‹ La chasse du loupChapitre 2 sur 24 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

On a toujours chassé le loup à courre en France.

On l'a détruit de différentes façons; mais de tous temps, meilie On a toujours chasse

i n î • î i , . loup à courre.

sous les Gaulois, ainsi que nous le voyons dans Pline et autres anciens auteurs, on le chassait à courre, et il est probable que, dès celle époque, on a commencé à perpétuer les races de chiens qui le chassaient le mieux.

Seulement, pour arriver à détruire les loups trop nombreux qui faisaient de grands dégâts, et par suite des difficultés qu'offraient les immenses forêts, bois et landes qui couvraient la plus grande partie de la France, et qui, n'étant point percés, étaient un obstacle presque invincible pour suivre un grand loup dans ses re- entourâmes

„ . . enceintes.

tuiles, on inventa tous les moyens possibles de cerner les enceintes ou demeures où l'on avait reconnu qu'habitait une bande ou des portées de loups.

D'abord ( sous la féodalité ) on cerna ces enceintes avec les hommes et les habitants de toutes les paroisses voisines, puis ensuite on entoura ces demeures de toiles et de filets, et les loups, attaqués et chassés par des chiens, ne pouvant s'échapper, étaient ou pris et forcés, ou tués à coups d'arbalètes ou d'arquebuses.

On employa ensuite un moyen moins dispendieux et moins difficile : on créa une race de lévriers très- vites et très-mordants qu'on lirait de Bretagne et d'Écosse, qu'on distribuait de la façon suivante . basse aux lévriers dans les accourres (plaines entre deux bois).

dans , .-11,11

les accourres. Lorsqu on avait rembuché des loups dans un petit bois isolé en plaine, à la saillie du bois, au débucher ordinaire des loups, au commencement de l'accourre, en un mot, on plaçait deux laisses des lévriers les moins grands, on appelait ces laisses laisses d'étriqué. Elles engageaient l'action aussitôt que le loup débuchait, et le poussaient vivement dans les accourres.

Chaque laisse de lévriers, composée de trois chiens, était conduite et gouvernée par un homme qui portait le nom de valet de lévriers.

Quatre autres laisses de lévriers de flanc, placées deux de chaque côté dans la plaine et cachées derrière un buisson ou un abri , lâchées lorsque le loup arrivait à leur hauteur, le maintenaient dans l'accourre.

Aussitôt après, deux laisses des lévriers les plus forts et les plus mordants, appelées laisses de tète et placées en avant, étaient lâchées sur le loup pour le coiffer.

Dans tous ces genres de chasse, les chiens courants étaient nonseulement nécessaires, mais indispensables, car ils devaient attaquer le loup, le chasser dans le bois et le faire débucher quand il y avait des accourres, ou le prendre si le bois était entouré de toiles, ou s'il y avait des louveteaux ou des louvarts, ou même encore si les lévriers avaient manqué le loup, ce qui arrivait souvent quand il retournait au bois, car le loup n'osait généralement plus débucher, et c'était alors l'affaire des chiens courants.

Pour les chasses dans les toiles, on leur adjoignait souvent des réemployait aussi dogues, des mâtins et des allants, cette magnifique espèce de chiens eschiensdecow at de force dont on se servait tant au moyen âge pour le sanglier et l'ours : danois gigantesques, à. tête de dogue, à pelage de tigre, et dont la race est devenue si rare aujourd'hui.

Les loups étaient alors si nombreux et leurs dégâts si considérables, qu'on se livrait avec succès à cette chasse, et que les règles

purent en être données avec inlelligence et une parfaite connais- Prei r lra;lé

sance du métier, sous Charles IX, par Jean de Clamorgan, qui leur " J " oup

, Jean de Clamorgan

fit une guerre acharnée pendant cinquante ans, et qui eut surtout le mérite, aux yeux des veneurs, d'apprendre à ses contemporains à former des limiers de loups, car il paraît qu'avant lui on ne les détournait guère à traits de limiers.

C'est à la suite du grand pas que Clamorgan fit faire à cette science que commencèrent à se former, pour courre le loup, quelques bons équipages qui , sans abandonner totalement l'usage des toiles ou des accourres, chassèrent cependant à forcer louveteaux, louvarts et même grand loup, sans convoquer le ban et l'arrière-ban du pays pour cerner les demeures. Car, d'un côté, à mesure que l'on sortait de la féodalité, ces chasses devenaient plus difficiles et plus dispendieuses, et, de l'autre, l'art de la vénerie se perfectionnait, des forêts étaient percées et les races de chiens s'amélioraient.

M. d'Àndrezzi, sous Henri IV, est un des premiers veneurs ayant L'équipage un bon équipage de loups que l'on trouve cité, et son équipage démentie noyau de h

... « ... . , . « . i louveterie royale

devint le noyau du premier équipage réel de chiens courants de la louveterie royale. Il serait assez difficile de dire de quelle race étaient les chiens de cet équipage; cependant il est plus que probable qu'il était formé de chiens normands, gascons ou vendéens;

d'abord parce que ces trois races étaient et sont toujours restées les meilleures pour le loup, qu'ensuite l'équipage fut formé et chassa longtemps en Normandie, où il dut nécessairement se recruter; que de plus, Henri IV, amateur de chasse comme il l'était, dut faire venir du Béarn des chiens, sachant bien leurs qualités pour cette chasse; et qu'enfin les meutes royales pour cerfs étant alors composées des grands chiens blancs ou vendéens, il est probable qu'on y choisit aussi les chiens qui montraient le plus de goût pour le loup.

Cet équipage devait, petit à petit, devenir le premier équipage de loups du monde, pour atteindre son apogée sous le Grand Dauphin , où il brille d'un si vif éclat.

Mais, outre les équipages de la louveterie, comme les loups Les dueiis de loups s'étaient considérablement multipliés pendant toutes les guerres

sont alors très- •" . i • l < . ■ r i 1 t \ .

communs qui eurent lieu a cette époque, beaucoup de seigneurs se livrèrent à cette chasse, et l'on peut dire que, sous Louis XIII et Louis XIV, les bons chiens de loup étaient aussi communs qu'ils sont devenus rares aujourd'hui.

équipage du Grand C'est vers le milieu du règne de Louis XIV (vers 1682) que le Grand Dauphin vint faire briller la louveterie du plus vif éclat. Passionné pour cette chasse, qui ne s'alliait guère avec l'indolence que lui prêtent certains auteurs ; maître de chasser à peu près partout et pouvant prendre plus de cent loups par an , car ces derniers étaient devenus très-nombreux à la suite des guerres du Palatinat; possédant des chiens dont la race, formée petit à petit, était arrivée presque à la perfection comme chiens de loups, il créa un équipage modèle composé de cent chiens, non compris les limiers; nomma, comme lieutenants de vénerie, cinq excellents chasseurs de loups :

Dauphin.

MM. d'Heudicourt , de Boisfranc, de VUlognon, de Doudeauvilie, de la Grandière, à la lete desquels il plaça M. de Bernaprey, célèbre veneur de cette époque.

Réservant pour l'été la chasse aux toiles , il chassa franchement le loup à courre et à forcer, prenant des louvarts tout l'hiver, forçant même quelquefois de grands loups; ce qui s'explique par de ces chasses heureuses, où de nombreux relais, postés avec intelligence et adresse sur les refuites des animaux, à de grandes distances et donnés successivement, finissaient par le porter bas.

Malgré cela, il manquait plus souvent des grands loups qu'il n'en Manq^souvent de prenait, ainsi qu'on le voit dans les mémoires du temps, où il est dit parfois :

« Le Dauphin, ayant manqué son loup, vint au milieu de la nuit, coucher à quinze ou vingt lieues de Paris, à Anet (ou autres lieux). »

En effet, il était resté de tradition dans la louveterie royale, soixante ans plus tard , ainsi que nous l'apprend Gauthier, qu'un grand loup était inforçable de meute à mort, et je crois que cette opinion n'a guère changé de nos jours aux yeux des chasseurs consciencieux.

Dans le siècle suivant, la louveterie royale brilla peut-être d'un Equipages

. ,» ■ . 111 • i remarquables

moins vit éclat; mais, en revanche, dans les provinces, plusieurs *™ !es provinces, équipages devinrent célèbres dans ce genre de chasses. Les Saint- Denis, les La Conterie, les d'Enneval, les Ronchérolles, les d'Oillanço, les La Rochefoucauld fondèrent des équipages de loups qui restèrent fameux jusqu'au moment de la révolution.

Quelques-uns d'entre eux furent plusieurs fois envoyés en mission avec leurs équipages, pour détruire des bandes de loups qui,

ayant fait irruption dans certaines parties de la France, y faisaient des dégâts considérables, dévorant les femmes, les enfants et les

irquis d'Enneval bestiaux. Le marquis d'Enneval , des environs d'Argentan, après s'être fait une grande renommée par la destruction d'un nombre considérable de loups, après avoir détruit, nous apprend Le Verrier de la Conterie, « celte race de loups noirs qui étaient venus s'établir en Normandie, et cette autre espèce qui mangeait les enfants et dévorait les femmes grosses, » fut envoyé une première fois avec missions son équipage dans le Soissonnais, pour y détruire ce grand loup qui

wv°a"ndune' tn y commettait tant de dégâts; après plusieurs chasses, il parvint à le tuer. 11 fut alors désigné par Louis XV lui-même, en 1765, pour diriger une nouvelle expédition contre la terrible bête du Gévaudan, qui ravagea pendant dix-huit mois le Gévaudan, le Rouergue et l'Auvergne, où elle blessa et dévora plus de cent cinquante personnes. Malgré tous ses efforts, M. d'Enneval ne put parvenir à la tuer.

La louveterie royale envoya alors ses équipages avec les meilleurs chiens, et les meilleurs valets de limier des équipages de Bourbon, de Condé, d'Orléans, et les gardes réputés les meilleurs tireurs des forêts royales. On voit qu'à cette époque la louveterie avait encore conservé ses chiens de force et de combat, car les chiens qui combattirent ces terribles animaux furent peints par Oudry dans un tableau qui existe encore.

L'équipage de M. de la Rochefoucauld parvint, de son côté, à détruire dans la Saintonge un des plus grands loups qu'on ait vus, et qui dévorait les bergers.

Malgré les hauts faits de tous ces vaillants équipages, les loups avaient fait invasion en si grand nombre, dans l'Alsace et la Lorraine, à la suite des guerres qui avaient eu lieu en Allemagne, et

ils y commettaient tant de dégâts, qu'on fut obligé d'y envoyer un

célèbre chasseur de loups, M. Delisle du Moncel, qui, pour parvenir m Deiisiedu Moncei

1 est envoyé en

à les détruire, eut recours à tous les moyens, comme battues, fosses' et empoisonnements. Il en tua un nombre considérable, parvint à en délivrer le pays ; le récit de ses chasses, qu'il a consigné dans un livre avec l'état des animaux tués, est très-curieux.

Dans le centre de la France, les loups, sans être aussi nombreux, y faisaient encore beaucoup de dégâts. Parmi tous les bons chasseurs qui leur faisaient une guerre acharnée, on doit citer M. de Larry, qui créait alors, petit à petit, cette célèbre race de chiens du M ,,, Larr$ en haut Poitou, avec lesquels il était parvenu à rapprocher un loup de la veille.

Mais la révolution vint disperser tous ces équipages, et les chiens de loups, vendus, tués, ou croisés sans intelligence, disparurent presque complètement. A peine cinq ou six équipages, comme par exemple, celui de M. du Hallay, qui se vit sauvé de la hache révolutionnaire, h cause des services qu'il avait rendus en détruisant un millier de loups, échappèrent-ils à la proscription qui frappait leurs maîtres. La Vendée, l'Anjou et le Poitou, source de tous ces bons chiens, le Nivernais et le Charollais, où s'était formée une admirable race de chiens de loups , virent presque tous leurs équipages disparaître.

Les loups se multiplièrent alors de telle sorte, qu'on dut, au commencement de l'empire, rétablir la louveterie et fonder des primes, "' 'TÈwlw ou accorder aux louvetiers des avantages assez grands pour les engager à former de nouveaux équipages de loups, afin d'arriver à la destruction de ces animaux. On rassembla, tant bien que mal, les chiens de race à loups, ou qui descendaient d'un de ces équipages

Poitou

La révolution fait disparaître les équipages.

Le marquis du Hallay.

On rétablit a louveterie sous

autrefois célèbres, on en demanda aux rares veneurs qui en avaient conservé , on acheta le chien du braconnier, ou du garde , qui se montrait chien de loup, et avec tous ces éléments on finit à grand'peine à former des équipages qui , petit à petit , sous la main de gens habiles et au milieu de loups encore assez nombreux, commencèrent à acquérir une certaine célébrité. Nouveaux équipages Cinq ou six de ces veneurs les plus remarquables formèrent ainsi

de loups x 1

des races de chiens qui furent généralement connues sous leurs noms, et qui avaient ordinairement pour origine le chien de Vendée , soit pur, soit croisé avec le saintongeois, le poitevin et le normand, ou avec des chiens de loups originaires du pays où chassait l'équipage.

mm Dary, Le Moyne, Les Dary et Le Moyne, en Normandie, les Boisrot, de Vichy, de

Boisrot ,

Bnere d'Àzy. Moreton, Brière d'Azy, en Nivernais, Bourbonnais et Charollais,

deVichy.deMoreton,

etc.

Saint-Jean, etc

furent bientôt connus par leurs exploits en ce genre de chasse; les Les piqueuxchamer, célèbres piqueux de loups, Raguène, Saint-Jean, Charrier, Chapelin, furent bientôt cités par toute la France cynégétique; malheureusement ces équipages ne durèrent guère qu'une génération d'hommes; les loups commençaient à disparaître ; douze cents loups tués devant l'admirable équipage de M. Brière d'Azy, au moins autant devant les équipages Vichy et Moreton, douze cents, dit-on, devant ceux de M. du Hallay, etc., en avaient bien diminué la race.

La chasse étant devenue plus difficile et les chiens de loups plus rares, tous les équipages se remplirent de bâtards et de chiens anglais; les centres d'élevage n'élevèrent plus de chiens de loups, les nouveaux veneurs dédaignèrent cette chasse ingrate et difficile qui, par suite du moins grand nombre de loups, le devenait encore plus, et craignant, ou ne pouvant payer des chiens le prix

que vaut un chien de loups, ni faire les déplacements souvent ennuyeux et pénibles de cette chasse, ils l'abandonnèrent.

Maintenant à peine resle-t-il en France sept ou huit équipages 11 l^;;:;.'*; ,;,;r,î,!* chassant réellement loup, et possédant une vieille race de chiens de ,le louploups. Aussi, les loups, qui étaient loin d'être détruits, augmententils depuis quelques années dans certains pays où ils sont même en assez grand nombre ; en Bretagne, dans une partie de la Normandie, en Champagne où ils sont très- nombreux, en Limousin.

Dans le Charollais, la Bresse, le Bourbonnais, lesÀrdennes, ne- Lcs

. , , 1.11 t -i ,i loups augmenteront

tant plus chassés par autant de bons équipages, ils ne tarderont pas à se multiplier, et de là à se répandre.

On voudra alors chasser loup ; quelques jeunes veneurs, amateurs où trouvera-t-ou des

hommes

réels de cet art, voudront remonter des équipages pour cette chasse ; el des c,liens? il ne leur manquera que les hommes et surtout les chiens, c'est-àdire à peu près tout, car on n'improvise pas de chiens de loups. Y en aura-t-il encore à celte époque? Je le souhaite ; mais, pour cela, il faudrait que les sept ou huit équipages qui en possèdent pussent les conserver précieusement.

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