‹ La chasse du chevreuilChapitre 5 sur 28 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Avant de donner mon avis sur la question si délicate et si controversée du chien courant le meilleur pour forcer régulièrement le chevreuil , je demanderai au lecteur la permission de tracer l’histoire succincte de nos races françaises les plus célèbres.

Je diviserai ce travail en deux parties :

i° Races éteintes ou à peu près;

2° Races existant actuellement.

RACES ÉTEINTES

Les cinq principales races totalement éteintes ou à peu près peuvent se classer ainsi : chiens gris ou fauves de Saint-Louis, chiens normands, chiens bas-poitevins improprement appelés de nos jours chiens de Vendée, chiens de Saintonge, chiens du haut Poitou.

§ i. — Chien gris de Saint- Louis.

<( Le roy Sainct Louis, estant allé à la conqueste de la Terre-Saincte, fut fait prisonnier ; et comme entr’ autres bonnes choses', il aymoit le plaisir de la chasse, estant sur le point de sa liberté, ayant sceu qu’il y

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avoit une race de chiens blancs en Tartarie qui estoit fort excellente pour la chasse du cerf, il feit tant qu’à son retour il en amena une meute en France; ceste race de chiens sont ceux qu’on appelle gris, la vieille et ancienne race de ceste couronne. »

(Charles IX, Chasse royale.)

Cette race disparut sous Louis XIII, qui possédait encore un équipage de chiens gris de Saint-Louis pour le lièvre. La dernière meute pour le cerf fut celle du comte de Soissons.

Le plus célèbre des chiens gris de Saint-Louis fut, sous Louis XII, le fameux Relais, qui, le jour de sa mort, à l’âge de treize ans, arriva le premier à l’hallali d’un cerf dix cors. Louis XII écrivit la biographie de ce brave chien, et Guillaume de Sable lui composa son épitaphe :

Mon poil, qui estoit gris, tiroit fort sur le brun,

Qui de la vieille race est le poil plus commun ;

J’avois le dos râblé, jarrets droits, jambes souples,

Qui plus, au laisser-courre, allois toujours sans couples, etc.

Laissons encore parler Jean du Bec-Crespin, qui décrit ainsi les chiens de Saint-Louis :

((. Je fais un grand cas des' chiens rougeastres brûlés; ce sont chiens qui se mettent à toute heurte, ils chassent en tout temps; ils ont ordinairement la queue grosse et le poil gros; ils sont courageux, c’est tout feu, et semble que ces chiens le vomissent ; ils ont les yeux rouges avec cela; croyez qu’ils' sont, de leur nature, prompts, légers, ardents; qu’ils veulent tousiours estre en exercice, s’ennuyant au chenil, ne sont jamais las ni morfondus, vrais chiens de gentilshommes qui les mettent à toute heurte, et qui chassent à toute heure : ce sont chiens qui pourchassent, qui ne craignent point les forests ny le mauvais temps ; ce sont chiens pour chasser un cerf qui fait en hiver de longues fuites. )) ( Antagonie du chien et du lièvre, Jehan du Bec, 1593.)

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C’est là la physionomie du chien tel que les tapisseries du xvf siècle nous l’ont conservé.

Il existait alors deux variétés de chiens de Saint-Louis : les chiens gris sur le dos avec le reste du poil couleur de lièvre, et les gris argentés. Cette excellente race est, je crois, complètement perdue.

§2. — Chiens normands.

Originaire de la province de Normandie, cette race a été de tout temps fort estimée et à juste titre.

De haute taille, très fin de nez, doué d’une gorge superbe et d’un fond extraordinaire, le chien normand a été très employé par la vénerie royale pour créer d’excellents limiers.

La Normandie a toujours été une terre classique de chasse. Nous avons cité quelques noms des plus célèbres veneurs du temps passé ; possesseurs de cette belle race de chiens, ils forçaient, en mettant beaucoup de temps toutefois, le cerf et le lièvre, et ne craignaient même pas d’attaquer le loup.

Nous avons encore en Normandie d’excellents veneurs et de parfaits équipages : il me suffira de citer MM. de Chambray, de Vatimesnil, d’Onsembray, Le Couteulx de Canteleu (j’en oublie, et des meilleurs), pour prouver que le goût de la vénerie ne s’est pas éteint dans cette riche province.

Je ne crois pas que ces messieurs chassent le cerf avec des chiens de race normande ; leurs chiens ont-ils même du sang normand dans les veines? C’est ce dont je doute fort.

La vieille race normande était grande et fortement membrée, de couleur tricolore, souvent orangée, avec une tête osseuse, un nez large et carré, la face couverte de rides, la lèvre pendante; l’oreille était mince

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et papillotée, attachée assez bas. Comme construction, le normand était assez lourd; son rein était large, ses épaules un peu chargées; l’ensemble était cependant fort et harmonieux. Le normand était lent, mais fin de nez, collé à la voie, très bien gorgé, bon rapprocheur, mordant, très chasseur et facile à créancer, mais peu intelligent. En somme, pour chasser le cerf moins d’une journée, avec les types que j’ai pu voir aux expositions de Paris, il eût fallu infuser au chien normand un peu de sang plus énergique. Quant au chevreuil, qui veut être par moments serré à fond, je crois que le normand n’eût pas été capable de le forcer habituellement.

Je ne sais s’il existe aujourd’hui quelques échantillons dépuré race; je me souviens d’avoir vu, à une des expositions canines de Paris, une meute de bâtards normands appartenant à M. de la Broise : les connaisseurs semblaient préférer nos bâtards haut-poitevins et de Saintonge.

J’ai vu aussi à Virelade un essai de croisement entre le chien saintongeois-gascon et la lice normande. L’essai laissait à désirer; il n’a pas été poursuivi.

§3. — Chien dit bas Poitou ou chien blanc du roi, improprement appelé de nos jours chien de Vendée.

Le Poitou, le bas Poitou surtout, a été de tout temps la terre classique de la chasse. C’était du Bocage que sortaient autrefois les plus belles meutes de France. Il suffira de nommer le célèbre Souillard, père des chiens blancs greffiers du roi, pour établir le mérite de la vieille race du bas Poitou. Avant la révolution, les gentilshommes de ce pays avaient formé une réunion qui s’appelait la Société de la Morelle, du nom d’une vieille gentilhommière existant encore près de la Chaize-le- Vicomte.

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Présidée par M. de Guerry de Beauregard, elle comptait alors dans son sein l’élite des chasseurs du pays : MM. de la Rochejaquelein, de Lescure, Baudry d’Asson, de Maynard, de la Bretesche, de Grignon, des Nouhes, de Chabot, de Béjarry, de Chasteignier, de Tinguy et bien d’autres, au moment où éclata la tourmente du siècle dernier. J’ai souvent entendu raconter au général comte de la Rochejaquelein qu’il tenait de M. de Guerry, son beau-frère, que presque tous leurs chiens étaient de change ; d’une taille très élevée (il y en avait qui mesuraient jusqu’à 28 pouces), de couleur blanche, avec parfois de légères taches orangées; d’une construction élégante et légère, entreprenants, énergiques, ces vaillants chiens étaient regardés comme les meilleurs de France.

M. de Guerry possédait un chien fameux entre tous, le petit Candor , ainsi appelé parce qu’il ne mesurait que 25 pouces. Il offrait de parier que son chien détournerait tout seul du milieu d’une harde nombreuse le cerf dont on lui aurait donné la voie le matin, et qu’il le prendrait de meute à mort , lui seul avec Candor.

Hélas! ces braves chiens, l’orgueil de la vénerie poitevine, ont disparu sous les ruines sanglantes de la Vendée! Qu’en est-il resté? Le général de la Rochejaquelein nous a souvent dit que M. de Vaugiraud avait conservé comme par miracle, pendant la guerre de la Vendée, un chieti de cette race, et que, croisé avec des briquettes du pays, à gros poil et à poil ras, il était devenu la souche des chiens appelés actuellement chiens de Vendée. M. Roy de la Merlatière a longtemps possédé les plus beaux et les meilleurs croisements, devenus depuis la souche de ces chiens dits de Vendée.

Depuis lors , on a croisé ces bâtards de briquets avec des chiens blancs du haut Poitou; on a même infusé dans leurs veines un peu de sang anglais. Un de nos habiles éleveurs vendéens, M. Baudry d’Asson, a réussi à maintenir dans ces croisements une très belle meute qui rap-

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proche un peu par la couleur du vieux type bas-poitevin que nous avons si malheureusement perdu.

Quant au mérite de la vieille race du bas Poitou, laissons la parole à Gaffet de la Briffardière dans son Traité de vénerie :

ce Ils sont tellement estimés en France que le roi, les princes et les seigneurs n’en ont guère que de ce poil dans leur meute. Ils chassent de meilleure grâce que les anglais (les fox-hounds sans doute), ont une menée bien plus belle et font bien plus grande diligence dans les forts et les fourrés; enfin ils gardent bien plus rigoureusement change, pourvu qu’ils soient, par exemple, bien formés et bien conduits; ils requêtent bien mieux : leur seul défaut est peut-être de s’emporter en chassant et de s’écarter plus que les anglais, parce qu’ils ont aussi plus de feu. Au reste, ils vont partout également vite et à toutes jambes; quand ils sont sur un retour, ils reviennent la queue sur le rein et requêtent avec toute l’ardeur possible pour retrouver les voies de leur cerf, et, lorsqu’ils sont sur la voie, ils crient et chassent à grand bruit. Enfin je crois ces chiens aussi sages lorsqu’ils sont formés par d’habiles gens, et peut-être plus propres à garder le change, que les anglais. J’en ai fait toute ma vie l’expérience, non-seulement dans la vénerie du roi, où il n’y avait autrefois que des chiens français et tout blancs , mais encore dans toutes les meutes des seigneurs et princes de mon temps, et je puis assurer que, quand ces chiens sont une fois réduits, on en fait tout ce que l’on veut. J’en ai vu souvent à la chasse garder le change presque tous ensemble ; je les ai vus séparer un daguet d’avec des biches, démêler un cerf, qu’ils avaient chassé tout au plus pendant deux heures, de quantité d’autres cerfs dont il s’était accompagné, et, après l’avoir démêlé, le suivre sans le perdre un instant, le pousser à bout et le prendre. J’ai vu à Compiègne, où le change est difficile à garder, sur soixante chiens ou environ, plus de quarante garder le change : quoiqu’il bondît à tous moments quantité de cerfs devant eux, ils ne faisaient que tourner le nez et passaient outre

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sans se tromper de voie. Malgré leur vivacité, j’ai pourtant vu des meutes entières toutes composées de ces chiens blancs, et deux particulièrement, dont l’une appartenait à M. le duc d’Elbeuf, qui gardaient le change admirablement dans les forêts les plus abondantes en cerfs. ))

On reproche aux vendéens de nos jours de manquer de santé et de fond, de se relayer en chassant, de bricoler parfois, de s’user assez promptement, de manquer de gorge : ce reproche est fondé ; ces défauts s’expliquent naturellement par le sang de briquet qui coule encore dans leurs veines. M. Baudry d’Asson a intelligemment modifié ce vice en introduisant dans ses chenils des chiens du haut Poitou blancs et orangés, et en y ajoutant un peu de sang anglais; aussi l’avons-nous vu prendre gaiement cerfs et chevreuils, même sans relais, résultat qu’il eût été très difficile d’obtenir avec les chiens dits de Vendée.

La vieille race delà Morelle était splendide : le front large, la tête expressive, les yeux gros et intelligents, l’oreille fine, mince, papillotée, le poil court, le fouet effilé, la poitrine profonde, la patte de lièvre, le rein plat et large, parfois un peu long, qualité favorable à la vitesse, nerveux, suffisamment musclé, blanc, rarement orangé, de taille superbe, tel était l’ensemble de ce magnifique animal.

Quant à ses qualités morales, aucun chien ne chassait plus brillamment, ne rapprochait plus vivement, n’avait plus d’ardeur, d’intelligence et d’habileté. Le bas Poitou était dans ce temps-là très peuplé de grands animaux, les réunions étaient nombreuses; c’était à qui amènerait au rendez-vous les plus beaux et les meilleurs chiens : cette émulation encourageait l’élevage, et l’intelligence du chasseur maintenait la race belle et pure. De notre Bocage sortaient les meutes les plus renommées ; l’ancienne vénerie royale en était exclusivement composée.

Ces traditions se sont encore maintenues en Vendée dans quatre ou cinq équipages qui élèvent les meilleurs chiens de France peut-être, et, en tous cas, les plus aptes à la chasse du chevreuil.

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§ 4. — Chien de Saintonge.

Nous ne connaissons guère cette vieille race, autrefois si recherchée, que par ses derniers descendants conservés avec soin jusqu’à ces dernières années par le célèbre chasseur de loups des environs de Saintes, M. de Saint-Légier.

Jaloux de la pureté du sang de ses chiens, M. de Saint-Légier n’en donnait jamais , et n’introduisait dans ses chenils aucun sujet étranger. Erreur double qui devait amener par suite la dégénérescence complète. Ce n’est pas ainsi que les Anglais, passés maîtres dans la science de l’amélioration des races, procèdent pour créer et fixer les splendides espèces d’animaux perfectionnés qui peuplent leur pays. M. de Saint-Légier avait sous la main les éléments les plus propres à assurer la durée de la race de Saintonge : il était entouré de bons veneurs possédant des chiens bleus, dits de Foudras, sortis évidemment d’un croisement gasconsaintongeois. Il fallait aller à cette source, retremper, vivifier le sang de Saintonge appauvri par l 'in and in répété : sur six chiens sortis de ce croisement un ou deux du moins se seraient rapprochés du type pur de Saintonge; gardés précieusement comme reproducteurs, et croisés encore avec un chien saintongeois de race pure, à la deuxième génération le type eût été retrouvé, le sang régénéré, et la vieille race eût été restaurée.

De nos jours, M. Joseph de Carayon-Latour, heureux possesseur des débris de la meute de M. de Saint-Légier, a eu l’excellente idée de continuer les errements de Msr de Foudras, premier auteur du croisement des saintongeois et des gascons. Il a obtenu des chiens superbes; il a même conservé la couleur blanche et noire des chiens de Saintonge, en éliminant rigoureusement tous les chiens qui naissaient bleus. Grâce à

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son intelligence et à son esprit de suite, il est arrivé à conserver à la France une race précieuse qui se mourait d’anémie.

Le chien de Saintonge était blanc, peu couvert de noir, marqué audessus des yeux de deux taches de feu pâle ; sa tête légère et osseuse supportait deux oreilles fines, longues, attachées très bas, très papillotées, de couleur noire , bordées sur la face externe d’un liséré de feu pâle. De la plus haute taille, le chien de Saintonge avait le cou fin et léger, sans fanon, le rein arqué, le flanc retroussé, la poitrine profonde mais un peu serrée, la cuisse plate, la patte de lièvre, la queue effilée; on eût dit un descendant du lévrier.

Le vrai chien de Saintonge avait une gorge superbe , un peu sourde toutefois, un nez excellent; très droit et possédant assez de train; souvent chiche de voix; son allure se composait d’un bon branle de galop alterné d’un trot vite et soutenu. Son fond était étonnant. Les anciens compagnons de chasse de M. de Saint-Légier en citent des exemples extraordinaires : un vieux loup, attaqué entre Saintes et Blaye, aurait été pris en trois jours, dans les montagnes du Limousin. Rien n’était plus beau que de voir la meute de M. de Saint-Légier rapprochant en plein midi, sur des plaines calcaires et dénudées, des voies de vieux loups qu’elle allait lancer parfois à cinq ou six lieues du découplé.

Le saintongeois était, en outre, très apte à donner d'excellents bâtards avec la race anglaise , le staghound surtout. Depuis que ces lignes ont été écrites, j’ai eu la bonne fortune de retrouver chez un excellent veneur, M. Paul Caillard, une lice de Saintonge très remarquable.

Calypso, si justement appréciée par les connaisseurs français, anglais, allemands, m’a été gracieusement cédée par M. Caillard, quelques jours après avoir remporté la grande coupe à Francfort.

M. le marquis de Dampierre, qui, pendant toute sa jeunesse, a chassé avec M. le comte de Saint-Légier, ne pouvait, à l’Exposition de Paris, se lasser d’admirer cette superbe lice. Il a bien voulu me dire que, dans

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Calypso, il retrouvait le type qu’il croyait disparu depuis plus de vingtcinq ans. Sa tête sèche et osseuse, ses oreilles fines, longues et noires, ses taches de feu pâle, son encolure dégagée, ses pattes de lièvre, son air de noblesse, sa voix profonde, rappellent parfaitement le portrait que nous avons tracé de cette race si distinguée.

Tout l’honneur de cette véritable trouvaille revient à M. Caillard, dont la persévérance, l’habileté, le dévouement à tout ce qui est sport , sont unanimement appréciés.

Calypso sera, j’espère, la souche d’une lignée très fashionable et précieuse à tous les titres.

§ 5. — Chien du haut Poitou.

Il est fort probable que la race dite du haut Poitou était issue dans le principe d’un croisement de chiens de Saintonge et de chiens bleus de Gascogne. Je me rappelle que, dans ma jeunesse, chassant le lièvre avec mes frères dans les brandes de Montmorillon , nous remarquâmes deux chiens très extraordinaires et qu’on nous dit être les derniers représentants de la vieille race du haut Poitou, Koulikhan et Timbale, appartenant à MM. d’Oyron. Koulikhan avait 24 pouces, et sa sœur près de 23 pouces.

La couleur de ces chiens était bleue et orangée , avec des marques de feu pâle plus ou moins larges sur le corps et sur les pattes ; la poitrine manquait un peu de profondeur, mais la conformation était robuste ; le corps allongé et le rein plat permettaient à ces chiens de galoper très aisément; vites dans les ajoncs, en plaine ils manquaient de train; la tête était carrée, l’oreille bien attachée, la patte forte et l’ensemble assez solidement établi.

La gorge de ces chiens était admirable, vibrante et prolongée, beau-

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coup plus gaie que la voix des chiens de Saintonge, leur ardeur beaucoup plus grande, avec autant de fond; leur nez, d’une finesse remarquable, leur permettait de rapprocher à deux heures de l’après-midi des voies de lièvres du matin. Rien n’était beau comme un rapprocher en pleine brande avec ces chiens ardents, à la gorge incomparable, bondissant comme des lions par-dessus ajoncs et bruyères.

Marins, chien du haut Poitou, appartenant à M. de la Besge, est resté célèbre dans les fastes cynégétiques de la Moulière ; pendant plusieurs années, il a tenu la tête au fourré et dans l’ajonc, sur tous les équipages anglais et français du Poitou.

Comme chien de récri, le chien du haut Poitou était merveilleux ; actif, requérant, il chassait le loup de passion. Leurs bâtards sont encore, dans ce charmant pays de chasse du haut Poitou, entre les mains de chasseurs tels que MM. de la Besge, de Maichin et autres veneurs distingués, les premiers chiens de loup du monde. Les croisements anglopoitevins rivalisent avec les bâtards gascons et les bâtards de Saintonge : ils sont tenus partout en très haute et très légitime estime.

M. de Larye, gentilhomme limousin, a été le créateur d’une race célèbre de chiens du haut Poitou. Je ne sais si elle ressemblait aux derniers spécimens qu’il m’a été donné de voir, Koulikhan et Timbale ; mais, d’après la description que je trouve dans l’ouvrage de M. Le Couteulx, je crois que la race de Larye était un peu différente. Le vieux veneur fut guillotiné en 1793; mais quelques-uns de ses chiens furent sauvés du naufrage ; ils confondirent vraisemblablement leur sang avec celui de la vieille race du haut Poitou, pour former les derniers représentants de cette noble et précieuse espèce, disparue, hélas! avec tant de bonnes choses !

Voici ce que dit M. Le Couteulx des chiens de Larye :

« Les chiens du Poitou, dont il existe très peu d’individus, sont habituellement tricolores. Leur table est d’environ 23 pouces (o”,62); ils

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sont un peu minces, le dos complètement harpé et la poitrine profonde. Ils avaient la tête très fine, un peu busquée, l’œil vif et intelligent, l’oreille assez courte, mais extrêmement mince, soyeuse et papillotée. Leur voix était prolongée, mais très claire. La finesse de leur nez était extraordinaire, et leur fond, inépuisable. Il est avéré que M. de Larye, après avoir chassé un loup tout le jour, le rattaquait souvent le lendemain, et le relançait après un rapprocher de plusieurs lieues. Ces chiens, très collés à la voie, n’étaiént pas très vites; mais, ne soufflant jamais, ils avaient encore assez de train pour prendre un louvart en décembre.

« Le chien du haut Poitou était plein de sang. Sa tête fière, sèche et nerveuse, était admirablement attachée sur une longue encolure. Son rein était long et un peu arqué ; son odorat lui faisait éventer à plus d’un demi-kilomètre des voies de loup assez froides, et le rendait capable d’enlever au galop les plus vieilles erres. »

Il existait encore dans le haut Poitou une race renommée dite race de Cèris , du nom d’un gentilhomme qui l’avait créée ; ses fils l’avaient conservée jusqu’à nos jours.

J’ai encore vu près de Poitiers trois chiens de cette race appartenant à M. de Céris, petit-fils du célèbre veneur poitevin. Cet excellent M. de Céris n’était pas riche; il possédait encore dix chiens de la vieille race, lorsqu’il se maria; il s’était juré, paraît-il, de faire disparaître un chien chaque fois qu’il lui naîtrait un enfant. J’ai vu, hélas ! le neuvième disparaître ; n’ayant pas chassé depuis cette époque dans les environs de Poitiers, je ne sais ce qu’est devenu le dernier Céris.

Ces chiens étaient blancs et orangés, un peu plus petits que les chiens du haut Poitou, moins forts, plus élégants; le nez était plus pointu, l’oreille plus fine et encore plus papillotée, le fouet léger et bien retroussé; leur gorge était plus flûtée, mais très sonore; excellents chiens de loup et rapprocheurs remarquables, ils ne le cédaient en

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rien à leurs voisins de Montmorillon. Hélas ! ces braves chiens ont tous disparu !

On m’a assuré cependant que le grand-père de toute la meute actuelle de M. Baudry d’Asson, Salgor, petit-fils ou fils d’un célèbre Salgor qui appartenait à MM. de Montbron , descendait de cette race ; les qualités du chien de Céris, et surtout sa couleur blanche et orangée, l’ont fait choisir sans doute comme étalon par notre habile éleveur vendéen.

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