‹ La chasse du loupChapitre 6 sur 24 · DU LIMIER DE LOUP · texte numérisé non relu

DU LIMIER DE LOUP

La première qualité que doit avoir un limier de loup, c'est d'aimer la voie du loup ; maintenant, pour le dresser, la douceur et la Qualités palience sont les deux qualités surtout nécessaires au valet de

ie doit posséder ' Jlimier dé loup limier.

Il faut, pour que le chien soit limier de loup, qu'il vienne de vraie race à chasser loup, qu'il ait la tête carrée, l'œil gros et plein de feu, et généralement qu'il soit ardent et pillard. Avant de l'essayer et de lui passer la botte au cou , il sera bon de lui faire chasser loup cinq ou six fois en meute, pour voir s'il y prend bien, s'il aime cette voie, s'il a des dispositions pour le recri, et s'il a ce nez si fin, nécessaire au limier de loup ; mais, si, malgré cela, après l'avoir mis à la botte, le chien paraît froid sur une bonne voie, et qu'au lieu de sentir avec action , de mordre même les branches lorsqu'on lui retient le trait , il ne fait que suivre par manière d'acquit, on fera mieux de le remettre au chenil, attendu qu'il n'est pas né pour être limier de loup.

Si le chien montre de bonnes dispositions, la première leçon à lui donner sera de lui apprendre à marcher devant et à porter gaillardement son trait; il ne faut pas compter le lui faire prendre de force, car, si on le maltraite, il abhorrera le trait et n'y sera

jamais propre ; la douceur et les caresses réitérées sont les seuls moyens à employer.

Un des meilleurs moyens de le dresser est d'avoir avec soi , |a

« meilleure manière

quelqu'un qui ait un bon limier déjà mis; on fait passer le vieux de le dresser

limier devant le jeune que cela excite ; il oublie sa botte et tire sur

son trait, pour le suivre ; au bout de cinq ou six fois, on le fait

passer devant alternativement, et bientôt le jeune chien se trouve

en état d'aller seul travailler. On l'encourage en lui disant : « Harlou

« la, mon bonhomme; harlou, hou! devant, Brifaut, etc. » Quand

il est arrivé à marcher sans inquiétude et à tirer gaiement sur son

trait, il faut lui apprendre à mépriser les voies dont on ne veut pas

qu'il prenne connaissance ; mais s'il se rabat bien sur une voie que

l'on reconnaît positivement être une voie de loup, soit au revoir,

soit aux laissées, soit à la façon de faire du chien, on le flatte en lui

disant : « Tu dis vrai, Brifaut; harlou là, mon bon, harlou! » Il

faut bien prendre garde qu'en suivant il ne change de voie, et, s'il

fait cette faute, il faut le retirer sans le battre, mais en le grondant .

revenir ensuite sur les derrières et reprendre la voie sur laquelle il

faudra briser de distance en distance.

ïl faut lâcher de lui faire faire quelques belles suites, puis lui on m rend

apprendre ensuite à détourner en formant l'enceinte, ce qui se fait à détourner, en enveloppant le fort, où l'on pense qu'est rembuché l'animal dont on a fait suite, parle chemin le plus proche de ce même fort. Si le loup en est sorti et que votre chien, ne le surallant pas, ait bien saisi la voie, on le caresse et l'on fait suite jusqu'au premier sentier, où l'on brise. On prend ensuite de nouveaux devants plus grands que les premiers, si l'endroit parait favorable pour une demeure, et, si on ne le trouve pas sorti, on refait le tour de l'enceinte, mais,

cette fois, dans l'autre sens ; si on ne retrouve pas la voie et que le loup paraisse rembuché , pour créancer le chien on reprend la voie et on tâche de lui faire lancer le loup ou au moins de l'amener sur le liteau; on le caresse bien quand il y arrive, comment II faut accoutumer le limier à être muet, et, pour cela, aussitôt

on le rend nincl . 1

qu'il veut donner de la voix, on le retire en disant : « Tout coi, « l'ami, tout coi. » S'il continue, on peut lui faire suivre un instant le contre-pied, et à cette mortification se joint le refroidissement de la voie qui affecte son ardeur, la diminue et lui apprend à être muet.

Un bon limier doit porter son trait gaiement et diligemment, mettre souvent le nez à la branche, visiter tous les faux-fuyants et toutes les rentrées.

u fin de l'été La meilleure époque pour faire les limiers de loup est juin,

est

la mcilpm,er *mw ju^'e^ aout et septembre, époque des louveteaux dont l'odeur n'est raire les limiers pas sj intimidante, et qu'on peut faire suivre et lancer à son chien de deux jours en deux jours, sans leur faire quitter le pays (pas dans tous les pays toutefois). Quand il a fait bonne suite, on peut, le même jour, lui donner une double leçon en lui faisant travailler les vieux loups à leur retour lorsqu'ils rentrent au fort pour apporter la pâture à leurs louveteaux; par ce moyen, on l'accoutume à se rabattre des voies des hautes erres et on le confirme sur loup. Il faut remarquer que, outre la froideur naturelle à un chien pour se rabattre d'un vieux loup, ceux qui en veulent le mieux sont sujets à suraller au bout de quatre à cinq heures, s'il y a quelque temps qu'ils n'en ont eu connaissance, ce que don être, Mais, quand le chien remplira toutes ces conditions, il ne sera

à mon avis 1

un Hmier ,ie loups. pas encore complet et je ne le trouverai pas digne d'être appelé un

limier de loups. Pour qu'il mérite ce nom à mes yeux, il faut 1° qu'il aime tellement la chasse du loup, que, dès qu'il aura eu connaissance d'une voie, il ne pense plus qu'à elle et méprise de lui-même toute espèce de gibier qui lui bondirait sous le nez ; 2° qu'il fasse tout le travail de limier libre et sans trait. Voilà mes raisons.

D'abord il surallera beaucoup moins des voies qui sont si légères, ensuite il s'assurera mieux de toutes les rentrées et suivra bien plus facilement sa voie pour faire ces grandes suites de loup, quelquefois si fatigantes à trait de limier, sous des gaulis. S'il travaille libre, on le suit rapidement en n'ayant qu'à le modérer et à le maintenir à mi-voix.

Si l'on pouvait employer une grande quantité de valets de li mier Pounii faisant chacun leur canton, ils pourraient tous travailler leur limier libre au trait; mais, comme souvent l'homme qui va au bois pour loup doit faire un chemin énorme soit pour trouver la voie, soit pour la suivre avant de pouvoir rembucher, s'il a un ou deux limiers si bien mis et si bien dressés, qu'ils fassent leur travail libres, sans jamais lui échapper, ni forcer la voie près des rembuchements (quitte à lui mettre le trait si la voie devient trop chaude et s'il s'anime trop), on conçoit quel avantage immense et comment le même homme, qui n'aurait peut-être pas pu donner une brisée, puisse, par ce moyen, rembucher un grand loup après 2 grandes lieues de suite. Je trouve donc que c'est essentiel, dans un équipage de loup, à moins d'avoir six à huit valets de limier, et encore, dans ce cas, mes limiers, tels que je les veux, ne leur nuiront jamais.

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