MORT DE S A. H. LE DUC D'ORLÉANS
équestres, où il assistait toujours en personne, non pas en fils de Roi, mais en simple éleveur, on peut le dire à sa louange, tels étaient le tact, le savoir-vivre, l'exquise urbanité du prince, les moindres de ses qualités aimables, qu'heureux d'applaudir le premier au gagnant quel qu'il lut, on ne le vit jamais ni plus fier ni plus triste, à la suite d'un triomphe ou d'une défaite.
À sa passion dominante pour les chevaux, ces ingrats qui devaient eue un jour les aveugles instruments de sa perte, S. A. R. le duc d'Orléans joignait un autre goût destiné à compléter en lui le double personnage du véritable sports- <man. 11 aimait l'une et l'autre chasse, la chasse à courre et la chasse â tir % et il les pratiquait toutes deux, non pas avec ce fanatisme violent "qui en fait une occupation exclusive, mais avec cette sobriété de l'homme sage qui sait jouir en réglant ses plaisirs. Meilleur cavalier que veneur, il considérait le premier de ces passe-temps, plutôt comme un exercice salutaire, comme une course au clocher, à travers tous les obstacles naturels du terrain, que comme une lutte acharnée, une sorte de duel à mort, où chaque parti épuise ses ressources, l'un pour la défense, l'autre pour l'attaque. Aussi, sous un pareil point de vue, les longs débûchers par monts et par vaux étaient-ils, de tous les incidents de la journée, ceux qui souriaient le plus au prince. Autant il aimait à voir l'animal prendre franchement parti, et lui procurer ainsi le plaisir de percer lui-même à sa suite, le plus souvent à la tète de ses chiens, autant il détestait les lenteurs d'une chasse où le cerf ruse et se fait battre. Impatient dans . un défaut chaque fois qu'il survenait de l'embarras, il n'eût pas mieux demandé que de raccourcir la meute, cette mé-
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thode vicieuse, capable de gâter le plus si\r équipage, et son grand principe, que nous sommes loin de citer comme un exemple à imiter, était avant tout que, pour bien chasser, il faut savoir aller vite. Soixante-dix chiens anglais environ, que venait de compléter dernièrement une remonte nouvelle, dans laquelle se trouvaient des sujets du plus beau modèle, composaient sa meute, dont la résidence habituelle était à Saint-Germain en Laye, à la Vénerie. Deux piqueurs et quatre valets de chiens, dont deux à cheval et deux à pied, formaient le personnel peu nombreux, affecté à son service. On a pu suivre, par le relevé exact des chasses princières, fidèlement consignées dans notre Revue 1 , dont elles ont alimenté plus d'une fois les pages, les progrès qu'avait faits, depuis deux ans surtout, cet excellent équipage. Modeste pour un prince, il était plus que suffisant pour l'usage particulier de Son Altesse, qui s'en servait moins souvent qu'elle ne le mettait généreusement à la disposition de ses frères et même de • ses amis.
La chasse à tir, cette distraction d'un autre genre, mais qui a bien aussi son charme, présentait peut-être plus d'attrait à monseigneur le duc d'Orléans, que la chasse à cor et à cris : cette prédilection provenait sans doute de ce qu'elle lui fournissait plus fréquemment l'occasion de faire briller son adresse. En effet, il était habile tireur, et, sans approcher toutefois de la perfection de Sa Majesté Charles X, il avait, en dépit d'une vue faible, un coup d'œil d'une justesse remarquable. Du reste, peu jaloux d'un avantage dont il ne tirait point vanité, il aimait à s'entourer de réputations rivales, et
« Le Journal des Chasseurs.