DES CONNAISSANCES DU LOUP
h faut connaître Avant d'étudier la manière de faire le bois et d'attaquer loup,
les habitudes 1 r
des loups. il est nécessaire d'apprendre où il habite, quelles sont ses habitudes, comment on peut juger ses pas, reconnaître ses rentrées, enfin étudier, en un mot, ses connaissances.
La quête du loup dépend de ses nuits, qui varient suivant les pays, les lieux et les saisons, i.es nuits des loups Dans les pays ouverts, très-cultivés, très-peuplés, il y a souvent dix cantons où vous êtes à peu près aussi sûr de les trouver dans les uns que dans les autres, car les loups les auront souvent parcourus tous les dix dans une seule nuit.
Dans ces pays-là, ils resteront aussi bien dans une garenne d'un hectare ou contre une meule de blé dans une plaine que dans un vrai bois à loups. Dans les grands et bons pays de chasse, couverts de bois et de landes, peu peuplés, les loups tiennent généralement moins de pays; ils habitent et restent dans les mêmes cantons d'une façon plus certaine. Dans quelques bois connus de ces pays-là, on est à peu près sûr de les lancer.
Le repas du loup dépendant généralement du hasard, il est souvent obligé de faire un chemin incroyable pour le trouver; aussi, dans l'hiver, fait-il quelquefois une si longue nuit, que tous
les valets de limier ont connaissance du même loup traversant leurs quêtes.
En hiver, il faut se trouver au bois dès le lever du soleil, car c'est Nuits jes iouPS en à peu près à cette heure-là que les loups rentrent; mais, en été, il ne faut pas y aller de si bonne heure, parce qu'ils s'arrêtent souvent dans les blés ou dans les boqueteaux, le long des villages, et ne reviennent au bois que plus tard; aussi, à cette époque, rentrentils souvent au bois derrière le valet de limier.
En janvier et février, époque de la chaleur des louves, les voies sont plus faciles à trouver, à cause des marches et contre-marches des loups; mais, pour les lancer, il faut pénétrer dans les buissons et acculs de forêts, où ils se retirent souvent à cette époque, et les chercher toujours dans les pentes, les collines et les endroits bien exposés au soleil. Excepté à ce moment-là , ils se tiennent plutôt près des rentrées ou des sorties, aux extrémités des forêts, toujours à portée des plaines ou des landes ; car le loup vit bien plus de la plaine que du bois.
Au printemps, au moment où tous les bestiaux commencent à Nuits loups 'ai sortir, les loups ne font plus autant de chemin ; d'abord les louves ont mis bas ou sont prêtes à mettre bas, et bougent moins ; ensuite les grands loups, trouvant plus facilement leur vie , se cantonnent davantage ; mais l'été est, de toutes les saisons, la plus favorable aux loups, car, cet animal vivant presque toujours dans les plaines, les plaines sont alors pour eux autant de forêts qui les couvrent et leur permettent de gagner, sans être aperçus, les pâturages où ils saisissent leurs proies.
Les louveteaux, une fois nés, ne se découvrent pas tout de suite aussi facilement qu'on pourrait le croire, car alors la louve, souvent
Précautions des grands loups
pour cacher leurs louveteaux.
Comment on les découvre.
Le lendemain d'une chasse de louveteaux,
accompagnée du loup, prend les mesures les plus propres à cacher leur séjour. Jamais elle n'abordera le bois du côlé de l'enceinte où seront ses louveteaux; ainsi, par exemple, si ses louveteaux sont au sud du bois, et qu'elle revienne de la plaine par ce côté-là, elle ira faire un grand détour pour rentrer par le nord, puis elle fera plusieurs faux rembuchements et suivra des chemins dans une direction opposée à celle de l'enceinte , pour sauter tout à coup sous bois et se glisser par les fourrés les plus éloignés jusqu'à ses louveteaux.
Cependant, dès qu'on a trouvé la louve seule ou accompagnée, entrant plusieurs fois de suite dans le même bois ou dans la même enceinte , il ne s'agit plus que de pénétrer dans le fort , sans les serrer toutefois de trop près, sous peine souvent de les voir déménager. Comme d'ailleurs un loup n'est pas invisible et qu'il ne peut guère toujours traverser la même plaine sans que les bergers ou les laboureurs ne finissent par en avoir connaissance et ne le voient entrer plusieurs fois de suite dans le même buisson , il se trouve, par là, découvert. Il faut donc s'informer aux riverains des forêts, qui, ordinairement, ne manquent pas de donner de bons renseignements ; cependant il ne faudrait pas faire comme les trois quarts des piqueux, qui ne connaissent les portées de loups que par les dires de cabarets, ce qui fait qu'elles n'y sont jamais quand on vient pour les y prendre. D'ailleurs il est rare qu'il ne se trouve pas dans un pays un certain nombre de bois connus pour être des bois à loups, où se font toujours les portées. Un bon piqueux doit avoir constamment l'œil sur ces bois-là.
Il est bon de savoir aussi que , le lendemain d'une chasse de louveteaux, s'il en a été tué ou pris, on est à peu près sûr d'attaquer
les grands loups qui sont dans le bois à leur recherche; mais, le onatuque
0 * « les gruuds loups.
surlendemain, ils n'y sont plus.
Pour le liteau, les loups en changent ordinairement la position Com.me^stlouPs suivant les saisons : ainsi, en été, ils se mettent sur des places un ie»«mea«. peu découvertes où ils trouvent de l'air et un peu d'ombre ; en hiver, dans les temps un peu rudes, ils se retirent dans les grands forts, les bois épais, au milieu des fougères, des bruyères ou des hautes herbes bien exposées au midi et au soleil. Aussi il serait absurde de chercher, en hiver et dans les temps pluvieux, un loup dans un bois marécageux ou exposé au nord ; il choisira toujours , au contraire, des endroits secs et au midi pour faire son liteau. Il est rare que les loups se mettent en futaies, à moins que dans une pente ils ne trouvent de gros buissons, ou des fougères, ou des herbes.
A la fin de l'hiver et au printemps, ils sont souvent dans de petits boqueteaux, dans les garennes ou dans les oseraies fourrées au milieu des grandes plaines; d'ailleurs les louvarts, chassés par les grands loups, y sont souvent à cette époque; c'est donc le moment d'y chercher les loups.
Maintenant il faut apprendre à s'assurer des voies du loup, Car La si ience
du pied du loti |i
le succès de la chasse dépend souvent de cette connaissance, et la estdimdie. science du pied de loup est une science fort difficile et qui, plus encore que toute autre , ne peut guère s'apprendre que par la pratique; car, à moins d'une grande expérience, on peut souvent faire de fausses conjectures et commettre des erreurs.
D'abord il y a la difficulté d'en revoir, parce que le loup marche Difficulté du revoir, peu dans la boue, préférant le terrain sec et les feuilles où il ne laisse pas d'empreintes, comme le font les animaux à pieds fourchus.
Il y a, d'ailleurs, des pays où le revoir est nul, tandis que dans d'autres on en revoit partout. La saison la plus favorable pour distinguer lés voies de loups est celle qui comprend la dernière partie de l'automne, l'hiver et le commencement du printemps. 11 est rare qu'à ces époques il ne tombe pas une assez grande quantité d'eau pour humecter suffisamment la terre.
Pendant l'hiver, on ne peut pas juger un loup par le pied lorsque les gelées sont dures, mais il n'en est pas ainsi les jours de gelée blanche, car le jugement est assez facile, jusqu'à ce qu'elle soit fondue par le soleil. Le lendemain de la chute de la neige, on juge encore facilement les loups ; mais il faut , pour cela , que la neige ne soit pas trop fondante , parce qu'alors il n'y aurait plus de certitude. Du reste, il n'y en a guère davantage quand la neige sur laquelle marche le loup est gelée, parce qu'elle se casse et tombe par petits morceaux dans la forme du pied qui se trouve alors absolument changée.
Dans l'été, le revoir est très-difficile, et, quand la terre est dure, il est nul ; quand les chemins et les terres labourées sont en poussière, il n'y a guère que le malin de très-bonne heure qu'il soit possible de juger un loup, parce qu'alors la rosée, jusqu'au lever du soleil, donne une certaine consistance à la terre, qui conserve l'empreinte du pied.
Ensuite il est nécessaire de savoir bien discerner le pied du loup de celui du grand chien , et pour cela on ne doit jamais perdre de vue qu'il faut toujours s'assurer des allures, le grand point de différence entre les animaux sauvages et les animaux domestiques.
Pour ne pas se méprendre entre le pied du chien et celui du loup, il faut observer que, quand le grand loup va d'assurance, il
va toujours le pied plus serré , qu'il a les doigts des pieds mieux joints, plus régulièrement tournés que le chien, qui va toujours le pied ouvert; qu'il a le talon bien plus gros par rapport aux doigts, bien plus large, bien plus détaché du surplus du pied que le chien ; qu'enfin de son talon il forme trois fossettes bien marquées en terre, les deux doigts de côté bien détachés à même hauteur et donnant à l'empreinte du pied un peu l'aspect d'une fleur de lis.
La louve est encore mieux chaussée que le loup , c'est-à-dire Lc Pied de la kuvc qu'elle a le pied encore mieux fait et plus différent de celui du chien. Il est plus long, plus étroit que celui du loup, plus resserré dans sa largeur, et le talon est plus détaché encore et plus allongé ; enfin les ongles sont un peu plus menus.
Quant aux allures, la partie la plus importante de la connaissance Les alluresdu pied du loup, elles sont plus allongées, bien mieux réglées, plus pareilles et plus assurées que celles de quelque grand chien que ce soit. Il faut se rappeler qu'en termes de vénerie les allures comprennent deux choses : 1° la façon de placer les pieds; 2° la distance de l'empreinte des pieds de devant à celle des pieds de derrière. Or un vieux loup ne se méjuge pas', c'est-à-dire qu'il met régulièrement le pied de derrière sur l'empreinte de celui de devant. S'il trotte, le pied de derrière se trouve placé à trois doigts de celui de devant, qui est beaucoup plus grand et plus large que celui de derrière. Il en est de même de la louve, excepté quand elle est pleine , car alors son allure est moins régulière et ses pieds de derrière sont souvent en dehors de ceux de devant.
Le louveteau est très-facile à distinguer : quoique ayant un pied Le pied du louveteau assez semblable à celui du chien, il ne marque jamais d'ongles (ou
bien ils sont comme des aiguilles), ce qui n'arrive jamais à un chien.
Lepiedduibuvart. Le louvart paraît souvent, au premier coup d'oeil, avoir autant de pied qu'un vieux loup ; toutefois on ne s'expose pas à les confondre, quand on se rappelle que le vieux loup a le talon gros et large, le pied serré, plus long que large, les ongles gros et courts, tandis que le louvart, au contraire, aie pied un peu ouvert, presque aussi long que large, ce qui vient de ce que les tendons sont encore trop faibles et peu proportionnés à la pesanteur du corps; aussi se méjuge-l-il assez souvent; mais il a toujours les ongles plus menus, plus pointus qu'un vieux loup ou qu'un grand chien qui, en se déchaussant, les enfonce plus avant dans la terre. Souvent le louvart ne marque même pas ses ongles , à moins que le terrain ne soit très-mou.
etL'tepéMtiîîe Malgré cela, l'expérience et la pratique seules peuvent enseigner les meiiiews maîtres. la science du pied de loup; d'ailleurs un veneur ne peut jamais apprendre son métier dans un traité de vénerie ; il peut y compléter ses connaissances et les rectifier, mais la pratique, l'expérience et l'intelligence peuvent seules lui apprendre son métier, us laissée du iou,.. 11 est encore quelques connaissances dont on peut se servir pour s'assurer d'une voie de loup : d'abord ses laissées, qui ont un aspect particulier et ne ressemblent pas à celles du chien ; elles sont toujours ou blanches ou blanchâtres et contenant des os, du poil ou de la laine. Celles des grands loups sont toujours dures et ordinairement placées à côté d'un chemin, d'une sente ou de quelque carrefour; sur quelques ronces, sur des buissons ou sur une pierre ; celles d'une louve , au contraire , sont généralement molles et toujours au milieu du chemin.
Enfin, aux rembuchements, s'il se trouve des ronces dans la l« ronces
de la coulée.
coulée , on peut examiner s'il n'est pas resté du poil de loup attaché aux épines; et, en observant comment ce poil est fixé à la ronce, on peut s'assurer si c'est une rentrée ou une sortie, dans le cas où il n'y aurait pas de revoir.