AH LE DAIS
bilital ions équitables, de se rappeler ce qu'il avait dit ailleurs au sujet tic lune :
4 Qu'il serait par lui-même et pour nous le premier, le plus beau, le mieux fait, le plus distingué des animaux, si dans le monde il n'y avait pas de cheval. »
Le daim, en effet, n'a pas d'autre tort que l'âne : n Comme lui, il est le second au lieu d'être le premier, et par cela seul il semble à peine mériter qu'on s'en occupe. C'est la comparaison qui fait qu'on le mésestime : on le regarde, on le juge, non pas en lui-même, mais relativement au cerf. On ne veut pas se rappeler qu'il a comme son rival un nom, une patrie, une famille; qu'il possède aussi bien que lui toutes les qualités de sa nature, tous les dons attachés à son espèce, et on ne pense qu'à la figure et aux qualités du cerf qu'on daigne lui attribuer quelquefois, mais toujours à sou désavantange. »
Pour nous, qui n'aimons pas les préventions injustes, nous nè nous contenterons pas de dire du daim, comme la plupart de nos auteurs cynégétiques, qu'aucune espèce n'est plus voisine de celle du cerf, et que conséquemment tout ce qui a été enseigné pour la chasse de l'un, peut s'appliquer à la chasse de l'autre. S'il y a entre ces deux animaux quelque rapport de conformation externe, ce qu'il est impossible de nier, c'est une erreur, nous dirons plus, c'est une hérésie monstrueuse dans laquelle nous savons gré à d'Yauville de n'être pas tombé, que d'assimiler leur nature, que de leur prêter exactement les mêmes habitudes et les mêmes mœurs, et par suite d'établir pour tous deux un cours de vénerie identique.
D'origine différente, le cerf et le daim n'ont véritablement aucun degré de parenté qui les lie : n'en déplaise au célèbre
Linnée qui, dans sa grande classification des quadrupèdes, appelle improprement ee dernier cervus dama; ce sont deux races distinctes et bien tranchées que, malgré leur ressemblance extérieure, il ne faut point s'aviser de confondre. Elles Sont Tune à l'autre, par une progression décroissante, ce que sont daus la filiation des êtres, différentes espèces voisines :
— Le loup, le renard. — Le lièvre, le lapin. — La perdrix, la caille. — Le corbeau, la corneille. — La fouine, le putois.
Et s'il nous est permis de descendre jusqu'aux derniers anneaux de cette chaîne immensc,ee que sont entre eux deux individus qui se touchent encore de plus près, sans établir non plus une même famille. — Le rat, et son pendant, su miniature, la souris.
À l'instar de tous ces animaux qui se rapprochent sous plus d'un point de vue, et qui pourtant, loin de produire ^semble, se fuient et ne se mêlent jamais, le cerf et le daim ne forment aucune race intermédiaire. Il est même rare, ainsi que cela se voit aussi à l'égard du lièvre et du lapin, de trouver des daims dans les pays qui sont peuplés de beaucoup de cerfs, à moins qu'on ne les y ait transportés ; et ce sentiment d'aversion d une espèce pour l'autre, cette antipathie naturelle, est la preuve la plus convaincante de la distance qui les sépare.
Habitant les mêmes lieux, soumis aux mêmes dangers et aux mêmes besoins, il n'est pas étonnant qu'ils partagent un peu le même genre de vie; Mais aussi ce sont là leurs plus grands points de rapprochement, une même demeure, une similitude # appétits grossiers, et enfin une communauté de
périls qui les exposent journellement aux mémos ennemis^ Passé cela, ils ne se ressemblent plus guère pour peu qu'où les observe avec des yeux attentifs, ni par les mœurs*, ni par les habitudes, ni par les ressources d'instinct. Chez 1 un et Fautre individu, ce sont autant de nuances différentes qu'il faut étudier avec soin; nuances d'autant plus difficiles à saisir, qu'elles sont pour ainsi dire imperceptibles, et d'autant plus importantes toutefois, que de leur appréciation plus ou moins juste, dépendent précisément toute la science et le talent d'un veneur.
Le daim est un auimal des climats tempérés : on n'a point encore réussi à le naturaliser eu Russie, et Ton n'en trouve que fort peu dans les forets de la Suède et des autres pays tout à fait au Nord. Sa patrie primitive est le midi de l'Europe, la Moldavie, la Grèce, le Levant, l'Asie Mineure ot ia Perse, sans oublier la Chine où on le dit aussi fort commun.
Beaucoup plus gros que le chevreuil, il tient à peu près le milieu entre celui-ci et 4c cerf : il a environ quatre pieds de longueur sur trois pieds de haut, et pèse ordinairomeiit, quand il a atteint toute sa force, c'est-à-dire lorsqu'il est dix-cors, de cent cinquante à deux cents livres. Le cou an peu ramassé, les jambes petites proportionnellement au volume de son corps, il a peut-être le port moins noble que le cerf, mais en revanche il n'est point déshonoré, comme ce dernier, par une queue écourtée et sans grâce. La sienne, de moitié plus longue, lui descend presque jusqu'aux jarrets qu'elle accompagne avec aisance.
La femelle du daim s'appelle daine et non pas dine, comme la nomment mal à propos quelques chasseurs. Ses
L'fi DAIM. M
petits, qui portent les six premiers mois le nom de faons % l'échangent, les si\ mois suivants, contre celui de Iutps; ils prennent ensuite successivement et à mesure qu'ils avancent en âge, les dénominations de dtujuets, de deuxième, troisième et quatrième tètes, jusqu'à ce qu'ils deviennent comme le cerf, daims dix-cors jeunement, daims dix-coi s vieillement, et enfin grands ou vieux daims.
Nulle espèce de bète fauve n'est sujette à un plus grand nombre de variétés que celle-ci, et cela s'explique non-seu- K'inent par son origine étrangère, mais encore par son éducation qui, en beaucoup d'endroits, est pour ainsi dire domestique. Ainsi ou connaît des daims blancs et noirs ; on en voit d'autres qui sont variés de diverses nuances, telles (jue le jaune paille, le jaune rougeatre, le gris, le brun, le brun foncé, le noir ; et enfin on en rencontre quelquesuns, niais rarement, qui sont mouchetés de toutes ces bigarrures.
Dilférents de pelage, ils diffèrent aussi en grosseur, surtout lorsque l'on compare ceux d'un pays avec ceux d'un autre. Et à cet égard on cite principalement, outre les daims d'Allemagne, un peu plus forts que nos daims à nous, ceux d'Espagne d'abord qui sont presque aussi grands que nos cerfs, mais qui ont le cou moins gros et la couleur plus obscure, avec la queue noirâtre, non blanche par-dessous, et plus longue que celle des daims communs ; ceux de Virginie ensuite, qui sont remarquables par la grosseur de leurs daiutiers et dont la taille approche des daims d'Kspagne.
Nous ne nous arrêterons point à décrire toutes ces variété^ qui se bornent en France à quelques individus isolés, renfermés la plupart du temps dans des parcs. Pauvres pri-
né» esobves auxquels on ne peut même pas appliquer ce vers du poêle :
Etpatriam morions rrminisciUir Argn»!
Nous ne nous occuperons ici que de l'élude du daim ordinaire, la nlus intéressante oour nous, nuisuue l'animai qu'elle concerne est le plus commun dans nos ibrêts- et le seul véritablement libre.
La couleur des deux sexes pendant l'été, csl belle et agréablement variée ; la face et la partie supérieure du cou sont d'un brun noir; le fond de la couleur de la partie supérieure du corps est d'un joli brun marron parsemé de petites taches bJancliàtres, et cette riche nuance est relevée par une large bordure blanche très-apparente qui part des deux cotés intérieurs des épaules et vient en mourant rejoindre la queue qui est noire en dessus et blanche en dessous. Les cotés, fous la bordure, sont ainsi que les jambes d'uu fauve roussâtre, et le surplus de la partie inférieure du corps est d'un blanc jaunâtre.
L'hiver, la couleur change. Elle devient d'un brun olive sur le corps, d'un gris foncé sur les cotés et d'un blanc sale en dessous; les taches s'effacent presque entièrement el ne se distinguent plus que sur les cuisses. Ce pelage, que l'animal prend vers la fin de novembre, dure jusqu'au mois de mai ou de juin, épxxjue où la mue lui rend sa parure d'été.
Le bois du daim, ornement dont la daine est privée comme la biche, ne ressemble nullement à celui du cerf : plus plat, plus étendu en largeur et à proportion plus garni d'andouillers, il est aussi plus courbé eu dedans, et 41 se termine, connue la tète du renne, par une longue et large empaumure
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aplatie et dentelée tout autour du bord extérieur que l'on désigne sous le îiin 1 1 de palette, et à la forme comprimée de laquelle le daim doit 1 epithète de platyceros, sous laquelle Pline l'a distingué.
'fl'est à huit ou neuf mois environ que le jeune faon, qui vient de prendre le nom de hère, commence à pousser ses premières dagues. Recouvertes d'abord d'une peau veloutée qui ne tombe que vers la lin du mois d'août, époque à laquelle l'aiûmal touche au bois, elles n'atteignent pas la pre* mière année plus de cinq à six pouces de hauteur. Au mois de juin suivant (il a alors deux ans accomplis) le daguet met bas sa tète pour en allonger une nouvelle. Cette fois il ne met pas plus de deux mois et demi ou trois mois à la refaire, et elle est entièrement solidifiée, de même que chez un vieux daim, dès les premiers jours de septembre. La troisième année les empaumures commencent à paraître; la quatrième, le bois se développe et prend de l'accroissement ; et enfin, les années suivantes, à mesure que le daim avance en âge, on voit son empaumure s'étendre, ses andouillers devenir plus nombreux, ses meules plus hautes et ses échancrures plus profondes. Le Bois d'un très-fort daim pèse rarement plus de douze à quinze livres.
Il est évident, en se basant sur le calcul que nous venons de faire, que les daims mettent le même temps environ à devemr dix-cors que les cerfs ; aussi s'y prend-on de la même manière pour juger leurs têtes : on compte le nombre d andouillers qu'il y a depuis le bas jusqu'au haut de la palette, devant comme derrière, en supposant toujours existants, comme pour le cerf, les trois andouillers du merrain, qu'ils
y soient réellement ou non ; s'il y a trois andouillers à chaque
I ki Ici tr, on dit que l'animal porte douze hien semés; s'il \ on a deux d'un côté et trois de l'autre, ou dit au contraire qu'il porte douze mal semés ; ainsi de suite. ,
La téle du daim tombant plus tard que celle du cerf, l'époque du rut est aussi reculée pour lui d'une quinzaine de jours à trois semaines. 11 ne commence qu'au milieu d octobre pour finir du quinze au vingt novembre, au lieu d'avoir lieu comme celui du cerf, depuis septembre jusqu'à la mioctobre. Les daims raient alors assez fréquemment, mais d'une voix basse et comme entrecoupée, que Bechstein compare avec assez de justesse a la voix rauque d'un homme qui ferait de grands efforts pour vomir. Us sont en état d'engendrer et de produire depuis l'âge de deux ans jusqu'à leur quinzième ou seizième année; mais bien qu'au moment du rut, ils se livrent entre eux des combats opiniâtres, ils ne s'excèdent ni ne s'épuisent pas autant que le cerf. Loin de battre comme lui les forêts et la plaine, ils ne s'écartent pas beaucoup de leur pays pour chercher des daines, el le mâle le plus vigoureux ne sert guère plus d'une douzaine de femelles.
La daine porte huit mois et quelques jours, le même esjKice de temps que la biche. Elle met bas uif mois plus tard qu'elle, vers le milieu de juin ou le commencement de juillet. Elle produit ordinairement un faon, quelquefois deux, très, rarement trois; et ce n'est qu'au renouvellement du rut, qu'elle se sépare de sa progéniture qui recommence souvent après à la téter et à la suivre. Les jeunes daims portent la livrée comme les faons des chevreuils et des cerfs ; mais ils sont moins précoces que ceux-ci pour s'aventurer avec leur mère au gagnage. Assez habituellement ils demeurent trois semaines, un mois, cachés dans le fort pendant que la dame s'écarte pour viander
le voir (l'iiis nuelflue t iillr voient** <<' nYsl mie na^fié celte
époque, qu'ils l'accompagnent hardiment partout.
On sait que les cerfs vivent de trente-cinq à quarante ans : moins considérable, la durée de la vie d'un daim ne se prolonge pas au delà d'une vingtaine d'années, différence notable qu'il est bon de ne point oublier, bien qu'elle ne soit pas la seule qui distingue entre elles ces deux familles ; mais du reste ce plus ou moins de longévité n'a rien qui doive surprendre, c'est une conséquence toute naturelle du développement plus ou m oins prompt que l'un et l'autie animal subissent ; car il est reconnu que dans tous les êtres, à commencer par l'homme, la durée de la vie est proportionnée à celle de l'accroissement.
Parfaitement acclimaté dans toutes les contrées méridionales et tempérées de l'Europe, le daim est cependaut moins répandu en France qu'il ne l'est dans quelques contrées de l'Allemagne ; en Angleterre surtout, où sa venaison, plus délicate en effet que celle du cerf, n'est pas appréciée aujourd'hui, puisque, si l'on en croit la chronique, l'immortel Shakespeare, qui était un peu braconnier avant d'être poète, manqua se faire pendre pour avoir volé un daim -eu escaladant les murs de je ne sais plus quel parc, un soir qu'il y avait relâche au théâtre de Londres, et par conséquent point de chevaux à tenir en main à la porte du Covent Garden d'alors. ,
Aux envirous de Paris, où cet animal réussissait assez bien il y a une dizaine d'années, on a peine désormais à en rencontrer quelques-uns en liberté : et encore le peu qui aient échappé aux destructions de fauves qu'où a faites, sont-ils puqués, comme un ornement inutile, derrière les grilles de
quelque résidence royale, tomme 5 Saint-Germain, à Marly, au Baincy, par exemple, tondis que Rambouillet, Chantilly,
si
tondues, sont devenues d'immenses déserts dont le bruit du cor ne trouble plus, qu'à de rares intervalles, le silence et la solitude.
A qui la faute? Nous en sommes fâché pour l'administration forestière actuelle ; IllillS il faut le dire à sa honte cependant, c'est à elle qu'on doit demander compte, après les héros de juillet toutefois, de cet universel veuvage, 5 elle qui a fait massacrer en détail ce que le Gargantua révolutionnaire n'avait pas pu dévorer en trois joors. À peine le gibier traqué en tous sens par cette vaste meute humaine prête à s'entre-déchirer pour se disputer quelques lambeaux palpitants, eut-il souillé et repris haleine, qu'une nouvelle attaque, mieux combinée cette fois, et dirigée par de plus savantes manœuvres, vint le relancer encare au fond de ses forets : et notez bien que ce ne tut plus un combat partiel à soutenir contre des agresseurs dont le nombre faisait toute la force, ce fut une guerre d'extermination, une proscription générale, la nuit, le jour, en tous lieux, sans merci, sans pitié, sans chances de salut aucunes ; car un marché avait été passé entre l'admirnst rat ion et des entrepreneurs que nous pourrions citer ; et l'on conçoit que, chaque bète vendue sur pied, il fallait bien, au jour dit, abattre et livrer la marchandise.
C'est ainsi que nous avons vu nous-même égorger dans une étroite enceinte de Verrières, ce joli buisson si admirablement percé pour une chasse à courre, treize misérables cerfs et biches, acculés derrière un panneau qu'ils eussent défoncé d'un coup de tête, les nobles betes ! c'est ainsi que dans Meu-
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don on a détruit jusqu'à cinquante grands animaux dans un seul mois; c'est ainsi qu'on a dépeuplé Sénart, qu'on a ruiné Fontainebleau, Ermenonville, et tant d'autres bois giboyeux que tome une Vénerie royale avait naguère animés de sa pompe : et le tout pourquoi? pour se foire les pourvoyeurs des Chevet de la halle, et empêcher de crier quelques-uns de nos badauds aboyeurs, en leur distribuant, à bas prix, leur part de venaison et de curée.
Et qu'on ne vienne pas nous dire après tout, que c'était uniquement dans l'intérêt de l'agriculture, que le fauve endommageait par ses excursions nocturnes. Mauvaise excuse, messieurs, et qui déguise mal l'arrière-pensée d'une mesquine économie. Avant 1830, le gibier ne se gênait certes pas pour aller aux gagnages sur les propriétés riveraines des bois. 11 faisait de même sa nuit dans les emblaves. Mais savez-vous comment on y remédiait alors? On nommait des experts, on estimait contradictoirement le dommage, et de bonnes indemnités étaient allouées aux voisins, indemnités qu'ils en sont à regretter aujourd'hui, attendu que souvent elles leur rapportaient plus que leurs récoltes. Voilà comment on s'y prenait à cette époque 1 , et certes cela valait un peu mieux, cette façon d'agir était un peu plus noble que ces destructions sans nécessité, faites dans l'intérêt particulier de la liste civile, non dans un but d'utilité publique; misérable
spéculation, trafic honteux, peu dignes de ceux qui les ont
1 « Dans une feule année, la liste civile de Charles X paya cent mille francs d'indemnités aux propriétaires riverains des bois de la Couronne, pour les dégâts que le fauve avait commis, cet excellent prince ne voulant pas que ses plaisirs fussent une charge pour ses sujets, » {Traité général des eaux et fortts, chatsts, art. Cebp.)
ordonnés, quels qu'ils soient. Nous ne sommes plus au temps de (Hurleniagne ; et, s'il était permis alors de vendre les légumes des jardins impériaux, ce n'est pas une raison pour trafiquer, comme on l'a fait il y a six ans, du gibier des forêts royales.
Le daim se plaît mieux dans les taillis de bois à feuilles, que dans ceux qui sont composés d'arbres résineux. En général aussi, il recherche de préférence les terrains dont le sol est sec et élevé, les collines boisées, entrecoupées de champs cultivés et de prairies. I^es massifs continus lui conviennent moins que ces espèces de buissons. 11 se cantonne comme le chevreuil, et de même que lui, il ne s'éloigne jar mais à de bien grandes distances de la contrée qu'il a choisie; ce n'est que dans les hivers rigoureux, à la suite d'une longue disette, qu'il se décide à chercher fortune dans un pays plus favorable; encore ses voyages ne s'étendent-ifs souvent qu'à deux ou trois lieues et revient-il presque toujours à la fonte des neiges se fixer de nouveau dans sa patrie adoptive.
S; i nourriture se compose des mêmes aliments que celle de la plupart des autres bètes fauves; oependant, moins difficile que le cerf, il mange beaucoup de choses que celui-ci refuse : aussi conserve-t-il mieux sa venaison, car il ne parait pas, au dire général, que le rut, suivi des froids les plus rudes et les plus rigoureux, le maigrisse et l'altère; il est presque dans le même état toute l'année. Parmi les fruits qu'il recherche avec avidité, on cite les châtaignes, les glands, les poires et les pommes sauvages. Il est aussi très-friand des jeunes pousses de la plupart des arbres à feuilles; mais,
comme il broute de très-près, le bois coupé par sa dent re-
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pousse beaucoup plus difficilement que celui qui a été endommagé par le cerf, en sorte qu'il cause aux taillis un tort assez considérable. Les jeunes mangent plus vite et plus avidement que les vieux.
Eu foret, ces animaux se tiennent presque toujours en liardes; cependant les mâles d'un certain âge s'isolent quelquefois comme les cerfs, et il n'est pas rare, hoi-s le temps du rut, d'en trouver deux ou trois seulement réunis ensemble. Dans les parcs, lorsqu'ils se trouvent en grande quantité, dit M. de Huflbn, ils forment ordinairement deux troupes qui sont bien distinctes, bien séparées et qui bientôt deviennent ennemies, parce qu'elles veulent également occuper le meilleur endroit du parc. Chacune de ces troupes a son chef qui marche le premier, et c'est le plus fort et le plus âgé; les autres suivent et tous se disposent à combattre pour chasser l'autre troupe du bon pays. Ces combats, ajoule-t-il, sont singuliers par la disposition qui paraît y t& gner. Ils s'attaquent avec ordre et se battent avec cour-age, se soutiennent les uns les autres, et ne se croient pas vaincus par un seul échec ; air le combat se renouvelle tous les jours, jusqu'à ce que les plus forts chassent les plus faibles et les relèguent dans le mauvais pays. Nous ignorons si celte particularité est juste. Touteibis nous devons avouer avoir interroge à ce sujet un vieux garde de l'un des comtés de l'Angleterre le plus peuplé en daims, puisque le parc et la foret de Windsor s'y trouvent ; et cet homme, très-expert du reste sur cette matière, nous a certifié que, pendant trente aunées de service, il n'avait rien observé de semblable.
La chasse du daim est royale : elle ne ressemble point à celle du cerf et mériterait par cette raison seule un équipage
à part; cependant la Vénerie du Roi, qui a%*ait autrefois son vautrait et, sa louveterie, c'est-à-dire une meute pour le sanglier et pour le loup, n'a jamais eu de service particulier affecté à cette espèce de chasse. En 1789, c'était l'équipage du chevreuil qu'on employait pour forcer le daim; et plus tard, en 4814, lors du rétablissement de la Vénerie, ce fat l'équipage du cerf, le seul que l'on remonta pour l'usage du comte d'Artois et de ses fds, et le seul qu'il conserva comme roi de France.
En voici L'état en 1 830 :
Service d'iioinneur. — Un premier veneur chargé du service du grand veneur; un lieutenant commandant; un J i ^ u ti „' 1 1 1 i ï 1 1- y i ii i | m 1 1 1 1 1^ i y mi ik..( ( 'Oi i( i j i*i ^ c «
Chenil. — Un premier piqueur ; un premier piqueur piquant; deux piqueurs de vénerie; deux valets de limiers A cheval ; quatre valets de limiers à pied ; trois valets de chiens à cheval; neuf valets de chiens à pied; un idem surnuméraire; un boulanger; cent quarante chiens courants; quarante-quatre limiers. ■ .
Écurie. — Un premier piqueur; un sous-piqueur: un premier brigadier ; quatre brigadiers ; dix-neuf palefreniers; quatre surnuméraires ; un sellier ; six postillons ; un dclivreur de fourrages; deux conducteurs de voitures; un artiste? vétérinaire; un brigadier-inflrmier ; quatre-vingt-dix ehe* vaux. >. . , . *
Nos lecteurs ne uous sauront pas mauvais gré, je pense, de rapprocher ce document authentique, des accusations de folles dépenses, si souvent reprochées aux goûts frivoles de S. M. Charles X.
On juge le daim comme on juge le cerf, par la tête* le '
pied, les foulées, les portées, les fumées et les abattures. Toutes ces connaissances étant en petit les mêmes que celles qui ont été décrites au sujet de ce dernier animal, nous ne parlerons ici que du pied et des allures.
Le pied d'un daim dix-cors a beaucoup de ressemblance au premier coup d'œil avec celui d'un cerf dagnet ; mais néanmoins un veneur expérimente s y trompe rarement, et, quelle que soit la similitude de ces deux pieds, il distingue facilement l'un et l'autre, tant par la comparaison que par l'ensemble de leur forme. Cet écueil une fois évité, tout le reste n'est plus qu'une routine, car le pied du daim diffère de celui de la daine, le pied d'un vieux daim de celui d'un jeune de la même manière que pour le cerf, c'est-à-dire que le daim a plus de pied de devant que de derrière, tandis que la daine, de même que la biche, a autant de pied de devant que de derrière. 11 a les pinces de devant plus rondes, la sole plus large, les cotés moins tranchants, plus de talon, lm os mieux tournés et la jambe plus large que la daine, qui a le pied de devant plus creux, les pinces plus aiguës, la sole moins large, les cotés plus tranchants, plus mal tournés, et qui d'ailleurs est plus haut jointée. Le daim a aussi les allures mieux réglées, plus larges, et il se retarde plus ou moins, a proportion de son âge.
Le cerf, qui va et vient toute la nuit et parcourt souvent de fort grandes distances, simule quelquefois plus d'un faux rembûchement avant de rentrer au fort, ce qui fait que toute la science d'un bon piqueur et d'un limier de créance échoue quelquefois contre ses manœuvres. Il n'en est pas de même pour le daim. Gomme on sait ordinairement les cantons où se tiennent les différentes hardes, et qu'on est toujours à peu
près sûr de les rencontrer là, ou dans les enceintes voismes, il est inutile de se donner la peine de détourner l'animal qu'on veut chasser. On découple seulement cinq ou six chiens sages pour fouler la contrée où la ha nie se trouve, et quand, une fois les animaux mis debout, on est parvenu A en séparer un daim mâle, ce qui n'est pas toujours une opération très-facile, on découple la meute et on la rallie aux premiers chiens.
Dès ce moment la chasse du daim est commencée, et c'est alors que l'on peut observer combien elle diffère de celle du cerf.
Moins cul reprenant que ce dernier, l'animal ne prend point de parti. 11 va et vient sur les mêmes voies, faisant des dëlonrs multipliés, cherchant ù se dérober aux chiens; et, comme il ne s'écarte jamais beaucoup de sa troupe, il y rentre et s'y mêle à tout instant, ce qui demande une extrême attention pour parer aux inconvénients du change. Ses débuchers sont courts, et si quelquefois il se forlonge, ce qui n'arrive que rarement, il revient bientôt au lancer, aug«? mentant ses ruses et ses retours, à mesure que ses forces diminuent.
Enfin est-il sur le point d'être forcé, comme s'il ne se liait plus à la vigueur d'un jarret qu'il sent tout prêt à trahir son courage, il ne fait plus que tourner sur lui-même, souvent dans un espace de quelques arpents. Sa course n'est plus une fuite. Ce sont des bonds, des sauts, des ailées et venues perpétuelles, toute une étude de combinaisons astucieuses qui déuotent chez lui plus d'instinct (pic chez le cerf, efforts inutiles qui, loin de lui sauver la vie, ne fout que présager sa fin prochaine; car c'est là un signe itriaillible auquel on ne
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s " trompe jamais, et plus les chiens tombent de fois en défaut, pins il est certain (pie l'hallali approche.
Une particularité qu'il est essentiel de noter, et qui distingue encore le daim dn cerf, c'est que, lorsqu'il est sur ses fins et qu'il bat l'eau en se jetant, soit dans un étang, soit (Luis une rivière, il ne se hasarde point à la traverser dans un endroit large et profond, et que la plupart du temps il reprend pied du même coté par on il est entré, pour revenir dans le canton qu'il habite.
Il y a deux sortes de curée pour le daim comme pour le cerf : la curée chaude et la curée froide.
La première est celle qui se fait sur les lieux mêmes, immédiatement après la mort de l'animal. C'est la meilleure pour bien former un équipage ; car non-seulement elle accoutume les jeunes chiens à bien goûter la voie, mais elle habitue les vieux, qui comptent sur cette récompense, à ne pas s'écarter trop en forêt et à se rallier promplcmrnt au bruit des autres.
Lorsque l'animal est à terre, le premier piqueur lève le pied droit ainsi que les daintiers et la langue, pour les remettre au commandant qui les présente an maître de l'équipage lorsqu'il assiste à la chasse. Si le commandant ordonne de faire curée chaude, les valets de chiens déshabillen' le daim; on lève les filets destinés an commandant, et chacun des veneurs présents a sa part des cuisses et des épaules, si toutefois c'est l'usage de l'équipage.
Cela fait, on recouvre la carcasse dn daim avec la nappe dont on a en soin de ne pas séparer la tête. On place le m is sacre, le nez contre terre e! le l>ois en 1 air dans l'altitude d'un daina qui serait à h reposée ; on sonne un à vue en se-