‹ La chasse et les chasseurs Léon BertrandChapitre 49 sur 90 · JUILLET 184J · texte numérisé non relu

JUILLET 184J

, Catastrophe du 13 juillet. 1842. — Le duc d'Orléans comme éleveur et comme sportsman. — Progrès dont le Sport lui est redevable en France. —Ses chasses et ses efforts pour repeupler lesioréts. — Le 13 juillet 1841 et le 13 juillet 1842.

Voilà juste huit jours, au moment où nous écrivons ces lignes, qu'un événement fatal, imprévu, et pourtant dans les tristes conditions de notre fragile humanité, est venu, plongeant la capitale dans la stupeur et le deuil, consterner, au milieu des diverses nuances des partis, même les cœurs les plus insensibles. Mercredi dernier, pas plus tard, est mort le pkis misérablement du monde, à deux pas du palais de ses pères, dans une pièce basse servant d'airière-boutique, un prince jeune, spirituel, aimable, le modèle accompli de toutes les qualités physiques et morales, l'orgueil d'une famille il-

i»2 MORT DE S. A. R. LE DUC D'ORLÉANS.

lustre, l'espoir le plus cher d'une Royale Dynastie. Il partait pour une absence de quelques semaines à peine, et, les apprêts du voyage terminés, voyage doublement heureux et pour l 'époux et pour le soldat, tout entier une heure encore à ses devoirs de fils, il allait pieusement renouveler, près de la meilleure des mères, des adieux déjà faits la veille. Hélas! à quoi tiennent souvent les plus belles, les plus nobles destinées? Un attelage est trop court, un cheval ombrageux se tourmente, s'emporte; et soudain, sans qu'aucun secours humain soit possible, avant qu'une voix amie ait pu calmer iclte fougue insensée, avant qu'un bras protecteur se soit jeté au-devant de l'abîme, est ravie cruellement, à tout jamais, une précieuse existence qui va coûter bien des regrets, bien des larmes.

Placé par la nature même de notre spécialité en dehors de toute polémique sérieuse, écho joyeux des innocents loisirs, destiné à redire- les hennissements des fiers coursiers, les accents belliqueux de la fanfare, ou les sauvages concerts de kl meute, il n'entre jtoint dans nos attributions modestes de calculer ici les conséquences politiques qu'entraîne avec elle la mort de Mgr le duc d'Orléans, cette douloureuse, cette irréparable perte. Ce n'est pas 5 nous qu'il appartient de discuter les questious de Minorité ou de Régence, de compter des jours dont Dieu seul sait le nombre, de prévoir les chances plus ou moins probables d'un avenir gros d'orages, et que chacun exploite d'avance au profit de ses propres passions. Mais, s'il nous est interdit, et c'est là certes un Iieureux privilège, de mettre le pied sur ce terrain brûlant, si nous n'avons pointa nous occuper de l'infortuné piincc qui n'est plus, en comme prince Royal, c'est-à-dire comme héri-

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ti'T direct, 1iicr encore, de ce lourd fardeau que l'on nomme Monarchie, un autre rôle nous reste, un rôle qui, pour le Journal des Chasseurs, est un devoir véritable à remplir, celui de rendre un légitime et dernier hommage à l'homme prive, au plus zélé protecteur du Sport en France, en d'autres termés, à l'éleveur et au maître d'équipage.

Jamais tâche ne fut plus facile assurément, car jamais prince, placé si haut sur les marches du trône, ne s'adonna avec plus de tact, de discernement et d'amour réel tout à la fuis, à ces goûfs généreux, dont l'abus deviendrait un pasretemps frivole, mais qui, réglés parmi sage emploi, sont sans contredit le plus bel ornement du gentilhomme. Appartenant par son éducation, par son âge, par toutes ses sympathies et ses instincts, à l'élite de cette jeunesse avide de nouveauté, qui l'avait vu grandir avec elle, et qui porte aujourd'hui son deuil avec autant d'affliction qu'elle a mis d'empressement à porter dans ses chasses l'uniforme de sa Vénerie, Mgr le duc d'Orléans avait merveilleusement compris quel parti l'on pouvait tirer en France des courses de chevaux, celle institution si nécessaire à l'amélioration de nos races. Déjà, sous la branche aînée des Bourbons, un protecteur non moins zélé de tous les iutéréts nationaux, Son Altesse Royale Mgr le Dauphin, avait cherché à encourager des progrès naissants, dignement secondé dans cette tàelic, par son habile écuyer, l'aimable et brillant duc de Guiche : le jeune prince, jaloux de parfaire l'œuvre commencée, accepta avec empressement un legs qui ne pouvait mieux revenir qu'à lui, et bientôt, placées sous son patronage, les luîtes de nos hippodromes prirent un éclat qu'elles n'avaient jamais eu. Ou "* vu naguère, par la description que nous avons donnée du

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