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CHAPITRE PREMIER

DE LA VÉNERIE EN GENERAL

Jacques du Fouilloux, gentilhomme poitevin, offrant à Charles IX son célèbre traité de vénerie, s’exprimait ainsi :

c( Pour ce qu’il m’a semblé, sire, que la meilleure science que nous puissions apprendre, après la crainte de Dieu, est de nous entretenir joyeux, usant d’honnêtes exercices, entre lesquels je n’ai trouvé aucun plus noble et plus recommandable que l’art de la vénerie. »

Un siècle plus tard, le grand roi ne dédaignait pas de conseiller à son petit-fils, Philippe V, l’usage de la chasse, « le plus innocent et le plus noble de tous les délassements royaux. »

Aussi voyons-nous dans notre beau pays de France l’art de la vénerie, art dans lequel, nous pouvons le dire avec orgueil, jamais aucun peu-

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pie ne nous a égalés, de tout temps en honneur près de nos rois, de nos gentilshommes et seigneurs, de nos paysans même.

Nos vieilles chroniques nous ont conservé les noms et souvent les exploits des rois francs de la première et de la deuxième race. Qui de nous ne connaît le tendre attachement du bon roi Dagobert pour ses vaillants chiens ; la passion de Charlemagne et de ses successeurs pour les nobles dèduicts de la grande vénerie ; les récits des grandes chasses d’automne de Louis le Débonnaire, écrits par Eginhart; la fin prématurée de Louis d’Outremer, mort à Reims d’une chute de cheval, en courant un vieux loup lancé dans les environs de la ville de Laon?

Les Capétiens ne le cèdent en rien aux rois des deux premières races.

Saint Louis, l’éternel honneur de la France et de nos rois, ramène de la croisade une meute de chiens de Tartarie, qui garderont pendant des siècles le nom du plus illustre de nos rois, ce chiens gris de Saint- Louis ».

Philippe le Bel, chassant le sanglier dans la forêt de Fontainebleau, fait une chute dont il meurt (1314). Gilles de Rougeau avait été établi par lui premier louvetier de France en 1308. — Sous Charles le Bel, paraît le livre du roi Modus; la vénerie se perfectionne, sa langue se forme et s’enrichit.

Charles VI crée le sire de Gamaches grand fauconnier de France.

Louis XI, pendant son séjour au Plessis-lez-Tours, chasse dans cette belle forêt de Chinon, pleine aujourd’hui encore des souvenirs du roi : L’allée de Louis XI, le carrefour de Louis XI, la maison de Saint-Benoît où le vieux roi fut transporté mourant à la suite d’une chasse au cerf, éternisent la mémoire de ses hauts faits cynégétiques, et témoignent de son ardeur pour ce noble exercice. Louis XI a été le premier veneur de son temps ; ses équipages de chasse étaient magnifiques et entretenus avec le plus grand soin. Louis XI demanda à être inhumé à Cléry, dans un

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tombeau de cuivre, en costume de chasseur, le cornet au côté : nous avons de lui « les Dicts du bon Souillard, qui fut au roi Louis onzième de ce nom ».

Louis XII hérite des goûts de Louis XI ; il eut une vaillante meute de chiens gris de Saint-Louis, et lui-même nous a tracé l’histoire du fameux chien Relais, qui, pendant onze ans, remplit de ses exploits les terrains de chasse du bon roi Louis XII surnommé le Père du peuple. François Ier bâtit pour ses rendez-vous de chasse Fontainebleau, Saint-Germain-en- Laye et enfin la merveille de l’architecture de la Renaissance, le château de Chambord.

Charles IX dicte à Villeroy sa chasse royale ; Jacques du Fouilloux lui dédie son célèbre traité, la Vénerie, ouvrage qui fixe la science et en règle les éternels principes.

Henri IV était aussi bon veneur que grand capitaine : il entretenait avec grand soin ses superbes chiens blancs greffiers du roi, enviés des souverains du monde entier. Ce fut lui qui envoya sur sa demande à Jacques Ier, roi d’Angleterre, avec une meute de ses excellents chiens greffiers, MM. de Beaumont, du Moustier et autres veneurs français pour enseigner de nouveau aux seigneurs anglais les vrais principes de l'art de la vénerie.

Louis XIV institua une splendide vénerie composée de sept équipages. Pendant que le roi chassait le cerf, le grand dauphin chassait le vieux loup; la passion de la chasse était alors générale; ce fut le temps des plus belles meutes de France.

Louis XV passe à bon droit pour le premier veneur de son temps : c’est de son règne que datent la plupart des fanfares composées en grande partie par le marquis de Dampierre. Sa vénerie comprenait deux meutes pour le cerf, la grande et la petite meute. Quelques auteurs accusent ce prince d’avoir importé quelques chiens anglais ; nous verrons plus tard qu’il y avait bien loin de ces chiens blancs de race royale, donnés à

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Jacques Ier, à ces foxhounds actuels sans voix, sans finesse, sans amour de la chasse.

Sous Louis XVI, la vénerie fut diminuée de moitié; le cataclysme de 93 noya toutes les meutes dans le sang de leurs maîtres.

Barras, membre du Directoire, se rappelant son origine de gentilhomme, eut, en France, la première meute, après la chute de Robespierre.

Bonaparte enfin rétablit la vénerie, et, devenu plus tard Napoléon Ier, confia la charge de la vénerie impériale au prince de Neufchâtel.

La vénerie royale avant le règne de Louis-Philippe brilla encore d’un certain éclat sous la Restauration. Le duc de Bourbon, fidèle aux traditions des Condés, eut à Chantilly le premier équipage de France. En 1828, ses états de vénerie portent à 90 sur 92 le nombre de cerfs forcés, et, en 1829, il prend 122 sangliers sur 124. Ce fut le dernier représentant de ces grands veneurs de race royale qui portèrent si haut en Europe le renom des chasseurs de France.

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