‹ La chasse et les chasseurs Léon BertrandChapitre 31 sur 90 · U PERD H IX · texte numérisé non relu

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citer que «le m'appuyer d'Aristote, chez lequel il va hu-même chercher ses prouves), que les nulles sont tellement transmutés et eoninie enivrés à l'époque de leurs amours, que, malgré leur naturel sauvage, ils viennent quelquefois se poser jusque sur l'oiseleur, ('elle assertion, qui pourrait au prenùVr moment paraître un peu exagérée, m'aurait trouvé moi-même incrédule, si je n'eusse recueilli dans le temps, à ce sujet, de la bouc lie d'un des meilleurs chasseurs de la capitale, quelques détails fort curieux don! je puis garantir l'authenticité.

A trois lieues de Paris se trouvait un parc, le seul peut-être où l'on fût parvenu, jusqu'à ce jour, à acclimater les bartavelles : c'était celui de la Yarenne Saint-Maur, dont le vieux duc de Bourbon avait jadis fait sa réserve, et encore, bien que le terrain fùl parfaite nient di>|w»sé pour cela, n'eu comptait-on paran qu'une ou deux compagnies. Un jour, au commencement de juin, M* Joffriaud, entrepreneur de bâ* Limcnts à Paris, lit, avec le propriétaire de l'endroit et quelques amis que je pourrais citer, la gageure de prendre tous les coqs du parc en moins d'une matinée, [/expérience était de nature à piquer vivement la curiosité de ces messieurs; aussi rendez-vous fut-il pris par eux pour le lendemain même; et je vous laisse à juger rétonnement de la société entière, quand ou vit M. Joffriaud se présenter sur les lieux avec un simple appeau qui devait, disait-il, lui tenir lieu de chanterelle.

La troupe si. 1 mit. sur-le-cliamp en campagne, moitié riant, moitié plaisantant notre homme, tous s'attendanl d'avance à une mystification complète, quand, arrivé à l'angle d'un certain taillis à mi-côte, le guide s'arrêta tout à coup et fit faire

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halte à ses hommes : on était à une place convenable. Chacun couché sur le dos, avec ordre de ne plus remuer, un premier coup d'appeau fut donné, im seul ; et à peine le dernier son vibrait-il, qu'un vol pesant, suivi d'une espèce de bruit sourd comme celui d'une pierre qui tombe, annonçait, à letonnement général, que le signal avait été compris. En effet, un coq Venait de se poser à quelques pas dans le taillis, et il ne s'agissait plus, pour convaincre tout le monde, que de capturer l'oiseau, ce qui ne semblait pas le plus facile.

— Cinq minutes et il est à nous, dit tout bas M. Joffriaud, . qui disposait à la hâte devant lui un de ces filets avec lesquels on furète les lapins.

— Je vous en donne dix, montre en main, reprit ^f. Puteaux, le plus entêté de nos incrédules.

Et il n'achevait pas, qu'à un second appel l'oiseau était justement perché sur son ventre, l'œil en leu, les ailes tendues et frémissantes, et répétant à plein gosier, a son nez et à sa barbe, ce cri saccadé et bref qui s'entend à de si longues distances, codcodec, codcod codée..., etc.

Au troisième coup, il se débattait dans le piège; et sans II. Barré, qui s'opposa, en propriétaire prudent, à ce qu'on poussât plus loin l'expérience, tous les coqs eussent été pris ainsi l'un après l'autre, M. Joffriaud m'ajant certifié qu'en Bourgogne, il en avait attrapé quelquefois jusqu'à quinze où seize en une demi-journée.

Je regrette beaucoup de n'avoir pas vu l'instrument dont il se servait pour appeau. Sans doute il se rapproche de celui dont on use pour les perdrix rouges, qui se compose d'un morceau de buis ou d'ivoire creusé en dedans et de forme ronde, dans lequel pénètrent intérieurement deux tubes,

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l'un contenant un petit tuyau du plume coupé à ses deux ■ extrémités, l'autre creusé jusqu'à moitié seulement cl plein à l'extéi ienr, où il avance en saillie. , .

Tout ce que je sais, c'est qu'il faut y souiller doucement en modulant ses sons, et en imitant le mieux possible le ( liant de la poule liartavcile, ipii ne consiste, comme celui du nulle, tjue dans la répétition de deux syllabes rauques et brèves.

I)uanl au (ile( que M. JollViaud employait, et qui est également bon pour prendre les perdrix routes, on le nomme bourse ou pochette; et voici, au surplus, ce que je lis à cesujet dans le Traite des Chasses aux pièges, imprimé en 1822, pour faire suite au Traité général de toutes les Chasses, el ce qui, comme \ous allez le voir, vienl on ne peut mieux à l'appui de mon m il :

« l'ouï tendre ce piège, dit l'auteur, on a une verge de bois souple, dont ou plante les deux extrémités en terre, de manière à ce qu'elle forme l'arc. Auprès de cl lacune- de ses extrémités ou plante un piquet qui lient à une ficelle fixée à la'illctde la pochette, Un des bords haine à terre, et l'autre esl relevé sur l are où il n'est que posé, pour pouvoir retom- In r aisément... Couché dans les herbes derrière celte tendue, du côté opposé à celui où il a entendu chanter le mâle, le chasseur l'appelle doucement par deux ou trois sons; le coq accourt aussitôt : arrivé près de la pochette, il la considère Cl t lianle encore; on lui répond par un petit coup d'appeau seul qui le décide, Il donne dans le filet, dont le "bord relevé sur l'arc rehnube et l'enferme... On le prend et on continue. »

La perdrix rouge, tetrao rufas, lient le milieu, pour Ja

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grosseur, entre la bartavelle et la i>ei drix grise; elle est plus commune que la première et moins généralement répandue (pie la seconde; du reste, comme Je l'ai déjà dit, elle a beaucoup d analogie avec la bartavelle, et tout ce que j'ai mentionné sur l'une, quant à son naturel ef. au choix du pays qu'elle habite, peut également s'appliquer à l'autre, dont elle est proche voisine par le caractère et les mœurs.

BAflbn avance que les perdrix rouges se terrent quelquefois lorsqu'elles sont trop vivement jwursuivies : c'est un fait que je n'ai jamais été ;\ même de vérifier, et qui me semblera toujours douteux tant que je n'en aurai pas fait l'expérience moi-même. Comme on en trouve un assez grand nombre aux environs des garennes, et surtout dans les clairières où sont placés les terriers, il est possible qu'une perdrix démontée et jioussée par un chien s'y soit par hasard réfugiée; mais c'est là, je crois, un instinct de circonstance qu'il ne faut pas confondre avec une habitude, et je pense qu'en cela BufTon, ce grand observateur, qui a souvent trop vu par les yeux duutrui, s'est laissé induire, à son insu, dans une erreur grossière.

Ce qui est plus véridique et plus juste, c'est ce qu'il dit de la difficulté avec laquelle on les élève quand on veut les multiplier dans un canton on dans un parc. Non-seulement les perdrix rouges exigent bien plus de soins et de précautions que les perdrix grises, mais encore la plupart du temps, fûton parvenu, dans leur éducation première, à obtenir un plein succès, il est bien rare qu'à la suite elles vous récompensent de vos jieines. Quelque favorable que soit la disj>osition «tu pays où on les mette en liberté, elles ne s'y plaisent presque ramais, et d'un jour à l'autre elles l'abandonnent.

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Il n'y a que dans les faisanderies royales où l'on ait trouvé moyen, à force de temps et de patience, d'en propagef quelques-unes, et encore n'y réussit-on pas toujours; car c'est tout au plus si, daus le parc de Vincemies, où jadis on les nourrissait comme les faisans, en les appelant deux fois par jour au sifflet, les gardes conservaient, aimée commune, la moitié de leurs élèves, bien que la partie de bois qui domine la Marne entre Nogent et Saint-Maur, cette colliue pittoresque où s'élevait anciennement le château de Beauté, présentât mi site des plus convenables. On les a mieux aœlimatées à

. Compiègne, dans certaines parties des anciens tirés, qui n'en manquent pas aujourd'hui. De toutes les chasses du domaine public ou de la Couronne, Compiègne est celle qui eu a tou-

. jours fourni davantage; viennent ensuite les rochers de Fontainebleau, où, grâce à la difficulté du chasser, elles sont restées indestructibles; puis, Monlargis et Senart; Verrières enfin, ce paisible et modeste buisson, qui, de temps immémorial, en a toujours compté une compagnie, entre les côtes sablonneuses d'Âmblinvilliers et de 1 lièvre.

La perdrix grise, tetrao perdrix, est, des trois espèces, celle que je préfère, par la raison toute simple qu'elle est la plus commune. Ce n'est qu'en pleine foret que l'on, ne rencontre jamais de perdrix grises; car elles s'aveulurent même assez loin dans les lisières des bois qui avoisinent nos campagnes, surtout si ces bordures sont des taillis ou des coupes nouvelles. La chasse en est plus facile et plus agréable que celle de la perdrix rouge ou de la bartavelle; et comme, après le lapin, c'estle gibier le plus abondant, elle est aussi plus productive, avantage incontestable, immense, qui engage chaque année bien des propriétaires à en foire de nombreux élèves.

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Ont-ils tort, ont-ils raison? c'est [à une question qui offre le pour et le contre, et qu a mes yeux ienr plus ou moins d'habileté décide. Dans les pays à blé, comme la Beaucc, et où la chasse est en outre bien gardée, je crois, à franchement parler, que c'est prendre là un soin superflu et inutile; mais dans les pays où les prairies artificielles dominent, comme l'époque de la fauchaison arrive justement au moment où les perdrix couvent, souvent bien des compagnies de perdreaux se trouvent moissonnées en herbe, et peut-être, dans ce cas, est-ce un avantage de récolter d'avance les œufs pour les faire éclore sous une poule.

. Au reste, avantageux ou non, de tous les essais que l'on fait

comme élèves, soit en faisans, soit en perdrix, ce sont les

perdreaux . gris qui réussissent le mieux. Chaque poule peut, couver environ deux douzaines d'œufs, et conduire pareil nombre de petits après qu'ils seront éclos : ils suivent cette étrangère comme ils auraient suivi leur propre mère, jusqu'à l'époque où ils deviennent assez forts pour se passer des soius maternels, et, chose singulière, c'est qu'une fois abandonnés à eux-mêmes, ils conservent l'habitude de rappeler entre eux sitôt qu'ils entendent le chant des poules.

Plus robustes que les autres perdreaux, ils sont aussi moins sujets aux maladies; mais ils n'en demandent pas moins, dans leur enfance, une multitude de soins minutieux; et, quoi qu'en dise Buffon, qui prétend que les œufs de fourmis ne leur sont pas nécessaires, qu'on peut les nourrir, comme les oiseaux de nos basses-cours, avec de la mie de pain et des œufs durs, je me permettrai encore une fois, malgré tout nwm respect pour ce grand maître, de ne pas être de son avis. Je crois, au contraire, que les œufs de

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fourmis sont une nourriture indispen sable pour dix, ainsi que pour les perdreaux rouges et les faisans; seulement, avant de les semer dans leurs parquets, il faut avoir soin de les passer légèrement au four, afin de faire périr les fourmis qui s'y trouvent toujours eu grand nombre, et qui fourniraient aux plus jeunes élèves un allaient plus nuisible qu'utile.

Les perdreaux gris ont les pieds jaunes en venant au monde; plus tard eette eouleur ehange et devient d'un blanc terne et grisâtre; quand ils sont maillés, elle est tout à fait brune, et plus ils avancent en âge, plus cette couleur se fonce et se* noircit; c'est même à cette seule différence, toujours sensible, que l'on dislingue les jeunes perdrix des vieilles, ainsi qu'à la première plume du fouet de l'aile, qui, dans les perdreaux, se termine en pointe, et se trouve arrondie dans les perdrix.

C'est entre trois mois et trois mois et demi, que les jeunes perdreaux poussent le rouge, c'est-à-dire qu'ils prennent ce petit point rougeàtrc qui s'étend au-dessous de la paupière, entre l'œil et l'oreille, et qui est plus sensible cbez les mâles que cbez les femelles. Cette époque leur est souvent funeste : c'est là pour eux le moment critique; mais aussi, une fois ce temps passé, ils ne courent plus aucune espèce de danger, et c'est l'instant de leur donner une liberté après laquelle désormais ils soupirent.

Au surplus, ils n'abusent jamais en ingrats de l'indépendance qu'on leur a rendue : non-seulement il» se fixent dans le pays même, mais ils s'éloignent le moins possible de la maison ou du clos où ils ont passé leur jeunesse; et quand leur éducation ne présenterait dans ses résultats que ce seul et unique avantage, il est assez important, je pense, pour

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qu'on les préférât aux autres espèces de perdreaux, qui »e sont pas, à beaucoup près, aussi sédentaires et aussi fidèles.

Je me rappelle, à cette occasion, certaine histoire de mon enfance, qui prouve combien les perdrix grises sont d'un naturel doux et facile; c'est toute la vie de deux pauvres oiseaux dont la mort tragique causa bien des larmes. J'étais fort jeune alors, par conséquent bien tendre, bien sensible; mais, quelque endurci que je sois aujourd'hui, moi qui n'ai de pitié aucune, et qui massacrerais sans remords père et mère, femme et enfants, s'ils se présentaient sous la forme d'un lièvre, je ne puis songer encore sans attendrissement à cette triste et touchante aventure.

A deux lieues des bords de la Loire, entre Àncenis et Nantes, au milieu d'un joli bien de campagne que plus d'un honnête gcntiUàtre décorerait du nom pon>|>eux de château, habite une noble et respectable famille, dont l'unique occupation en ce monde est de rendre heureux tout ce qui l'environne. C'est là que je passais ordinairement mes vacances, insouciant et espiègle comme tous les écoliers de mon âge, gâté par les uns et les autres, et surtout par trois bonnes et charmantes cousines, que j'éprouvais toujours plus de regret à quitter chaque fois que la fin de septembre me rappelait malgré moi sur les bancs enfumés du collège.

Uue année où j'arrivais, comme d'habitude, tout fier de m'appartenir pendant quatre graudes semaines, et plus empressé que jamais de réclamer à moi seul l'amitié de trois femmes jeunes et belles, jugez de mon désappointement quand, en entrant dans le salon, j'aperçus toute une nombreuse famille réunie à la mienne; famille étrangère, hélas î et qui n'eu absorbait pas moins exclusivement l'attention de

mes jolies cousines. C'était nne conroagnie de perdreaux gris, fruits des amours de deux perdrix privées qui, dès Taùiofrmê précédent, avaient excité ma jalousie par toute la tendresse dont on les entourait 'déjà. Je n'eus pas mis le pied sur te seuil de la porte, que ta première réflexion que je lis, voyez jusqu'où va l'cgoïsme ! fut de songer sur-l&-champ combiefi ma part serait petite, réduit que j'allais être a partager entre tint d'intrus mon lot habituel de soins et de caresses, et c'est Unit au plus si je pus retenir mes larmes quand, relevant la tête au bruit que je fis exprès en me dirigeant vers elle, Caroline, la plus jeune des trois sœurs, me dit d'un ton de reproche :

Mais prends donc garde, cousin, tu vas écraser mes perdreaux !

Et cependant, quelle histoire simple et touchante que ceHe de ces deux perdrix! Élevées sous une poule toutes deux, plies étaient devenues tellement familières et privées, qu'elles n'avaient plus voulu quitter le toit où elles étaient nées. En liberté, le jour, dans un immense verger où elles trouvaient une nourriture abondante, jamais elles n'en avaient franchi le mur de clôture, et, chaque soir, à la nuit tombante, on les voyait l'une et l'autre accourir jusqu'à l'escalier du perron, en monter tranquillement les degrés, après avoir salué de leurs chants récipi oques les derniers feux du soleil couchant, et venir se réfugier dans une espère de grande cage en bois, placée exprès pour elles sous le vestibule. Si, par hasard, une fois elles tardaient trop à rentrer, l'une des trois sœurs n'avait qu'à les appeler par leurs noms, elles accouraient aussitôt à cette voix amie et protectrice, abrégeant souvent par un vol une distance trop longue à parcourir. L'automne et lluver

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