‹ La chasse au romanChapitre 9 sur 10 · IM · texte numérisé non relu

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mon intention n'a jamais été de m'impotôr à Y0U8, d'être une charge dans votre exiatence, un obstacle à votre bonheur. Je ne voulais que votre amour; je le sentais m'échapper» mais j'espérais le ressaisir. J'ignorais qu'il fût à une antre. Vous êtes libre. Retournez vers cette fille que vous aimez , et laissez-moi mourir en paix. Soyez heureux, et que mon souvenir n'importune point votre joie, i Elle parla longtemps ainsi, sans reproches , sans amertume , avec une résignation touchante , s'excusant d'avoir troublé ma destinée et me suppliant de lui pardonner. € Vous vivrez! vous vivrez! i m'écriai-je. Et je me mis à retirer une à une les flèches empoisonnées que je lui avais décochées dans le sein ; j'appliquai mes lèvres à ses blessures pour en extraire le venin mortel. Je rétractai toutes les paroles qui m'étaient échappées quelques heures auparavant. Devait-elle en croire les révoltes et les transports d'une âme violente et d'un caractère irascible ? Je m'efforçai de lui prouver que ce n'avait été qu'un jeu cruel ; je m'écriai que je l'aimais, que je n'aimais qu'elle, et qu'elle était

ma TÎe tout entière. Et, chose étrange, j'étaisl bonne foi. En cherchant à Tabuser pour la sau»ver, comme un acteur qui , à force de chaleur et d'entrainement , arrive à s'identifier avec son rôle et finit par se croire le personnage qu'il représente, j'étais parvenu à me tromper moimême. J'oubliai tout et m'abandonnai naïvement aux sentiments que j'exprimais. Arabelle m'écoutail d'un air incrédule , et repoussait tous mes discours. Sa résistance acheva de m'exalter. Va instant , je m'interrompis pour la regarder à la lueur de la lune qui venait de percer les nuages. Pâle, échevelée , les mains jointes , à demi pliée sur elle-même , dans l'attitude de la Madeleine ' éplorée, elle était belle : je me surpris à l'admirer comme si je la voyais pour la première fois. Le silence^ la nuit, la solitude, la majesté des cimèS alpestres qui servaient de cadre au tableniu, cette blanche lune qui nous baignait de ses molles clartés, cette fière beauté qui voulait mourir, ces vêtements en désordre, ces sanglots étouffés, ce beau sein gonflé de larmes et de soupirs, tout fut complice du trouble de mon cœur. Je la ra-^

menai persuadée d •ouai{ie« Mai» déf^ hhw ivresse était dissipée « et, tandis ^ue je la seatais à mea bras légère et jo]feuset je marehais «orne et eottbre , maiMiissaRt ma Ticteîie , beoleia de ma méprise, et me disant que celle &mme ayait été bien prmnpte et bien facile àee laisser een-

Ne m'accuse pas, aie pitié des eentradictioBS d'un cœur malheureux qui ne ee connaît pas luimême. Éorifr-moi àMiha, o& noM allons | rbiTcr*

KAIU. STfilN a FERNAND PB PETBNEY.

Je t'aime et je te (dains. Je vous plains Vm et l'autre , car le sort d'Arabelle ne me sentie pas moins affreux que le tien. Je plams surloul les deux aimables créatures qui, pour t'aToir ouvert leur vie comme un p<Nrt, ont reçu le contre-coup de Torage qui t'a foudroyé. C'est une piiié, c'est un meurtre d'entraîner amsi dans les désastres de la passion des e&isienees dMl

iecMna'a JMnabrtfléefai qu'M del par «i dei Wdt paiaUet.

^ ne m» ftéoeeafé que de toi; j« «onde ta fotiàM^ jelaoeuseM tous sem pour vo» s'il M <e KMe pa« quelque moyen d'évaiiim et de ftAe. Soin tautiieef rbonneur e»t ton geOlier, et je «e Murau prewire «w moi de te eomeilier vm lâcheté. Seulement qna«i je wis de paraille» Minvagaacet envahir la place dei devoirs sén«x. jeMsauais m'empécâier d'en être révolté. Voilà pourtaM ee qu'à foroe d'en exagérer l'im- POf'wwe, Mtre époque aura fait de l'amour I Vmlà le résultat de toutes ces belles doctrines qw , A ftiroe d'exalter la pasaon , ont attaché des pœds de ceM livres aux aUes de h fantaisie, et ftit 4'an épisode l'histoire de h vie toat entière, ÉÎest-à-Jire d'une disbraetion une tàdie, et d'an P««e^«^ «n martyre 1 El puis nous avons la prétentioB d'av«ir dtvinisé l^roonrl II est très- <rrai que tws pères s'y prenaient autrement ; M aimaiAt^ moins bienî Je ne le pense pas.

Jiieo 4e nowiew tel «0 ftu». Lm voitwes

y roulent , le» tbé&tm y jouent, et le soleil s'y lève absolument comme si tu étais le plus libre et le plus beureux des bommes. Dans ce groupe d'oisifs, de sots et de mécbants qui s'appelle modestement le monde, on s'est occupé, buit jours durant , de ion aventure. Qu'a-t-on dit? que n'a-t-on pas dit? Je te fais grâce des suppositions et des commentaires. Les uns t'ont blâmé, les autres t'ont plaint ; il s'est trouvé des gens pour envier ton bonbeur. Les femmes ont été sans pitié pour Arabelle. C'était inévitable : les femmes n'ont d'indulgence entre elles que pour les faiblesses cachées ; elles redoutent le bruit comme un traître et l'éclat comme un dénonciateur. M. de Rouèvres n'a point reparu ; son bôtel est désert et fermé. On s'épuise encore à cette heure en conjectures sur sa disparition. Ceux-ci présument qu'il est allé prendre du service eu Espagne; ceux-là, qu'il voyage en Orient ; d'autres , qu'il se bat en Afrique. Ce qu'il y a de ceriain, c'est qu'ici nul n'en sait là-dessus plus long que moi, qui n'en sais rien.

Que puis-je pour toi? Dis un mot. Mon amitié

souffre de son repos et s'indigne de son impuissance.

FERNAND DE PEVENET A KARL 8TEIN.

Ta ne peux rien pour ma délivrance , mais tu peux me faire passer une fleur à travers les barreaux de ma fenêtre. Âmi , puisque tu m'aimes et que tu m'es dévoué , aie pitié d'une fantaisie de mon cœur. Si rien ne t'empêche et ne te retient , prends la poste , et va passer quelques jours à Peveney. La lettre ci-jointe t'ouvrira la porte de mon petit manoir et t'y installera en maître. Ce voyage te plaira. Ma Bretagne , belle en toute saison , est belle surtout vers la fin de l'automne. Peut-être aussi te sera-t-il doux de connaître les lieux où j'ai vécu , de vivre où je m'étais promis de vieillir en paix au sein du bonheur. 11 est impossible que tu ne trouves pas quelque charme à visiter le nid de mes rêves envolés. Le coin de terre qui nous parle d'un être aimé en dit plus à notre âme* que tous les monuments consacrés par l'histoire. Quoi qu'il

tHak ifimbloy prtte-loi avec bMtÂMx ^ntm/àklages d'un esprit chagrin. Ta dessines on pai* n'est-ce pas ? Le soir, avant la tombée de la nuit, suis le chemiA qui nèaû à Uond^^enre; rôde discrètement autour du parc ; t&che d'apercevoir, par quelque éclaircie du feuillage » une jeuaè et bloade figure : si tu la ym » mm ses tjraitt M vol, et fixe-les sur un feaUlet de ton aUMun. Ajoute»-; ua croqoi» du chàtea», et glitte le tcNft sous Tenveloppo d'une tettre que ta m'éerifas dan» ma cbambre » près de la croisée, à cette même place où je t'écritaia autfefiMi. Adiève avec la plume l'œuvre de ton crayoïu Ne négtige rien, n'omets pas on détail. Que ceUe leltre apporte àrexilé tous les parfums, tonales r^lels^ tous les éckos de la patrie Isintaise I

KAKL STEIK A SEUfAim BB PB¥EHST*

Je t'écris dans ta chambre,, à la lueur de ta lampe^ les pieds dans tes paatoufles. Mais rqucenons les choses de plus loin. Tu veux des d6tsilS| eavoicié

Le jour même oft je reçus ta lettre qui n'enjoignait de partir, je partis. A Ctîsson, je me fis indiquer la route de Pereney, et me pris à snirre tin sentier qui remonte le eours d^une rivière plus poétique en ses détours que ne le fut jamais te Méandre. Après deux petites heures de marehe, Inaperçus, à mi-côte, dominant une riche yallée et te mirant dans le cristal de ronde, un joli castd que je reconnus aussitôt. Titrai par la griUe du jardm, et présentai ma lettre d'introduction à tes gens. Je soupai, fis un tour de jardin, et m^àllai coucher. Tes dahlias sont magnifiques, et ton ritt de Bordeaux est exquis.

Le lendemain, je me leyai, sinon avec Paurore, du moins assez tôt pour ne pas laisser refroidir te déjeuner qu^on tenait de servir. Une fois à table» je ne pus mVmpècher d'^admirer ce que jei n'avais pas songé à remarquer la veille , Félégance du service et la perspective enchantée que m*onvrait, en guise de fenêtre , une glace sans tain sur la vallée et sur les coteaux. J'aime à voir ainsi , par une heureuse disposition^, le paysage et la salte à manger se prêter des gr&ces mutuelles. Les viuft

en ont plus de parfum, la nature en parait plus belle. Mais elle est triste au cœur de Thôie, Thospitalité à laquelle il ne manque rien que la présence de celui qui la donne ; je me disais : c Que n'est-il là ! > et je me sentais près de pleurer*

Je passai celte journée à visiter ton manoir. Je devinai dans son étui de serge verte le fusil qui effraya si fort W^^ de Mondeberre enfant. Je restai longtemps à promener mes regards autour de la ebambre où s*est noué si fatalement le nœud qui t'étouffe. Pauvre et cher garçon ! c'est là que s'est livrée ta bataille de Waterloo. 11 m'a semblé voir gisant sur le parquet les ailes mutilées de tes rêves et de tes espérances. Mais, ami, tu ne m'avais pas assez vanté les délices de ton ermiiage : tout m'y ravit , si ce n'est ton absence. Puissent l'amour et le bonheur t'y ramener un jour, cher Femand !

Sur le soir , fidèle à ma mission , je pris mes crayons, mon album, et, suivi de tes chiens, je m'enfonçai dans un sentier que je savais devoir me conduire où ton âme habite. Malheureusement, je n'avais pu calculer la distance, et la nuit

descendait déjà des coteaux dans la plaine, que je n*étais point encore arrivé au but de mon expédition. J'entrevis lechàteau dansTombre. Après avoir longé un mur d'enceinte , je trouvai cette petite porte dont tu m'as tant de fois parlé. Je me décidai à Tentr^ouvrir furtivement, non sans émotion ; mais je m'esquivai aussitôt, en entendant un bruit de pas sur les feuilles sèches.

Le lendemain, c'était hier, jour aux aventures I Je m'étais éveillé de grand matin, avec Ui fervente intention de voir lever l'aurore, que je n'avais vu de ma vie que sur les toiles de l'Opéra. J'en avais lu tant de descriptions chez les poètes, que j'étais résolu à profiter de mon séjour à la campagne pour savoir, une fois pour toutes , à quoi m'en tenir là-dessus. Donc , à l'aube naissante, je me jetai à bas du lit et courus à la fenêtre. Le ciel, la vallée, les coteaux, tout, jusqu'à ton jardin, nageait pèle-méle dans un épais brouillard, et je ne distinguai dans ce chaos que ton palefrenier qui étrillait un cheval à la porte de l'écurie. Je regagnai ma couche avec empressement «^ et, quand je me relevai, le soleil avait conquis le

ciel; de h brwie qw Pcofvlonpnt qoetqMS hearM Mpantast, il ne rettail qu'one blanehe fipewr qni floUail sur le falioB eonme une gâie ivâBtparaitd.

J*aiiM te eaapjigiiaBMdéréiD^ Let iom«i* den e» eat fait a» tel abw« qa*ils Font dépooil* Mey àiMt yeai, de son pin» do«i eharoM. leas- Jacques Rousaemit qui fut an grand peintre data tiatare, parce qo'il aimait la nature et qu^iinTait inttaienent a^ec etle^ a créé une école de rapina et de barbomUeurt qni te sent méa dana worn deunine, et n'ont manqué^ pour le Tapproprier» qne d'amour et d'inteU^enceu Je n'aperçoit ta pnygage qu'à tmivra tas fanssea coukurs dont ih l'ont clMHq;é. La brise me récite leurs maayniaaa ptaraaet, et tafanretteme cbanle tanrs méebania vert. (7est ponrqnoi je n'étais pas au chaaspa depuis deux joursquedéjà j'en arasasses. Ajonte que cette maison déserte, qui ne me porta fne de toi, est un tombeau oli, an bootde?ingi<|natoa heures , je me tentais dépérir de tristesse et d^ennui. Rmesemblaiiquetes meubles et tes tamMs, étoMésde me vourk ta place, meregardatast

~ MB-*

dTvBairtoiiniaia» AfrètdéjeuMr, jôMsdMnrfai Mee quelque inqviétiide eomment j*arrifcrait tm mtf «ar je Be mit pM honme à m'égarer en molks rêveries tor le bord des raistcflas» Tasdie qae je me eonsuitaie snr Teinpkn de ma jooniée^ je me souvins du cheval qv*ea cherchanl à dé* couvrir les coursiers derAurore^ j'avais vu étriller à la porte de Féciirie* J'allai le visiter, f aime ka dievaux » quoique n'en usant pas. Celui-ci « bien qu'élégant et fier, me parai doux et fa-* eîle à mener. Ton palefrenier m'ayant assuié que c'était un agneau , j'eus la fantaisie de le monter ei de pousser jusqu'à CUssoii, que je n'avais fsît qu'entrevcûff. Ce fut Fafaire d'un ÎAStant. On selle, on bride Ramponaeau; je meu fe pied à l'étrier» et je para escorté de b meule joyeuse.

D'aboid tout va bien. Rampoonean a*aviaee au pas relevé, à la fois docile et superbe, le ne rerieuapas de mon aisance; j'admire mon adressOt je me erois du sang des Lapithes ou des Centaures* Cependant» au détour du sentier» voiâ que maître RaHi|»enneattt plein d'une ardeur depuia iaog-

temps oisive, et ne reconnaissant pas le poids accoutumé, se livre à de légers exercices moini rassurants que pittoresques ; ce que voyant , je n'imagine rien de mieux que de tirer à moi la bride de toute la force de mes deux poignets» Ramponneau se cabre , tourne 8ur lui-même , se dresse sur ses jarrets de derrière , retombe sur ses pieds de devant, et s'élance au triple galop, encore excité par les chiens qui bondissent autour de lui en aboyant comme des forcenés. Nous allons comme Touragan, franchissant haies, fossés et barrières. Je vois les arbres fuir comme des ombres, et le sentier se dévider comme un écheveau. C'est Mazeppa lancé dans les steppes de rUkraine. Ei)fin , après vingt minutes de course au clocher, homme et cheval, Tun portant Tautre, nous nous précipitons, par une porte ouverte, dans une cour qui retentit aussitôt des aboiements des chiens, qui s'y jettent à notre suite. C'est un abominable vacarme. Ramponneau bat le pavé, hennit et renifle : les chiens du logis que nous venons d'envahir mêlent leurs voix aux concerts de ta meute, tandis que moi , toujours en selle et

toQt étoardi , je cherche à mè remettre d^uoe alarme si chaude.

C'est là qu'en sont les choses, lorsque j'entends le bruit d'une fenêtre qui s'ouvre au-dessus de ma tète. Je lève les yeux et j'entrevois une figure qui disparaît pour venir à moi. C'est une femme belle encore , au noble maintien , au grave et doux visage. En l'apercevant , j'ai mis pied à terre. Elle s'avance , les traits épanouis et la bouche souriante. Je crois démêler que je suis l'objet d'une méprise. En effet, à quelques pas de moi, elle s'arrête, pâlit et se trouble. J'en fais autant de mon côté ; je la salue gauchement, et nous restons à nous regarder l'un Tautre avec embarras. Je ne sais que dire ni qu'imaginer, Iorsqu*en cherchant au ciel une inspiration, je découvre à travers une vitre un jeune et blond visage qui m'observe avec curiosité. C'est un éclair. Je comprends tout. Ramponneau m'a conduite mon insu dans la conr d'un château dont tu lui as appris le chemin ; celte femme, c'est M"* de Mondeberre; ce blond visage, c'est Alice; moi, je èuis le jra;on éteint d'une espérance évanouie.

Ottirf tout fiH 6i|»lM|i»i U «ae f 0Qt idé H"^* de Hondeberre d'agréer mes ei4»86$, je moalw aie reiwer ; mm la chàtelauie m» i^etisl. % V«os 4tei ramido M* de PeveEej.jne Nielle; (^mettez ^e je prc^le du hasard fui veaa a <«idwl pièa de moL D'ailleiirs, vous éiea non priaoDiiier, » ajo«ta-t«dle ea aornanl. Tu peuaes bien fue je ne résiatai guère k tanl de gràee e( 4e [MéTeuanee. Je dkiai au ehâleau et b9 releiir- ■ai k PeTeuey que le eoir*

Ami» j'« P^^ Ut quelques heures que je ià*oo< Vkm de mk vie. Je voudrais te parler des deux a«ges« uiaÎB je n-ose, ear je «nûadraîs d'irriter tes dotieurs «t de redoubler m regrets» Je sens pettriant qu'il faut que je réponde à toutes les questiens que m'adresse ton eœur impalfieut.

tP* de Mondeberre m'a paru ^avo« irîste et ière. Bile était v£tae d'une robe de soie grise monfaaie, pareilkà une amazone, moins la jupe traînante ; la torsade d'un tablier de moire noire eotourajt sa taille élégante et souple; elle portait un ciA blanc et plat tout uni avec des manchettes égalent urnes et pii^ idieTdeiBtftepoiyael

et déeMmmi raristoennî^M UasdiMir é'wmè OM» fine et allongée* Ses eiievein Ueiide, WÊêgAfi^iMMent tord«6 el noiite denière la lAce » €• raliaieeaiiOBt aur eon front en bandeaiu légèro* ■Mmt renflée ten les tempes. Un brodeqow de eoQtil gris pressait son pied étroit et eamM* A la façon dont elle m'a roçn, j'ai cru cemprendre ^e Wde Hondeberre m'^ ronlait seoèleiienl de ne pas être nn autre qne moi-même. Elle n*a pas prononcé ton nom, et chaque fois qa*il a élé faestion de toi, olle est restée impassible «l mnette. D'aiOears, li^* de Hondeberre ne mVi parlé de toi qo*avee nne exeessife réserve ; j*y metim moi-même nne discrétion qu'il te sera bien aisé dlmaginer: de sorte que Tunique pensée de nos trois cœoM fut en apparence ce qui nous préoccupa le moins. Quand nous nous mInMs à table, je devinai le regsrd d*AUce qui te cherdiait à ta place vide. Après dkier, H. Gaston de B... rayant priée de se mettre au piano, die s'en défendit en disant qu'elle n'avait joué ni chanté depuis près de trois mois. Le cousin ayant insisté, de guerve lasse IPi* dn MonMiem cssaja 4e

chanier en ^'accompagnant ; mais , au bout de quelques mesures, elle s'interrompit brusque* ment, se leva, et revint s^asseoir près de sa mère, qui la pressa contre son sein avec une expression de tendresse indicible. Ce sont deux âmes qui s'entendent et se comprennent en silence.

M. de B... ayant pris à part W^^ de Mondeberre pour s'entretenir avec elle, je restai près d'un quart d'heure en tèie-à-tête avec Alice. Je réussis à l'apprivoiser. Tout en causant, je feuilktais un des albums qui couvraient la table du salon ; j'y trouvai, sur un coin de carton de Bristol , un petit dessin signé du nom d'Alice et représentant le château de Mondeberre vu du côté de la prairie. J'amenai doucement la belle enfant à me l'offrir comme un souvenir de la gracieuse hospitalité de sa mère, et je la priai d'accepter en échange un croquis de Decamps que j'avais dans mon portefeuille. Le reste de la soirée fut employé à visiter les lieux que j'avais appris à aimer longtemps avant de les connaître. Toutefois , je dois convenir que la fraîcheur de la soirée nuisit quelque peu à la sincérité de mes émotions.

Entre neuf et dix heures , je me retirai eu compagnie de M. de B.... qui fit route ayec moi jusqu'à Peveney. Quelque bien que lu m'aies écrit de ce genlilhomme un soir que tu venais de découvrir avec enthousiasme qu'il ne pouvait épouser sa cousine sous peine de bigamie, quelque estime que je fasse de lui d'ailleurs, je ne saurais pourtant m'empécher de reconnaître que M. de B... possède un des défauts (à moins que ce ne soit une qualité) les plus antipathiques à ma froide nature. C'est un cœur banal, un esprit indiscret , une âme en plein vent. Pareils aux vases fêlés qui ne peuvent rien garder, il est des hommes dont la vie est un épanchement perpétuel ; leur confiance est à qui les écoute. En dix minutes, on fait plus de chemin dans leur intimité qu'en dix ans dans une affection véritable. Ils se livrent à tous sans discernement et s'en vont de porte en porte racontant de droite et de gauche leurs affaires et celles de leurs voisins , si bien que les connaissances d'un jour s'étonnent de jouir auprès d'eux de tous les privilèges d'une ancienne amitié, tandis que Tamitié s'indigne de

Bd fét piMitttte àttpMnib^ éttasgèr qtti pMe. Je n^aime pM ces hommeê-là, ^ M. de B... en est on. Noos n'uvioi» pM gagâé le «entier éa bord de Teàa qa*il m'appdbit «en cher àmi et aie prouvait que ce n'étaft pas tin vahi litre. X pmne étioDS-nottt à lin quart de 8eue du tbàtean qttll %'oceupatt déjà de m'en dévoiiél* les mystères. Ainri j'ai dû enlendte loul ait long riiistoît^de la châtelaine depuis la motide ton mari; Sa résohition de vivre dans la t^sraite ti d'y élever Son enfant , les démarches infinctnettses de sa famille pourT^ arracher, son refus consttmt de se remarier; tout ce gradeUx poème que je «avais déjà , M. de B... me l'a chanté en prose médiocrement poétique. Cet homme n'^ rien compris de ce qu^l y a de charmant dans la vie de cette chaste veuve qui s'enferme à vingt ans pour vieillir fidèle à l'époux qui n'est plus et se vouer tout entière à l'unique fruit d'un amour que la mon â fsiii étemel. H* de B... n'a vu dans ce veuvl^ •obstiné qu'une bizarrerie de caractère qu'il ne se tîharge pas d'expliquer. Je ne sais rien de phs déseachantaiA que de «oumettre à «a euKen «n

pea 9érîeax la plupart de ces bemmea ^*di appelle des gens du monde. On ae laisse volontiei« prendre à la gr&ce de leurs manières ; mais ({n'en t^me de gratter la couche Inrillattle dt vernis qui les couvre, on est tout surpris de ne trouver dessous que le métal le plus vulgaire.

Pour en revenir aux indiscrétions du beau ^cousin, en voici quelques-unes qui t^iniéressenmt peut-être. Depuis deux ou trois mois , rhumear, le caractère et la santé de M*^ de Mondeberre se sont visiblement altérés. M. Gaston de B..., profondobservateur et merveilleux psychologiste, assure qu^il faut marier cette enfant. Il tourmente M""* de Mondeberre pour ^*elle se décide à conduire sa fille dans le monde ; mais la fille ne paraît pas s*en soucier non plus que la mère. Quoi qu'il en soit , Gaston s'est mis en tète qu'il marierait sa jolie cousine. Il ne se passe point de semaine qu'il n'aille une ou deux fois au château proposer ou indiquer à M** de Mondeberre quelque nouveau parti pour Alice. Malheureusement Alice a déclaré qu'elle ne voulait pas voir l'ombre d'un prétendant, et, de son côtèi BP>^de Monde-

berrene montre nul empressement à connaître le bois dont on fait les gendres. M. de B... ne se lasse point de revenir à la charge, bien qu'on lui réponde chaque fois : c Cousin, que voulez-vous! nous sommes heureuses ainsi ; allez porter vos maris ailleurs. >

Ne voulant point partir sans prendre congé des deux anges, je suis retourné aujourd'hui an château. Ha visite a été courte. II n'a guère été question de toi , mais W^ de Mondeberre a caressé tes chiens et flatté de sa main Tencolure de ton cheval. Tu trouveras ci-joint , avec le dessin d'Alice , un croquis à la mine de plomb que j'ai tracé de souvenir,^ d'après sa personne. La ressemblance est à peine indiquée ; ton cœur l'achèvera.

Bionda testa, occhi azzurri, e hrunno ciglio. J'ajoute à cet envoi un brin de bruyère rose qui s'est détaché d'un bouquet qu'en causant hier avec moi , M^^® de Mondebeare mordillait et broutait comme une biche. Je n'ai jamais donné pour ma part dans ces faiblesses du sentiment; mais je les respecte et les sers au besoin.

Ma mission est remplie. Je pars demain au point du jour ; j'ai hà(e de revoir mon ruisseau de la rue du Bac. Adieu, ami ; je n'ose ni ne dois te conseiller Fespérance. Cependant ta place est gardée, et la voix mystérieuse qui te poursuit dit vrai : Le bonheur est ici qui t'attend.

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