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LA FORÊT DU GAVRE

Aux portes de la petite ville de Blain, ancienne baronnie des Rohan, au duché de Bretagne, la forêt du Gâvre couvre de ses massifs de futaies un grand plateau de 4,500 hectares. Neuf larges allées se réunissent au centre de la forêt pour former une vaste esplanade, que les forestiers ont appelée le Rond, et qui sert de rendez-vous de chasse. Les lignes du Nord, de Carheil, de Blain, du Gâvre, des Malnoës, qui toutes aboutissent au Rond, sont les principales artères de cette belle forêt.

A l’époque où Louis-Philippe fit acheter au duc d’Aumale la terre des Coislin, Carheil, il voulut acquérir, dit-on, ce domaine de la couronne:

On estima à 12,000,000 les futaies du Gâvre, et la forêt resta la propriété de la couronne de France.

Depuis lors, les futaies ont continué d'être régulièrement exploitées, et le Gâvre a conservé ses grandes étendues d’arbres séculaires.

Du milieu de ce vaste plateau, des sources vives surgissent çà et là, et, joignant leurs eaux à l’écoulement naturel du sol, alimentent une grande quantité de canaux qui, rarement à sec, même l’été, donnent naissance pendant l’hiver à une multitude de petits cours d’eau. Avant de sortir de la forêt pour former la rivière du Gâvre, ils se réunissent dans les enceintes mouillées de la Madeleine, situées à l’est de la forêt, pour se jeter près de Blain dans le canal de Brest.

J’ai déjà dit, dans la Chasse du chevreuil, que le grand écueil du

QUELQUES SOUVENIRS D’UN VENEUR

Gâvre, le seul même très sérieux, consistait dans ses nombreux cours d’eau, serpentant doucement sur un lit de cailloux, entre des berges très proprement entretenues, et dont le peu de profondeur, en temps ordinaire, permet aux chevreuils de les remonter aussi facilement que de les descendre.

Aussi, nombre de veneurs ont-ils été rebutés par cette difficulté, et la chasse du chevreuil dans une forêt où de tout temps on avait forcé des cerfs, des sangliers et des louvards, passe-t-elle à bon droit pour assez difficile.

Un de mes beaux-frères avait loué, il y a quinze ans, la forêt de Saint-Gildas-des-Bois, à 16 kilomètres du Gâvre. Notre séjour prolongé dans cette partie de la Bretagne nous donna l’idée de chasser quelques chevreuils au Gâvre.

Notre premier début fut heureux.

Attaqué au pont de Curin, à l’extrémité sud du Gâvre, un vieux brocard longe le périmètre de la forêt sur les bordures de Chassenon, rendez-vous de chasse de M. le baron de Lareinty, saute sur la route de Blain, et se harde avec deux chevreuils frais. La meute hésite, les chiens de change s’arrêtent et refusent la voie ; c’était au temps où je possédais l’excellente Bellone, si fine, si intelligente, qui, sans hésiter, chassait X accompagner , quand elle avait connaissance de la présence de son animal. Le brocard, déhardé au bout de vingt minutes, se dirige du côté des enceintes de la Madeleine ; il a pris une certaine avance ; pendant près de deux heures, notre peu d’expérience des canaux du Gâvre rend inutile tout travail. Le brocard, après avoir suivi plusieurs canaux, était arrivé à une bifurcation; pendant près de 2 kilomètres, il avait remonté le cours paisible de l’un d’eux. Ce ne fut qu’en prenant nos grands devants qu’un de nos bons chiens le relança à quelques mètres de la grand’route de la Turballe, près des Malnoës, à l’extrémité nord de la forêt. Le brocard, ramené vivement vers le Rond, passe par le Chêne-

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