‹ La chasse au chastreChapitre 9 sur 11 · XX · texte numérisé non relu

XX

Quelques Jours avant les évétiemeata qui viennent de se pisser^ un soir qu'Arnold et Éveline se promenaient, rayonnants de tendreëse et de bonheur, sur les rires rafrat^ efaies du lac» contemplant, aux flânes ei sûr les crêtes des monts, les capricieuses vapeurs qui y voltigeaient comsM de ftmtasiiqdes nuées, ou s'y traiàainàt eotnme de sombres brouilltirdSi adnonçant déja^ daiis leur course vagabonds, l'approche de la nuit aux profondes et paisibles vallées; se soir'-li^ difions^nèt)»^ Arnold et 'sa cem^i^nes'étant doÛiés dans une rêveuse oonteiiiplalion^ appuyés sur le bras l'in de l'adtre^ les yeux levés au cièl> et plongés dans un si» lence religieux, ne virent pas s'approcher un mendiank ds mauvaise mine, portant sur ses guenilles trouées queli|des rares coquillages^ sur son dos une besace et nne éitorrai gourde, et tenant d'une niàin oaileyse el riMe un long ié* ton de voyage.

Cet homme, en les abordant, leur adressa quelques pa* relesy moitié en italien, moitié en franç^is^ puis, nuBeiûal devant lui sa besace, il en tira un parehemin huileux si flétt*i, disant s

'^ Signor Franc9$$^ eompratê mi que$tatoMa qnê nmè

Ëveline^ en cet instant, sentait le Mason de l'eSroi psr« courir tous ses membres, car les regards du Aiendiant flamboyaient, el invoiontairenient'eUe serrait avec focee k bras d'Arnold, qui, sani s'apercevoir de son trouble, rect* vait d'une main le manuscrit poudrent, et de l'autre présentait au hideux pèlerin une pièce d'^fcgent» Ge dernier, Après ^vpir fait le sigqe de la ciiaix plusienrs tm^ et replacé

LA ROBE ÈOTOÉ. 4§i .

sa beëàce sur son dos voûté, s'éloigna en grommelanl à voix basse une prière inintelligible, qu'il interrompit seulement pour répéter au jeune couple si épris et si tendre :

— Saluto, êignor Franeese.

Rentré dans la t>i7/a de la baronne, Arnold parcourut à la hât€ le vieux manuscrit, dont, se disait-il, non ami Du* rofeail serait etichantéde grossir plus tard sia collection j et 11 se proposait bien, rexdèlleût artiste, après l'avoir corisiiité et analysé, de roffrii* à son loyjll et redoutable ami de France, si, pensait-il, le ciel le Itiî avait conservé. Maié quelques mots échappés à Ëveline instruisirent bien Vile tons kâ habitants de cette calme demeure de la réticohtré mystérieuse d'Amoid, et de l'acquisitioti qu^il aVait faite d^un parchémlii histoHqbé si curieux. En vain Arnold ma.*nifesta-t-il son mécontentenient à Ëveline k ce sujët^ forcé lui tùX de céder aui instances du docteur Bdldner, de soti névèu, et à celles surtout de Pèxigeantë madame de Morney^t.

Profitant doné dé Pabsence momentanée d'Ambrôtiq, il cdiiihiença le lendemain matin même h lecture de l'his^ ioire que vous allez apprendre. Puisse-td, 6 lecteur, ep pâlir moins qu'Arnold, à qui un retour si fervent aux idéeë pietjsés d'ûâe foi primordiale faillit fkire vingt fois interrompre cette lecture forcée, qu'il eût voulu pour tout au monde ne pils avoir entreprise ; puisse-tu en niolhs souflrir ^u'Ëveline, que la faible et timide colombe, qui plus d^ui^e fois se réfugia, dans sa terreur, sous les ailes màterneUes. enfin que le pauvre baron, chez qui ce sombre r^cit, semô d'épisodes trop émouvants pour une si faible organisatiçn réveillèrent de plus funestes et de plus terribles accidenta !... Or Arnold, d'une voix émue et contrainte, commença ainsi eetfé histoire d'un royal amant.

Que se bassait-Tl dotic de si extraordinaire dans la mignonne et jolie chapelle du Cofifklon de Tàntioueet bonne ville de Lyon, à la fin du mois de juillet de 1 an 458^?.*, que s'y passait-il donc> je volis prie, de si merveilleux, de si dîgttè de curiosité^ c(ué làfotile du menu peuple s'attroû-

191 LA R(»E'ROmS.

pait incessamment devant son portait gothique, et qae les gardes suisses et bourgeoises en défeniaient à grand'peine lesalenlours, armés de leurs longues piques et de lears mousquets, leurs bannières en tête ?... Pourquoi voyait-on accourir, leurs surplis et leurs aubes .sur le bras, des religieux, des prêtres, des moines et des abbés de tous les ordres, de tous les pays, de toutes couleurs? pourquoi les voyait-on affluer comme une sombre fourmilière vers la porte trop étroite de la petite église? Pourquoi enfin, dans sa sacristie tapissée de tableaux de maîtres célèbres .ornés des sculptures du plus grand pri^i étincelante de lumières, et parfumée d'encens, comme un boudoir, voyait-on aller et venir, se parler à l'oreille, se coudoyer involontairement, des hommes couverts de la tête auzpieds d'une longue et difforme robe grise dont le capuchon rabattu laissait à peine entrevoir, au travers de deux petites ouvertures, des regards douteux, sinistres et flamboyants, ce qui faisait parfois ressembler ces personnages^ entourés qu'ils étaient de bedeaux, de suisses et d'enfants de chœur, à autant de lugubres fantômes, h, des spectres en plein jour?,..

Or, voici ce qui se passait dans la petite capucinière nommée si pompeusement l'église du Gonfalon. Le roi Henri IH» qui du trône de Pologne n'avait fait qu'un saut sur celoi de France, vacant par la, mort du très*aimé monarque Charles neuvième du nom, venait de consentir, par une faveur toute royale, à se faire recevoir membre de la bmeuse confrérie des pénitents du Confalon...

Et c'était dans la petite chapelle de celte société célèbre que la cérémonie de l'agrégation du monarque au troo* peau sacré aliait avoir lieu. Cette pieuse cérémonie devait être suivie d'une procession solennelle à laquelle le roi en personne devait, disait-on , assister vêtu de l'habit de l'ordre... De ces préparatifs venait la rumeur qui emplissait toute la grande et bonne ville, bondissant d'aise et d'allégresse, comme un enfant à l'approche de quelque fête ou à l'annonce d'un nouveau présent, toutes les fois qu'un roi de France venait s'établir avec sa cour et sa hommes d'armes dans ses murs pacifiques, où reteottssaieol longtemps après des cris de guerre, de fête et d'amour.

LA lU^B ROI]«B. 493

Dé là aussi l'état d'extrême agHalion dans lequel se trouvait'toute la geut béate, religieuse et ultramontaine, qui voyait en perspective, dans la réception du nouveau nio^ narque au sein d'un corps semi-religieuj^ la protection et les bénéfices qu'il ne devait manquer d'octroyer plus tard^ à ses confrères en pénitence.

Aussi l'église lyonnaise, où Rome dominait de toute sa puissance occulte dans la pei*sonne du jésuite Auger, aussi l'église de Lyon avait-elle tressailli jusque dans ses, entrailles de joie et d'espéranoe, et mis à la disposition de ses fidèles brebis toutes les ressources de son rite antique^ tout le faste et toute la pompe qui lui appartenaient.

C'était donc une fête à la fois royale et religieuse qui se préparait dans la petite chapelle^ du Gonfalon, radieuse et brillante ce jour-là comme une salle de festin, comme un banquet de noces.

Pendant qne les pénitents et religieux de tous les ordres et de tous les costumes s'abordaient poliment, s'agenonillaient humblement, achevaient de se revêtir de leurs ornements sacerdotaux; pendant que les bannières, les Ofoix et autres insignes, appendus comme des trophées à tous les murs, étaient détachés avec précaution de leurs liens ferrés, la sainte compagnie se complétait incessamment dans la tribune qui lui était réservée. Déjà les cierges s'allumaient spontanément par une main invisible j déjà une musique grave et solennelle^ une marche religieuse faisait retentir les voûtes du temple comme un pieux signal du commencement de la cérémonie^ Cependant, des estrades et des bancs où* ils étaient entassés, partaient, de dessous les capuchons renversés des sombres pénitents, des regards inquiets qui semblaient s'interroger et se dire : Où donc est le roi? Le roi se fait bien attendre...

Quelques paroles murmurées à voix basse et un léger chuchotement succédèrent à cet interrogatoire muet des regards^ qui continuèrent à se promener dans réglise> cherchant avec anxiété si, parmi les religieux qui entou* raient la nef et Fautel, ils ne reconnaîtraient pas le nouvel élu, le roi Henri III de France*. .

Pourtant une .autre scène se passait dans la sacristie, où tous les grands personnages de la cour« vêtus de l'ha-

bit de l'ohlfe^ sans dHlinction aucune ou avee des marquos impereeptibtes de leur rang^ se trouvaient réonis ei mêlés aux toramHés religieuses; y compris celles de )a sainte congrégation.

L^ roi Henri Hl, lui, couvert de la tête aux pieds d'une espèce, de cilice en forme de robe grise^ se tFonvait aanû* lien de oas groopcfl aninlés et bruyants; plnsieun ieigncurs de sa maisop, les pèret Anger et A&ge^ le gavâia des cerddieiis^ le grapé prieur de France^ bât^ifd é'Aagou* lime, sniyai^t tous eas mouvements et se tefBaieàt oqbitammeat ' sur ses plis^ épiaient ses moindres gestes, sileB* tife à tentes ses piffo}es> qu'il ne prononçait qiie d'une veii trèa^basse, et en metlant encore sa nsain sut< sa bonehe pour les étôuffoi'i Uqe simple petite etdxdsn* leurs vert« cousoé sur la poittime royale du iipoveaa riei* piendaire, le distinguait à peine de ses ceninères ds tosi les étatk, hoMe» et bourgetna. Qù^nd il parut, à saié- , roarcfae mysliri^tise e1 cÀbarrassée^ on erat gédéralernssl ravoir recènnu. Mais eèramè le cardinal de Lorrailis^k duc de Guise ^ les confies de M^uievrier, le duc d'Ao^ eourt, }Oi. de Villeroi et d'^tralgues^ portaient à pes pnès le tnêm6 costume que 8à Majeâté^ et que la différaMi n'existait que dans la croix verte de la même étofiis placie sur la poitripé de leurs seigneuplesi comme aussi loitsflsi grands psrsonnagesy ddnt la démarobe étah haotaine el ki gestes impérieux^ semblaient tour à tour donner des sp* dr€;s^ chacun retomba bieq vite dans l'erreur et dans Tio^ certitude prsmiires^ ainsi que dans un bal masqué, 4 tous, plus intrigués et piqués d'une curiosité nonvelie^it demandaient :

-^Où est dono le roi?-^fifiit-«ece grand?.. ^Nfl^ c'est celui-là^ -^ Je vous dis qu'il est plus ^tit... — * m je vous assure qde c'est ce grand pénitent qui est là detfcot vous^ et qui entraîne auprès d'une grille de conlbssisaii ce moine IÈ»run qu'on dit son aomoifiier particn^ier i ib « parlent à voix basse. Voyea eontme ce dernier a l'alf n^ peslueux envdrs notre pénitent : sans doute c'est le roi*

Et en effet, deux êtres enoapnchonnfe de la têie ntt pieds^ seniUables à dqux conspirateurs de mélodfadie) s'étaielit éloigoés dea groupes bruyants et s^rés de té*

Là naiE WÈKjeMi fis

gi0uz Ht de pénitents, et semblaient causer ayee chaleur sur quoique sujet d'unie haute im^plance. Yoici oe que ces deux hom^ies, l'un roi. Vautre moine et aumônier dq monarqijie^ se disaient :

— Groyei-vous qu'it viendra^ au-inoinsï ««»Sire^ il eal déjà ici, répondit le veligieqx^ -h^ MantreB^Ie^moi^ je irons prie..« — •. Là, devant Tôuâr... eé petit h6mGse atix largea épaules, qij^i semble plutôt fait pour porter la eulràsso el répée qu'un cierge, «é — : El vous je nommez, diteâ-iraufll car j'ai publié son ném, pouMuivit leroit-HN^ Il s'appâlleui} dit le mœne en prononçant à voit basse un nom qài ê^ perdit étouffé dans un lœig sèapir^ h-h Sa femme est Ineii belle 1 répondit d'un air distrait le roi pénîtofti. -^Ahl sire, vous persistez done dans vèa mauvais desseins? reprit le ooafesseuF. r^ Jour de Dieul que sa fomme est belle I poursuivit satip Pavoir entendu le roi Henr) IIL

Biiisi, après un instant de réfiexioD, il ooi|tia«â d'une voix accoutumée à commander :

•^ M«ft ordreii ent-ils été exécutés?

U^ capucin baissa la tête;* |on silence disait ouil puif U soupira tout bas i Ah ! sire L.

H^ O^est assez, Joseph, reprit 1<^ rot^ dont lès yeux flani^ bojfaienti dites aH cardinal, doc de Goise^ an grand pi<ieur, aux comtes d'Bdtraigues et de Ifaule^net*^ aindi qu'au père Auger^ de de ràpproèher de moi; évitez tfom tout qu'an recoi^oaisse nolm personne royale rqa'oa avenu tisse fius8Ϋe bourgeois de Thoiineur que noua loi aedori» dons de porter b notre réae^tion la croix de l'ordre oti hous allons devenir iM)a oonfrèpre; assurfz-le de notre ploleê* tion pour lui et les siens, en lui annonçant cette fa veov insigne; dévolue ail tonimerce en sa personnOé.» Allei^ et accobplissez nos ordres^I

Ainsi parla )e roi. Le grave et trop &ible capudin obéit lentepient et oéinme à regret, et ^s'éloigna du personnage mystérieux que ne tardèrent pas à rejoindra pluaieaw autres péniten^^ qui tous l'abordèredt aveo respeet s ceè derniers seitiblaient assujettis envers lui aux déférenqea^ aux marques ^e eonsidération qt d'obéissance qu^an n'accorde guère qu'au rang suprême. .

Sans nul déuté •c'était l|ieal^rai liii!imèiÉie^.qi)i^ pre-

iM LA ROBS ROtJaS;

nant d'une main affectueuse ia main du pia9 jeane des hommes déguisés qui l'entouraient, lui dît en riant quelques paroles à Toreille, pendant que le groupe plus animé des grands seigneurs causait cavalièrement et riait bruyamment sans trop d'égards pour la sainteté du lieu.

Les cierges et les torches, allumés et agités de toutes partsy répandaient dans l'air et dans Tobscurité comme une tiède chaleur et comme une clarté livide sur tous les pieux fantômes qui se pressaient dans l'étroite sacristie; une fumée épaisse et infecte s'y mêlait aux respirations gênées, aux nuages odoriférants de l'encens; de même qu'aux conversations particulières, se heurtant avec désordre, se croisant en tous sens dans le saint réceptacle^ ve« naient en mourant se mêler aussi les sons lointains de Foi^ue et les psalmodies des confrères^ rangés procession* nellement du porche à la nef de la petite église : ces derniers attendaient avec une rare patience et eu chantant le signal du départ de la procession.

Le capucin que nous avons laissé il y a quelques instants auprès du roi venait de se joindre aux pénitents, accompagné d'un gros bourgeois vêtu de l'habit de l'ordre, auquel il avait fait part des gracieuses volontés du monarque.

Ce bonhomme (je crois trésorier de la confrérie) se redressait avec orgueil, et laissait trop voir, à sa démarche prétentieuse, à ses gestes plus brusques, et au mouvement oscillatoire de sa tête, qu'il balançait, malgré soo embonpoint, avec une coquetterie toute burlesque, quelle satisfaction avait jeté en son âme la prédilection dont il était l'objet : aussi, quand le prieur et le chapelain, accompagnés du suisse, lui eurent remis entre les mains une énorme et lourde croix d'argent, qu'il devait porter devant le roi, sa jubilation et sa vanité se décelèrent si évidemment dans son allure, dans toutes ses poses, qu'elles firent sourire plus d'un de ses pieux confrères, et que le moine gris, cet étrange et muet personnage, qui semblait l'ordonnateur suprême de^tout ce qui se passait et allait 9e passer bientôtf eut grand'|>eine à cacher dans sa barbe et sous .son large capuchon la sardonique hilarité qui k chatouillait lui aussi...

Soit pour lui échapper, soit pour la déguiser, se retou^

Là BOBB &<njax. 197

oant, ce dernier fit une humble génuflexion, et se releTant auçsitôt avec brusquerie, il murmura entre ses dents :

— Ahl le pauvre homme!

Cependant presque tous les grands personnages que renfermait l'étroite pièce où nous les avons passés en revue étaient entrés deux à deux dans le chœur de Téglise trop étroite^ où tant de regards obliques et hypocrites étincelaient, parmi les ciei^es, sous les masques de drap ou de toile, se parlant et s'interrogeant d'une manière sinistre* A un nouveau signal, parti des tribunes, la procession se mit gravement en marche, précédée de ses bannières et ÎBsignes, psalmodiant quelques versets du Miserere et du JDies irœ.

Le pieux cortège se développa comme un sombre anneau tout alentour de la petite place, devenue depuis la halle aux grains; puis il s'avança lentement, flanqué de torches et de hallebardes, adressant toujours au ciel ses psaumes et ses chants funèbres ; il s'avança au milieu de Templacenoent des Yieux-Cordeliers, dont le couvent avait reçu naguère la dépouille mortelle de saint Bonaventore ; et débouchant comme une tête d'armée au milieu des jardins du vaste clottre, il avait longé le Rhdne sur remplacement actuel du quai Bon-Rencontre ; puis il s'était dirigé, toujours en psalmodiant, jusque sous les fenêtres du collège des Pères, qui venait d'être témoin de Vassassinat de son rhéteur, le malheureux Barthélémy Anneau, dont le crime principal était d'être calviniste ; puis, traversant plusieurs des rués étroites et sombres de ce quartier peuplé, la procession continua sa marche grave et édifiante, pressée par la foule s'agenouillant sur son passage, et aux sons de toutes les doches des abbayes de Saint-Pierre et de Tantique métropole des Apôtres, toutes ébrapléesà son arrivée, et partout on voyait bourgeois et manants se mettre aux croisées et aux balcons des maisons tapissées de tentures de soie et de draps de laine, ou ornées de guirlandes de fleurs ; partout c'était un grand émoi quand la croix et les bannières du Confalon apparaissaient resplendissantes au détour d'une rue, où s'agglomérait encore le populaire à la fois curieux et fervent !

Pendant que la longue file de pénitents blancs, gria et

1M &â MBS MRJtl.

brniit^ de! mornes^ 'des caj^nctns, des àbbés detcms hi ordres, de tons les 'preaby^res et de toutes les commonautésy s'engage de plus en plus- dans les rues tortueuses de rohsDur quartier où retenlisseût mille olaineurs eties détonations des bottes, pendant que le. roi eneapueboonj parle à l'oreille du liaut est puissant seigneur qui^ sous le même babit, niarche à ses eôtés^ et que devant eux, mo^ fondu de sueur et de peine, le gros bomme qoi^ par qm faveur spéciale du monarque, s'est vu cbargé de porter k ormx de l'ordre, semble tout haletant suoconiber soosle poids de son fardeau. •• traniportons^-nons un instant daai éetle jolie petite maison à la tojturé basse, aux fenêtres à ogives, à l'escalier de marbre ne spirale; tlânspo^ tmiMQous dans cette biftncfae et reluisante maison ornée de corniches et de eintres élégant^, située dans Tétrotte rae Gentil.

Il s'y trouvait à cette heure (quatre heures environ do soiv) deux jeunes et belles femmes, ma foi! c^étaient nne gronde dame de la bourgeoisie, qqoique nobld et Florentine de naissance, en compagnie de sa suivante, Proveiçale brune fort piquante. Elles n'étaient paint à leurernsée cependant, chose inoute et inexplicable ehes deux joliei femnaes; et il fallait que quelque grande passion ou quelque émeyon bien puissante agitât ces deux €œurs de femmes, -pour y dominer, à pareille heure et pendant une telle » lennité, ce sentiment 'si impérieux chez la plupart des belles..* la euriosité. Leurs jolis visages appuyés sur la vitraux coloriés d-une espèce de boudoir parfumé et orné à la manière italienne, les deux amies (car dans la con▼e^ sation intime qii'elles continuaient le rang semblait avoir disparu), les deux jeunes femmes^ disons-nous, fegardaJeuf presque aveo indifflêrence défiler lés hommes d'armes qi précédaient la proeessioà du Oenfklon^ et jparaissaiesl toutes deux bien autrement préoccupées d^une vittte my^ térieuse qu'elles allaient bientôt recevoir.

-^ Croyezfcvdus done^ Laurence, qu^it ose venirt dîsiil la maîtresse à ta femme de ehaHibre s le eroyes-vous, met enàint? GeUe idée seule me bouleverse totite.... Tenei, touchez ma tête... elle est brûlante...

Et en parlant ainsi, eUe prenait la main de la Jesuie fiBe

do ifàil<4»IaFraûce> et la portait sur ton frotit paie et pemîf.

Ht* S'il ¥ièfidray Ma4Ame? répcadii la auivaQle.i. esas- TOUS bien yous le demander à vous-même?... *

Etlafiainàiidiàre, mettant loua les yeux de sa. maîtresse im miroir, é^étain, poursuivit s . s • .

*-^ Hegardez-iYOQs, regai^don ce visage fait gouç tme reine.« • et puis redites-moi enoore si je crois qu'il viendra^. Oh ! que je voudrais être à votre place^ moi I élN aimée d'uQ.;.

Et elle parla plus bas ji l'oreille de la jeune dafoe Ijonn naise,

— Et encore de France^ ajouta-t^-elle..: Ohl si j'étais 4 Totré place, je sais bien ce que je ferais, moi. •• P'abord... -*^ Asses, assez, Laurence : vous n'êtes pas à ma piaœ^ heureusement pour vous, et je ne suis pas à la vAtre..-^ Ah ! malheureusement pour moL*. soupira la jeune et ma. ligne suivante^ car si j'étais à votre place, il.<. «^ Aaaei, assez, vQusdis-ije, Mademoiselle! intervompit d'un too aé* vèroi, lea yeux eticore fixés sur sa glaee d'élain> la jolie &n cilienne^ qui, se levant avec brusquerie, retourna se pla^ cer nonchalamment auprès de la fenêtre grillée, posant son front d albâtre, son front brûlant sur la vitre glacée, doQ telle semblait rechercher avec une secrète volupté lo frêle appui«

Pauvre femme 1 ainsi recueillie, elle n'existait plus que par son anxiété, que par Tattente et la crainte :

Elle avait froid, et son sang bouillonnait comme la lave d'un volcan*., elle voulait prier, et ta mémoire etsaTlan^gue rebelles n'avaient que des mots et dfls phrases entref» coupées où l'amour et le nom de Dieu, le ciel et l'enfer se heurtaient confusément. •• Pauvre cœur de femme I comme em cet. instant il était torturé 1 comme sa ppitriae était soulevée I que ses regards^ voilés pt|r des pleurs qu'elle retenait çn vain, étaient languissanù et douloureux I Hé^ las I qu'allait-il donc lui arriver, à la b?lla el tin^ide jeune femme, à la jolie et vertueuse épouse du riche banquier Sambrucheti?

La suite vous l'apprendra»

Dana ce momâst^ la prooeisiôi^ s'étendait d'ut» bout

l'aaftre dd la longue rue Gentil, et la confrérie des pémlaiti do Gonfalon passait sons les fenêtres de la petite maison que la dame lyonnaise et sa jolie confidente habitaient...

-^ MUer^e mei, Domme, neundum mUerieorim, iuam, — Seigneur, ayez piiié de mm dans votre mieéri' eerdej répétaient les Yoix lugubres des confrères^ flanqués d'une donble haie de porte-torches^ de garde-pennons et de hallebardiers.

•— r Fiani aures tMœ intendentee m voeem depreeatwM mem.' — Que vœ oreilleê ne ioient plue sourdes d maprièny psalmodiaient plus loin les moines qui précédaient ces derniers.— - Oh 1 venez donc voir. Madame! cria la jeuoe Laurenoe^qni s'agenouillait sur un fiiuteuil de velours cramoisi aux bras ciselés et dorés, et appuyait soq joli visage sur la vitre, qui le dessinait amoureusement... Divin Jésus! répéta-t-elle, venez donc voir, Madame, comme c'est beau ! Voici bientôt le dais qui va passer. Je vois monseigneur Tarchevéque-cardinal ; je vois le grand prieur... messieurs de la confrérie... les suisses... AïelhouenDùm! fué espoulil Dieu que c'est joli... Puis, continua Laurence, Monsieur est là, sans doute; notre maître est là^ prèsda roi peut-*étre... Quel honneur! -—Taisez-vous, Laurence, répondit la jeune femme»., priez, et ne m'interrompe plus... Entendez- vous, Mademoiselle, entendez- vous?... Dites tout bas avec moi un Pater et un Ave, et ne parles plus si haut et en riant comme une foile...

La jeune fille obéit en souriant, et pria du bout de ses lèvres, qu'effleurait un sourire involontaire à cette idée qui lui vint malgré elle, que sa maîtresse était devenoe bien soudainement dévote, et qu'elle choisissait assez mal son temps.

Il y avait précisément dans cet endroit de la rue un em* barras de chariots qui causa quelques désordres dans la marche grave et compassée du saint cortège... plusiean moines, plusieurs pénitents quittèrent leurs rangs, qu'ils reprirent bientôt.

Ce fut dans ce moment de désordre général, peut-être habilement préparé d'avance, ce fut, disons-nous, dans cet endroit même que deux pénitents du Con&lon, profitant de

la confusion qui régnait autonr d'euz^ de l'inadvertance des spectatears et de la distraction même de la plupart de leurs pieux confrères, s'échappèrent furtiyement et se réfo* gièrent dans Tallée étroite et sombre de lamaiscm où Lan* rence et sa maîtresse, encore appuyées toutes deux contre les vitraux de leurs croisées, continnaient à Toix basse leur prière si souvent interrompue.

— Les voilà I avait d'abord crié involontairement la jeune filie^ gagnée par des promesses et de l'or... Madame, ce sont eux I répéta Laurence toute émue. .— Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nons... répondit en soupirant avec un douloureux effort la jeune femme, pâle et demimorte.

En ce moment, on sonna avec force.

La jeune Provençale courut ouvrir.*, et revenant toute essoufflée, elle cria, s'arrètant à la porte du boudoir, rà entrèrent deux pénitents :

— Madame, c'est le roi!

La jeune femme, tremblante et troublée, se leva avec précipitation pour aller au-devant du pénitent royal, qui> saivi du comte d'Entraigues, son capuchon renversé, et les insignes de ses ordres à découvert sous sa robe entr'ou*^ verte, s'avançait d'un air radiçux dans le riche et galant boudoir, voilé par des tentures de soie et de velours, et où ne pénétrait qu'une demi et mystérieuse obscurité.

Soit faiblesse, soit crainte, accablé peut-être par un re* naords à la fois tardif et prématuré, après avoir fait quelques pas, la compagne du banquier italien sentit sa résolution et ses forces l'abandonner soudain au milieu d'une cévérence respectueuse qu'elle faisait au roi, aux genoux duquel elle tomba silencieuse et inanimée»

Les deux sombres personnages la relevèrent avec em*pressement, lui firent respirer des essences et des sels qui, joints à un baiser brûlant déposé sur son pâle front par le plus jeune des deux, la rappelèrent aisément à la vie.

— Sire, ce n'élail donc point une simple raillerie de votre part? et vous avez donc voulu que votre servante et vous courussent ensemble, coupables tous les deux^ d'incomparables dangers ? Ah I sire, mon mari, son honneur et le vàtre... et cette religion dont vous portez l'habit... y

•oDg«i«^tti Y.. . Mon ddiix miy renbocfàB à fptn «nttvprise téinéraird^ à vos profanât dt eacriléges projets^k Je sois heùr€ose».o^îée; màa époux est plut fi^r 4e nu» que de ses ricbesses et de ses titras» • » Sira^ de gréée, retirez Toire amour à une pauvre Tertueuse femme û indigi» de toosm.

Le motiarque impalîefi^ ayant de répondit à la belh tout épiorée, aVait par un geste comniâBdé à son oompgdon de se retireri et le graad seigneur religieux, am formes ll6rculéenàet^-*à la stilure toloœale; s'était âeigoi en s'iilclinaiii.

La dame lyonnaise et le roi de Pologne, deptiis peu ni de F^noe, i^tèrent seuls»

Nous ne saTons au juste tout ce qui se passa dans ce lAi» à-téte mystérieux, où te sceptre royal s'inclioa derant la flèobe dttdieu enfant» où les lauriers sacadiàrealsous les myrtes» eommb eût d|tiiaécri¥iûadu temps de la régenoi.

Henri III était, violemment épris> jeune et plein d'agts* ments et de bonne grâce... ilâérouia une a âne et fit toutes les magniâques promessfès qu'un roi» œite image YÎvimfe de la Divinité» peut seul faire et réaliser tout à li Ibis comme par <»iefaAatement ou eomole par le toudicr d'une baguette magique. .

«-*^Vous serez des dames dlionnenr de ma eoitr» disait»ii) eti jouant avec lide de» tmsses d'ébène de la magnifiqui cbevelurede la timide Sioilieane» et la plus belle de (eoisi aussi» parole dé roi I

Pqis^ lui mettant au cou le coliler étincelant de perki et de mUs ^i supportait plusieurs croix de ses oiidrea :

«-^ Allons» murmurait-^il» ma ' belle tigresse, hûssez^vov enebatoer.^, nous noua repentirons tous deux plas^ tard.». Je fonderai en votre nom deux chapellet et on hospiet pour les Jeunes filles de cette ville.». Puii j'ai déjà &it pémt^nfde» moi^ aujourd'hui même» pour nos noéfaits âitui^** Mon etimoniel^ vous absoudra» ajoutahi«il» quand vous toidrez... je vous réponds de lui.». L'avenir compensera le passé... 0 ma belle amie I ne repoussez pas ainsi de votre pied mignon une si belle fortune» tant de voluptés» un a Hatil et si glorieux avenit*! Votre mari, dites-voos... nooi doublerons sa for tune.. « il sera banquier du roi> chevalier 4e tous BOB ^rdrçs^ gentitbemme de ndtre diainbrt et ïi»

(Mite*». N'QSt«w point assps poap «i oiari «loréîwi Hm» feroné plus enoore^ ••il le faiit^ si ^rolîs le deoiandek.M oai^ je ae.ycNia refyserfû rie» à voutr.* et d'est "fWH^ ma» belle dame, qui commanderez au KMli»^ AUomi^ ne tren^lea plus ainsi I laissée tncm braèse reposer «ur votre taille de ééesse^é. Soyei^-en flère> IMadame, le roi de France toaib« àTosgenouk...

La pAuvre jeune {enime> bute tremUente^ à «on touf prit la main du roi, qu'elle attira involoatairemeilt k elle pour Taider ) se relever»

'Ce fut le hasard, sans d^nte^ qui fit que leurs «visages se rencontrèrent d'aEK>rdw;. et puis leurs bouehes mqettes*..

Ce fut le hasard aussi, notts voulons le e^irt^ qui permît que le ttiosarquei heureux et ivre de joie^ «e^iit amoureû** sèment 4ans ses brts l'épouse pMsqoè défaillante du porte«* croix de la très«*.véaérée eon&érîe des péiritaiils du Gea^ {alon.»«

Hetweux roil

Pauvre épQuxl

Qu'il était iéger^ toit fiirde^u adoré, 6 pieux et lènd^d. mmiarquel

Qu'elle était lourde ta belle eroa d'aigent massif, trop confiant mari 1.4. tùm aussi que Ju 4taia fier de iflarche# en tête du saint cortège et à quelques pas du très«-haut et très-rpuissant prince Henri III| r<» de Frànoe et de Fo-^ logneL.i

•*^0 mon roi! qo'allons»nou8 foire i s'était éeriéed'nne voit mourant^ la jeune Sieilienne» «««^Deox anges 4li i^iel sur la terre*^4 avait murmuré i «on oreilie la voix du roi^ altérée par tant d!émotions^ cette voix ivre de tendresse et debonheur. ...

Cependant deux vieilles femmeA, qn\^ placées à une fe» nétre voitine de la maison qui protégeait efi cet intitant les royales amours^ avaient vu, au milieu des embarras de chariots et des hallebardiers en désordre, un groupe de pénitents se séparer brusquement de lA procession^ puis les deux nôtres pénétrer furtivement dans l'allée du seigneur Sambrucheti; ces deux femmes, disons^nous, se perdaient en conjectures sur ce qui venait de se passer soua leurs yeux... et cx>mme elles étaient répétées pqur les deu^ ga^^

tM Là Bon sonos.

selles les mieœr informées, les plus médisantes et les {te béates aossi du quartier , elles ne manquerait pas de deviser malicieusement sur ce qu'elles croyaient airoir yo^ et même sur ce qu'elles n'avaient point vu.

Or voici ce que disaient les deux saintes et vieilles filles de la longue rue Gentil, enveloppées dans de larges mantilles de soie noire recouvertes de longues dentelles de même couleur, qui,. derrière les grilles de leur fenêtre, les faisaieub ressembler assez bien à deui pies en cji^e :

— Ma cbère amie, croyez qu'il se passe là (et elle moitrait do doigt la maison du banquier), croyez comme moi qu'il se passe dans cette demeure où régnent le loxe et Torgiieil.*. quelque drame infernal... dont le dénoûmest ne nous sera pas connu! — Mais que voulez-voos dire, m bonne Cécile?— répondait la plus âgée; où voyez-vov donc d'ici quelque mystère... un drame.. • que sais-je?... du scandale même dans le désordre passager de cette nugnitique possession?... êtes-vous donc si superstitieuse que vous pensiez à mal pour notre boa roi et ses jours si pié- QieuxT... —Je sais bien ce que je dis, ma mie. et mieir encore ce que je pense sur ces gens au visage sinistre, sa ces personnages mystérieux aux costumes sombres, à Ii démarcbe douteuse, que j'ai vus errer tous ces jours-ci et encore ce matin sous nos fenêtres... Par la viei^e Marie, il y .a du louche dans tout ceci... et le loup est peut-être à rinstant même où je vous parle entré dans la bergerie... •— Que dites- vous là, ma vénérable amie?... Croyez-?ous donc que les deux hommes encapuchonnés qui .sont entrés là tout à l'heure soient autres que le maître du logis, ses frères, et de jeunes seigneurs leurs amis?... Dans ce caslà, ce ;ierait une horrible chose... savez-vous?... et si moQseigneur l'archevêque et le roi le savaient... le château de Pierre-Encise pourrait bien encore ouvrir ses. gueules de fer et de grauM pour engloutir de tels criminels, capables de mêler ainsi le profane et le sacré!.... Fi donc! c'est horrible à penser !... — --Vous avez raison, soupira à voix basse mademoiselle Cécile. — *• Alors, continua la vieille Ger- Irude, ne parlons plus de tout cela... de la procession oi du roi, de nos voisins ni de nos voisines... — Mais, tenez, tenez, reprit la première, voyez donc, voici venir

Ik EO» ROTOK. 305

plusieurs pénitents... Ce petit et gros qai marche à grands pas devant eux^ et qui essuie à tout instant son large front décapucbonnéy tout ruisselait de sueur... c'est bien notre Ycisin^ n'est-ce pas, dame Gertrude? regardez donc... C'est bien lui aussi qui portait^ il y a deux heures^ la croix d'argent de la confrérie^ celte croix qu'on dit si lourde et d'un si grand prix... C'est bien lui^ tous dis-je^ regardezle... il va reptrer dans son allée... Ab! mon Dieu!... et ces hommes au visage suspect.. . qui lui barrent le pas* sage... cet autre qui s'est précipité devant lui dans raliéé : divin Jésns! que signifie tout ceci?... — Eh bien! avais-je raison, reprit la vieille Cécile, de vous dire qu'il se passait là quelque chose d'étrange?...

Les deux vieilles se turent, et presque aussitôt elles virent avec effroi et anxiété plusieurs personnages mystérieux-se rapprocher de la maison du banquier Sambrucheti; puis trois hommes armés, qui semblaient placés en embus cade à la porte d'allée de cette habitation^ barrer, en simulant une grossière ivresse et en ricanant, le passage au malheureux bourgeois, qui s'essu jait sans cesse le front et les suppliait, mais en vaip, de ne pas le laisser ainsi exposé à l'intempérie de la saison!... — Allons, bonhomme, prenez patience, lui disait l'qn, en retroussant sa moustache. — Attendez donc qu'on ait allumé le feu chez vous, seigneur pénitent, interrompit un autre qui ajouta : — Estil bourru pour un mari de province!...

Et tous se tenant par la main, feignant de chanceler comme des ivrognes, juraient et riaient au nez du pauvre homme, qui, se mettant dans une grande colère^ vint augmenter encore la joie bruyante et moqueuse de ses étranges interlocuteurs.

Elles avaient vu aussi, les deux vieilles iilles, une espèce de valet, aux moustaches retroussées et à longue ra-* pière, se séparer brusquement des trois spadassins et courir en toute hâte au fond de l'allée obscure, assiégée en cet instant; puis elles Tavaient aperçu gravissant sans re<^ prendre haleine les escaliers escarpés de cette noble maison, l'objet de leurs conjectures^ de leur anxiété et d'un sentiment de curiosité qui allait toujours croissant.

-^Que va-t-il donc se passer là*haut ? demanda deux

•06 UL EMB WOGX:

fim mademoiflelkrGéeile. — Si nous fermions nos jakrasies! répondit l'antre. — Non^ regardons encore, ça devient sérieux, reprend la moins âgée ; regardons, je tous prie... 3 faut que tout cela finisse d'une manière on d'une aolre... il feuk... — Taisez«yous donc^ ma copsine ! interrompiib vieille Oerirude : ees gens-là vont peut-être s*égorger...

Et en efiet, le porte-croix, qu'avaient rejoint plusieon confrères de son Quartier, les appelait à son' aide, joiguat le geste à la menace; une lutte funeste peut-être allait s'» gager entre ces hommes arinés, qui continuaient an miiei de nuages de tabac leurs lazzis insultanis, leurs équiTO* quesqudibeta al leur impudente résistance, harricadari de leurs corps gigantesques l'étroite allée du makoconirenx mari.

En cet instant, les épaisseç et soyeuses tapisseries A boudoir de la dame de Sambhicbeti s'abaissèrent, et tout, dans cet appartement mystérieux,, visité à cette beare |tf deux rois puissants l'un par l'autre, rentra pour quelqw minutes dans l'obscurité et le silence.. .

-— Laissez passer ! — Au large I — Laissez passer, ai une voie de Stentor partie on ne sait d'oà.

Et soumis à ce s^al comme des écoliers au gesteih noir pédant qui les fostige, nos matamores abandonnèreDl soudainement leur poste et leurs rêles en laissant passer k porte-croix et deux de ses pieux collègues, qui ressortirent au même instant de l'allée ; et tons'se dispersèrent aussMl avec de nouveaux et plus bruyants éclats de rire, dans b rue étroite, où ils se réjoignirefnt bientôt tenant encore dik main sur la poignée de leurs dagues.

Il se fit quelques instants de silence, qu'interrompit' peine le bruit argentin de la sonnette des appartements jb premier étage, agitée à plusieurs reprises par la main covvulsive et tasse qui portait, une demi-béure auparanot la croix d^rgent des pénitents du Confelon...

-^ Vous tardez bien à m'ouvrir, Laurence 1 monno" d'une voix entrecoupée par l'émotion et le courroux ^ bonhomme, dont le regard flamboyant semblait dire : <^ vous me trompez, je me vengerai comme un Italien I >

Puis, ne pouvant retenir un frisson involontaire et ^ longé (^uifit entr^-cfaoquer ses dents, la sueur qui coiniv'

8es membres épais s'étant refroidie pendant sa iQtte dans la rue avec les mystérieux spadassins^ le seigneur et niatlre des Iteux^ messire Sambrucheti continua ainsi :

—• AUMûiet ^u &ù..., j'ai froide

Et il ajouta d'uB air d'intelligence: , . ^

— Où est liladame? — Madame ?«.; elle est..» baÙ)iitia fouge et pàlQ toqr à tour^ la jeune âUe née sous le ciel de ProTence,^. Madame... elle^... die attend Monsieur. •• dont elle était en peine... — En peine;.; en peine... ditesvous.... do.moi?... Ahl vous avez raison.. • elle devait être bien inquiète^., niais on l'a rassurée... vous... d'auttes.é^ peut-être..^ On l'a rassurée ^ mon enfant ^ n'eçt-cé pasV poursuivit ironiquement celui dont les soupçons tle venaient de plus en plus foudroyatits*.. Annoncet-itioi... allez... je vous snh...

Bt ses yeut plus faagards firent cette fois pâlir et trembler la jolie complice de sd dame; son ton et sa parole déconcertèrent entièrement la maligne et agaçante Laurence^ qui avait eu, elle aussi^ sa part des largeàses royales^ et qui se voyait d^à^ dans l'avenir, deventie gtande damé, l'épouse de quelqbe chevau-léger... ou tout au moins d'un palefrenier aux écuries du toi.

— Madame, c'est lui.,, c'est Monsietir... dit la suivante à sa maîtresse^ presque défaillante sous sa robe défaite, en pénétrant sur la pointe des pieds dans sa chambre assombri.

ruis elle ajouta :

.—-Du courage... jie vous trahissez pas... Le rôi est sauvé... sauvons-nous à notre tour.

Et vraiment, je vous le jure, le roi de Fra&ee vebait d'échapper à un péril imminent; son honneur et ses jours vivaient failli être compromis d'une funeste .manière... car, tandis que messire Sambrucheti apparaissait tout essoufflé derrière ja porte à geine refermée de ses appartements, plongés dans une sinistre obscurité^ le galant monarque, caché, derrière une énorme colonhe.de marbré^ afantsoh ' complice et son compagnon fidèle ie comte d'Ëntraigue&.à ses côtés, protégé par une sinuosité de l'escalier, immobile £!t retenant sa respiration^ avec ses v&tementa dans uri désordre plus que suspect, le roi Henri IIl^ affublé encore de

106 LA R<»E BOUGB.

l'habit froissé de pénitent, avait été en proie, pendant quelques instants pîas longs qu'un siècle, à une bien te^ rible anxiété. '

— Mais on n'y voit rien ici! s'était écrié le malenccntreuz mari resté seul.

PuiS; se dirigeant en tâtonnant dans la chambre de soi épouse, il se heurta violemment le front contre un meolile gothique... et à la douFeur qu'il ressentit y ayant porté st main, il l'en retira humide de sang et de sueur.

— C'est mon jardin des olives! soupira amèrement k gros homme, que sa colère et sa jalousie étouffiiient.

Puis, arrachant avec force et sans égard pour leur ri* chesse les rideaux de soie qui lui voilaient le jour, en oâ instant à son déclin^ il ouvrit la fenêtre, s*y avança prédpitamment, et il regarda sa main... elle était rougie..! eut alors une triste pensée; il chercha son poignard! Toujours penché à sa fenêtre, il n'entendit pas Laurence qai l'appelait, lui disant que Madame attendait sa visite... cir presque aussitôt il vit sortir de son allée, courant aveciUK grande vitesse^ deux hommes vêtus du même habit que loi, deux de ses confrères du Confalon : l'un d'eux^ dans la pfécipitation de sa fuite, avait abaissé à rebours son cafochon... tous deux étaient d'une haute stature.

Il crut les reconnaître pour les avoir vus non loin delii à la procession... ils étaient dans le cortège du roi... on d'eux était peut-être le roi lui-même... mais poonpioi fuyaieot-ils comme deux bandits?... Toutes ces pensées se succédaient dans l'esprit du noble banquier avec la rtpidité de l'éclair.

Cependant^ dans son premier mouvement d'effroi, noizt mari abattu, consterné, avait crié au voleur I au «o/fur/ mais sa voix^ voilée par tant d'émotions successives, par k fatigue et le trouble, sa faible voix fut à peine entendoe des deux vieilles dévotes, qui, totqours à leurs ienéirs grillées, suivaient des yeux les deux pénitents fuyant i toutes jambes, protégés par le crépuscule et le brooillanl qui commençaient à tomber.

— - Arrêtez ! au voleur I répéta le malheureux épooi*

Un long éclat de rire, qui le fit frémir de rage, répoai à son cri d'alarme.

LA ROBE ROUGK. 209

C'était pculrétre^ pensa-t-il, quelque jaloux voisin... ou encore un amoureux en vedette... sinon quelque valet insolent des deux puissants personnages, et qui s'éloignait avec eux, insultant à sa détresse... Pauvre porte-croix!

— Mais c'est donc une capucinière que cette maison de notre cher voisin? grommela entre ses dents éclaircies et noires une des deux vieilles tilles... on n'y voit entrer, on n'en voit sortir que des robes traînantes... Lucifer y est-il donc établi?... Mon Dieu! mon Dieu! que je voudrais savoir ce que tout cela signifie...

En cet instant une troupe d'ar(;hers à cheval déboucha au grand trot dans iarue^ à l'extrémité de laquelle on avait déjà de la peine à découvrir les deux fuyards.

— Place aux gens du roi! criait un des officiers, sa ' dague en main... place ! Manants et bourgeois^ rentrez chez vous... voici l'heure du couvre-feu.

Et au mémemoment les cloches de l'abbaye de Saint- Pierre^ de la vieille église des Apôtres et du collège des Pères se firent entendre.

Leurs sons semblaient plus lugubres que de coutume.... le brouillard devenait de plus en plus épais; aussi notre triste mari, qu'un frisson convulsif et un affreux pressentiment agitaient de la plus piteuse manière des pieds à la tête, se retira-t-il de sa croisée, ses cheveux humides^ son front encore ensanglanté. Le pauvre homme, hélas ! après l'avoir refermée, se dirigea d*un pas affaibli et Tesprit plein d'angoisses^ vers le boudoir de sa femme, dont la porte était entr'ouverte.

— C'est moi^ Madame, dit en entrant, d'un ton sévère, le noble seigneur... c'est votre épbux, que vous n'attendiez pas aussi tôt, qui vous a dérangée peut-être, qui vous a bien troublée même, Madame, car vos yeux, votre visage le disent assez. — Mon doux seigneur et maître^ vous êtes bien mal content aujourd'hui... et que vous ai-je donc fait pour me traiter si durement?... ne suis-je donc plus votre vertueuse épouse, voire compagne dévouée et tendre... la mère de ces deux beaux fils qui sont votre ressemUante portraiture? Que vous ai-je donc fait, moA doux et cher époux?... répéta tremblante et d'une voix étouffée par l'émotion, la Jeune Sicilienne...

210 LA KOBE ROUM.

Elle fîit interrompue aassilAt par son yiêU époux, qui continua ainsi :

'— Cessez! vos paroles mentent, Totre bonche ment et blaspièroe> tos yeux, rotre front, votre toilette froissée, le désordre de bette chambre; ce collier qui est là à lèhv, ne mentent pas, eux... témoins irrécusables, ibrous trabissent, ils TOUS accusent I Assez, fetiime iinpudiqiie et tK^itipeattl assez, OÙ ma main crispée fera tâlre ta bodèhe encoK chaude des baisers de Tautre 1

Alors, pâle et éperdue^ la jeiihe femme le dtipplia ait»i :

— Pitié et pardon, mbn dbble époux l... pitié de gt^ioél.. N'écoutez |)as votrb ressentiment, mais plutôt la raison^ vous éclairera, votre cœur, qui me défendra. .. Aii noAk nos deux enfants, pitié et pardon, mon seigneur!.. ^Tais- .loi, te dis-je^ femme indigiie, taià-toil... ta voix retndemès entrailles comme un fer rouge... Que parles^tâ de oœor, d'époux et d'enfkiitë I y a-t-il au monde rien de totit eela pour uriè inifàme de ta race, ^nv une femme èan^ ptfdedr, pour une maîtresse de... Tais-toi, te Bis-je eiicore I;.. Tii- ^ez-voiisj Madame, je vou» rorddnnë!.;. Taiset-vdtii dm ou votre sang va laver ma hotite !•..

Et la jeune femme était aux genoui du vieux pénitent du Confalon, pâle, les mains jointes; tremblante coffinteh feuille des bois sous le vent d'automne, le regard fixe, les lèvres crispées, sans soufiQe, sans voix^ mourante enfio... puis essayant encore et en vain de- se faire entendre, âes forces l'abandonnèreiit... elle tomba inanimée sur le parquet luisant, que fit résonner sa tête si belle; bèlasl elii .frêle, sa tête si radieuse deux heures ailf)aravadt..* si bà- ,8éé,si décolorée, si flétrie mainteUaiit !••;

Oh I c'était pitié que de la voir ainsi gisante sur le pi^ quet froid entremêlé de rosace^ de gfaiiit et (iarfiëaléie riches arabesques...

L'inflexible époux, lui, la contemplait froidement} elltiiloppé dans lés iinmenses pite de sa robe blanche de pâiitent^ semblable à uii spectre menaçant, et il la repoili^^ avec dédain du pied, comme un vil idsecte ou un metiHe usé... il la repoussait^ un sourire amer et ^fdoni^ii^ stfr ses lèvres écumantes.

— Tais-toi, femme adultère I répétait-il... tais-toi L.

LA ROBE IRKJaK. 2<i

C'ésil bien...' évâttbùis-foi... c'est Toubli que lii trouves dans un tel état, misérable febme î... Tu reviendras dssez tôt à la vie {)our y recouvrer ta honte avéb \k inieiine;^ Elte ekt belle pourtant slinsi, l'infâtiië! tiiUrnitirâ-t-il..; et c)ue tiik véhgëâtibe Wi\ être gratjde si elle â|)prothe de la -^erté tjâë f ni fhltë..: dé rîhfdmië Som iU ôtit totîvert tfies bhêvëiiiblàtic8!..i

EU (iarlatit aiiiM, le seignetir Sdinbtuebëti ratjoiittâa, en ^é bàt^àtit ^véc pèiUé, uii cdllièè de grdssë^ ^rtes entremêlées de pierres précieuses dont plusieurs; éthàptléèl àii fil dé Ilitch diil lëé l»ètëtiait, î'oiilaieËt î^à et là^ épMr^esdans I6 bouddir; âoiis âèé p&s iMétis:

Hélai I Wc& é Ib^stériêux àppârtëtMbtit ëoibëlli j^at' le tUxë; lés âks et M be^ûté^ tobi hé tràhisââit qUé ti-df) la honte èl rinForibilë du pauvte seigtieUi*::. lé désordre qoi f régilâit [iàrtodt..; bë èbllier niilgtiiBquë tjui £ivàit orne flh cou ri(^]^âlj bu àii ttloinS cëldi de ^tiëlqhe pHiiëé dU sâiig:.. rédredôh, 1^ ^oie et le i^ëlbiirè de m coUche tiuptiàlë frbis- ^éé ël hbâiàséâ vbiti[)tiiëiiSéiiient| laissant deiriîië^ indlâCrètbmenf Wi rëg^bdë lé^ places d^ deui cot[)S ël de lëai*s knioutéux éUlâeetiientÈl.:. tiiië t^icbb ëpëé et titie bbddë ôtlbliëes datis cette fiiitë, ^ui (t^ait dfl éthé si t)récît)îléë:.. tbilt disait ti*op éloquebment aîi malbédi'ëut époùx^ aveuglé t)ar là fureur et ihsëiiàiblë au{)rèâ de sîtfehifnëitianiniéë...fôtlt llii criait trop biëfa \ floiitë & toi, pdii^rë épbUiî.. Et, ô'ttri*sibUâtit lé^ chevebx^ il bépétàit d'ube vbil séptilërâle :

— Vëngëaiicé! véHgëdtice t>our ^lilbiî..: Oh! fûskiëtvous ie roi lui-même, oui, vengeance I...

Au tiiêihé instant, il eût ude horrible ël s«tiglanfe pensée... % la viië de cette épée garnie de dUniants ehvi^otthant iiti thiffhê royal, il âôdrit à l'idée de m plotigër rëSptëhdissàntë dans le èeiif dé Sbn ë{}busë àdliltère; de là edbë fëtbme pâle et ébKëvëléê, ^»i setidbiait ëiidortnie pr<$- '■ondÈÉtient.

Mais rejëtatit auésitèl l'épéë àtll* la coubhë ftâllèSéë pér be cHtf è di)bt l'évidënfeë l'aëcalilait :

^ Non^ (jetlsa-t-il, §a hiblHi âërait trO^ dè^ce..: je tile vebgèràiâ Irb^) tite^ irë^) éal àUsài... Il fadt qu'elle the, l'infâme!

Et il se tnit à àôdHré d'abé fH^ti hdrriblë..: du sôdi^ire

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