‹ La chasse et les chasseurs Léon BertrandChapitre 36 sur 90 · UN STE£PLE~CHASE · texte numérisé non relu

UN STE£PLE~CHASE

portés à imiter nos voisins pour tout ce qui concerne les exercices de sport, ont essayé depuis peu d'années de populariser en France. Mais comment s'y est-on pris pour obtenir ce résultat, pour réussir à faire adopter parmi nous des habitudes tout à fait étrangères à nos mœurs? Hélas! il faut en convenir a notre honte, avec une inexpérience, pour ne pas dire une maladresse, fort peu propre à convertir l'esprit public, dans un pays où le succès justifie tout, mais où l'on ne pardonne point le ridicule. D'un spectacle souvent renouvelé chez nos rivaux et toujours aussi sérieusement joué qu'accepté, on ne nous a fait ici, chaque année, qu'une seule et triste parodie.

Au mois de mars, comme les premiers bourgeons poussent M,, x feuilles, un steeple-chase est arrêté au Jockey-Club, puisque steeple-ctiase il y a, et avril n'a pas plutôt émaihe le tapis vert de la prairie, que voilà nos amateurs de clievaux, nos sportsmen en herbe, nos cockneys de toute espèce enfin, qui s'élancent intrépidemeut au rendez-vous général, allé* chés chaque fois par l'espoir d'applaudir à un noble triom* pue. Or, quels résultats viennent les dédommager de leurs trois ou quatre heures d'attente? Est-ce une course qu'ils ont sous les yeux, un steeple-chasevwl, une lutte quelconque? La plupart du temps tout se borne, pour eux, au spectacle plus ou moins varié de chutes et d'accidents de tout genre, qui se renouvellent annuellement soit au point de départ, soit à celui de l'arrivée; car, il faut bien en convenir, surtout quand les faits sout là pour le prouver, si depuis 1 830 Ton a deux fois franchi la Bièvre ! , une année en partant, Tannée sui-

» M. de Normandie uuefuts; M. Mackensie-Grieve* l'autre;

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vaille en arrivant, il est constant que pour la plupart des coureurs celte métamorphose du point de départ en celui du but n'a fait qu'avancer ou retarder l'instant de leur culbute.

Nous avons nommé la Nièvre : c'est ici le cas de placer quelques mots sur le choix du terrain fait par le juge qui préside à ces courses, sur le terrain lui-même et sur les gentlemen riders français engagés dans la lutte.

Chaque année, invariablement, le juge commissaire chargé de fixer le champ de bataille où doit se disputer la victoire se rend invariablement à la Croix-de-Berny, c'està-dire un peu au-dessus du Bourg-la-Reine, au bord de ces étroites prairies que traverse la route de Choisy-le-Roi à Versailles, et qui, suivant le cours sinueux de la Bièvre, entourent Antony de leur verte ceinture; puis 15, invariablement encore, quoiqu a la suite de graves calculs et de mures réflexions, est arrêté, comme théâtre du steeple-chase prochain, le même terrain que les années précédentes, mis à ki disposition des steeple-chasers par les propriétaires fonciers avec un généreux desintéressement. Croirait-on que ces honnêtes particuliers, — tant les courses sont nationales en France et tant les candides habitants des environs de la capitale out de reconnaissance et de sympathie pour ces bons Parisiens qui les lont vivre, — se contentent, comme indemnité, d'une redevance presque égale à la totalité des enjeux ? Eu vérité c'est pour rien, et voilà ce qui s'appelle faucher sou blé en herbe. — Le terrain ainsi fixé, de distance en distance, et par suite du système adopté, invariablement aux mêmes ^ endroits, sont placées de petites barrières d'un mètre et

quelques centimètres de haut, sur quator ze à quinze mètres

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de long, flanquées aux deux extrémités de jalons surmontés d'un drapeau. Le juge décide si les deux sauts qui défen- -'. dent chaque coté de la route de Choisy seront le premier ou dernier obstacle à franchir par les cavaliers, et, ce point arrête, la pnrtic la plus importante de ses fonctions est accomplie.

Quant a la Bièvre, tout le inonde connaît cette petite rivière bourbeuse qui traverse la charmante vallée de Jouy, non loin des aqueducs de Buck, et vient, après avoir alimenté dans son cours capricieux une multitude de moulins et d'usines, apporter à la manufacture royale des Gobelins le tribut de ses ondes fangeuses. Profondément encaissée à l'endroit dit la Croix-de-Berny, presque impossible à franchir de bas en haut comme de haut en bas, — car, si l'on essaye de le faire au départ, il fout la sauter en prenant son élan d'un terrain bas pour arriver sur un terrain plus élevé, et, si l'on s'y présente au retour, c'est d'une route pavée qu'il faut s'élancer pour retomber dans des prairies dont le niveau est à plusieurs mètres au-dessous, — c'est, à notre avis, un point très-dange- . reux pour les coureurs, soit au départ, soit à l'arrivée, leurs •> chevaux manquant presque toujours d'état, et étant fatigués plutôt qu'aidés par leur cavalier, qui a négligé pour son propre compte les exercices et Y entraînement nécessaires. Le lieu, fort mal choisi pour les acteurs engagés, est-il dn moins plus convenable pour les spectateurs? Pas davantage, si l'on consulte les résultats obtenus là chaque année, soit à la lin, soit au commencement des steeple choses. (Jne se passc-t-il, en effet, comme incident curieux, sous les yeux de toute celte nombreuse et brillante assistance? Ou I on tente de franchir la Bièvre au départ, et alors la lutte cesse faute de concurrents \

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