CHAPITRE II
RACES EXISTANTES
Les races existantes actuellement dans l’ouest et dans le sud-ouest de la France sont au nombre de quatre principales : deux races françaises pures, la race de Gascogne et celle de Virelade; deux races croisées, Tune dite race de Vendée, qu’on ne retrouve plus que dans les chenils de M. A. Baudry d’Asson; et l’autre dite de bâtards, comprenant les divers croisements des chiens anglais foxhounds ou staghounds avec les races françaises pures ou déjà troublées. Je dirai, en terminant, un mot des bloodhounds, remis en honneur dernièrement par M. le comte Le Couteulx de Canteleu.
§ i . — Race de Gascogne.
Je crois qu’il existe encore dans les environs de Tarbes, dans le Gers, chez M. le baron de Ruble et M. le marquis de Mauléon, dans les landes de Bordeaux, de Pau et dans le Lot-et-Garonne, quelques rares descendants des chiens gascons.
C’est une vieille race perfectionnée déjà par Gaston Phœbus. Henri IV possédait un équipage de chiens de Gascogne pour le loup.
Les chiens gascons sont de haute taille, de couleur bleue , avec des taches noires ; marqués de feu pâle aux yeux et aux pattes, avec, une tête
CRUELLE ET GÉNÉRAUX, chiens de Gascogne
A M. le baron de Ruble
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forte, la paupière supérieure couverte, l’œil assez caché et souvent rouge, le rein un peu plongé et long, le fanon épais; la patte est sèche et bien faite.
Doués d’une gorge au timbre grave et prolongé imitant les bourdons de nos cathédrales, ces chiens sont lents et collés à la voie.
Possédant beaucoup de fond, une grande ardeur pour la chasse et un robuste tempérament, ils sont très aptes au croisement avec le chien anglais.
M. de Ruble possédait autrefois des sujets purs de cette vieille race; en croisant ses chiens avec les débris de la meute de M. de Saint-Légier et en ne conservant que les chiens bleus , il a en quelque sorte retrouvé et reconstitué le type primitif, avec plus de qualités cependant, dues en grande partie au croisement avec le sang de Saintonge. A ce sujet, voici ce que M. le baron de Ruble veut bien m’écrire :
(( La tête, qui autrefois était forte, est aujourd’hui dans de bonnes formes ; l’œil a suivi les mêmes modifications ; il est vif et clair ; le rein est bien soutenu, nos gascons sont de très haut nez; ils ont toujours l’amour de la chasse, surtout celle du loup qu’ils chassent de prédilection. Tout ce que vous me dites des croisements des chiens de M. de Saint-Légier, auteurs et souche de la race de Virelade, est parfaitement exact ; encore l’an dernier, j’ai envoyé à Virelade une très belle lice bleue. »
M. de Ruble a renouvelé ainsi la race dite de Fondras, provenant également du croisement d’une lice de Gascogne avec un chien de Saintonge, race créée et entretenue au commencement du xviiT siècle par Mgr de Foudras, évêque de Poitiers.
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§2. — Race de Virelade.
J’ai déjà dit que M. Joseph de Carayon-Latour avait eu la bonne fortune d’hériter des derniers restes du sang de Saintonge. En s’associant avec M. de Ruble et en choisissant les types qui se rapprochent le plus par la couleur et les formes du sang de M. de Saint- Légier, il est parvenu, grâce à une sélection habile et intelligente, à reconstituer une race qui se rapproche beaucoup du type primitif des anciens chiens saintongeois.
Ce que nous avons dit plus haut des qualités de la race de Saintonge s’applique à la race de Virelade ; seulement les chiens de M. de Carayon ont plus de santé et de force. Chacun sait que ces excellents chiens forcent cerfs et chevreuils ; je ne puis en parler que par ouï-dire, n’ayant jamais eu le plaisir de chasser avec eux; mais les résultats sont incontestables et incontestés.
Honneur donc à MM. de Carayon-Latour et de Ruble qui, au prix d’efforts intelligents et soutenus, ont restauré deux vieilles races qui, sans eux, eussent déjà totalement disparu du sol français! Dieu veuille que, à leur tour, ils ne tombent pas dans les errements de M. de Saint-Légier !
§ 3. — Race dite de Vendée.
J’ai indiqué plus haut la souche primitive du chien appelé communément chien de Vendée. Issu d'un chien blanc , dernier descendant de la race du bas Poitou , et de fortes briquettes à poil ras et à poil dur, le vendéen était un chien de lièvre admirable ; c’était même sa spécialité.
Les colonnes infernales avaient détruit tous les fauves de nos forêts;
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par conséquent, le chien de race était devenu à peu près inutile ; les gentilshommes, ruinés par la vente inique de leurs biens, se contentèrent, au retour de l’émigration, de fouetter leur lièvre.
Le chien de Vendée, gai, intelligent, entreprenant, actif , très travailleur, convenait admirablement au pays et au caractère des Vendéens.
Plus tard, quand les grands fauves reparurent dans nos forêts d’Anjou et dans le haut Poitou, on voulut obtenir une race plus résistante, avec plus de fond et de santé , prenant de meute à mort et sans relais cerfs et chevreuils. Ce fut pour cela que l’on créa les bâtards anglais avec les lices du haut Poitou et de Saintonge et le chien anglais foxhound ou staghound.
M. Armand Baudry d’Asson a entrepris de conserver la race de Vendée en lui donnant de la santé et de la tenue, tout en maintenant la couleur primitive blanche et orangée. La race Céris convenait parfaitement pour opérer cette transformation. Aussi avons-nous vu son père, M. Léon Baudry d’Asson, emprunter à M. de Maichin un étalon blanc et orangé pour une de ses plus belles lices vendéennes. Ceci se passait en Anjou à l’une des réunions de la forêt de Vezins, où les chasseurs du haut Poitou étaient venus mesurer leurs chiens avec les chiens de Vendée. Plus tard les lices issues du chien de M. de Maichin furent croisées avec un chien du haut Poitou appartenant à un chasseur de Saint-Gervais , M. du Martray. Telle est l’origine des chiens dont hérita plus tard M. Armand Baudry d’Asson.
D’un caractère ardent, entreprenant, fougueux à la chasse, il voulut avoir des chiens vites, portant la tête sur les bâtards anglais. Il emprunta au chenil de M. de Tinguy de Nesmy un fis de Relais , excellent bâtard anglo-poitevin, provenant du chenil renommé de la Débutrie, et à l’équipage de mon beau-frère M. de Tinguy de Beaupuy : i° Vol-au-Vent, fils de Volante, chienne bâtarde du haut Poitou ayant un quart de sang anglais, et de Vol-au-vent , chien anglais de pur sang, blanc et orangé,
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appartenant à M. de Lareinty; 2° deux fils de Ténor et de Victoria, l’un à poil ras, Volant; l’autre à gros poil, Ténor. Or, Ténor, le père de ces deux chiens, était issu de Roulette, lice anglo-poitevine, et de Vol-auvent, chien de pur sang anglais ; et Victoria, la mère de ces deux chiens, était fille de Policeman , chien gris de pur sang anglais, à M. de Lareinty. Ces deux frères, Ténor et Volant, devinrent les pères de la plus grande partie des chiens de M. Baudry d’Asson. Plus tard, il fut fait encore d’autres emprunts à la meute de M. de Tinguy de Beaupuy.
Dernièrement deux de mes meilleurs chiens, Tamerlan et Mousquetaire, bâtards anglo-poitevins-saintongeois, furent les pères de plusieurs chiens remarquables de la même meute. Enfin, nous avons tous connu l’étalon Salgor, chien de la race Céris, achété à MM. de Montbron; ce chien du haut Poitou avait peu ou point de sang anglais. Avec ces lices d’un sang déjà si troublé, Salgor a parfaitement tracé; on peut dire que la meute n’est aujourd’hui composée en grande partie que des descendants directs de Salgor et de Tamerlan.
Tout chien qui naît marqué de noir ou de gris est impitoyablement sacrifié, et avec raison; l’ensemble et la beauté de la meute dépendent en grande partie de la couleur uniformément blanche et orangée.
Avant de terminer ce chapitre, j’emprunterai aux auteurs du Traité des chasses à courre et à tir le passage suivant, qui a trait à la manière de chasser des anciens chiens de Vendée :
« Les chiens vendéens ont une manière particulière de chasser ; ils ne font jamais que ce qu’ils peuvent ; d’où il résulte que, s’ils mettent bas promptement, ils savent reprendre aussi promptement haleine, tant sont grandes chez eux les aptitudes pour la chasse. Au début de la chasse, vos chiens vont à merveille , avec vigueur même ; après une heure de belle menée, un quart de la meute aura lâché pied; s’il fait chaud, ils chercheront de l’eau, sembleront se reposer en suivant les routes. Que la chasse fasse un retour, vous les verrez bien vite ralliés, et chasser de nou-
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veau comme un relais frais. Tous ou à peu près feront la même manœuvre, mais la chasse n’ira pas moins son train, et, comme votre cerf n’aura pas un instant de repos, vous ne manquerez pas de sonner l’hallali. »
Si, dans l’historique impartial de nos races de chiens, j’ai dû sonder les documents les moins connus, pour ne pas faire injure à la vérité, mon excellent ami, M. Baudry d’Asson, me permettra de rendre ici à son talent et à sa science un hommage très mérité.
Ce n’est assurément pas un petit mérite que d’avoir créé une sous-race qui se maintient homogène, qui chasse bien, qui prend des chevreuils et dont l’ensemble et le coup d’œil sont très corrects. Les Anglais, nos maîtres en élevage raisonné, n’ont pas agi autrement. Les Collin’s et les Backwell’s seront toujours cités comme des hommes remarquables. Continuons donc à suivre les règles tracées par nos maîtres, les célèbres créateurs des races anglaises perfectionnées : ce sera la meilleure manière de réussir et d’éviter les déceptions.
M. Baudry d’Asson, s’inspirant de ces principes, a compris qu’il était indispensable d’infuser de temps en temps dans les veines de ses chiens quelques gouttes d’un sang étranger à sa race : c’est du reste, pour un veneur intelligent, le seul moyen de maintenir dans ses chenils la santé, les qualités essentielles, la force de reproduction.
§4. — Bâtards anglais.
Nous diviserons en cinq familles principales ]es croisements anglofrançais :
i° Anglo-vendéens ; 2° anglo-poitevins ; 30 anglo-saintongeois ; 40 anglo-gascons ; 50 anglo-normands.
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