avait imcore po^t voe ni entendue... Soudain la. baronne^ sentant un bras s'appuyer plus fortement sur le sien, poussa un petit cri perçant et prétentieux de basse crainte, en di- «ant :

— Vous m'avet flilt réeîfement peur, ÉveMne... Hé quoi! vous avez déjà quitté Arnold, ma fille t.. c'est mat... €e n'est pas poli...

«^ 1k se boudent peut-étM I ... dit en lançant sur ËveKne 4in regard scrutateur le vieux Duroteau , qui s'aperçut à ^ne que la jeune filie étiàt phit rouge que les (leurs de gretiadierqu^ll montrait en ce moment. '

Une heure après cette nouvelle visite rendue à la sainte et célèbre cdliine, la baronne et sa fille étaient rentrées dans le vaste et silencieux hôtel de Pex-présideot, où le deuil et la solitude avaient succédé depuis quelques mois aux cercles nombreux, à la cohue incessante des solliciteurs. -

Quand Éveline se trouva seule dans sa chambre, elle se ^ jeta tout éperdue sur son prie-Dieu ; et là, devant le modeste tableau qui lui rappelait les vœux solennels naguère tbrmés au pied des autels, le sein soulevé par l*amour, la honte et le rétinords, elle versa d'abondantes larmes, sentant les sanglots s'entre-choquer dans sa poitrine.

— Mon Dieu 1 disait-elle, fnon Dieu ! quel crime ai-je donc commis, et quel abtme viens-je d*enlr*ouvrîr soos nos pas t II m'aimait donc lui aussi ? Ahl j'en avais un cruel et doux pressentiment... et je le lui ai laissé deviner. Ma pitié et ma reconnaissance m'ont perdue I Pauvre Éveline I qu^ks-tu fkitf... Après 6ette première faute^ seraMo assez fbYle pour te rappeler le serment inflexible, l'engage*

LJL ROfiS ftOTTGÊ. 75

ment sacré qui planent sur ton faible front comme la foudre menaçante?

fit la jeuâe ftlïe essayai! eti vaki de prîer^ suf ses lèvres entr'ouvertes, au lieu d'une pieuse invocation, venait se placer malgré elfe le nom d^Arnold; et, dans ses yeux comme dans son âme, si toulev^sée, héhsî les pleurs étaient la seule plainte qu^elle trotkvftt à adresser au cfeh Pauvrd ÉveKne I

/-^II m'aime donc bien! sedif-eHë en se levant^ et comme arrachée à uti rêve pénible et confus... Oh I oui, je \ii pres*^ ^titais... un si noble coeur^ un si beau dévouement, uh caractëfe s! fbrt et si vrai ; cette âme d'aufste, si altéréià de gloire, et jusqu'à ces traits si mâles et si doux, tout en M ne ni'attlràît-iT pas ! Mon Dieu ! st nous étions nés f un poaM*autrc... et si nous restons purs... quef sera donc te crime... de tious aimer?... De nous afmer, ocrf, cela est un crime, poursuivait-élle; |e le sens t inà faihtessé, mes devoirs, mon rang, le nom de ma mère, tout me le crié I Évé- Rne, tu es coupabîe î Êveline, tu es crimînelte même f Ah ! pitié! pitié! nion Dieu ! pitié pour Arnold? pitili pour la malheureuse Ëveltne ï

Et soudain etiô courut de nouveau, troablée, pâte, sans Voix, les cheveux en désordre, demander à la prière Utt calme et une espérance qui semblaient âvoî^ fbî sans re* tour de son trisle eœur.

Qu'elle fut pleine d'agitation, cette nuit qui survit lé premier aveu d'une âme chaste et éprise t que de sombres et radieux tableaux passèrent rapidement et tour à tour dans l'imagination brûlante de la jeune fille l Ce furent, héfas ! d^ tendres transports suivis de plaintes voluptueuses plus teûdres encore, et jusqu'au souvenir des baisers d'Arnold, qui sêmbhiient avoir embrasé sa main; jusqu'à celui de sa voix, qu^elIe croyait entendre dans l'ombre... images et souvenirs auxquels succédaient tes accents de la douleur, des soupirs et des sanglots arrachés à Pâmante par le re« mords é! tes plus saints regrets.

1& LA lUttB E09CH5.

Belle et chaste vierge, ne pleure pas aimi! lé ciel se flèle encore dans ton âme 1

Le ciel a-t-il un ange plus beau, plus pur, plus cramtif et plus com palissant que toi?

Pauvre et frêle ËYeline, ne pleurez pas ainsi, tremblante et écbevelée, car votre Arnold, lui aussi, est sur les charbons ardents de cette fièvre d'un premier amour... et sa vie et son cœur courent de plus grands dangers que vousl

En effet, l'émotion qu'avait éprouvée le jeune peintre provoqua chez lui un redoublement de fièvre et des accidents si graves, qu'ils donnèrent sur ses jours de nouvelles et sérieuses inquiétudes que le bon Duroteau croyait enfin entièrement dissipées.

Dans son courroux, le brave homme voulait tout d'abord aller faire une esclandre chez la baronne, et l'accuser, ainsi que sa fille, d'avoir failli compromettre l'existence de son cher protégé : il céda aux instances de son ami, d'Arnold, qui, huit jours à peine écoulés, alla remercier luimême, dans son hôtel, la baronne de Morne jx des preuves d'intérêt qu'elle lui avait données.

— Gomme vous voilà changé! comme vous êtes pâle ! dit cette dernière après lui avoir serré la main affectueusement. Ëveline, comment trouvez-vous Monsieur? n'a-t-il pas l'air encore bien souffrant? ajouta-t-elle.

La jeune fille ne répondit pas... ses yeux, fixés en cet instant sur le visage mélancolique et altéré d'Arnold, se posèrent soudain sur le front de la présidente, et semblèrent seuls répondre : Oui, Madame.

— Vous savez, continua la présidente, que, dans un mois, Ëveline et moi nous allons en Italie. Le docteur nous a ordonné ce vojage, que des intérêts de famille exigeaient. J'avais conçu depuis longtemps un projet que * vous ne voudrez pas renverser, j'espère : nous comptons sur vous dans ce voyage ; nous vous avons choisi d'avance pour notre cicérone... Vous ne refuserez pas d'être encore notre soutien, n'est-ce pas, monsieur Arnold? Nous voya-

LA KOBE torftÉJ 77

gefons en 'aiUstes,' aidées de vos lumières, dé Vos avis... Vous ferez des croquis, des esquisses, des paysages, et méine des tabteaux... Nous Tisiterons tons les musées, tous les palais, tous les temples, tous les monuments, toutes les mines... Votre admiration guidera la nôtre... Vous Tiendrez, n'est-ce pas?... vous ne refuserez pas ce plaisir à votre vieille amie... flt en minaudant la baronne, les jeux fixés sur Arnold, qui, interdit, confus, balbutia d'abord queiques^mots sans suite de remerciement, et, peu à peu se remettant^ lui adressa avec émotion ces paroles : -^ Madame, vos désirs sont de nouvelles bontés pour moi... et ces bontés, puis-je les refuser?... Je Vous suivrai.

— Vous êtes charmant, et c'est à nous de vous remercier^, reprit vivement la baronne. Mais avant de partir^ vous terminerez mon portrait et celui d'Éveline... n'estce pas?

— Ma main est bien tremblante encore, Madame, répondit Arnold : j'essayerai pourtant, pour vous complaire. ..

Voilà donc Arnold de nouveau installé dans TbAtel de Morneyx, -se trouvant en téte-à-téte, matin et soir, avec le par objet de son amour : c'est vous dire que la folle et funeste passion de ces deux cœurs si épris, de ces deux cœurs si vrais, si nobles, que la sympathie et la pitié la plus touchante avaient soudainement réunis, étaient bien loin de s'éteindre...

Arnold travaillait en même temps au portrait de la baronne et à celui de sa fille. Pour le premier, il ne deman* dait des inspirations qu'à sa palette, qu'à son art... pour le seoiMid, c'étaient son âme et sa tendresse reflétées en queli)ae sorte dans les regards de la jeune fille, rayonnante €4l6«-même d'une sainte ivresse, qui guidaient son pinceau. . .

Au0si' quelle suave et céleste physionomie que celle d'Éveline, ainsi peinte par Arnold !...

Plus d'une fois, se trouvant seul en face du cadre chéri, Hiédant à un délire toujours pkis impérieux, il fut sur le point dO' poser ses lèvres/sur leslèvres'^^tr'oTivertesde cet

78 L4 BOBS M/Çfqn^

ange bifia-ûipé, de 300 Ë veliae, reTÎvani ^om ^ mWn* Tout semblait doue sourjrje au jeuufs p^iutr^ ; la gloire qu'il eulrevojftit plu$ puissante ei plus téoMiie m suçfii^ sous le ciel azuré de Tllalie; ses projeta et sei^ pl^us ma* gnifi%«es de tubleaux pour l'expoaîtion prod^aÎQç deb capitale^ ses nouvelles auiitiéc, la reoomoiée et aon^n^or^ comoie de blouds rêves d'adolescent, seaiblaîâut l'app^ en «aqriant 4u delà des Alpes^ sur cette terre du génie^ dei arts et des le^lr^is» de la poésie et de la religion, oii les lauriers croissent, plus abondants, où les autels et les marbrei des grands ho^iw^ semblent donner une nou¥eUe vie et des forces surbiimatnes à Tinspiration.

-^ Italie! Italie I se disait-il av«a enthousiasme, jeté verrai tm «ussÎm* Je deviendrai un graud peintre «, peat^ étr« l'étoile de rhonneur briU«rart-fd}^ quelque jour sur ma poitrine.*. Alors sa main... pourquoi n'oseraia^je psi k demander si ie devenais un babile peintre» si l'institut m'ouvrait s«ys superbes porteaj si 1^ monarque iLQsgaùtscbevnleresquesi «e roi qui tient du Cbarlemagne et du Fnn- ^is P' par la galanterie et Tamourdes arta; si plus tsfd le roi dAJgPaiti bii aussi, m'accorder sa protection? PourqHoipas?... Obi je vnuxétre uin grand peintre 1 s'écria4-il avec transporta Pour elle» je veux que mon talomt graiiiim^; pourelie^je veux Ûf^ eélàbrei pourelle^ jeveai la croix; pour elle, je veux être de l'institutt je veux étn immortel pour elle!..» 0 Italie I Italie I iqiittressjs adorée de l'artiste I je vais donc t^ voir l Je respire à peine^^ Ta voir» à ses côtes, iAspipé par ton beau ciel» psf ta» sitss encbanlés, par tes lacs limpides et bleusf par tea montagnes menagantes, par tes pleines fertiles et riantes> mais aurloiit inspiré par son regard» par sa. parole, par aa douoear 4f ange ^i de sœUr* 0 mott Dieu i mon Ditii ! merci , merci pour votre Arnt>ld , qbi qe méritait pat tant de biens!

Pauvre insensé f dans sOf entHonsiatiite, dans son espérance, dans sa joie puérile, il était loin de aooger am

LÀ AOBB mammé ÎW

t^tÉMt de Pefn^iei si|r totephit» de It jalmMie «i an» co«ps àeê petites et iMuëei înnnittés, «pii d^ se liéf^ilildent oentre kâ parniieei riTaiir et ses camarades. GetAjan renégat^^disâieBt le& «fis* C'etI un trai^Eii^y répétaiesrt les aotresi Dfi'eef iréùdu ài^aristocratie^ «jeulaieiiltiQriqiies«>iia8» Oit àmi% tout cela de loi^ on rin^riiBaU itième. dfius lea petil» joefsttHx^ rédigés par dé mégots foiUoUlairesy j^ ie^baê MêUêSÊmt new» tous justes ei Joeorroplibles eeaiaie boti nombre de leurs grands ooafpères« U y avait siurtaal un de ces e^èbi^ p^iU'|our|3»«s rédigé en faoïiUe dane uaôere)^.foKa6nde par leè^prétenlk^fis au bel esprit de la plupart de ses meinbre% nus^ bien que par les ridioulea de toute espèee de se» plus r^ipuciobtêê affiliés i c'étdlit le CèMe idê Impùrtcuitêg Ob avait baptisé ainsi lime rétusioii de jeunes dstnd^ ebde vieux beaùx^^fils portant ataocbelteiEf^ gants jatinesy lulealles d'éâaille, redingotes à bvaqdebourga et à colkt de velours; nanionss de ntanneqnin» parfiuaéfl des pieds à la^tètë d'eaU de Cologne^ depooMnade et d'buiie deMaâassttri ne répabdanl auteur d'eux qu^c)^ bouffées de tabac, de latttité el de sottîseii* Cette soeiété 4e ceinpe^ sait de l'élite du beau monde de l'endroit*' .e| se subdivi^^ sait en capadtés, notabièllésy industries, égoisoies et miim rites bieii envers; tout cela groupé autour d'une espèce de Bërtram littéraire^ de cuistre défteqfué^ ancien pédagogud wm sous la remise partir sdi préoeptes d'iat^etaUté ^t ié effoisine IvansoendanlSy et plus c^ettNs de l'Uiili^iefsîlé pafc ses boutades erotiques et son penclMttt à l'ivri^eriei* qlM par ses livres et par son savoir... c'était le vieux et invalide Branchard...

Or, d*iifs tiëti^ dnb fasbk^^abTë'mlsdttnttil ravôettf sdtN fVdeès, Yuifatié «ans cltefti», le làëÈbUM «(atï^ nfalade»^ l'en* ntt^mx et enftn^é fe^iAer^ le pélit<fter& eSvofiiê ei ha\nU Hfê^éi \Gùs Hié s^ntè'HiiMait d^éti:^de' bit d^ ^omptelf<^ eii efyàlfépûë iu sciperbe de^iHtttw^ à la ^èdssétète, ait» làrg^'ëV toiifrde^ é|mu)e^, et mt Ocme le mamtê ^crya-*

no LA 10MB Mmfl.

gemr fMMir ks vins* On y- renticnitait parfois auisi oe& iate anoblis de la veilk,'inefiiie monnaie de la moderne arisl»» cratie, suffisants et sols personnagesy joneurs effi^nés et lovelaces de bas étage... -ooiirtisans aujourd'lini et arrogants demain, comme leur» valets, eiqne peut<-ètrela restaneation efttiCuts plus tard sous-préfets.^. Onr les reneontrait avec le jeune premier rôle et le ténor léger de la. troiQipe tbéfttrale> escortés de l'imprimeiir-rlibraire et de ^foelqnes peintre et hommes de lettres, toue iilostresr, aux mêmes titres, auprès de quelques vieilles femmes ou des bas bleui délaissés, sinon méprisés , du voisinage.

De cette société fameuse^ espèce de €aphamaûm infeilectoel, découlaient toutes les députations, toutes les commissions, toutes les exportions, toutes les prétentions, affiliations^ protestations et illustrations' de notre pHUe ville. Un journal ne pouvait4l donc pas y être fondé? Et pourquoi pas, je vous prie?... Le fashionaUe marchand de laines^ avec sa rose figure, ne pouvait«-il>pas, lui aussi, faire du feuilleton sous la dictée de quelque Pfaryné littéraire, sa cousine? Et pourquoi pas encore?^.. Le Cerele des ImportamU décréta donc à l'unanimité la fondation d'ao journal de critîquequi serait éminemment frondeur : car tous ses membre») tous nos frais et séduisants commis de magasin de détail^ tous nos petits clercs, nos Saint-Preux imberbes^ nos mi^Iiflors habitués à se redresser dans tous les bals^ un cordon de soie ou une fleur bleue à la boutonnière de leur habit ; tous enfin, dans notre cerde politico4itléraipe^ savaient par cœur que

Le Français né malin créa le yaudeville.

Qa avait besoin de le prouver... et aussi quelques vengeances à assouvir. On jura sur des cruches de bière vides, sur des bols de punch fumant, d'être impitoyable, inflexible envers toute celte diqv^e littéraire et artistiqae dont on é4ait las... Le nom d'Arnold, à qui on avait peutêtre bien à reprocher quelque lithi^raphie idlégoriquey le

LA ROfllE ROI?a£; ^

nom de «idfre jeune peintre fut prononcé avec des-meilaces et des paroles dictées par un ressentiment aveugle. Dès oé jour, le /ouriMil des Importante fut fondé. Arnold, lui, fut sa première* Tictime : on lui. fit cet honneur, de l'attaquer dans le prospectus même. Tous \esgribouillturs sm^ nom y les peintres sans talent, les Taudevlilistes siffles, les stu-» pides Adonis de notre œrole, tous les vieux séducteurs frî-^ ses et musqués^ marehant de l'épaule en se souriant; toutes les petites moustaches d'écoliers fanfarons, tous les fiers écuyers calvacadours, si savants dans l'art de poser une. croupière, se liguèrent à i'enyi contre lui, coatre Ar* nold. Ce fut à qui vomirait le premier son injure, à qui dirigerait le plus vite son. irait^ à qui ferait siffler le plus haUlement sa fronde. ... dans cette fièvre colérique et lèche de haine et de ressentiments, ce fut enfin^ sans exagération, ]e treseit avida du poêfe^

Pauvre Arnold! comme ils te traitaient dans le petit Journal ée$ Importants,!

£t le vieux Branefaard lui-même s'en redressa comme ifu coq d^Inde^ écartant en signe d'orgueil et de joie les pans raccourcis de son habit râpé, et passant avec eom** plaisance les mains dans les boucles crasseuses de ses che* veux ébourifEis.

Pauvre Arnold ! il pleura sur ce .commencement d'im^ popularité; il pleura en voyant tous ses amis les plus dér yoqés^ tous ses camarades, d'école, se retirer un à un d'auprès de lui ; il pleura en recevant ^ nombreuses lettres anonymes où:il était accusé d'orgueil, d'ambition... accusé d'avoir remé ses idées libérales!

En vain essaya-t-il de se disculper : presque tous, ins-» pires par l'envie^ le quittèrent; les plus fidèles devinrent froids et grondeurs. .

«— Il aura la croix, se disaient les plus mauvais bar* bouilleurs de l'école et les vils admirateurs de Lidonie, la fernme libre, la Corinne des ruelles et des estaminets. .r, ., --^ Il aura la croix^ et il sera baron i^iji^iUai^nt qufjqueç

méciitiitd Maenrfi d« ^«ndevflles lifitéfl, dotot il aTéit fcsé de peindre les Fertoeoees maitresietwk

Pour coniMè d'umiété et ér triftob») il reçvt ^n matîâ de Dorofeati, de ee fidèle aitii dont il eotitiniieit de par-ti^er ia demeure, l'aTeu du prbjet de mariage qu'il nouf» ri^sait depuis plusieurs mois en son esprit pour hlî et une Bièce qti'it allait bientôt faire sortir de pension.

— Mon eher ami, lui idit be Inatin-là l'eX't'Oapitaiiiey notre amitié est bien solide, n'est*oe pas? cependant je teux ia consolider encore mieui : il llêiut lui donner de nouToan le baptême dé sang> pttisqo'elle est née du sanf» ie veux ipie tous «oyei mon noTeiiui

-^ Y sôbgeK^voQsl s'écria stiipéfait Amold.i. me ma* rier^ ^ jeune I et cela c|u<ttid de ftouniles étndta, de noa^ ▼eaux trataux m'af^lleilt sur une terre loiàUiine I Him vieil amiy c'est encore impossible! Phia taM^ plite Isrd^ nous parlerons* de ce projet.

— Ah çà, mon jeune enfant, avait réplfqbé Dototeail, faites bien attention^ je vow prie, que c'éM encore à «ne vieille moustache de Vànekrmeqne vons avet dflbiife*.*. et qnesivous dévies me /ailni àlM.,. malgré PaHaoheBieiit sans bornés que je vous porté, et méine justement à cause de cet attachement, il vous faudrait vous alleilgèriihd seconde finis avec ttioi... dussé^je^ous tuerl... Et f^audiement j'ai peur que vous fassiez encore quelquoii sbnt^es avec vos notlvéani {protecteurs... Mon ami, méfle^vtms des grands! sidigneursi... tôt ou tard^ il vous faudra iShère* ment pa^er leur patronage... Pretieft gat*de!.;. car t'bôtel de votre vieille et sèche baronne, et tontes les flagoffieries de ses hôtes dorés^ sont une ^u trotnpeUÉie où totrè honneur lui*raémèi |)onrrait plus tard rester attaché... Prenezy garde, Arnold!... prenez-y garde, lâon enfkntl... et n'allez paâ vdus perdre, je tous en conjure... Méfiez-Tous des piégës et des amorces séductrices que la eourtisaiierie sèmera mm vos pas... méfieî-vôus des gens blasodnés,.* N^MiMtz pas surtout que si vous réfusez ma niècoi je

Hagfr.; Mlftt eiuiv non aalaQV at'vo^s allkft |n'«ffMI9rf m^hCi«irt|ie»^y ipoî vl6iHiiaMat^eBE;wus.^ltenÉ4 ceM f^c« «rtii^^.r. |« erok qoe je ma tiMngs.*. é jft A^ifls {ilu« le cooNtge Âi veut provoqaev* j. :

Et'Iillim DBr0l«a«^ k ^râ^ énflddiBié^ les y4«3i fMoft de larmes, se tut, oppressé de plus eik ploa put . imô émon tktti »i VMiie et si poinuito.

Aftadid é'cfffetçel de niësiirep ipn ^il ^^ dé. lui fkroâiH guer les exprMioiit \m p^M aiéelp«Mia de ;d4iwl0tiiiiil| d^tii^ tft dé reeotimîsMMice.

— CbniptM sur mm^ «t toujetirâ, kiî dil «taAl de ^Um gtlef\ ^t m Èê jetaût dâna ie» bhui^ te. jeune poi«lf«| «f kftfÈB ki^m#» i« 0Mfottdirejit«

Les visites du jeun» préfesteiiv it&ftbafi Séf^ mOMM fréquentes durant presque une seinÉiM eolièvêt*

Ëtait-^ee un Mte^iiT'aur idées dû prudemc dtdA ^ucitatftetnif qu^afttlt «taecdié i réveiller on )tti .1^ v^tiif: Jfiuj:^ Idanf

Était-ce un pressentiment, ou déjà la voix <)ii rftWQr4li qttiréloipmitfi..

Nen, aand doute.ij e'étoît «iraptemenl une pr^uv^ UQm té\]B de Celte délicatesse et; de eette prohtilà de «entin^fnt^ qilf {caractérisaient ai Uen Arnold*a II eapéruily m iwj% sant ainsi un si dur sacrifice à son amour, il espéra^ p|^ surer sur see projcti d'amkition sen ejro^UdQf 0t t^ fiuseiptible ami i

Peat^tre réuenHlIv.

Cependant la semuin^ n'était paa ierminée^ ftt'AfOPkii» . en rentrant un soir dans sa chambre^ trouva sur sà^ik^r mHiéè une petite lettre bien pavfueiéft, dU vélifl J^fllus ffitfplMiné; à ^n eaebet, et à l^écntont aatez m#l 4égMi94flf il Miconnut tout de aoite une éfkte d'Ëvelioe* Elte i«i disait : . ,

K*T#ut:le i«ioii4e«e pliûnt iûi de veife abs^oc^; cbacuo a remarque depuis quelques joues k. rAreâé dd voi» visites.

d4 LA BOBE lOOai.

« Votre élève perd tout le fruit de vos bonnes leçons... « Elle ne peut se plaindre, eUe... vous savez bien qui se « plaint pour elloé.. mais 4iu moins elle espère que vous « ne l'onbiiecec pas pins longtemps. Le voyage en Italie « va s'effectuer bientôt : notre tieerwM voudrait4t donc c nous riMmdonner? Qu'il Tienne done vite se disculper ou ff se faire pardonner! »

Pauvre ange! murmura, en plaçant snr sa bouche Fépttre chérie, ArnoM, qui se 'trouvait d^ bien israel pour luinnème eonsflie pour son élève soumm,

— Au fait, ajottta-t-il, c'est on iB«rtyre atroce qui me tuerait afussi bien que Fépée aguerrie ou une balle nouvelle de ce bon et InibniUe Duroteau... d'ailleurs, il ne s'agit pas encore de mariage ici, mais seulement d'amour, mais de' poésie, mais die gloire. J'irai«

Et regardant sa pendule : > ~ — S'il était mrâis tard, reprit-il, ce soir même,., j'y volerais I Pauvre Évdine 1 mon ange, ma soBur ! à toi ma vie, à toi ma gloire, à toi mon amour, à toi mon avenir et moti pœsé t -

Puis, s'étant jeté sur son lit, brisé par une journée brùknte et de longues courses, le jeune peintre y appela en vain un sommeil salutaire, que l'image et le souvenir d'Ételine venaient à chaque seconde chasser de ses pau* pières. -

Qoend le jour parut, ses premières paroles furent :

— Enfin je la verrai doncl.. Il y avait trop longtemps que cette joie me manquait... JeJa verrai.*, et cela ne peut niiire à mon. «amitié si vraie pour cet excellent Duro-

Ainsi les visites ^'Arnold à Tbdtel de Momeyx reootuiheneèrent plus assidues et plus empnêssées que jamais; et son admiration et ses nobles sentiments de tendresse pour Éveline s'y étaient fortifiés considérablement quand l'é* poque de ce voyage d'Italie, depi^is si longtemps projeté, fut irrévocablement fixée*

LA ao»R j»xm&B. ^

Les premiers jours d'aTril 4999 lurent la baronne^ sa fille et toor jeûne proté^ franchir joyensemeiit les bar* nères de glace et de neige qui séparent deux peuples hier: encore fr^es, ma^ré les Alpes 1

Tàriu, Géoesy Milan, Venise, reçurent tour à tour noe trois voyageurs, qui, partout exploraient avec une aindité nouvelle les temples, les^ musées, les bibliothèques, les mo« liumefits, visitaient les sitesles plusremarquables avec cette scrupuleuse atioBtion que s^ul l'artiste sait leur donner.

— Maintefittit, si vous voulez, faisons ici une halte de quelques mois, dit un soir, au speptaole^ l'ex-présideote à AiBoïd*

C'était dans une> loge du célèbre théâtre de la Seala de Milasn qu'ils se trouvaient*

•«^ Lauous, si vousvoulex, pour quelques mois, une char-* ■aaiite iriiia sur lés bords du iae«.i nous explorerais à notre aise ses rives fleuries; ^ si Teonui nous pimid, nous revo* lerons comme des étourneaux dans les ouii^ de fMilaa ou éê Venise la heUf^pm, à I9 fin de Tété, bous reprendrons Qotre essor. -—^ Comme v<his voudrez, Madame* -««.Mèrey TOUS avea raison*,* ré^iondirent presque âmultaiiémeBt Afnold et Ëvâliue.

En cet instant, on frappa doucement à la porte de la loge.*, ei cette porte ajant été ouverte par Je jeune^Btte,i un domestique en livi'ée^.au service de la baronne, tendit le bras en disant } ' ^

. ^-^ Sejon son désir, ce soniles letlresde Fraoceqoe j'ap^ porte à madame la baronne. — Merci, FritXy répondit la vieille, présidente. .

Elle laquais,. ayant refermé la loge, seretunaen fipedoM** nant un air de TopÀra uouveati4n maestro à b •mode.

— Vdei deux lettres pour vous, Arnold, dit madame de Morneyx en les remeMant à son protégé^ puis les journaux,

et un paquet ?olomîneux qui sans doute contient d'autres missives. — Allons... il se Hche encore I murmura, la pâleur sur le front^ Arnold, en renfermant dans son portefenilie onaletlie éelhiMMtM. «^ Qu'^wo-voml inlefrolDpii di'un ai^ inquiel five)in軫4 Sfcs^yéox semUaient ijoster: Psutre aniil -»** BonuM'iidiivelIel bMnâ a^a^dlel s'écria en bcmdîssant sur son siége'la liâlOBiie^ li^n cher Âiiidi^ ▼DOS allez avoir lacnûs 1 Vea IdMeauK^ ^os pàAmMa Ont ftiréèr à Paris^ et od me flronet sèus pai| des eoimifiaiièHi do gottiemepMlfil jiteiir'iiôutj AHonaf en l^anâewr àt ceis eÉèellattto iidUv€Ale> dértdea>n>ioaa deÉi6 dnfwnl ^Ghl merd^ mëroî^ Mâdànid^ tépèildit le feinti^. Je sniréi nm^ m étotiné^ qoe ia joid pàcalfsc toola» mea f■^^■^lé^^ je ne Toii pkis^ j0 ii'entaiidi pMps.i^ et' poia^ tënes^ oatle ftitiv lettre... elle m'apprend qu'on me calomnie même diÉÉt ai dté liatâlei.. La mge de-nleà eniiemis et de rate émeox n'a plus de bornes... ils me baffoucnt^ in^inBilIteDt^ mepiiH séouient Jusque soreetle terre pahible et bespîlmliMIala gktîre et «es adooès leoe font tnal U.i Obi mcm Mee; oMa Dieu ! estMie émab oe pri» qu'bii aètient la renomaiée \ùi ^ Boiittt^ éoiuB^ kissea Mri ees aboyeuh, eieoyei to* de«Tiltoe leérite et dé ia héeithipetise^ loylte fier méoi^ii leurdiiaînesi ^^ Véyea^ t«^^ Madamet lié» voua-mAiM^ d^éméit.itt«o «ne ^ouèodreusè exiiltationi teajoars ciein santé, Arnold, dont le front et les cheyeox étidënt oénaè ifiioiMléff<tkhi|ie-sttelir fipoideflisea ià^aabas dé ee joanil: rj^^edaf , Bia^aiée^ i|vëo quelle lâeb^ enlMté |e suris ftnili par l^eavje' ou. lé «ftaetaiie ftn... Là ib m'appeUem oi charbonnier blanchi... ignoble allusion qiie m'a value im Ufisô» anrecqeeUiaës «bblës ftitnitles^ et Id vôtre SHTtbet... Mus kôn.;. obi i'eatînftmel. Vest iMe défeètante insote qui demanderait, pour être lavée, plus de itrnJg qu'usé fie bjMliaiile^ que ma^ie^ete ieureti pearfiil deBtter<..0h' non,. iie>lisee pa8;2«4Q^'estit6see«.. ne Usée p&**. Les boar rèauâc:! que leur aî^^je' deiio faiti et nà paum gtotfe leor e8tdoiieJ>ieiiàcqeQr|..; ,•

^ Mùtkq^'i M^a doœ eu» cet éoHli mooMtur Anl€^Ui qu'y ért'^l dMo Hi^ |e tous priây qui prisse vout; eiMpé^ rer à un tel point? interrompit oiadame de Moriieyx^ Gâ sont.dM injure! «1 <}e$ ÂMoltetira éloignés, de vils cakolniAtouhij la jalonaie les av«ng^e^ nnin pauvre enfant : deOR^ast^l^r vés éuobè^ vos ijiUe^if^ votre renommée^- é ih voué latsseroni «ifr.pinx«.« Hais' cela vantai la peirie ifè èedéfiAatpérer.ainail MoiiS) enfant^ ealmbz^vousy et laissed lt$ jwroanx powr te speetitele^ car déjà oà a les feux ao^ fKktrSin-N^.Ohl nie eahner> Madame, vépo&dit Arnold à la banaone^ est<^eq choie possible^ je vous le demande^ à mon Age ei dans nia iûknaiion îu. Vous parlea d'ii^nre, inak tfest him plis qfae oèla : o'est le désbonntur, o^est k mlotntne que mes caniaradesj mes andeaa amis jettent à pèBiiies nqtilis Kor mon caractère^ sur mes acteâ... Ohl ia#- {iosriMlBl..i Je sois un renégat^ dtâenMIs^ an coUrtitaii d'hier^ un àpoflrtat^ un aristoerate d'ateKer^ un mc^iaiit depMeotîdns et de proteeteura^i. je serai décoré, ajoutent^ fb> pfur avoir traihi mes opinions et mes amis poliiiques.u le rott^e domine dans mes tableaux , et* (selon eoji^ pour 4ia«Be. €4 Oh l o'est atroce, c'est d'une orinnlté et d'ailè lÂche barbarie «pli a'^nï pas de ndo^l..* Et je pourrais me cal«mer ap^ès céla^ dite»»voos> Madame}. .. Mais vous n« sentes donc pas, vous, ce .que pèse sur.uncoeojr honnête et jeune ce mot empoisonné de déskmmeur?*,. Ù m'étobSbi». il me torture... Je sbis comité oti en£aDt..i je voudrai» pleui^r, et je ne le puis... Ah! Madame, quelle lame d'adèr ils .ont brisée dans mbn seiny les ingrats^ les Ifteheé^ les intAMes I fit qiie leur ai^je iait$ moi? Mais il fendra que je yoas quitte toutes deux; 11 te fout.;. J'irai leui' demander leur ifie ou kir donner la mienne t Puis^je exister ainéif Ohl non, non, jamais} Vous comprenez vdud^oBémM) c'est iiiir possibleui f

Et l'infWrtpné jeune heniole^ sani voir l'intérêt et l'anxiété t{ue ses. paéolés éievgÈqàes 6t aa vive éfabtien excitaient alentour de la salle et jusque dans lea:iogqs

88 LA ROBK mmB.

voMnes; sans entendre davantage la '▼obr d'ÊvelinJé, qui^ conif»B an ange, mumurait en -vain à son ofeille, depuis le comniencenientâe sa funeste lecture :

— Calmez- voQSj Arnold; cahnez-yous, )e vous prie...

'" Sans s'apercevoir aussi que la baronne venait* de tirer brusquement les rideaux de leur ceUule dorée, pour éviter <{ue les spectateurs fassent plus longtemps témoins de cette triste sctee^ en dehors de la véritable scène... riafortané jeune homme, dise ASHQfona, accablé par le parox^smedeson ressentiment et de son indignation^ venait de laisser tomber en sanglotant sa léte «ntre ses deux mains, qu'il inondaà de 9SS larmes; et pendant près d'une éenalNbeure^ dans cette loge étroite, fermée soigneosement des deux côtés, et où arrivaient comme un contraste insulteur las rires et les iiratos de la salle radieuse et en fête; pendant près d'une demi^heurev les sanglots et les soupirs du jeune artiste, si erueUement blessé dans les plus profonds replis de sa belle âme, se fîrent encore enten^^ interrompus seulement par la douce voix d'Évelitie, répétant avec des larmes qu'elle ne pouvait plus retenir :

-*- Monsieur Arnold, monsieur Arnold I vous vous faites, et à nous aussi, bien du mal ! Calmez-vous, calmez-vous I soyez fort et patient : notre amliié vous en supplie !

Avant la fin du spectacle, nos trois émigrés quittèrent la salle et rentrèrent dans feàr hôtel, tous les trois silencieux et penrifs.

^. Mais Arnold s'étant trouvé un instant seul avec Éveline, qui, assise par contenance. devant son piano, essayait lan^ goîssamment de prâUider.à une triste mélodie, il vit àk dérobée briller une larme ckns un regard de soa amie; et, -s'âant approché, d'elle, il lui dit à voix basse :

— Éveline, voiis me plaignez encore, vous^ n'est-ce pas? Et la jeune fille , toiit émue et plus pUe dans son

trouble , sans quitter les mains de dessus son clavier, répondit :

LA KOiB ItOUGfi. é^

— ^Ob f oai , je t<ms plattis , panvre^ ami I mais vous, dites, quelle pitié avez-vous pour votre' iafoiiaifée éïèi^l.. Arnold, Arnold I ne paHet pas encore... ne partes^ pas, car j'eA mourrais...

Et elle continua sa sombre et mélancolique mélodie, qui retentit moins' profondément dans le cœur du jeune peintre que ces tristes paroles si poignaTites.

F^e surlendemain, au moment où notre trio ami se disposait à monter dans une élégante berline atlelée de quatre vigoureux chevaux qui allaient les emporter jusqu'à une ebarmante villa située car les bords du tâc Majeur^ on remit à :ArnoM des lettres de France : ee dernier eut bien vite reconnu t'éeriture et brisé l^veloppe de fnne d'elles, qu'il parcourut avec avidité.

C'était une lettre du bon et loyal Duroteau : ette était

Mnsi conçue :

« ^»^ 17 septembre 48S9.

« Mon très^cber Arnold ,

« Cette' fois ^ c'est mdi qui suis Messe, mais faeareusec ment au bras gauche^ ce qui me permet encore de vous m écrire, t) faut que votts sachiez que j'ai eu de la besogne, c ces jours derniers, par*dessus les yènx y et tout cela pour c vous, mon bel enfant.

« N'ai-je pas eu sur le dos presque ious vos anciens ca- « marades^je veux dire les plus insotenlè Aë!$ petits rapim « de votre famèmse école? fis s^étalent permis, les drôles; «profitant de votre absence, ils s'étaient permis de ré^ M pKùàce dans tes journaux des bruits calomnieux sur votre «t comifite... malheur leur en est advenu... Ils étaient loin « de se douter qu'il y avait derrière le rideau un vièuœ dur m à la détente j de l'ancienne, tout prêt à leur donner sur a ]es doigts... Ces cadets-I&, vois-tu^ mon ami^ s'imaginent « toujours avoir affaire à quelques petits commis ou à un « mannequin d'atelier... espèces d^adversaires quvne ria postent guère à la botte pontée...

« Ma fM, s'ils m'ont cherché, its mW bien trouvé

9f^ 14. mmi^ m9Wé

a an^si,;. et je les ai 40us mêobs p» vat chMoio 0* ti y

« Pour le/qa»H d'h^upe, koit ^««iH mt \é lluc, et j'ai «( peur que deux seulement s'en relèvent^., ftveo des bé« « . quilleA) eacor^ I

« Dàs 4«e j!irai widtix^ ee twm à rioosiaimkeer^ s'âi a veulent.

«f Je aa te dirai pM tobtes le^dégoÀt^atea attaque» qa'ik « ont JaQcéeè oootre tot^ mon paifvi^ enfiint, kn^Hit lé pe* « tit doigt a pi«« de pris et dt Uletit qu'eux lou» renais I . « Ge sont des infAmes^ du» Meb^^ %oîlà làiil ! Moi^ je k^ % ai traité» aiod^ et sana géd^^ dan^unis JeUre que j'ai »* « goée» eliti j'ai prOfo^nA #ir anasse ka.eatoiDOÎftletm... « Ils ont d'abord filé doux et filit Ja aourda oreîUe.«4 la c( aletUa/e^tnaleuf filisait pQur4»» je lecreîs bien... aud^ils « ont continué leurs attaques, et tes calomnies ont plu dr « nouvefta$ur toi ) pois ilsr isé aont vengés à leur manié' <> a en barbouillant quelques igopblaift oaricattirea, eii| - « bliant un nouveau pamphlet p^.aatle fois j'aTaîa ¥\ki^' « neuf d'to'^ iiu^lié à a^é de toi. «« De toute manièie» ta « vois bien que ta que?eUe était b^wieniBetfo AuBsi fsaad, a ai^èi forae racher^e^ j'ai eafin. «u la nooi de ebaean da c( mes masquée, je les ai attendus aa fiafé^ au théfttra^ d^ « vant leur daiuaure^ mv les pkao^Si partout, et lent ai dit « e^^eei^^aat «wc9in^^«i«mei»l: d« ireilat (pour Wimiiieff « QR. peu l'aKiMif^)» oe que j'airats (wocbuaié pl|rtoui# Tkmi a «euleitKMit oa4 coQâanti. à s'utfaii^ar avee le vimkit §r^ a ffiar^^ ^i^mme ite m'^patteut < ee seot Ufario^ 4ettt i« a tableausftf je yeua dite les. payaagea^ sciat. de «r^îia «► a ^ad#a| et dont ht^ ehwt^éêtmémUeint à 4eé wmokiB... pà a Tba^pUlei !@t le grand GbarUaf dotar o« dit qn'il eal plv a maigre et. plus see que âea ailkvaa^ eowtae du preiaier, M qu'il prand sur son ppe|m viaage H> teint jauae qu'il a doDUA à tous sas portraits^^*» Msilgfé leur$ ridicylesi kw « prétention et leur basse jaloum^ ih o«l IvoiiYé à qui a. paiiei«M eit.>*eapàte qstb la lefon leur prôfiteiti,.. le

« {^ip« Bonitedei fA àmli^ voa4Mûft bm m^hsL pewiàl as- « &\kréft (/Giir je youx Tainenâeineot du pîiabeiir 6i n^ »» ^ ^<>F^4-Wt te pelil UkicM» J'al^î^ oublier .df» ^dire.que ff )« ji^Kne Lu€iea; ¥>n élève, qui te ferik honneur quelque / « jeur, et;qui dé}i aviMt époegé ta cause l<M«4ue je Tai reor « cQniré» «n'a «ervi de «eeondo. 11 a é4é digue de notre ^ amitj^ el de ma recoonaissauce.k. Ëcris-lui pour le ren H i||(9f4er> et 4 moi ausai> si tu ne reviens paa avént peu m ea^l^a^ser ton fidèle et tout dévoué adversaire et ami^

«. P^S* Je mk h h dièie et aux arrêts forcés ; nmia sois m tfao^uillei je vaî6 Uen.j. ^'oubliait aussi de te dire que « mon Ernesline grandit à vue d'oeil, toujours plus belle^ M plu» Uaocbe el pl|tf rosei<. C'eat une plante que tu met- « tr0ê ê9Uâh sfrr^^qumi tu voudras.!. < tu le sais.,! Âdieui « Jerét)étbi& \m reviens pas enoore.4. tu te mêlerais de « ities affaires^ et eela irait peut-être moins bien. Nous H AVW9 eomm^B^j et noua finirois nous-mêmes avee il bouneur« Adied. ie fembrasae weore oomoie du père « ao^ eftfaQi. Adieu^ ioon ÀfiiDld I

-^ Quel bcmme et qvtel 4ml 1 a'âcria te jèimë peintre^ ni lecture k peino aebevéoi Sxoelle&t vieillard! ajouta<^t-tiL

Et ses larmes arroeaient le papier que pressaieilt iûVolontaircaaent d'une édlreiate eonvplsive sea mains toitraot tées par rémotioa, la joie et la douleur*

— Maudites lettres de France! dit, en Tinterrempaiit d'un (oft boudeur- ÉveUne, qui le ^aitagité par Ad trouble violent que toute aa persdune trahissait trop biam '^ Qb I celles-lè^ au ipoins» répoodit Arnold, celles-là m'appôr\ent peine et plaisir tout à la foi^^ le bauHke àcâté de la piaie.«ii et si je pleure, c'est u)i peu de joie. Je para avee votA, et je jlâtfherai de n'être plus triâtes auprès de vous, du moins. -^ Pauvr# aiui I murmura pour toute réplique^ d'und vck prpfoadéMinlitnue, Ëveline, qui abaissait son voile poqr 4érobeF ses larmea à Arnold,

i)f LA wm. lùomt,^

BiéntM les bords tfâots et pittoresques du b^n \ttt aSÉÔté^ qui âlternativemeiit dort uni et paisible ou se soulève me* naçant comme une mer, reçurent nos trois intimes^ qu' employèrent les premières semaines de leur séjour à viater les sites enchantés, les vallons verdoyants qui l'encadrent si détlcieusement. Noire jeune peintre se remit à ses travaux avec une ardeur nonveile qu'il semblait (malgré )e délabrement sensible ^e sa santé) puiser incessamment dans l'aspect réjouissant d'un ciel si pur, d'une nature si virile et si riche, dans le tableau de cette immense plaine d'une eau si transparente, où se réfléchissaient au soleil levant tout ce paysage splendide^ et les cimes ardues et Manehies des Alpes lointaines.

La inlia de la baronne de Morneyx était sitoée sur les bords du lac, non loin de cette belle route du ^mplon qœ traça de sa main viciorieuse et fit comme par eocbantement ouvrir Napoléon, ce législateur guerrier, dont toute l'Italie ne prononce encore le nom qu'avec une sainte vénéntioo.

Et chaque soir, Éveline, Arnold et la baronne aceouraient se placer dans une frêle embarcation qa'un jeone pécheur dirigeait d'un bras vigoureux, les conduisant toor à tour visiter l'ttofa Bella,Vi$olaM€tére^ Vûola Pesecsion (File des Pécheurs), ou le vieux fort démantelé d^Angherra,

Bt c'était^ ent'e nos trois exilés, de bruyants éclats de joie et d'admiration, des propos animés et étincelaats dictés par la surprise^ auxquels se mêlaient toujours les souvenirs de la patrie.

-^ Ohl si mon ami Duroteau était avec nous, disait A^ bold, rien ne manquerait à mon bonheur!

Et la baronne, sans répondre à eon jeune prel^é, powsait un long soupir qui setiiblait vouloir dire :

«- Ah 1 si le baron était avec nous I

Cependant, un jour, la promenade accoutumée eut liesi une heure différente ; et ce fut de gruid malki, dès Tatthe, que nos voyageurs in&tigablos allèrent dans ieiir barque, pavoiaée visiter Vile- Belle, cetËden enminiaiure,cepBiaii

LA. ROB^ BPÇOI. ^

et ce parc, jpocbés de tableaujr^, de statues, d'ob^Usques^ d'arbustes précieux, exotiques ou iodigènes : camphriers, myrtes, caimelliers, cèdres, oraugers et cilronuiers, vér^ table jardin d'Ariuide, qu'une fée semble avoir fait sortir du lac qui l'entoure d'qn seul coup de sa baguette ma* «ique. .j

La chaleur éfant très-forte, nos amis se reposèrent 4 Vombre d*un arbre, séculaire que les traditions du pa|^ prétendent ayoir été touché de la jijiain du grand homme* Tout en se reposant^ on savoura iin repa$ frugal composé de pièces froides et de fruits excellents, assaisonné par l'appétit et le grand air, de tous les maîtres d'hôtels, d9 tous les yéhicules gastronomiques, les plus puissaiit^.

Mais Arnold^ soudain devenu rêveur, parut à ses deu:|f compagnes plus pâle et plus soufirant d'un mal qu'il essayait en vain de leur cacher, et dont le germe, héjasi ne se développait que trop dans sa poitrine déchirée...

En proie à une toux sèche et opiniâtre, l'œil terne, le front couvert de sueur, malgré lui, la rougeur passagère qui illuminait par intervalles sa physionomie défaite, avait trahi les progrès trop rapides d'une maladie funeste qu'aggravaient encore^ de lents et pénibles travaux.

S étant levé brusquement, ot s'éloignant aussitôt de quelques' pas, comme pour dérober la révélation de sa souffrance à ses deux protectrices, à ses deux amies, Arnold, croyant ainsi échapper aux reproches et aux conseils de la baronne, dont la sollicitude pour lui croissait sans cesse, Tenait de se mettre à cueillir machinalement quelques fleurs ; mais madame de Morneyx le suivait des yeux et de l'oreille, attentive comme une mère sur son enfant , et^ l'entendant tousser encore, elle lui dit de sa voix minaudière :

— Monsieur Arnold, vous paraissez bien souffrant... Ohl mon cher, vous n'êtes point assez raisonnable, et vous vous tuez vous-même à peindre et à travailler ainsi nuit et jour. Ou je suis bien dans Terrenr, ou l'odeur du vernis et

l'aspirftâMi des conteurs sont très-noMbles à iK>tfe santé si délicate... Si j'étais votre mère, monsieur Arnold, je briserais d'abord tous vos pinceaux, et, pour Tamour de moi, je TOUS demanderais de ne plus peindre jusqu'à votre rétablissement complet. Je n'ai aucun de ces droits sur tous... aucun, excepté cenx de Texpérience, de l'âge , et même (vous ne me contredirez pas, j*en suis sAre) ceux d'une amitié bien Traie et déjà ancienne... Ne tous ftchez donc pas si je tous mTite (comme une mère en prierait son fils) à renoncer à tos tableaux, à vos recherches... Ah ! monsieur Ârnotd, la gloire est un bien chimérique, un peu de famée, Toilà tout I 11 en coûte tant pour (^acquérir t tous le saTez) mais la àanté, si précieuse, ti nécessaire, si yoos la perdez> mon Dieu! mon Dieul qkiî tous la rendra?... et notre amitié et TOtre gloire elle-même, combien n'en soutiraient-elles pas! Croyez-moi, croyez mon radotage de TÎeille femme, monsieur Arnold, prenez du repos, oo TOUS tomberez sérieusement malade. — Ah ! tous êtes frog bonne pour moi, Madame, et j^ôsé déjà m'accoutumer i Vous regarder comme une seconde mère, pauTre orpbeFm que je suis; oui, vous, êtes trop prévenante, trop attentive à mes moindres peines; et comment pourrai -je m^en reconnaître dignement? ajouta te jeune peintre, qui s'était i^pproché du tertre verdoyant et fleuri sur lequel étaienl encore assises ËTcIine et sa mère .

Puis il poursuivit :

— Mais votre en&nt vous sera îndociTe sur quelques points, et il vous réclame d'avance son pardon ; car vous lui demandez un sacrifice impossible. Renoncer à mes travaux, à mon avenir, au soin de ma renommée, mon seul trésor, mon seul bien, ma seule noblesse à moi, Madame, continua-t-il avec force et s'animant de plus en plus ; renoncer à tous ces biens, renoncer à mes pinceatjx, que je n'échangerais pas contre un sceptrel.. mais y songez- vous, Madame?.. ce serait plusque ma vie que je vous donnerais! et quand je n^ai qu'eux, que mes travaux chéris à opposer

LA nom ftoiTftE* ms

à l^effvi^, À la tiasM Jalousie, à la liame même ; qbànd je n^ai que cift nroyën de gfandir e( d'honorer malgré elles naon payï{^ m'enlevere^te^péra^e^^ eette consolation^ ce dédommagement, âh ! céderait m'assassiÉier... et' je préfère bien travaiHef encore et senlement mourir. — AmoAd, monsieur Arnold, ealmez-vousi vous >oUà tout couvert de sfieur^ s'éeria la baronne en l^interrompant. Allons^ continua-t-elle, mettez que {e n'at rien dit; soyet indocHe-, et ne parlons plus de cela ; car vous allez prendre une nouvelle quinte plus terrible que la première... Ne renoncez pas à peindre^ si cela vous est impossible; mais/ croyez-en votre seconde mère , travaillez avec moihs d'acharnement. ^^ Oh I pour cela, je puis bien vous le pfémettre^ r^Nqua Arnold, qu'un regard tendre ef suppliant^'ÉVeline venait de désarmer et de rendre à un calme forcé qui contrasta longtemps enoore avec la rougeur de son front^ avec le feu de 9on regard et le désordre de ses cheveux, froissés par sa main, qui s'y attaeliait malgré lui par mi mouvement con«-

Nos trois amis, rentrés dans leur paisiMe habitation, se séparèrent bientôt povr aller prendre un repos que les fa-^ tîgues de la journée avaient rendu si nécessaire.

Pourtant Éveline et Arnold^ dans leurs chambres, sép»** fées de la distance de tout un éti^e, résistèrent bien arant dans la nuit au sommeil qui assiégeait leurs paupières. La première, livrée à de sombres pressentimenis, s'apitoyait douloureusement sur le mal flbneste qui (à son insu peutêtre, pensaît^elle) minait déjà les jours de son ami .

La pauvre enfant, dans son amour de vierge, versait de chaudes larmes sur rfmprudence, les travaux si opintàtres ettliomicide persévérance de son jeune professeur, auquef^ dans le plus profond de son âme candide, elTe Osait donner^ tout en priant pour lui, quelques-uns de ces doux noms qui n'ont d'écho qu'au cleï...

Puis^ prête à s'endormir, ces dernières paroieâ nfiouru* rent sur ses lèirres à demi fermées t

*- Oh! demaîo, seofe, je lui parlenti,. je le 8up|rfîend de ne pas torturer ainsi un pauvre cœur qui est à loi, à lui tout seul^ aprèç vous, 6 noion Dieul et il m'écootera aûem que ma a>ère 3 oui , il m'écoutera, moi !

Et la jeune fille, ou plutôt l'ange, s'endormit.

Arapld, lui^ accoudé dev^t son, pupitre, venait de relire ses lettres, ses chères lettres de France... l'émotioa qui l'agitait était encore écrite sur son visage.

— Il faut lui répondre, et longuement, dit^îL en fer* mant la dernière épitre du bon Puroteau; pois il prit sa plume, et, son front appu jé sur qne de ses mains, il pciHa ainsi au vieux militaire :

« Mon cher Duroteau ,

a J'ai bien des choses, à vous apprendre, bien des re- « merciements nouveaux |i vous adresser. Votre défense, a ma santé, pent-^tr^ même r$u*deuc ayeç laquelle je me « suis remis à mes travaux, tout, cela m'a enapéché de « yoler auprès de vous, ppur vous eq^hrasser et vous ai- « der à soutenir mon honneur lâchement attaqué; mais « vous vovis acqi^ttj^ si bien de cette tâche, qu'ij ne me « reste, avec ma reconnais^nce toi^yours plus vive, que la « honte de laisser à vous seul un soin qui ne devait regar- « der que moi.^.. enfin ma vie est à vous désoraiaîs4.. et « si vous avijBZ besoin d'Arnold,, quelques lignes seule- « ment de votre main, et. vous le verrez aQcourir, fût-i' « mourant.. On me. dit ici que je travaille trop^ que je 0 ruine .ma sai^é; on a un peu raison, je le crois : mais <K ne pouvant répondre à mes détracteurs, à mes envieux^ « le fer à la main, il faut bien que je le fasse de quelque « manière; et je veux que mes succès, de grands etlégè « limes succès, soient avec vous mes défeaseurs!... Peiit- « élre bien que je mourrai à l'œuvre; mais que m'io»- « porte, si la gloire vient après I Je ne regretterai que « vous et les excellentes amies qui m'entourent... me pro- « diguant tous les soins, toutes les sollicitudes d'uoe « mère prévoyante et d'une lei;id|[;e, sç^r. Voilà ce qui, je

a 4e&Qn#9 m'attache malgré moi à la vie... àmsi tâ/^raiia je, pour vous, mon vi^U ami, surtout^ de la pcalo^^^er « le plus possible.

« Udrcale ici d'étranges rumeuars; on dit que le miois'- « 1ère français vient d'être changé encore une fois. »é on ^ ajoute que le gouvernement projette sourdement des « coups d'État.,, c'est un commis voyageur suisse, qui a « pas|^ ici ce? jours derniers, et qui arrive de Paris, qui « m'a répété tous ces bruits : il a ajouté que dans toutes « lefk/o^Mj. toutes les v0nie$, ou se préparait à résister « énevgiquement au pouvoir I Si ce devait être la contre- « révolution et la liberté encore une fois aux prises? si... « Mon vieil ami, n'attendez pas que je sois plus malade. •• « écriyçz->moi : je quitterai tout, pinceaux et ébaucboirs^ a. brosses et palettes^ mes toij^s à peine commencées et sur a lesquelles j'ai placé mes plus chères espérances; je quita terai tout, la société de mes amies et ce beau ciel^ pour €( vous rejoindre promptei»ent et me placer à xvos côtés.

« Après le triompbe, je reviendrai à mes tableaux.

a L'horizon me semble lugubre et gros d'orages.

« Parlez-moi sans détours... visitez nos amis, les fidéleê, u et mettez-moi au courant de tout.

a Vos. journaux, dont je ne lis que des fragments qui « me parviennent par contrebande... vos journaux sont a. nienaçants... et notre vieille monarchie me semble aYoir « été placée par ses imprudents et criminels défenseurs.*. « sur un volcan qui couve et gronde d^ sous ses pas.

« Ces valets courtisçms... ou ces courtisans valets^ Montai Rouge surtojut, et s^ exigences, ne vous fi)ntr-irs pas a l'efièt de l'ours de la fable... qui, pour chasser la a mouche importune qui bourdonne sur le front de son a maître endormi, écrase sous un bloc de granit la tête du a pauvre dormeur?...

a Ainsi de nos ministres^ ainsi de la royauté.

a J'ai doue uu sinistre pressentiment qui double mes

è régt^y et qnî mt donne eliTie parfeb âe ftw Mm» « on déseffear ce séjoor dâfeiêUï^ celte kespitaBté si at- « tachante; de fuir tont ce qai m'enchatfle dfils cet J!U^ V ^^a, sât* les bofds ien^ de eé beftt!r foc; êé finir Suis » en «¥ei4t¥ tnea «if»aMe« Mte^Sès^ don! fél4ieni» ainsi é ie9Mffi^éHe» instatt^ee... Mais ^iieetài tropteipoH; trqi « èWiel méMe I*. . • f AttênA^i éene to» let^esw . . « <%ét «toi^ H^ttd te .jo^<|lif p«fcfatl^ et je ttè suis M-

* Mlé ag^aMcfmeirt i voué ii9é et à tM» éerfre... hi»- « «l^^voud^ éÉ (Mffcc^aift ces Cft^ctères ]^resqa« ffiisMei, tr éf^uvet seulement la nm^tié du pMsi^ ^e je ressâtfl

il ^ ^e les tsMeMm ifHè je destine à la ^roidtnûie •« %6ifMisttîdti semnt «cbeif^,je vous la aéfresi»ft»Ai... "totfs « t^Mfs eè^rg^rèe ffncore de les ftlit%paVTeâi^À Finis, i 4 notm e^AMtttlssioiyMApê ri Menyeilant. . . niafs il «^ tikif tendu tfi^ ViàHM teuf* f»eit fiiire quatmiaina diét rm... « et q^ les Inthnes et tes fUHeè mih{'eî le Mmktt m ê m petit) serMt lu'rités à r^itàt irovrs dc^mer tairs atis... « vous me lèè transmettireK. . . eber ^ to^ anrf. «.

a AdM% 1^ inev^ enciypè «ti inilHoh de toh poor tant « éè Montés <4v^s cte neilletri^ {rfN«.

« Adieu. Je viens d'e'iiitrii' ti¥éSfenéffes... nte st>ectack n^uMiiwe est devant mes yenjt... Le safeif, qui tomtoence « % pëMMe derrièlre ks «HiréS vè»dd)ïinle9 des Alpes, jette « Ses l^i^ettrié^ t*àfetis sur le !ae endormi et «ncofe i « âmA^t^ffhgi «ans ¥oh9ff(itm..i A t^ les reftefs sdl^ « tiHÉtts 'de K«s«te mraféimiefft stM* !a ][da{fire Ifmiytde, oh K ^H les 'capmce) et tes iaecidettts d'tm tointain ititiko- « <di84..s déjàte^ tMirqUes des péetleuf^ quMeiit silen(!fcl^ «« âom^^ftlesfritesflctorfcsetftrSIesileCebèau pays; eïte t^ s'éfcigttént, "^eurt vbilès goWfléêS par ht tftfee mattnale... «^ <3«i n^ntettd encore '(î[ue tes fémissemenis de Vavïroa êi « les cris plaintifs des mouettes. Quel révent ^e( tableaal a quel sublkne Silence f qtiel bfmne de la nature an cl^-

* teuf 1 Qoe lï'étes^iwems là aitprès de ïûoi !*..

« Mais on frappe à ma porte : c'est mademoiselle Èft-

LA IMIr IMMUIBa m

« Quelles attentions délicates et (ff^mfifh dQ9t j^ mk^ si

« iianfes^ ia«td« bmités, lyyH R»^ fifNmt w^iwu: f m# ^ « ciel m'avait refusée? .

« Bf«)g«é v<ii aiiiipMllii««^ 909 obe» hm^ ^<Wi seriez • VQiis<*n#qEie foivé i'waep nnea doux pjPCi^ttrÂ^sl AdîWl: « «Doofe «n^ f^s. Je Brai« ^vUt^p U {4um9 p^uy li|^ 9apo<l « du pri)niôiKHi^M A Vwst^ «aime «993 «11^^ fM^fl^Fii « i|HNf4ew cocuiHigtm et ipoi,,, le ^^t,d% n»Ue ^l^wCrr « sip|fd^<!A j^iiff ^t itf e ififit^ »u HHJiat <$4fi7jÇ(|f/o» p^ «: 1^ jUpftditiqo^ 4u {kVf» £miI fMiilrf sfiipt CbArte» Qoi^r«^

« 4# oe prélat «étèl^rf s'4l#f^ t$Hlç. I(^. «o(«fn|^t d^ c^^ « liante oglUiM qOe n^ua gra^iroo» bieuMA* {«4 fPmétfHi» «due, le tàinl fleinWa béoir la Jolie fistk^ vil)^ Â'Armif m k lao ef la loagoitique j^^sage qfA Vm^i^^i' ^fim. m pour oMk dttoripiien^ tfop pr^tftati^toa» pent-êtr^i n^ ^ ipM TOUS pvpuwa «lûtire^qua je ne am paa égoistA,

« Ces ibûnes m'tppoHent» Âdiw, ençdra une fdivi fldien, vow qua j'esibPMse af«» non Miuv»

« AatioLA. »

G9 fut «g raifiui^ dft €«tte attruy^ntf exom^oi) wr li^

«mit SmhCnfk qiH» la b^C^np 4? Vpra^jfi, à 4}ui Ar^

nobidoBomt la bi^f proâlmt 4f^ réloigpeKni^t 4'|:T^lin§y

qéi m çMîmInû VOAMt. d'iu^ç^t^r ^oi gr<3l^p6 de i^j^n^ fiU#l aai t4ttl rtplM^q^ij^, «t /9e plaisjMt i ,le$ ÇPtr^tfiliip dip^ l«tr «EI«QVW idie«e» at? Ht9i«> ^ fo^i di^I^79^8«

PÂ^Hllre m&tm ftpnk» «voir: prié 4» QUfi 4q 1^9 iM^sçç j^i)kr qw h iMib)« bormt» ^'uoo voix émvii^ s'a^rç^jM W^^ 4 am jeun* cavdier :

•*- Monaiattr AmaM, i% d^sîmis 4^pw9 longt^mpi mi «Atra^n parlkulity aYeo ypui t je pa pouvw f9A mp t^irf ploa longtemps «lit (^ qw vous at m fille vQps o'^ve^ pu eachov aux yaox d'une mèro» ai «ir^ qiû ne pi^t|Q^a||i9

fèô LA- ROBE hW&E.' '

per à rinvesifgîitioh et au ooq{) d*œH cncpéHrtietIté «Tone vieille fcrmme comme moi.

Et à ces mots, Arûold^ dont la pâleur était extrême, ayant fressaîiH comme un coupable atterré par un témoignage irréfragable :

— Ofal rasisurez-Yôus, moosieur Arnold, continua la baronne; rassurez-vous, je tous en prie. Je sais tout ce qu'il y a de noble, de généreux et de pur dans votre penchant pour ma fille... et ma confiance, jusqu'à ce jour, vous l'a mieux prouvé que des paroles ne pourraient le faire ; mais j'ai pensé qu'^après la leçon terrible ^ue la Providence nous a infligée, j'ai pensé, guérie, comme je le suis, de toute ambition et vanités mondaines, que je devais un peu écouter mon cœur, et le cœur loi seul eonseille rarement mal... sa voix^ ou plolôt celle .de la reconnaissance, m'a dît qu'il est un moyen de dmenier l'amitié qui nous unit, et je viens vous offrir la main de mon Éveline... qui, cette fois, je pense, ajouta 4a baronne eo souriant, ne me contredira pas* -« Madame, je suis si émo, répondit Arnold^ > si confus^ d'une marque d'intérêt et d'estime dont je me crois indigne, que la > voix me manque pour vous exp^iqnejr t^ute ma gratitude... Je ne renonce point à la main de votre fille... mais je ne la veux accepter qu'avec mes titres de noblesse à rtioi, qu'avec un tiom célèbre et rétoile de l^onneur... Ptils;, mainlenat^t, ma santé si délabrée, un voyage peut-être prochain que je serai forcé de fai^e en France, de grands tntvanx inachevés, et jusqu'aux exigences de mon excellent -et inflexible ami, ce vieux et' loy'al Duroteaa, dont les préjugés et les préventions s'évanouiront sans^ nul dente ^. Avec le temps... tout m'ordonne enfin ^e 'reculer l'époque du bonheur que vous venez si généreusement m'offrir.^.. Hais je le jure dcivant le eiel et devant vous, Madame, nulle entre ne sera mon épouse que votre 'Ëv^line;' et A vos désira n'élaiett point accomplis, vous^ne m'accuseriez jamaîa^jj^iogratilade, pas plus "que l^ange qui s'avance deiYière nimp Ub^^smim^

ée sa vie ute rB(>rocber mie: seule ^n^i^aMtion et /Qp aeul oubli... — Ohî sileiiee ! silence! v<»cï Éveline^ dit la ba* rônne intecrempànf Arnold.

Et au même instant Ui JeiMie ftUe^ qui accourait tout essoufflée, les aborda ea leur disant : • ^ SoDt-elles belles I sont-elles vives ! oh 1 les superbes et robustes organisations de femmes ! quelle peau brune l quel teint I quel regand de feu ! quels maguifiques cheveux xroirsl Gb\ que j'aime ces jolies enfants^ grandies sur les ^Ipes.pairmi les sapins et les avalanches!.... Nous avons bien causé... et qu'elles étaient radieuses d!êlre comprises ! Chaeuae d'elles m?a donné son bouquet, sauvage comme elles : je. leur ai donné en échange, moi, un de.mes bracelets de corail, et elles se le sont partagé en bondissant somme une troupe de jeuncfl biohes... Oh ! je veux, venir 4esfevoir«.. Les' bergers de monsieur de Florian et de madame DeshouHirts sont loin de valoir, je vous jure^ mes bergères du Simplon:.. Et la jeune fille, rouge. et ha- Jetante, poursuivit *. Monsieur Arnold, vous m'accompar ^nere», n'est-ce pas? Mais qu'avez-vous donc? comme ^ous êtes rêveur et préoccupé !.. vous avez Tair coqslerjaé. Ah ! je vois : j'ai interrompu quelque mystérieuse conv^aation. — Oui, oui, Madeuioi$ellej s'écria Arnold avec ; un air enjoué; vous avez interrompu ma confession.,, e^ l'eJlipérienoe ie madame votre mère pouvait seule lui permettre de recevoir des aveux*., que vous... — Ah! je comprends, monsieur le Caton... vous me traitez eu enfant... moi votre élève depuis trois ans : c'est très-jusle, /monsieur le Meiitor. Je me souviendrai de voire apostropbeo. et je vais m'éloigner. si vous l'exigez... — Oh! non^ dit AmoW..i yous allez plutôt me donner aussi le hn^;car la pente de cette colline est escarpée, le chemin ro«^i'ueu^« et tout en me grondant, vous pourriez vous faire une entorse, ce qui interromprait nos promenades et no%,disçwiçn»... et vous priverîiil 4? plaisir de me.ser-

iOi Là sons MMB.t

Et Èv^Sine, tÊàBÊni la pim joHtf méméontle MpH <m une roatinê 6^iéglerie ait jainab «mlelli tu» front de jeune fille, prit le bras d'Aroold« en M HuêA :

•^ Alkm^t, monsieur le eicn'&ne, eMitinim votre confession : je tâcherai de ne pas éeovter* «-« Bb Mftnt ft m'accuse^ rej)rit Arnold, je m'accuae dfirfenr em à bioi âes amitiés qui forint trompeuses, d'avoir ora à la jpéomi» naissance d4 quelques ci|nlaradeé qm ne forent que des riyanx... je m'aoense d^avoir cm à ta bonne foi de nés ([oovemaiiisw. d'afoir rèfé ime foskm de tons les partis, d'avoir rêvé... oh I a je vous disait tons mes révea, si je kn'aôettsais de (oua mes péciiés, de ma oiédoUté nalve^ et ' Ma confianoe aveugle, ^# mis espéranees follet... de mes Bésirs et de tùeê regMts aepeiflus, de mes oulUe gén^reoxt ob ! si je m'ac^ui«is4le tout mes tprtt Ti9»»»nt dn naondt et d'nne éitlHsatioji corrompue^ surtept de mes lovtt yiB'kr ^s de imis.i. tat eantiques de Jérémie at iMies les lili^ nies des eaints i^unis. ». ne sauraient |MM{laaser la hmgoew tle ma confession, que je vous aohèverai un antre jour... ' Ba ce moment, Arnold fut pris d^ ^caàs M tons no^ lente*. • et plusieurs fois, ayant porté ayea anxiété ton woo» cbôir sur ses lèvres... il le rougit ée son sang I

Rien n'échappe aux regards d'nne • fommé, anvlmsl à ^uz d'une ètmànte.

ÉVelitie tressaillit en découvrant ee ttonvean tympKIme des progrès dû mal fonestt qui menaçitit Httè vie m eÛve.., et se rapprochant kivolontairemeât db My ernnme «n Cm» ide sa mère : ... »

*- Ne parli» plus, lui dlt-elte, <ne 'piÊtit pins alMl^ «i stirtout avec tant de ehaleur ^ «mous êtèn (ont essoufflé, et Votre toix (MMe foit ttiaf t entendit. . . Vem décriée ëù croire, vous devrfez écouter n<>tre aknMié ât'Tnrfe, valllet' mofins efmétiager enfin v^e^lreiàaiitë, dèjonren jo«r plus altérée.

Arnôia, iWdtçâtïi de ^umrè malgré 4eÉ-#fiBldi wnente secrets qu'il ressentait a.vec plus de force an fond de «a

LA tMÊ MWBb 101

poifiiËê brisée^ Ai»noM^ sans répondra d'ahord, (nrietai mt son cém^ qui battait aveo violani^e^ le bvts é'ÈyniiûBi éoi ta pattfre jeune 411e inquiète^ et déjà domine eourbée dèulourensisnMnt séusl'^gpoi d'une fmdstè ptévision. ¥m^ souriant de nouveau, mais d'un sourire ««iiTOWf: (Jest fini, dit-il^ l'air trop vif qui souffle tiitr eatte mf^ùÊBf^e^ dominée paf les Alpes, a voula léproinrer amni ma bftle poitrine... et la fmmti... a?a pa vésisAer m choc... aam nous FaceonUimetons sudgré ^o...

"-* Ok I monMear Ataflîd, mtcffompit k (mmoIio^ |M plaisanlti pM do la sertie sur im^ indispoaplien qui peut , par voln» âMiCe^ s'aggiairer beaneo«f , et donne? iin vegret ti^ tardif de ivi pas a«roiÉ écoulé vol deux fidèifs aittiwg.

St tuim eii échangeant mm àeê pitoles d'eAiaiod et di franche «mitiez MfdMae de ikmieff^ Éveiioe et MùM regagnèrent kg «bords du lae^ eA ^reotnkeet sous le ioU |n*> pitatifer eu de si dioacee ^ si futisibles heures e'écoolaieot poureiMt.

Plusieuvs semaines, pkisieuprs mob ee paesèreet aiaei^ sans qn^aoeus évémment de q«ek|ue inportanee ^vhit ii^nq>re un desauffieaux de cette chaîne d'h8i>itiide»înlînie8 et cordiaieS) d'aile liaison si tien oiraoBlée de patt eÉ d^auire, et surtout m vra»^.

^âé^rietneiit Anioid, qui e'abnsek escore sur ies progi^ •de $a Maladie, et dont ies regaivisMlaèi^i^sants, le^sàgp anaagri t({i|de, n'aecusàieiit qiie iDop ladésehéieuiooefi^ tale eux isonseiis de i^aiectioD ia ptusidéeeuée; eeuleraent^ diisons-Mef> àmeid, quel<pieÉoiB,idédbnt à ueeextiAne lassitude^ ou plutôt se rendant aux larme» et mèk pdà^^ ^ÉVehne, avak abandonné -peudenl nu im deilK|jeiUK>ses pinceanx jcbéns, juais i/M^k pour «^oier iMenJttt à eaa •aifiee «ne ardeur nouvel le phie faaesteet pliis id^e.^.

Le pauvre ineeiiëé, qui se sideidadt de gaieté de oomUt peiir quelques lauriers de plus t Était^ee «D eeppce 4e son iipagiaaiioa fongueuse et ia«>

dépendante, ou un fijnèhrepréwenSméiin q»i l'^wt inspiré dans la création du grand tableau qu'il acheyaitî - Était-ce on adieu lugubre à tout ce qu'il chérissait, k dernier battement d'aite du cygne: prêt à s'eavoler loia

d'une TÎve aimée?

On l'ignora longtemps.

Hais ce tableau était plein d'une raéhincolique et triste pensée... c'était*.. laMûrtdujmne Peintret

Devant l'embrasure d'une fenêtre entr'ouverte, d'où le Mgard pkn^eait sun une mer paisible aux côtes arides et ealcinées, peni^éea de pauvres cabanes de pêebears et de pbarea démantelés aux signaux infatigables ; devant cette iesêtre, oà briUaient les derniers rayons d'un pâle soleil d'automne, un grand fauteuil, un fauteuil anticpie, recouvert'd'ufr velours couge usé, .venait d'être ironie... Dans ce baieilil était assis un jeune homme^ ou plutôt un mouraotl •Malgré la livrée de k mort qui recouvrait déjà à moitié jcette tête du malade k* demi penchée suc son visa^,e* cette pâleur hâve d'un front qu'avaient orné la. grâce, k ^oheur et la force de la plus nerveuse virilité... malgré Houtes.ces tracée des ravagea d'un mal maintenant maitre de. sa proie, il restait eticore sur ce fiponteourbé des étincelles d'une existence .^uberante de poésie, de passion et d'amour; dans ces regards presque ranimés à l'aspect *i «plendide horizon, on eût dit que. l'âme du jeune artiste^ qui venait machinalement de se saisir d'un dé. ses crayons, allait, par un sublime et dernier effort, s'échapper radieuse pour saluer ce. spectacle grandioseï, cet adieu imposant <li soleil' embrasant les flots et les cimes kuntaines des mor lagnes calcaires !> >

. ô La parole sembïut mMnr sur ses lèVres vamementeajtr'ou vertes et crispées ; mais seS' yeux mourante étînoelaieiit d'une céleste flamme, «ne légère rougeur aslbaiiait s» iroRt décoloré; sa paupiène^faaéeétait humide d'une lance prête à s'échapper ; la sueikr;dQ l!agânie, >une sueur tièè i nondait ses membres d^ glaises , et 4ai jcjuoQ iKNome ssm-

Lit' iiott mtféw.^ ioi

blait lutf«r de foutes les puîsâânces de son âme avec celte vie qui Tàbatidonnait, avec celle tie, ombre fugitive, qu'il jfyarafTssait éfreindre dans tin dernier leffort, et éornme vouloir retenir malgré elle quelques instants de plus pour satisfaite'm vue fascinée^ pour saluer de son admiration et d'un aftieu, hélas I dé mourant, cet adieu splendide du jour à la terre...

Bt^ par une sombre fantaisie d'Arnold le peintre, et peutêtre même par un douloureux pressentiment, son attitude, ses traits, l'expression même de son regard étaient reproduits fidèlement dans la pose, le visage et les yeux du peintre mourant... le jeune artiste expirant, c'était Arnold, mais plu9 défait, plus brisé, plus faible qa'W ne Tétait en^ core. '

Quelle affreuse pensée l'avait donc inspiré?

Mais revenons à la description du tableau qu'achevait notre peintre infatigable , augmentant à chaque coup de pinceau les dangers qui le menaçaient si sérieusement luitiïême. '

 côté du malade était une jeune fille, ange de candeur e4 de dévouement : sur ses traits, dans ses regards, dans son maintien, on lisait l'aiixiété, f effroi, la douleur et les élans sublimes d'une sécrète prière... Celte fois, Arnold s'était inspiré de la tête si virginale, si pure d'Éveline...

Et cette sœur ou celle amie du pauvre moribond, pourquoi Amdd l'avait-il représentée sous les traits célestes de celle qui lui était si chère?..

Pourquoi ?.. et quelle poignante et amère pensée, dîtesmoi encore, avait-il donc au cœur, le malheureux artiste?.. . Hélas! se seutait-il donc déjà mourir? et la Mort du jeune Peintre n'était-elle donc autre chose que les derniers adieux, adieux, lugubres et éloquents, d'Arnold à la vie, au «onde, à la gldite et à tous ceux qui l'aimaient?.. ' L'attitude de la jeune fii^le, l'inquiétude de son regard, sonyisage abattu, cet air d'accablement qui régnaient dans tout son être, et jusqu'à sa main tendue, qui suspendait sor

106 LA. U99 WW^

I e front décoloré iSt inondé de ««eur du pwvrt «MMf 9à oaouchoir de, fine gaze^ tout disait ^»sm au pegftvd dn^ptc* tateur ; Cette jeane Aile, Q*e^ la sœuv» L'épiMW M Vaamte du peintre. ••

Comme. elle l'aime de. tontes les foirai d? son tm%f V'v^ fortunée 1 et qu'il &ut d'amour, de dé^iiefoeiit ^t de résignation pour soutenir cette frêle existence si brisée 1,»

Derrière le prineipel gcoppe, U jeune peintre HYait pticé un sombre personnage agenvnilléi Afaot un doigt ^k>u^ sur unlivre saint, qu'il venait d*entr'onTrir, et Pai^ipaia levée vers le cieU qu'il semblait montrer wx ^witents et au malade lui-même ; mais, par «n nouveau çiH^rice d'A^ noid, le grave Tieillard offirait la reiaembUnoe parfiûtQ di bon et vieux Duroteau : c'était sa tête grisonnante, son regard fauve et sévère. .<. c'étaient sa ftm calme el aei fcnrai^ robustes.. « c'était le soldat de la réputiliqae loufiU^tuiiifie du soldat du ciel...

A côté du mpine agenouillé était {K^osteroée aviasi, teMt une de ses mains placée sur son front, une femme qui avut été belle et était déjà sur le retour ; ^ poqvetu piersonnage vous eùtoSert tous les traits de lu baronne de MorneiXi

--« Set-ce donc la mère d§ peiotre mourant? devait i^ dire, k l'aspect du douloiiteux aeeablemeirt de celle femiMy le spectateur ému» ••

Puis, derrière le fRuteuft dujeune artiste» ieux blonds enfftpts» aasia sur le parquet» placé» là comme uo enstnrii éloquent, comme le berceau à cAté de la tombe^ dtux fn» et radieux enfanta jouaient paisiblemenét étrangère h ^te cette peièpe de deuil , aonriant aux dessina et aux imagoi iioloriéei léunis dans -un r|ûbe album qu'ila feuilletaieot... Heureux enfants !..

Tel était à peu près l^ew^ble de oe jMureau rêve, li lugubrement poétique^ de l'imagination d'Anio}d, de QoUt Jeune peintre si souffrant lui-même, et à qui peut^trt ooe intuition seerète avait révélé sa prochaine ^ déplorable

Itldi^ AtMM achevait ce grand tableau dans le silence et

^i&m dtvcM^élettefe, il avait relbsé de te ttionlrer à se% deux amies, et, lu ^«iêré tbk peut-étte dc^irh leur intittiflé, ^«Vd^ ràûsté à ievit*s Bollhntatiotts réftérééé, et ne s'étÈÂk pftè ftâdu même à ta prière si petsoasî^e ordinairemeiilâ'ËVê4iûe, qiii «^«n ttrontniit triste él prëôccupée.

— Pourqueri me reftwe-t^-il ainsi ? «e dft-élîe un matîn, «t«tti4<g fhippefceittrtwe de coutume* «à t)6tte.;. Son {fincefttt est léij^fif s tlrtisle, et ce n^st pas parce quMI Notait eessé ée Wtfe tjn^l est si inflexible. Paorqûoî «donc? se AU sait-elle en gravissant les derniers degrés qui conduisaient à 'sa (^ÉêtÊiAffe, une jatte de laid chaud à la tnaiti^ destinée à «on 'dtret professeur... pourqtioî ? reprit-elle.. • ne m'ai* iciefaif4l d(^à plus ?

PiiiB la jeune fille, toute rêveuse, frappa; e% eomtnë eehi tttl fttirivilit depuis peti de temps, Arnold la fit attendre quelques %e<settées avant ide lui mitrir.

*^ ^'ôm éies Aonc tocrjoors plongé dans vos mystères iftfpàsiéKfables ? Ini dit d^n ton boudeur la jeune fiUe^ en pénétrant dans son atelier.

Ptt» eKe ftta invotontairement ses regards mélancoliques éOT tes joues du jeune bomme^ et efi remarqua rincaruàf ptuft vif, qui lui semblait un symptôme effrayant des progrès qtte MsaH en kii un mal trop fbneste.

— Poufqucr!, poursuivît-elle, pourquoi lie pas me môn- Ii«r ee gfiuad td>lea<J, 'à moi votre élève, à moi votre con- MeiQte, à môif...

& ^ êd tut, tottfmè aftendant de. la bouche même d'Arnold le nom que^oft cttur ne pouvait plus taire.

;*«â.Oui, J'ai des Icfrtfe, fivéline, répondît le jeune peintre, db 1 -de grands t<jrl9, envers vous surtotfl, ma chère élève, VKHJS, ma sesuf et twon bon ange : je tes confesserai tous MMftdt.... €ft peut-^e m'absoudrez -vous.... dans une heure... PMfitons, si vous vbUlex, de cette fraîche matinée pour faire encore une de nos promenades chéries. •• car,

sacbez-ie^ Ëveline, il faudra que je revoie peiodAai^^qadqae temps la France, que j'y revoie mon ami Daroteau : noms avons des intérêts à régler... et si je manquais à ma parole... il me tuerait, voyez- voos^ cet homme.

— Allons, vous voilà revenu à vos idées de voyage I Moa Dieu I étes-vous donc si mal ici? et votre santé est-elle donc assez forte pour y songer encore).. Monsieur naon professeur, je vous dis, moi, que vous extravaguez.».

Et; lui jetant comme adieu un sourire mêlé de tristesse, la jeune fille disparut, fermant sur elle cette porte que, depuis quelques semaines seulement, Arnold était si lenti lui ouvrir.

Une heure fut bien vite écoulée... trop vite peut-être pour Arnold, qui, dans l'ardeur de son travail, oubliait devant sa toile favorite, et le charme qu'il trouvait dans de si doux téte-a-léte, et l'impatiente envie de sa jolie élève.

Celle-ci vifit elle-même rappeler avec des reproches son ancienne exactitude au jeune peintre, qui, après is'étre £ul attendre encore quelques minutes, sortit de sa cellule pour offrir son bras, et réitéra ses excuses à la jeune fille^ qui, d'un air grondeur, répétait :

— Mais quels étranges mystères nous cachez-vous donc? Je vous en prie, monsieui: Arnold, plus de secrets de cette espèce... soyez plus confiant... ôar le changement qui s'opère en vous et en vos habitudes est "effrayant, je vous assure.

Et tous deux suivirent bientôt sans témoin, sans observateur, la roule poudreuse du Simplon, qu'ils quittèrent au bout de quelques instants pour un sientiér escarpé et fleuri qui enveloppait de ses contours gracieux les flancs des hautes montagnes qui dominent le lac.

Quand ils se Irouvèrentr seuls en face l'un de l'antre, quand il leur sembla qu'entre le monde et eux s'élevaient de toute leur imposante majesté ces monts blanchis encore à leurs cimes, cette gigantesque chaîne des Alpes, levant leurs télés altières et chenues jusqu'au sein de l'horizon.

LA ROBJS BOU&B. 109

Alors ils devinrent silencieux; ils se regardèrent plus tremblants; la pâleur sur leurs traits, les yeux humides, ils se coatemplèrent comme subjugués par une douloureuse pensée qui brisait leurs Ames avant de s'échapper !..

Mon Dieu I qu'allaienl-ils donc se dire?....

ËnBn Arnold rompit le premier le silence ainsi :

— Ëveline, Éveline, votre mère sait notre amour; votre mère...

£t comme il vit^ à ces mots^ la jeune fille tressaillir et jeter sur lui un regard pieiii d'anxiété :

— Rassurez-vous, rassure^vous^ continua*t-il : votre mère approuve aotre tendresse. .. elle m'a offert même votre main, É véline, que je suis si loin de mériter... «—Oh! cher maître^ mon pauvre ami, interrompit Êveline, ne savez- vous pas bien le contraire!

Puis, quand elle eut tout appris de la bouche d'Arnold, tout ce qui avait été dit de j^art et d'autre dans ce mysté* deux entretien, tout, excepté le refus de ce dernier, elle lui demanda :

— Qu'avez-vous répondu? — Éveiine, j'ai répondu que je n'étais pas encore djgne de vous ; que je voulais avoir conquis mes titres de noblesse avant de vous appeler ma femme devant les hommes... Car, voyez vous, continuatril, s'anlmant peu à peu, et pressant dans ses mains brû* lantes la main blanche de son élève; car, voyez- vous, déjà, Éveliue, vous êtes mon épouse selon Dieul nos deux âmes sont, deux sœurs, et l'une des deux ne quittera pas l'autre.. . sans la déchirer douloureusement!... N'estH» pas, mon cher ange? — Oh! oui, pauvre ami!... deux sœurs jumelles inséparables, murmura d'une voix pleine de mélodie la belle vierge, appuyant son front rêveur sur lès deux mains d'Arnold, encore liées à la sienne... Oh! oui, murniura-t-elle deux fois. — Eh bien I continua en s'exaltant de plus en plus le jeune peintre, si je voulais ôlrc à vous demain; si, malgré mes travaux inachevés, malgré les souffrances secrètes qui. déchirent ma poitrine

140 ïjl itwe MWh.

maigre mène ia délense de ce loyal Duroleau, dont l'amitié, à la fois si brusque et si y raie , m'appelle à lai tout en me meBaçantv^. si^ malgré tou» ces obstacles.. • je di^is demaia à voire mère : Madame^ tous m'avez offert It main de votre Évditie ; aujourd'hui, je me mets à vos genoux; je va«6 supplie de m'appeler vo^ fils , et de htùÏT nptw unioiiv.. «i j'acceptais enfin^ alors que diitez-vons, Éveline? -^ Moil moi! répondit en hésitant et pâlissast davantage la je«ine 6lle... Ah! cher ami! q»e me demandez-vous là?... Ëfa bien! Arnold, eoiitinua«t-dle d «ne voix plus éoiiie, vous l'avee ¥o«iiu vou^-métne) cet aveufiieruei; eh foieni... moi... je refuserais U.* — Voud i|ie peittser ! vous, Év^liue? No«^ votre vdx a parlé saM vsÉrQ oœur; et vos yeux, 'votre front brillant dont je sens encore l'empreinte sur mes mains ëumides de vos larmes, Yplrelroiible^ utotfe pâleur, démentent assez vos paroles... Vaoft me refuseriez t.. . Ahl afa !.4. queMe ironie!

Et uaaoarire frénétique sillonna les lèvres et les joaes tour à tour vermeilles et plus pâles du jeune homme.

On eût dit que le refus d'Éveiiae loi causait une de ces joies indicîbies, 4itie de ces émotions galvaniques qui ne "VOUS sont apportées ni par le ciel ni par la terre t

Qu'aivaitrii donc pensé^ Arnold ?

^-** Ëfa bienl reprit avec une émotion toujoisfs plus puiss^te la jeune tille, qu'on eût dit inspirée, le jour est venu où rien ne sasrait désormais, sans crime, être caché par ]-«in des deipc à Fautre... Arnold^ quand vous mouriez... qoand i}a balk de cet homme terrible... à qui je dois notre amour et rnoa martyre, k vie, héh^! et l'agonie... quand Ja balle de votre adversaire était encore enfouie bâen profondément dans vos chairs déchirées ; quand vous nagiei dans les flots de votre 9ang^ à mon ami ! si noble, eomœe une résignée et innocente victime que vous étiez, victime de notre impor^ne amitié; quand presqu'au même iastant les jours de mon père étaient en danger... eii bieni je me jetai éperdue ^x pieds des autetodefa mère do 8ei-

Là ROBE HOÏÏGC. 411

gBeur, et je lui criai do plus profond de mol) ' àme, où s'eQfre-choqoaient deux voix «ix4}ères; avec mon âme, où gemMaÀt couler voire «img, je 4iii eriai> à cette riergt toat6-puis4sanle t Sauvez-les! saspei ces deux têtes, ô Marie I comme vous, Je rétrtorai pure et diaste aussi lie re* nonce aux titrés si doux d^épounse et de m<ère... 0 Marie i sasTtE'iesl.. Ami^ vou8Técûte6...ll faHaiiua miracle pour V0U6 igauvep... la Vierge le &t Mon père vit aussi.. w Sa raison est plongée, il est vrai^ dans %me nuit obscure ; tnaii il existe, giéce m cîel> anss^î!.;.. Puis-je^trè parjure, ô raoQ ami<! le puîti-je, dites? Ah ! phitét mourir! Voilà poor^- (fUOi}e ne puis .|d«i6 vous appartenir <! *-« Ah! vous êtes pifls 4)4i'uBe femme t vous êtes un ange de pureté, de piété etd^ perfedioii'! «^écria Arnold tombant k gevayvix auprès d^ÊFelÎRe, dans un mouvement d'admira<ion passionnée, et ftfkpciyaHt sor son épaule^ à deo^i voilée pai* une gaze tmospaareotei sa (éte,'^ui ^(iMiiidaît plief sons lé -poids des ptueJnofiable&Tok^plés; et il re9ta ain^^ penché sur !é sein d'Ëveline^ comme un «nfanf marlado sue eel^ri de 9à mère; il resta quelques instants ainsi appuyé s«ir ette^ silencieux et recueilli^ «emblafut écouter leé battements i^iiérés de ^son ocBiir agité^ taMHs que la jeune &\e, dont la longue et soyeuse «cbeveliipe vefwiit de se dénouer, le oow* i6iiipiâ>t extatiquement a^ee des regarda pleins d'amour '4ït d'ivresse, obsoorcfe faf ^s larmes.

Put», comme fascinés tons deux, ils se ievèrent simultanément et se jetèrent dans ies bras l'un de l'autre.

— Mon Ëvebnel — Panvte Arnold! furent les doux et l«ur8 motsvqu'ih-prononcèrent, et que leurs bouches étroitement jointes étouff&rent bien vite, les refoulant dans leurs énpes embrlisées^ unies devant Dieu, et comme inondées ém joies les plus «aintes, des délices les plus enivramtes !

G*i! que le ciel était radieux et pur en cet instant! comme le cristal uni dli «beau lac scintillait plus splendide, plus 6er de sa robe bleue et dorée ! comme les Alpes se dessinaient à l'horiton p4us œ^estueuses, à ia fois blanches

ItS LA BOBB ROU&E.

et veriefi! comme les noirs sapins de la montagne agitaienl à cette heure, avec des soupirs plus amoureux, leurs lètes hérissées^ sous le souiBe caressant de la brise ! comme dans cet instant la nature entière semblait recueillie, calme, grande et puissante ! on eût dit qu'elle s'unissait, elle aussi, au céleste hymen d'Éveline et d'Arnold...

Tout à coup, s'arrachant lui«méme à cette extase si enivrante, le jeune homme écouta; puis^ d'une yoix étouffée par Fémotion, et pleine d'angoisses :

-^ BntendS'tii cette cloche? eatends-tu^ Éveline?... c'est VAngdiiê que sonne la vieille chapelle d*Arona^ et le coo« vent du mont Sim^Catlo y répond... car je crois entendre deux voix sonores, deux voix de bronze, monter dans les airs, où elles se marient... —J'entends aussi... et j'en suis émue comme vous... Mais si nous obéissions au saint signal? si la prière nous devenait à tous deux une égide?... Obéissons l... Le ciel et Dieu seul maintenant peuvent protéger notre amour, le conserver pur^ et veiller sur vous, mon pauvre et trop souffrant ami!

Ainsi parla Ëveline.

Arnoidydont les joues reprenaient^ à mesure que son . émotion aujgmentait, cette couleur de vif incarnat, symptôme funeste des progrès du mal qui le minait intérieurement; Arnold, comme subjugé par une secrète révélatkHi, peut-être même pensant que sa voix et sa dernière volonté trouvaient un écho sympathique dans le co&ur de la jeune tille; Arnold prit son bras et lui dit ;

— Viens, viens I celte cloche nous appelle : c'est le ciel qui nous parle dans ses sons mélancoliques. .. Éveline^ ne soyons plus sourds à cette voix toute-puissante ! Pauvre et frêle fleuri toi que mon amour et ma destinée ont impitoyablement étiolée et presque brisée I A toi, ma douce compagne et mon bon ange^ toi^ l'ombre de ma vie, le miroir de ma pauvre àmel dis maintenant, oh l dis-moi, mon Ëveline, n'es-tu pas ma fiancée, mon épouse selon Dieu?... Que nous font à nous les hommes, et leurs lois, et leurs préju-

gés... 8Î notre amour est saint, si notre amour est pur^ si notre amour nous est venu du ciel, a été béni par le ciel et doit retourner au ciell.. Ëvelioe^ Ëveline, disait avec plus de passion le jeune peintre, me comprends-tu, 6 ma sœor?«.. Oui, j'aurais pu... et même, si tu disais maintenant : J$ mi d toi, je pourrais encore, et avec joie même, je pourrais consentir à violer la parole imprudente que j'ai donnée, ayant de t'aimer , à ce bon Duroteau. Pour que tu fusses un jour ma femme, Éveline, je braverais la haine de ce second père, de ce vertueux et noble ami, le plus dévoué de tous les hommes.*. Ce serait infâme^ n'est-ce pas?.. Mais vois à quel |>ointje t'aime ! j'y consentirais, de gaieté de coeur... J'y consentirais après t'avoir pressée pendant quelques nuits dans mes bras vides et altérés de ton amour... datns mes bras qui t'appellent en vain, hélas! depuis tant d'années, et auxquels, comme une capricieuse fée, tu échappes toujours, es^cepté lorsqu'un songe compatissant parvient à t'enchainer njalgré toi... Oui, oui, poursuivit Arnold, pour que tu fusses à moi, je me serais résigné à tuer cet homme que j'aime et qui m'aime... j'aurais consenti à déchirer sa loyale et noble poitrine d*une balle de fer... ou à tomber sous sa. main habile de spadassin... tout cela, Éveline, pour être à toi selon Dieu et selon les hommes. Si tu le voulais» je le voudrais aussi... Juge maintenant si je l'aime I Et sans toi, que serait pour moi là prolongation ou l'abrègement d'une vie que Dieu tient déjà dans sa main 1 Le ciel et ton dévouement peuvent nous sauver tous les deux«, Tu e$ à moi par les liens de l'&me, par toutes les puissances d'une sympathie fraternelle... Viens donc! viens donc!..

Et il continua :

— Je connais sur l'autre revjers de la montagne un vieil ermite : nous visiterons ensemble sa cellule; nous lui demanderons sa bénédiction... les prières du vieillard &>anctifieront notre union. Viens! oh! viens! répétait avec chaleur Arnold d'une voix fatiguée ; viens, ma fille ! viens, ma sœur! viens, mon Éveline! viens! La cloche du pauvre

114 £A 10B9 BMMa.

moine nous appelle : marchons an signal de Dien. Quasi le saini vieillaré aura béni aetw ehaste hjwatn^j^ alan, ob^r aoge, vok-tu^ aes consciences tdeymaàtomà ealmes el mêieftsHf et non» serons préb à nons séparer amneenrae ai fnmords, riiais nea sans «eprets^ si Qien fe reniait t

Eé après une panse de f uelqne» minuleir 3 w .

*- Oblln mr^onlends et lu m'obéis, pamre amie S ûoor tinna le jeune koaivae, dont les derniènâ pamie» sem» blaîeÉfc raoorir sitfr ses lèvres pâlies. ' Et les.snoglots et les lames de la jeune ^e répendifeÉI seok à la prière et «ux pT<efsseHtraient9 d'Arnold...

La elœbe aux sOiis argentins tinfaât teu|onr^ rérreîMant les échos ^oiifemirns de la montagne $ et Vom voyait $à et là voièr^ ooRiffie accoutumés à ce bruit de loms les jours, dei bandeà àë eomeilles et d'épérriersy répondafifl au ^en> signal par letirs eris pisifftifs et higubres*

Cependant Évelhie et Arnold se rapprechiéent inceSsanH itièfit de la tihapelle, marchant an mlhén de Féiroît et rocailleux sentier^ déjà fetigué^ par mie côiir^ longne et pé» Aible, leurs fro^âi brûlés par le sdett,* et commo attristés ie& funèbres cris deè aigles et des Tautoors^ qfuî plnnaient sCir eux comme sur leur proie !

Eùûxï ils sont arriTés^ et avadt de frapper à la porte de la retraite du saint hofome^ ils se reposent teoâ deux qneltfues secondes sur le banc de pierre grossière qa'a¥aieat i'OuIé àHp^ès de sa deinenre leà malÀs.du vieillard.. ^

A4ors Arnold; apl^ès a^dr es^é phïsienrs fois soi» front inondé d< st^eur,- se let» le prèmlery et il s'approcha de k petite porte vermoulue ^uifennait à demlia denture de l'ermile; puis, ayant donné sur la serrure rouillée quelques coupé de son bâton de voyage, il cria :

— Père Ambrosiô, ouvre» ! e'feât ibitè fils AMioid ; ouvrez, père Ariibrèsio !..

Maiè fé bon vieilUrd se fit af tendre; sa leUtétff itiaeedè^ tumêe comirtèttçaW ' déjà à inqoiéfèf fé jehne pc^tre, qm'j

LA &6Bft ftdUftl. If5

aprèâ ay<6«r frappé ime secomle ioi»^ Y«iait 4e se retou^fier vers Évelma en lui dis»»! : . .

— Le pauvre homnae seraïUI wtàaAe^h, fuand la porte s'ouvrit.

— Ab ! e-'est toi, mdn ofaer fik de France I dit le vieillard dès qu'il aperçut Arnold^..

Puis son regard abaissé ayant reneoatl'é la robe d'Ëveline sans voir la jeune fille :

. — Mai» tu n'es pas seul aujound'bui.c tu a» an dornpagnon, c(mtinua*t-il : c'est bien man enfont... tu a» raison ; le chemin est si mauvais et si long, qu'il y a trop de labeur et d'ennai à le faire tout seul l

Quand la cellule étroite se fut refermée sur les deux amants et sur le vieil anachorète, qui venaient de sr'aseieoir tous les trois et s^obeervaieift d'un air embarrassé, le pauvre Ambrosio prenant la xnAm d'Arnold roiripit le premier le silence :

-^ Mon filsy Hu me vois désolé ée irepoHVOh*.vou» offi4r aucun rafrakbiasement^ aucun mets saiiutaire qui putâsènt réparer vos forces ; comme les oiseam de la montagne, vous me trouvez aujourd'hui, C'est4-dlre depuis hier^ détendant ma pâture quotidienne de la Providence et du ciel, qui ne laisseront pas mourir d'inanition leur vieux serviteur... PéblQ^ le petit pâtre chargé de m'apporter mon pain et quelque laitage de la ville, n'a pas reparu depui» avan^ bier^ et j'ai achevé ce matin mes dernières provisiona! Péblo est peut^ir» malade.^, «'est là ee qui m'afSige, et eelte pensée et mes pieuses oeoupatidn» m'empèeheht de f essentiv l'aiguillcai de la faim.. i Mon cher ei^fant^. cefltiinia le vieillard^ la nourriture de ràmè fortifie l'esprit et ie corps; elle console et soutienti^. Seul> an^ milieu de ma dlnétiver fortune de fruits 0t de légumes , qtiand nos pécheurs m'ont bien ravitaillé, il m'est arrivé plus d'une fols d'oublier l'hpure de mon frugal repas à lire et à médi^r. . . ôt la nuk tenait san^ qne le besoin uût pitrlé.i: AuJoitfd'M'r j'ai prié pour loi, mon jeUne ami^ et pour utt de p\^ pfo-

lecteurs, un pauvre marinier, le robuste Viller, qui, depuis le dernier grain qui a soufflé du Stmplon, n'a pas reparu... C'était un habile pécheur : le flot seul a ramené sa barque à demi brisée et chargée encore de magniûques poissons, miace fortuae qui lui a coCkté la vie ! Dans le couvent iJe la colline, et à Arona même, on arefosé de prier pour lui; car Viller était Allemand, et de la communion réformée, comme ils disent, hélas !.. Moi, humble mendiant portant froc et bourdon, et fidèle serviteur de ce Dieu que je crois bon également pour tous^ j'ai ouvert mes livres aux feuillets noircis et usés, j'ai ouvert mon cœur aussi; et, dans les livres saints comme dans mon cœur compatissant , j'ai su trouver, malgré le dédain de mes frèresen Jésus-Cbrist« j'ai su trouver ici, loin des passions du monde, des prières et des vœux pour le vieux Viller, dont la sueur et la pitié me donnèrent plus d'une fois le pain de tous les jours... J'étais encore absorbé dans mes pieuses lectures quand tu as frappé... j'étais à genoux, et j'ai eu bien de la peine à me relever; car mes jambes, tu le comprends, sont plus faibles que mon âme et que mon esppit : voilà pourquoi, mon cher enfant, j'ai été si leiità t'ouvrir ce soir... Maintenaat dis-moi, mon fils, ce qui t'amène aujourd'hui, et pourquoi ton front est-il si sombre et Ion regard humide?.. -«-Mod père, sortons, s'il vous plaît; ma sœur... (Arnold hésitait, n'osant nommer Ëveline) ma compagne nous attendra ici; sortons, je voudrais vous parler seul quelques instants...

Et le vieillard et le jeune peintre sortirent.

S'étant assis péniblement, le père Ambroaio apprit de h bouche d'Arnold ses desseins et ses soufirances ; Arnold loi avoua même, en donnant un libre cours à ses larmes, qu'il sentait sa vie prête à s'échapper... puis il se jeta tout à coup aux genoux du vieillard, l'implorant ainsi d'une voix entrecoupée :

— Mon père, bénissez notre hymen avant que je meure! Devant le ciel et de«rant vos cheveux blancs, je jure qu'elle est et qu'elle restera pure... Bénissez celte union, que

Dieu lui'*inéme a bénie e( protégée !.. de grftce, mon père, avant que je meure, bénissez-la^!.. — Mon fiJs^ répondit le vieil Ambrosio, tu demandes beaucoup à naa pitié ou à ùia faiblesse... peut-être serais-je coupable . en cédant à tes instances... Ohl oui, sans doute, aux yeux f)es hommes^ aux yeux d'un zèle aveugle ou exagéré, je serais criminel; mais, pauyre enfant, tes larmes tombent goutte à goutte 4ans mon sein, comme Teau de nos cascades sur les rochers de la plaine, qu'elle parvient à creuser... et mon cœur n'est pas si dur... il faiblit... il.se sent déchiré à chacune de tes plaintes!.. Viens donc... rentrons 4ans ma cellule... Je ferai selon ta volonlé> selon la pitié^ et sélpn le del, sans doute...

Devant un modeste autel de bois surmonté d'un crucifix de cuivre sont prosternés, et comme en extase, Arnold/ É véline et le vieil Ambrosio, dont les cheveux blancs, la longue barbe, l'œil fauve et brillant, le noble et pâle visage tout sillonné de rides, vous eussent rappelé un de ces courageux patriarches^ martyrs des premiers âges du christianisme.

Ici l'humble cellule remplaçait les cryptes et les cata^combes de ces siècles de persécution ; la civilisation et ses préjugés s'étaient faits persécuteurs à leur tour, et représentaient Rome et ses bourreaux, comme Arnold et Éveline les victimes du peuple-roi.

Sur un des degrés du tabernacle était placé un simple vase d'élain ; au milieu de ce vase^ deux anneaux. La jeune fille consentait à échanger une bague d'enfance, de de son enfance virginale, contre le plus précieux des bijoux d'Arnold, contre la bague conjugale de sa mère, morte depuis quatre ans à Venise.

Il y avait quelque chose de sublime et de soleauel dans

418 Uêl Kobe moDcn.

tous les âf^préfs dé cette faufriblè et ssfnté eéréidotrié^ quelque chose d'inspiré et d'impdsant dans Fitttituée difs tron ptt^orinÉÉges, .

La voîx du vieillard vendit dé dire :

— Priez, me» enfants ,• prions tons II» Irak : le eiel bous écoute!

Et la vierge, le je^ne kotnme et le pauvre ermite avaient prié Avec recueillement, et comme raVk dans une extase céleste.

Mais le vieil Ambro^io s'était levé péniblemedf, en a'appu^ant sur l'épaule d'Arnold, et vertail éé jeter de >*e«o consacrée âUr le i^se d'étaiti ; il avàfit béni l«b deux anneaux; puis, prenant la main d'Évelineef eetlé d'ArâoM dans chacune de ses mains calleuses et ridées, le vieillard, rhumbie prêtre du Dieu fait^bomme avait ajouté :

— Ën&nts, je bénis votre hymen^ Fhymen de vos âmes ; je sabctiûe ici, devant le ciel, devant le Dieu crucifié, qui nous éedtife, devant l'imaèe de la Vierge sans tâche, qui protège toutes les infortunés eit toutes ks chastes aoiours; je bénis et sanciiiîe; ô nies deux enfants, l'unioii de vos éœurs r désormais vous êtes frère et sœury époux et épouse. Mais sous peine aussi de parjure^ soQs peifte même <k rendre le Vieux prêtre de la montagne indigne de soo oiinistère^ et comme votre complice, vous resterez purs^ mes enfants^ n'est-ce pîas? Vous me l'avez promis : j'y eompte; 0t votre hym^ri sera toujours un hymen sans tache, une union selon Dieu seulement, selon Dieu, qui vous a aou- •teiius jusqu'à ce jour et eMiienés vers moi.

Quand le vieillard eut fini de parler, il fut foreé de s'asseoir; épuisé par un efiPorl surnaturel.

•^ Allons, mes deux enfanta, allons, ma fille, allons, mon (ils, continua-t-ii, prenez vos anneaux bénis : Arnold, place le tien au doigt de ton époqse, et vous. Madame, remeU<;z le vôtre à mon cher fils.

Puis, s'excusant de nouveau' de ne pouvoir leuro£Frir un re()as irugul, le festin des noces mystérieuses, le vieillard

LA ROBE HéUM. 119

neonduidt, toujours recUeNU et sikirfcîeuit^ te jetifle couple jasqQ'à'k porte de sa cellule.

Là) avant d'ouvrir^ il leur dit encore :

-«^AUon»^ embraueé-nioi, m^s enifiint» : VOtts d^abord, la £gBf et belle cooipagne de mon dhep ihy i)u} 'vdfifs aérite bieh, et que j 'appréciais âé^àu< et puis toi etiKsort», toi^ fidilejfMno homme) toi> mfm Tei^lueux Ai^fiolds.Mtils retenes me voir bientôt, ajoula>t-ih.. mfl eéllule tie sein paç toiqoÉf 9 éépoorviie de {^ovisicoé. '

' Et availt de se séparer d'eox^ !!• vépéla efîcDre ?

•^ Adteu, mes enfiints^ adieu; à bientôt^ Sojé^iheUretlx <et »mèzi^ou8 tcajours : le elel vous l'ordoiine fDaitttëhtèKt.

It comme àèjk ils s^élMgnafent^ il itp^rf^nl Pébio €}âi gravissait les derniers degrés de granit de la liiotttâgtie. .

Alors ii leur cria :

•^ Dieu teille sur nous, vous le toyoK... Il no Veut pis abandonner i^on vieux et faible serviteur^;, Adieu, ÉVè^. Ihie!... Arnold, adieu ! Votre b^men n'tt pas lé ciel oottlUe •Itti.i. Leoiel^ quiseeoiirt sou miiyïstre; vetHet^ ausèi slitr vous deuil.;. Adieu, mes enfants tbéris!*.. marcher lentement. ' • Bt le couple béni s'éloigna en saluant de la ftiàlÉ le vieil opmite, dont les yeux voilés de plelirs ne l'aperçuivnt bietl- •Uâ plus.

' Arnold avait à son insu jeté une pièce d*or dans Téscareelledu pauvre Ambrosio; Quand i( passa ptèé àa jeuiie. paire, il lui dit : ' '

— Péblo, ne laissez pas ainsi endurer la faim au paulte ermite... Mon enfant; c'est f»al.;. et )e ciel stom pufiiirait d'oublier son ministre.

Et «aris vouloir écouter les eitcusës qfué balbtftiëit l'en, ftmt^ ArUold lui jeta quelques pièces de monnaie, et f%prh le bras d'Éveline encore si!ei>6ieuse et recifeillTé.

Quand nos deux époux (maintenartt ftotf* poùvofts leur donner ce titre) se retroervèrent sur h^ ptftTmer revers de hi moiMagne^ ayant devant ecrt^ et sous httts ptcd^; la

120 hk &<»B &OU«B.

pittoresque vallée d'Aroaa et le lac que le Boleil eoDchant commençait à rougir, ils se reposèrent sur le même bloc de rocher qui lea avait réunis à leur départ.

<— Ne nous arrêtons que peu d'instants ici, mcm ami, dit Éveline à Arnold, avec cet accent de voix si persttadf qu'elle savait prendre lorsqu'elle voulait obienir une prompte adhésion de sa part... ne nous arrêtons que peo de temps, reprit-elle, il est tard; et puis vous êtes tout couvert de sueur , le moindre refroidissement pourrait vous rendre plus malade que vous ne l'êtes d^à. — Ne me dis plus vous... toutes les fois que nous serons seuls, Ëveline; je suis ton époux, maintenant; dis-moi donc encore une fois : Arnold, Arnold, mon Arnold, je t'aime et je te plains !

Et la jeune fille, non sans rougir, non sans hésiter, obéit i la demande du jeune peintre, de son timide professeor autrefois, de son maître insoumis maintenant et elle ré* péta, en abandonnant sa main nue à l'étreinte passionnée et aux baisers de son ami, en baissant par pudeur son front virginal, elle répéta les tendres paroles que le premier avait prononcées.

— Oh I maintenant que tu es à moi selon le ciel, et que tu es mon épouse devant Dieu, tu ne pourrais plus sans crime me refuser le seul bien auquel je doive aspirer, ce- Iqi de te presser saintement dans mes bras, comme un frère sa sœur... Car tu as confiance en moi, Eveline, n'estce pas? et tu n'oserais outrager d'un soupçon ma lojaulé et mon amour.

Aiosi parla le jeune homme, qui poursuivit avec la plus grande émotion :

— Éveline, cède à mon désir; Ëveline, laisse le pauvre Arnold te serrer une fois sur sa poitrine si déchirée, sur son cœur si saignant... Qui sait? Peut-être que celte irresse ineffable les guérira.

Et, sans attendre la réponse d'Éveline, il l'enlaça étroiement dans ses deux bras, et reposa sa tête sur son fro^

LA ROBE R0U6E. iil

qu'elle essayait leolemenl et comme à regret de détourner.

Pauvre et faible enfant ! qu'une Ibi toute^puissante et une voix irrésistible attiraient^ malgré elle, vers celui dont la présence seule faisait tressalHir tout son être, et bondir son sein inondé d'une sainte volupté...

Puis, leurs bouches humides de désirs se rencontrèrent encore une fois par hasard^ ou volontairement, qui peut le dire? et elles se joignirent étroitement, confondant ainsi dans un chaste hymen deux haleines, deux vies^ deux âmes, deux êtres qui, sous ce ciel si pur, si radieui, aem* blaient avoir cessé de voir, d'entendre et d'exister...

Et ils restèrent ainsi amoureusement enlacés près de ce rocher informe, semblables à ces figures bizarres et fan* tastiquea que l'imagination capricieuse découvre parfois de loin sur le flanc des monts et des collines escarpées , parmi les bancs de granit, les forêts de chênes et de sapins.

Mus ils étaient si éloignés du lac et de la petite ville d'Arona, si loin dé la plus cbétive demeure de pâtre ou de pêcheur, que le ciel seul pouvait les voir I...

Enfin ils se séparèrent, épuinés par tant d'ineffables et d'enivrantes voluptés ; peut-être même rappelés soudai* nement à leurs serments par un dernier tintement de la ctodie de Termite, dont, à l'instant méme> les sons lointains venaient de mourir h leur oreille.

Éveline,la première, s'était arrachée aux embrassements frénétiques d'Arnold, de l'enthousiaste et infortuné Arnold, qui retrouvait des forces dans son bonheur. Elle s'était dé* robée à ses dernierâ baisers, en Iqi criant d'une voix qui mourait :

— Assez, mon ami, assez, Arnold I assez I maintenant nous devenons coupables... Mon ami, mon époux, laisse moi ! car le pieux Ambrosio prie peut-être pour nous en cet instant, et nous deviendrions criminels si nous allions oublier que nous avons promis de rester frère et sœur... Puis ma mère ! songez à ma mère, Arnold ! Ma pauvre inère^que va*t*elle pei^^er de cç relard, 4e ççUq absence

m LA AOBH ROUC^K.

0 mon ftlntl iMiUms, vite.j partom; «oyëtt raismi^sLle; n'affltgses'pliis ids raison i|ui se féi/%he ddtilt'è les jméê de Êtmh êaàe et«afntii^Hia{uUe$se;w ffiiv j6 h^ tous reprofh« jioiyé nos tèoft cber ani l

La jeune fille était là^ deTsiil. Arnold toiiÎMirs atris el eo«iii6 aeenblé ptr le poids d^unë Ivdp èungue ÎTTQ^e; aveline é^ait la^érvant son amant v inlerdite et soppHtDte, pàAe et tremMante, n^fant pim Ao parples et dé pMrài fw» dan se» re^rés Ininldefty dann set maais fâlotet et les loofues tresses àeies beaux ^ereux es désordre.

Lui 9 i\ pèetait sîleooieux et peneiié waimB un cNMidttaiiié à qui oo vieni'd'annofloer sa dernière heure | eèses jèax àvik sur le sdly son Itotnt eoiirbéettéveur )»fd<iiinelflat M a»^t d^Dsessibitité^ qu^ le Yoleuffseeret de sa t4iè et desep sdarendaiiei menteur^.; •

A ^oeî ))eiisiiBiiV44 deoc^ le |enite bèmme t

Bnfid iiientendit la v6ï% d'Étetine qni ajoutait^ to«^rs suppliaiMy et avee* un accent pleia d'ailxMté et #effh)), ^s dernières pai'oies ; '

«^llàn atni) venea, yeimi je vous eni prie; voas avez cbaud^ et l'w de la montagpnè est vif ei pénétrant. « Vods êtes oa bien impradenl ou bien eruei^ de résister aUK een* seib'd» iiutre soshv, de^tre éponse enfin... car je sA votre épouse, maintenant^ vetre femme^ aux regards île Diea; vjnuleahvous ^ tôt vous montrer seord à sa voix... à la veii de vdtre épouse! All^ns^ Arnold, partons! Ma mère doit être plof^ée dans d^affrenses alarmés**, car jamak nQos ne famés si oublieux du temps et de notre promesse.

Déjà Arnold s'était levé; et, d'un pas lent et fati^, il s'était approcbé de là jeonè fiUe qui, cette foi^, souriant sous ses pleurs ^ comme flèrede èa tietofre^ prit sMs- -même, aindi qu'un enfant cekrr de sa mère, le bras de ses ami.

Puis iisredeseeodrreiït sitenetensement^ Arnold pressait le bras de sa bieti^aifiniée^ et Év(?liMe sonnnse à sa volenlé; ils redescendirent d'un pas prudent tefif sinuosités et lèses-

LA ROBK ROVOS. 4^8

eaffpeftteRi» à'mae des sœurs altièras des majeslneuses Alpes 1 Jk n'vraitti^ pli» que 1«b dernier degvés de la mentagne-A franoliip ponv toitôber à laf plaine, lors^qfiie le jeune peintfe se» sentH soudamement atteint d'an de ées violesils aocètf de toux- «^iii; depuis quelques^ mois,* se re^ ROO'vefaieni. d'une iiia»iàr« si effrayante, et amtofiçatent trop clairement que le geMnedtcm uuà souvent 'm§9érti^ sri^iei a^élaît déTêleppèdaiis*' sa poitrine Ir.Héïas! élalt-il tonpt. «neqre de rétoaffeff ?

ËveUse, jotà ange de résignattpDj de pî4ié et de eandeuf , Évcllme Fostfit espérer, pen^ôtrct^.; car e^ie airaft une foi ineiitiogttible. daiis ae6 priènee^ dans \e ôiely son égide e^ 9oaire6if;dI

Pa»fre>âvetiae!

Arnold suftofsait aems )es eflbrte do papexysme de eelte evisê violente r son visage raisselaity ses yeux sortaient de leor orbite; cette roogedr sanglante, présagie stiMstr^y ava^ repHira sar ses joues amaigries, eomine un syniptétirie de danger imminent.

Chancelant,' la tête appuyée dans ses deux mains \ le malbeoreux v^ait de s'asseoir^ tandis qu'Ëi^eiine, pras*qoe a^Dooillée^ essuyait avec son mouchoir ce front 0t ces joues brûlantes que la âèvre pliait de son s<H]lfle empoisonné.

-^ Pàiivre ami^ nous avons été imprudents, cKsait^èlle, et le ciel nous punit.... Appuyés votre tète sur moi; respirez les essences de ee flacon... Oh ! vous souffrez bien, mon pauvre ami! Mais ne travaillez donc plus autant^ si vous m'aimez^ si vous ne voulez pas que je socoombe à vous voir souffrir ainsi I...

Et la tremblante jeune fille pleurait et priait tout a la .fois, soutenant tour à tour sur ses genoux on sur son sein ce beau front décoloré où le génie étineelait encore.

Arnoldy lui, dans un énergique et dernier effort par le-^ quel il avait espéré sans doute enchaîner le mai. qui le lorlurail, Arnold venait de provoquer lui-môm^un nou-

lii LA mOBE KOC«S.

Tel accès plus violeat que les preoûers; des Sots de unf s'échapfHÛeol de sa bouche pâlie, et son saag coulait sur rbcrbe et sur ses ^ètemeols : afteux spedade qui reoh plissait de terrenry abîmait dans la douleur la panrre Ëvelioe, qui, semMaMe à une mère elbfée et lialetante loprès de sou enfitnt moribond, appuyait ses joues sur œHes de son ami, ouiinlaiant son époux.

Puis elle |riaça à plusieurs reprises le tiasu l^$er, brodé par ses mains, sur les lèyres roogies du jeune poutre, essuyant avec un soin presque religieux ce sang arracbé à une poitrine si pleine de dévouement et d'amour ponrelle... Oh ! ce fut un tableau déchirant et lugubre, je tous jure, que celui des angoisses, des craintes, des souffirances, ds deuil et des élans fraternels àe ce couple uni dans sa douleur maintenant, comme dans sa joie naguère...

Le ciel seul encore fut témoin de cette scène de sobUme et poignante tristesse... car il est des peines et il est anssi des voluptés auiquelles le regard des hommes deviendriii une pro&nation !

Enfin le mal laissa re^pirer quelques instants sa victime, et Arnold, plus affaibli, plus languissant que jamais, put reprendre le bras de sa bien-aimée, dont les saintes alarmes avaient vibré si douloureusement au plus profond de soi âme.

Appuyé sur le bras de cette sœur infatigable, il pot encore quelque temps marcher; et tous les deux» avaot le coucher du soleil, eurent regagné les bords du lac sdntillant, et bientôt après le toit hospitalier de la délicieuse mlU oh l'amitié les attendait avec de si tendres craintes et de plus tendres reproches.

Après avoir terminé la soirée ensemble^ nos trois émigrés se séparèrent, et chacun d'eux, dans sonappartemenli fit, avant de s'abandonner au sommeil, des réflexions biei opposées, quoique toutes gravitant vers une même pensée.

La baronne, la première fois peut-être depuis' on aS) commença à concevoir de sérieuses inquiétudes sur Tia-

lA ROBB KOUGB. i^

limité loajaurs croissante d'Ëveliiie et d'Arnold, se réserservant, dès le lendemain matin, de faire observer à sa fille ee qu'il y avait de dangereux ou d'imprudent pour elle à s'abandonner avec tant de confiance à l'affection d'un jeuuiQ homme qui avait refusé sa main, et semblait après tout préférer la gloire à son amour.

Puis elle réfléchit, la vieille baronne, qu'elle ferait mieux peut-être de gronder amicalement sa chère enfant, et de demander à M. Arnold lui-môme, sur la loyauté et l'honneur duquel elle pouvait, pensait-elle, se reposer, une franche et dernière explication sur ses projets ultérieurs.

Ëveline, de son côté, agitée par le souvenir de tant d'émotions four à tour si ineffables et si douloureuses, Eve- Une, elle» pria longtemps avant de chercher un repos que bien avant dans la nuit elle n'avait pu obtenir.

L'image d'Arnold, le visage pâle, la bouche rougie, et sa tête bien-aimée penchée sur son sein, son regard languissanty et sa belle chevelure en désordre, étaient sans cesse devant elle comme une lugubre apparition. Elle avait Beau prier avec ferveur, la chaste et timide vierge, dont le frisson de l'effroi glaçait les membres blancs et délicats, hélas! hélas! l'image d'Arnold, comme un spectre, se dressait toujours devant elle; il semblait que l'ombre de son ami voulût lui parler; elle croyait entendre murmurer à son oreille de sinistres paroles, des mots inachevés et comme qn adieu d'agonisant... et désertant sa couche refroidie, malgré la fièvre qui brûlait son sang, elle courait, demi-nue, voilée comme un ange de sa pudeur et de son amour, en proie aux vertiges d'une fièvre ardente, elle courait se jeter de nouveau à genoux devant une image de sa patronne, et là, près de sa lampe à la clarté vacillante, elle intercédait de nouveau le ciel pour cet être adoré dont elle croyait entendre les pas derrière elle, et dont toujours son imagination exaltée lui montrait par intervalles, dans la demi-obscurité où elle était plongée, le front pâle et la

4fl6 LA It&KB BOUM*

bovelie sanglsBle... Ainsi prosternée, semblable à une mlime, TÎctîme résignée, Eveline, coome aotrefiMs deTanl les aviek et la Vîergey répétait^ Ireaibtanle d'andété, àê froid et de fteor :

— MoD Dieu, mon Dieu, 3aoTez4el sanvea Arnold!

Puis, ayant par hasard aperça en se retournant le moocboir de fine batiste a?ec lequel ses tnams avaient essoyé sur Irmontagne et le front et la boudie d^Arooid, elle poussa un cri donloureux, fiiant malgré elle ses regar& mr le tissu brodé, dont la glaee de sa toilette réfléchissait en cet instant chaque tache de sang, ^'éiaot torée avec précipitation, elle prit avec précaution ce précieux, héla^l et si fbneste gage d'un hymen douloureux^ et le contemplant avec un nouvel attendriseement^ elle le plaça itvec passion sur sa bducbé^ qui sembla s'être collée au lili transparent^ dont chaque broderie, cbaque arabesque^ chaque fleur^ ohaqde chiffre^ furent aussitôt im^^nés de ses larmes.

Bientôt elle se reeoucha, tenant encore entre ses mains son inoucboir rougi et humide^ ce précieux suaire d'un Virginal amour, d'une torture surhumaine, qui fit long^ temps pleurer les anges eux-mêmes*. « et avant de s'endor«> mir, elle répéta encore :

«- ' Mon DieO) mou Dieu, sauves*le!

Arnold, à peine rentré dans sa ehambre, ouvrit la perle de communication d'une autre petile piède ddntfl a¥ait M son atelier } puisy ayant enlevé ht longue enveloppe qui i^ «ouvrait sa toile favorite, il se prît à contempler attentive^ meut et bien douloureusetrient la figure du jèunê pemUrt wyourcmt et celle de sa sœnr^ oelld de cet ange de pitié et de dévouement qui lui rappelait tous les traits d'Êveline.

Or cQ'0W-)k^ofiHe poignante aUégofîèkii sMpblai p^os vraie^ plus exacte que jamais.

Après s'être regardé quelques iogtaat» dans une petite gkiice âe foreoe âfjbérifue, il reTÎnt se pkcef devant son tableau l^iejiiaiiné; 4t «comme s'il eût eornparé dans ses aoavenirs la tète d'Ëveline, éperdue ; demÎ4moura&le d'effroi, et le soutenant lui-ipétne, avec là figure céleste qu'H ayait.là devant ses yeujic..» cooQine s'il eût aussi établi un parallèle, triste parallèle, hélas 1 entre ses propres traits, plus. abattus, plus pâles, phis amaigris^ et le fr<»it hâve éi décoloré du personnage principal de »ou tableau^ il resta plusieurs secondes devant $oncbevale.t,iai»ob1l6 et sombre, GOAtinuant de contempler son œuvre bientôt achevée.

Il resta ainsi, les mains croisées et la tête appuyée sur sa poitrine «ppresséQ, pkin^ dans une douloureuse et sublime rêverie dont il ne sortit que pour s'écrier avec un sourire plein d'amertume :

T— Ob 1 c'est bien elle I c'est bien moi, surtout mainlenani!

Puis il sentit quelques larme» humecter sa paupière; et se détournant, il s0 m\% k préparer ses pinceaux, ses brosses, son ébftuchoir, à laver sa palette^ à dresser son chevalet %i à classer ses cpuieurs, disposé qu'il était à se remettre au travail dès les premières lueurs du jour, qu'il attendit devant son modeste pupitre de bois des Indes, tout en relisant les letti€)S du vieux Duroteau, envers lequel il se sentait bien coupable.

Et pendant qu'il lisait, son imagination, échauffée par le souffle de la fièvre pins ardente qui le consumait, loi oioatra aussi dans i'omhr^ la sinistre et menaçante fi^re de ce nob)fi adversaire.

Il croyait l'entendre, comme à une fatale époqney dans la grande salle d'expesilion (il y avait bientôt ^us d'un an)u... il cr/oyâ^it, comme alors, entendre résonner derrière Jui sa voix rs^uque et insultante*.^ et ces mots funèbres : // y a du, «an^ lé-deê$uêl ces mots, qui retentirent à son oreille, Qrent fi^iss^nner de tous ses membles le pauvre

liB LA BOBB IfcOUOB.

Arnold, qui, les cheveux hérissés, le regard ^^ilé, se de

manda plusieurs fois :

— Est-ce donc un songe que ceci?., et que me veut l'apparîlion de cet homme, mon meilleur ami maintenant!..

li crut encore entendre la voix de Duroleau, qui lui redisait comme dans la maison de santé de la aïontagne di vieux faubourg, qui lui redisait :

— Si tu l'épouse, cette fille de nobles, je le tuerai!

Et il tressaillit ; puis, prenant la plume d'une main affaiblie, espérant chasser par un nouveau travail toutes ses fantastiques hallucinations, il parlaainsi à raacîenrailitaire:

a Mon bon, mon loyal Duroteau^ a Je suis si souffrant, que j'ai besoin, pour oublier moi a mal, de m 'entretenir un moment avec vous. Je ne sois a point un enfant, mon vieux et brave ami, et cependant c je ne sais pourquoi cette idée de mort commence à de- « venir plus lourde à mon esprit et à mon cœur, qui sem- « blent se révolter en songeant à vous et à mes miiref a amis. Ou je me trompe, ou la maladie dont je vous ai c annoncé les premiers germes a fait chez moi de rapides c progrès... Estril encore temps de les arrêter?.. Si vous « me le demandiez vous-même, vous, mon fidèle ami, vous c qui êtes accoutumé à tout, je vous répondrais tout bas a que je crois fort qu'il n*est plus temps... ici je dis toutle c contraire à mes deux aimables hôtesses, à mes exoel- « lentes compagnes; je dis que je me sens mieux... Cepen- « dant j'espère qu'on s'abusera quelque temps encore sor « ma position ; car je préférerais vider demain et d'un seul « trait une coupe entière d'opium que de m'aliter seulea ment pendant un mois... car de cette dernière mort, je <sr mourrais vingt fois. Mon plus grand ennui, c'est de oe « pouvoir vous aller rejoindre, surtout à la veille des « grands événements qui se préparent chez vous... Mais « quand une armée va livrer bataille, les femmes, lesblesa ses, les invalides et les enfants restent sur les derrières « où à l'ambulance. Je suis le pauvre blessé condamoé

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c à rester à l'écart et à faire de stériles souhaits pour la « réussite... Mais vous, mon vieil ami, ne vous expo- « sezpas trop, je vous en conjure... vous avez vu assez « souvent la mort de près. Ami, croyez-rqoi, craignez a les faux frères, les délateurs... le pouvoir a des affiliés « partout. Hélas ! est-on bien bûr que la main amie qu'on « vient de presser dans un salon n'est pas celle d'un « des plus vils agents de la tyrannie!.. Ça s'est vu, mon a vieil ami... et si vous étiez trahi ; si vous alliez, comme « ceux de La Rochelle, de Grenoble ou de Lyon^ exposer a étourdiment et vainement votre tête blanchie dans tant a de hasards, oh! ce serait affreux et impardonnable... et « je me tuerais (pour ère plus tôt guéri) en apprenant une « semblable nouvelle... Songez-y... je suis un peu votre « fils... c'est aujourd'hui moi qui fais le Mentor. Nos rôles er sont changés : c'est moi qui vous supplie de conserver a vos jours et votre vieille expérience, dont j'ai encore si « grand besoin...

« Mes travaux s'avancent } d'ici à trois semaines, vous a serez possesseur de mes trois grands tableaux... Je vais « les retoucher soigneusement ; puis, quand ils auront se- « ché quelque temps ^ je les vernirai... Je ne vous les a recommande pas de nouveau ; je sais trop bien que ma a gloire et mon honneur vous sont chers comme votre « propre bien, trop excellent ami, dont l'affection et l'apc pni m'ont empêché si souvent et m'empêcheront encore « désormais de douter de la Providence.

a Adieu, brave des braves^ le plus fidèle de tous les^fir (x dèles! adieu, mon vieux et généreux adversaire! adieu^ a bonDuroieau! « Arnold. »

Dès l'aube, Éveline, comme d'habitude , frappa à la porte de son cher professeur, auquel elle apportait sa tasse de lait accoutumée...

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