‹ La chasse et les chasseurs Léon BertrandChapitre 34 sur 90 · S AVRIL · texte numérisé non relu

S AVRIL

Lesiteeple-chafes en Angleterre. — Deux du Jockey-Club en France.

— La Croix-de-Berny et la Bièvre. — Les acteurs. — Le public.

— Incidents de la lutte. — Le retour.

Malgré toutes les apparences de mauvais temps, malgré la pluie glaciale qui dès le matin balayait à flots le sale pavé de cette boane ville de Paris, fouettant bruyamment contre les vitres de notre chambre à coucher, silencieuse demeure si calme et si bien close, en dépit mémo de cet irrésistible attrait de voluptueuse paresse, qui a inspiré le

Quam juvat immites ventos audire cnbuntem.

Et dominam tenero continuité «nu !

ce naïf et harmonieux soupir du poëte; le \eudredi, 2 avril, avons fiu^ un .ooura^reux elïoi t sur nous int^nic ^ nous

UWSTEEPLE-CHASE. A LA CttOIX-DE-BE UK Y. 441

rappelant l'engagement que nous avions pris le mois passé, à projios du steeple-chose si pompeusement annoncé depuis cinq semaines par tous les journaux de la capitale, nous nous sommes mis en route en véritable et intrépide sportman, pour nous rendre à la Croix-de-Bérny, théâtre habituel de ces solennités annuelles, prêt à tout voir par nos yeux, comme le doit faire un historien véridique, et à soumettre un compte exact et fidèle, aux gens d'esprit qui ne sont point sortis de cliez eux, des moindres incidents de cette mémorable journée.

Or, savez-vous d'abord, ami lecteur, et vous, toute Honne pur sang que vous êtes, adorable lectrice, ce que c'est qu'un véritable steeple-chase en Angleterre ; et ce que, nous autres innocents, nous affublons de ce nom dans notre imitateur pays de France?

Chez nos voisins d'outre-mer, un steeple-chase est une chose sérieuse et surtout éminemment populaire. Comment contester l'utilité d'un pareil exercice chez une nation où la chasse au renard, ce sport tout à fait incompris sur notre continent, quelques eflbrts qu'aient faits, pour y en propager le goût, certains amateurs plus ou moins heureux dans leurs tentatives, a été de temps immémorial le plaisir le plus en faveur, le phis à la mode, un amusement passé dans les mœurs, consacré par l'usage, et auquel participe, avec nn entraineirient qui tient de la fureur, la grande majorité de toutes les classes sociales? En Angleterre, les foxs-hunters sont non-seulement une race nombreuse de chasseurs passionnés, fanatiques, mais ce sont encore d'heureux privilégiés, partout favorisés, applaudis, fêtés; en un mot, des acteurs aimés des spectateurs, et aux exploits desquels s associé aved un

Ut UN STEEPLE-CHASE

intérêt non moins frénétique toute la population d'un pays en quelque sorte acquis au droit de chasse. Aussi la première condition, pour nos sportsmen d'outre-Manche, est- elle d'avoir à leur service des chevaux toujours capables de s'acquitter dignement de leur tache, des chevaux qui ne reculent devant aucun obstacle, que n'effrayent ni barrières, ni fossés, ni haies, ni rivières; puis, ce qui n'est pas moins important, d'être assez bons cavaliers eux-mêmes pour savoir parfaitement conduire ces généreux compagnons, pour leur venir en aide au besoin, et faciliter en eux, par une éducation de jour en jour perfectionnée, le développement des qualités naturelles qui devront en faire plus tard les héros de ces mêmes chasses, si justement célèbres dans toute l'étendue des Trois-lloyaumes.

Les courses ordinaires, c'est-à-dire celles où le cheval ne dispute qu'un prix de vitesse, usurpent, dans la Grande- Bretagne, à peu près les trois quarts de l'année : quelques mois de vacances seulement sont accordés aux rudes jouteurs des hippodromes, dont tous les loisirs consistent alors, pendant ce court intervalle de repos, à se préparer, eux et leurs chevaux, à l'entraînement et aux exercices de toutes sortes nécessités à l'avance par les nouvelles courses de la saison prochaine. C'est à cette époque, qu'impatiemment attendus et faisant une habile diversion, apparaissent à leur tour sur la scène, les amateurs et coureurs de steeple-chases. D'antres chevaux, destinés à la chasse à courre, surgissent pour ainsi dire de tous côtés, comme le coursier sortant de terre sous l'évocation puissante du dieu Mars. Au lieu de jockeys, ici ce sout exclusivement des gentlemen, des cavaliers faits à

ce nouveau genre d'études qui se mettent à exercer, par

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