‹ La chasse au lion [microforme]Chapitre 40 sur 43 · AN À VS NN “37 AY 4 4 SA NF RE · texte numérisé non relu

AN À VS NN “37 AY 4 4 SA NF RE

tistique, bien élevée, heureuse, riche et parfumée, l'Europe comme on la rêve alors qu’on en est séparé par le diamètre de la terre.

Et ceci est un fait à constater, car il n’offre point d'exception, ou du moins je ne lui en connais aucune, Nous quittons notre pays parce que la vie nous y semble trop régulière, trop compassée ; nous le quittons, affligés que nous somrhes des grandes petites choses dont on cherche à occuper notre oisiveté et notre pafesse. Terres, châteaux, palais, spectacles de toutes sortes, monuments immortels d’une gloire immortelle, tout nous déplaît, tout nous assoupit, tout nous écrase. Nous quittons cette Europe pour ainsi dire tirée au cordeau, et à peine sommes-nous poussés sur un 80) abrité par une nouvelle végétation, chauffé par nn autre soleil, baigné par d’autres flots, que . nous cherchons, fous d’une singulière espèce, à nous rebâtir le monde dédaigné que nous venons de fuir. . +»

Le souper fut délicat, sans faste, sans prodigalité, ordonné avec un goût exquis et assaisonné par une conversation toute cordiale et pleine de saillies. Après le souper, il y eut Jeux et concerts, et l’on se retira fort tard dans des chambres élégantes, toutes exposées à la brise du Nord, sous des galeries spacieuses où l'air n’est jamais captif.

. Le lendemain, chacun était debout de bonre heure; et le soleil avait à peine montré son disque resplendissant, que les allées des jardins qui cerelent la belle habitation du colonel

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étaient parcourues par les visiteurs. La journée semblait vouloir être brûlante, .l’air était muet comme le feuillage. Il y avait dans l’atmosphère une sorte de, torpeur qui nous gagnait petit à petit, et nous nous sentions fatigués comme si nous venions d'achever une pénible course. Tout à coup, deux superbes chiens qui nous atcompagnaient et jouaient dans les contre-allées s'arrêtent et poussent ensemble de douloureux aboïements. On veut leur imposer silence, on les menace, on les rudoie, ils ne changent ‘point de place, et leurs cris deviennent plus fréquents, plus endoloris.

—Ce sont les tristes symptômes d’un ouragan, dit le colonel, allons nous barricader.

—Non, ce n’est point ainsi que hurlent les chiens, répondit sa femme, quand la tempête nous menace ; et cependant j'ai peur.

Un esclave malais accourut en toute hâte et s'écria du plus loin qu'il put se faire entendre :

—Lion ! lion là-bas ! sur les bords du fleuve, un gros, un terrible lion !

—Raïson de plus pour nous barricader, poursuivit le colonel ; rentrons, mes amis, et armons-nous : le lion est un importun visiteur,

Les solides portes de l'habitation furent fermées en effet ; les esclaves en armes veillèrent au rez-de-chaussée, et nous, impatients de bien recevoir un pareil hôte, nous montâmes dans la galerie à petites flottilles qui dominait le

Gange. Un lion monstrueux se promenait gra-

vement sans même regarder autour de lui s’il avait un ennemi à combattre ; il allait à petits

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pas ainsi qu un philosophe, et seulement de temps à autre il faisait halte pendant à peu près une minute, puis il poursuivait lentement sa route.

Arrivé au pied d’un magnifique cocotier planté pour servir de signal la nuit aux embarcations qui sillonnent le fleuve, il s'arrêta, pivota deux fois sur ga choisit sa place à l'ombre et s’y coucha. C'était une quiétude de. monarque généreux qui ne craint pas qu’on vienne troubler son sommeil; c'était le repos du juste.

. Ce fut une commotion électrique ; il y avait à peine dix minutes que le lion était assoupi . qu'il se dressa-prompt comme la foudre; poussa un lugubre gémissement, gratta la terre de ses deux griffes de derrière, baissa la tête et s’élança d’un seul bond à une grande hauteur sur le tronc'du cocotier. Là il tourna ses regards à à droite et à gauche, retomba sur le sol et s’accroupit de nouveau, l'œil toujours fixé vers ia même point de l'horizon.

—Un ennemi se présente, nous dit M. Ling, un ennemi formidable. Si j’en juge par l’attitude du lion, la lutte sera ardente, et bien des riches donneraient une fortune pour se trouver en ce moment auprès de nous.

. —Pourquoi, répliquai-je, les riches de Calcutta ne se donnent-ils pas quelquefois ce plaisir que selon vous ils acheteraïent fort cher

——Ah ! ah! c’est que celui dont nous allons jouir est rare. Ce n’est pas contre des-hommes que va combattre le lion, c’est contre une bête

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