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vous pouvez, si bon vous semble, vous mettre à sa poursuile.
Exe client tour, comme vous voy«, dont les deux bons geu- * «larmes prirent le parti de rire les première, et que je vous conseille d'employer en pareille circonstance, excepté à Mau-
tes toutefois, où il n'aurait plus de succès.
L'arrêté du préfet de police e»t afttclié. — « La clôture de la cha**c pour toute l'étendue du département de la Seine aura lieu le dimanche soir, 26 février. » — Branle-bas général. — Allons, chasseur, vite en campagne! etc., l'un eu voiture, Vautre à. pied. — « A partir du î* mars, il est interdit, » etc., etc. — Reïùord* tardifs des maladroits.
Eulin l'ordonnance futaie a paru : non-seulement elle a été insérée au Moniteur et répétée le lendemain par les cent voix de la presse parisienne ; mais elle est affichée partout., dans la ville et dans le faubourg, aux carrefours des rues, aux cabarets de la Banlieue, ces rendez-vous habituels du chasseur, à la Barrière elle-même, cette bonne et estimable fille, que nous avons réveillée si souvent par les chants joyeux du départ, et qui, chaque fois, nous a ouvert, à toute heure de nuit et de jour, sans murmurer, sans se plaindre, de meilleure grâce notre autre portière.
Aussi voyez, le dimanche matin, 26 lévrier, et dès le samedi au soir, la veille, quels nombreux préparatifs de guerre, comme de toutes parts chacun s'empresse et s'agite !
Ce n'est plus un goût, une distraction, un plaisir :
C'est une passion, une vraie fureur, une maladie contagieuse, une rage de chasse épidémique.
Ici, Diane! ici, Sultan! ici, Lowe! Ralph, Spring, Diavolo, Tambelle!
A moi, ma bonne chienne épagneule, ma Myrsa, aux longues soies blanches comme la neige, toi, qui connais la moindre touffe de jonc des prés d'Arcueil et de Caclian, ces vasles et superbes marais où, dans la même, matinée, j'ai tué jadis jusqu'à trois bécassiues !
A moi, Quasimodo, mon basset à jambes torses, qui m'as forcé un lapiu au bois Charlet, le seul qui eût échappé aux braconniers de Wissous, le seul qu'eussent épargné le fusil, le collet et la belette !
A moi, Plongeon, mon barbet, toi qui nages si bien entre deux eaux, et qui m'as rapporté quatre culs-blancs démontés, depuis le pont de Grenelle jusqu'à Sèvres!
A moi, Freisehutz mon griffon i à moi, Munito, mon braque espagnol à deux nez, à l'arrêt desquels j'ai fait au croisé) dans Clamart, un si magnifique coup double !
. A moi, Stanley, mon brave chien, mon grand lévrier d*É-« cosse, qui, dans les artichauts de la plaine Saint-Denis, m'as pris deux chats à défaut de lièvre !
A moi, Minna et Brenda, mes deux anglaises, au corsage élancé, aux pattes effilées et sveîtes, qui hallez une lieue carrée au galop, et qui vous allongez comme deux couleuvres.
. chaque fois qu'en sautant un sillon, vous rencontrez sous le vont le fumet délicat de l'alouette!
Ce n'est partout qu'une voix, partout ce n'est qu'un même cri; partout un mouvement spontané, un but semblable, unanime.
L'un, le chasseur dandy, l'amateur élégant, fasbionablc, qui ne presse qu'avec des gants jaunes la détente innocente de son arme, s'élance gaiement dans un léger tilbury, qu'entraîne, rapide comme le vent, un coursier écornant et fougueux.
Un cigare sur le bord des lèvres, les pieds mollement enveloppés dans une épaisse et chaude fourrure, il se dn r gé vers Saint-Germain et Marly, où l'inspecteur qui flaire son homme, rien qu'à l'aspect de ce carnier vierge, de ces boulons richement ciselés, de cette veste brillante et somptueuse, l'admettra sans difficulté dans le meilleur canton de la foret.
L'autre, non moius joyeux, mais plus modeste, dispute la septième place d'un étroit coucou déjà plein, qui part à l'instant pour Fontenay, aux risques et périls d'une cargaison trop complète, tandis que celui-ci, vieux sournois, plus sûr de ses deux jambes que des quatre pieds d'une maigre haridelle, prend prudemment le pavé, escorté de son chien, et gagne, à travers champs, le coin de terre ignoré où l'attend, pour le dernier dimanche, le dernier bouquin de la plaine.
Toutes les diligences sont louées : pas une voiture publique qui ne regorge : l'impériale elle-même, ce trône ambulant du commis voyageur, est occupée aujourd'hui par une meute entière, société rarement d'accord, dont chaque membre grogne, hurle, s'étrangle ou aboie, exécutant plus ou moins
Lieu sa partie, et formant avec l'essieu et les roues uu cou- . ccrt d'harmonie nouvelle.
Partez, heureux chasseurs! que nulle affaire, qu'aucune considération ne vous arrête ou ne vous retarde. Allez, coures, volez, les uns en poste, les autres à pied, prendre chacun votre part de cetle dernière curée. Entrez en campagne frais et dispos, saus attendre qu'un maladroit ami vous souffle à l'oreille le mot fatal bonne chasse, et vous attire, par ce vœu téméraire, un guignon réel et constant. Battez les bois, gravissez la montagne, sillonnez en tous sens la vallée, le taillis et la plaine. Mais surtout ne vous pressez pas, soyez toujour* maîtres de vous, conservez tout votre sang-froid : qu'à la première perdrix qui partira; qu'au premier lapin, au premier lièvre qui déboule, votre arme tombe bien en joue à l'épaule, le doigt sur la détente, le point de mire d'accord avec l'œil.
Car M. Delessert l'a dit :
A partir du premier mars prochain, et jusqu'à nouvel ordre, ï exercice de la chasse, etc., etc.
Et songez un peu quelle honte, quel déshonneur pour vous si vous alliez faillir dans ce dernier jour de bataille l '
Qu'on manque au mois de septembre, par une belle matinée d'ouverture, cela se conçoit et se pardonne : il y a longtemps qu'on n'a pratiqué ; la surprise, l'émotion, le défaut d'habitude, sont dans ce cas autant d'excuses valables. Il faut, comme disent les gardes, s'y remettre et se refaire ia main. Souvent on en est quitte pour la phrase Innale :
— Comment î mon cher, vous n'aviez donc pas de plomb dans votre fusil?
Ou bien pour celle-ci, prononcée d'un ton de reproche :
Eigitiz-ed by fcôogle
LA FERMEttfRE DE LA CITASSE ÈN 1838. 157
— ' Ah î le maladroit. . . dans votre culotte ! vous deviez tuer Ja pièce cent fois pour une.
Ce à quoi Ton répond piteusement :
— C'est juste, j'ai tiré comme une véritable palette.
Et ce pelit dialogue -termine, l'instant d'après on n'y songe plus, car on a pour soi le lendemain ; le lendemain, ce mot, magique et plein d'espoir qui console de bien d'autres défaites.
Mais quand on tient son fusil pour .la dernière fois, quand ce jour qui va finir est le dernier jour de la chasse, quand il faut, en rentrant à la maison, déposer son arme dans le fourreau, et dire au chevreuil qui bondit devant soi un adieu souvent éternel; malheur, alors, malheur au conscrit qui, par trop de précipitation, a mérité le surnom de mazette !
11 s'est mis là sur la conscience un de ces remords qui ne s'en vont plus, par cela même qu'il est impossible qu'on les ) achète.
C'est en vain que, de retour chez lui, l'infortuné voudrait bannir de son esprit une préoccupation poignante et cruelle; comme l'assassin qui voit du sang partout, et que poursuit jusque dans son sommeil l'ombre échevelée de sa victime, il a beau faire, il a sans cesse sous les yeux le souvenir involontaire de son crime.
Est-ce un faisan qu'il a manqué, un de ces vieux coqs aux ' éperons pointus, à l'œil en feu, aux oreilles de pourpre? l'oiseau royal devient son cauchemar; il s'acharne après lui, il le poursuit, il l'assiège. Le jour, notre homme le voit partout; passe4-il devant -Chevet, sur le boulevard des Italiens, rue Vivienne, à l'aspect de ce faisan doré qui repose sur une conebe parfnméede tnuTcs,un tremblement nerveux le saisit,
i38 LA FERMETURE DE LA CHASSE EN 1858.
car ce l)eau coq, c'est le sien, messieurs ! le sien, qui lui est ' - parti à quatre pas, dans un taillis de deux ans à peine, et qu'un braconnier a sans doute tué depuis, pour lui donner une leçon et lui faire un sanglant reproche.
La nuit venue, il le retrouve encore, et à peine assoupi , il en rêve... Tantôt l'oiseau est là, à ses côtés, sur le ciel de son Ht, comme une vision fantastique qui le provoque et le raille ; tantôt il l'aperçoit rasé sous le nez et à l'arrêt de son chien, dont les yeux dévorent d'avance une proie qui lui . semble certaine. H n'hésite plus... il avance... il va tirer. Mais, ô désappointement ! ô douleur ! voilà Médor qui s'emporte, et le faisan qui s'enlève et part, renversant d'un coup d'aile la casquette de notre pauvre chasseur, et le laissant • livré à tout le désespoir d'une confusion nouvelle. . . .
Mais, c'en est fait, l'heure a sonné... La plaine est calme et tranquille; il faut songer à la retraite. Le soleil qui se lèvera . demain n'éclairera plus aucun meurtre nouveau ; la forêt ne se réveillera plus aux cris des chiens, aux accents belliqueux du cor; sans crainte désormais au fond de leurs retraites, les hôtes de nos l>ois y accompliront en paix le grand œuvre de la reproduction universelle, tandis que les habitants des airs vivifieront par mille concerts harmonieux la solitude apparente du bocage; le ramier gémira sur les chênes, le faon appellera sa mère dans le taillis ; la perdrix et la caille voya- . geuse glousseront avec amour dans les sentiers odorants de la prairie.
Éloignons-nous, profanes ! imitons la nature qui couvre d'un voile impénétrable tous ces secrets de génération, tous , ces mystères de volupté ; ne nuisons pas nous-mêmes a, nos
plaisirs, en troublant, par d'indiscrets regards, la paix de ces enastes asiles. Bientôt septembre reviendra, répandant autour de nous de nouveaux bienfaits, de nouvelles largesses; et c'est alors que, rompant la trêve, nous irons, les armes à la main, demander compte à chacun de nos privations et de nos sacrifices.