‹ La chasse dans la vallée du RhinChapitre 9 sur 12 · EN · texte numérisé non relu

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11 est à présumer que le vieux dicton : « Changeant comme les flots,» — a été inventé par les habitants des bords du Rhin. Ce grand fleuve, capricieux comme une jolie femme, a souvent changé de lit et a couru bien des bordées sur les terres de ses voisins. Tout le long de son trs^et, entre Bâle etMayence, l'on rencontre une foule de petits cours d'eau accessoires qu'il a jetés à droite et à gauche, comme des enfants perdus, et qu'on appelle , non pas les lils, mais très-improprement les bras du Rhin.

Ces petits Rhin, après avoir vagabondé dans la plaine , viennent rejoindre le grand fleuve, formant ainsi des lies qui souvent mesurent quelques kilomètres carrés de superficie. Les unes ne sont que de simples bancs de cailloux.

mais d'autres présentent un aspect varié et pittoresque: rives escarpées, plages de sable fin, saules séculaires autour des prairies, bois touffus de chênes et de sapins, champs cultivés sur les points élevés où ne peuvent atteindre les inondations. Les plantations de saules dominent afin d'oflrir les fascines nécessaires pour les endiguements, car depuis une vingtaine d'années l'on a exécuté d'immenses travaux pour mettre un terme aux ravages du Rhin.

Le vieux fleuve a l'air de se laisser faire , il accepte les entraves qu'on lui pose, il fait semblant d'être dompté; mais parfois, quand la sève printanière coule dans ses veines, il se réveille soudain, rompt ses liens, recommence ses débordements, arrache les saules séculaires et enlève des hectares entiers qu'il engloutit dans ses eaux mugissantes.

Les lies du Rhin sont peuplées de toute espèce de gibier. Le faisan y abonde , surtout en automne, quand l'eau devient rare dans les grands bois de la plaine. Le chevreuil adore les clairières et les fourrés qu'il y rencontre ; le sanglier y trouve les plus belles bauges. Le lièvre vient demander aux lies la quiétude qui

lui manque dans les cantons du rivage ; la perdrix leur doit un asile presque inviolable au mois de septembre, quand la plaine est couverte de bandes d'assassins.

A tous ces titres les lies du Rhin constituent un terrain bien favorable aux exploits cynégétiques, mais une grande difficulté s'y rencontre : c'est la multitude des petits cours d'eau qu'il ftiut traverser les jours de battue. Ces cours d'eau sont rapides , profonds , entrecoupés de vieilles souches d'arbres qui depuis des centaines d'années servent de retraite aux perches et aux brochets. Ce n'est pas une petite affaire que de Aranchir tous ces ruisseaux, et bien souvent l'on a dû renoncer à une chasse qui promettait de splendides résultats.

Cet hiver les eaux ont été très-basses. La désolation régnait dans tous les moulins d'alentour, mais les chasseurs en ont profité pour explorer les îles du Rhin. L'on a pu passer à pied sec, ou tout au moins à gué, tous les vieux bras du Rhin, et le gibier a payé cher cette pénurie aquatique.

J'assistais, il y a quelques Jours, à Tun de ces petits épisodes de chasse dont le pinceau de

Haffner et le crayon de Lallemand ont plus d'une fois formé le sujet d'un gracieux tableau de genre.

Une douzaine de chasseurs et de gardes traversent un de ces cours d'eau dans les îles du Rhin. Les chasseurs qui ont des bottes bien hautes et bien graissées passent à gué; les autres sont tirés d'embarras par quelques confrères complaisants qui renouvellent pour eux le miracle de la mer Rouge en les faisant arriver pieds secs sur la terre promise. Les malheureux rabatteurs n'en sont pas quittes aussi facilement; ils sont obligés d'entrer dans les eaux glacées et un faux pas peut changer pour eux le bain de pieds en bain complet. La scèD« est animée par les chiens qui passent et repassent vingt fois et viennent se secouer le poil sur les habits de leurs maîtres.

Tout cela a l'air d'une expédition guerrière. La colonne s'avance, les ftisils brillent, on sent la poudre, le plomb siffle , l'ennemi se sauve ; mais heureusement les familles des morts n« réclament pas de pensions et les écloppés n'obtiennent pas la moindre médaille.

LA

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