‹ La chasse au lionChapitre 5 sur 20 · Réunion de tentes, qui varie entre dix çt trente · texte numérisé non relu

Réunion de tentes, qui varie entre dix çt trente

ceinte, et les gardiens veillent à ce qu’ils se tiennent en arpont le plus près possible de la fosse.

Le lion, qui a l’habitude de franchir la haie d’amont en aval pour sa plus grande commodité, arrive près du douar, entend les cris, sent les émanations du troupeaux dont il n’est séparé que par quelques mètres, il bondit et tombe en rugissant de colère dans la fosse, où il sera insulté et mutilé, lui, l’emblème du courage et de la force, lui, dont la voix imposante faisait trembler la plaine et la montagne, il mourra misérablement assassiné par des lâches, des femmes et des enfants.

Au moment où il a franchi la haie et où le troupeau épouYanté a foulé aux pieds les gardiens endormis, tout le douar s’est levé en masse.

Les femmes poussent des cris de joie, les hommes brûlent de la poudre pour prévenir les douars voisins; les enfants, les chiens font un vacarne infernal; c’est une joie qui approche du délire etàlaquelle chacun prend une part égale, parce que chacun a des pertes particulières à venger.

Quelle que soit J’heure de la nuit, on ne dormira plus.

Des feux sont allumés, les hommes égorgent des moutons, les femmes préparent le couscoussou, on fera ripaille jusqu’au jour.

Pendant ce temps, le lion, qui a fait d’abord quelque!* bonds immense pour sortir de la fosse, le lion dis-je, s’est résigné.

Il entend tout ce bruit, toutes ces voix ; il a compris qu’il est perdu, qu’il mourra là d’une mort honteuse et sans défense ; mais il recevra les injures et les balles sans se plaindre et sans sourciller. •

Avant la pointe du jour, les Arabes voisins, prévenus par les coups de fusil, sont arrivés en foule de peur de perdre quelque chose du spectacle auquel ils sont conviés.

Ceux-là aussi amènent leurs femmes, leurs enfants et leurs chiens.

11 est si bon de voir souffrir un ennemi dont on n’a plus rien à craindre et qu’on peut insulter et frapper impunément !

Ce qu’il y a de remarquable dans ces circonstances, c’est que les femmes et les enfants, mais surtout les femmes, sont toujours les plus acharnés et les plus cruels.

Est-ce chez les femmes arabes le propre de la sau- , vagerieoule sentiment de leur faiblesse? c’est ce que je ne saurais dire. Mais j’aime à croire qu’il n’en serait point ainsi des dames françaises, et j’espère qu’il s’en trouverait parmi elles qui demanderaient la grâce du lion, ne serait-ce que pour le voir attaquer à sa sortie de la fosse, mais alors franchement, loyalement et en face.

Cependant le jour si impatiemment attendu vient de se “faire, et les plus hardis enlèvent la haie qui entoure la fosse, pour voir le lion de plus près et juger de son sexe et de sa force.

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Comme le mal qu’il a fait est en raison de sa puissance, il doit être traité conséquemment.

Si c’est une lionne ou un jeune lion, les premiers qui l’ont vu se retirent en faisant la moue, pour faire place aux curieux dont l’enthousiasme est déjà calmé en voyant la déception de ceux qui les ont précédés.

Mais si c’est un lion mâle, adulte et à tous crins, alors ce sont des gestes frénétiques, des cris à l’avenant, la nouvelle court de bouche en bouche, et les spectateurs qui sont sur le bord de la fosse n’ont qu’à bien se tenir pour ne pas y être précipités par la foule impatiente de voir à son tour.

Après que la curiosité générale a été satisfaite et que chacun a jeté sa pierre et ses imprécations au noble animal, les hommes arrivent armés de fusils et. tirent sur lui jusqu’à ce qu’il ne donne plus signe de vie.

C’est ordinairement après qu’il a reçu une dizaine de balles sans bouger, sans se plaindre, que le lion lève majestueusement sa belle tête pour jeter un regard de mépris sur les Arabes qui lui ont envoyé leurs dernières balles, et qu’il se couche pour mourir.

Longtemps après et lorsqu’on est bien sûr que l’animal est mort, quelques hommes descendent dans la fosse au moyen de cordes, et l’entourent d'un filet assez solide pour supporter le poids du lion, qui, lorsqu’il est mâle et adulte, ne pèse pas moins de six cents livres.

Des cordes sont fixées à un tour en bois consacré

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à cet usage et planté en terre en dehors de la fosse, auquel s’attellent les hommes les plus vigoureux de l’assemblée, afin de hisser le cadavre du lion et les hommes qui sont descendus dans la fosse.

Après que celte opération, toujours très-longue, est terminée, les mères de famille reçoivent chacune un petit morceau du cœur de l’animal, qu’elles font manger à leurs enfants mâles pour les rendre forts et courageux.

Elles arrachent tout ce qu’elles peuvent de sa crinière pour en faire des amulettes qui ont la môme propriété ; puis, lorsque la dépouille a été enlevée et la chair partagée, chaque famille rentre dans son douar respectif, où, le s.oir, sous latente, l’événement de cette journée sera longtemps encore l’histoire favorite de tous.

Après la fosse vient l’affût ou melbeda, dont la véritable signification est le mot cachette.

11 y en a de deux sortes : l’affût sous terre et l’affût sur un arbre.

Pour le premier, on creuse un trou d’un mètre de profondeur sur trois ou quatre de largeur; après l’avoir recouvert de troncs d’arbres chargés de grosses pierres, on jette par dessus toute la terre déblayée, et on ménage d’un côté quatre ou cinq créneaux

pour les tireurs, et de l’autre une ouverture qui sert de porte et que l’on ferme en dedans par un bloc de rocher.

Ces sortes d’affûts sont construits sur le bord d’un sentier habituellement fréquenté par le lion.

Comme il serait difficile d’ajuster l’animal quand il ne fait que passer, les Arabes ont l’habitude de placer un sanglier, tué à cet effet, sur le sentier et en face des créneaux. C’est lorsque le lion s’arrête pour flairer l’appât que les hommes cachés dans l’affût font feu tous à la fois.

Il est rare que l’animal reste sur place; le plus souvent, après avoir reçu plusieurs halles, il bondit dans la direction de l’affût, sur lequel il passe sans se douter que l’ennemi qu’il cherche est là, sous ses pieds; puis, après avoir épuisé ses forces en bonds furieux dans tous les sens, il gagne le premier bois qui se trouve dans les environs.

Quelquefois les Arabès qui ont affûté le lion font appel à la tribu pour le suivre aux rougeurs et le tuer ; mais comme dans ce cas il y a toujours mort d’homme, le plus souvent ils renoncent à le suivre et le laissent se guérir des blessures qu’il a reçues, ou mourir tranquillement dans son fort.

L’affût sur un arbre est construit de la même manière que le précédent, à l’exception des pierres et de la terre, qui sont remplacées par des branches pour cacher les tireurs.

On choisit un arbre assez élevé, placé près d’un chemin, et on s’établit dans le milieu.

Ces deux sortes d’affûts sont ordinairement fixes

et servent à plusieurs générations. Il arrive cependant quelquefois que, lorsqu’un lion a ravi soit un bœuf, soit un cheval, dans le voisinage d’un douar, les Arabes construisent à la hâte un melbeda pour tuer l’animal s’il revient pendant la nuit suivante.

Le plus souvent ils en sont pour leurs frais; car le lion, friand de la chair des animaux qu’il vient d’égorger, se met en quête sur un autre point, laissant ses restes, en grand seigneur qu’il est, aux hyènes, aux chacals et aux vautours.

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