MORT DE S. A. IL LE DUC D'ORLÉANS
invitait de préférence aux tirés de Versailles et de Saint-Germain les chasseurs les plus en renom parmi ceux qui avaient l'honneur d'approcher sa personne, heureux de disputer sur le terrain une royauté quelquefois contestée. Que de propriétaires nous' pourrions citer, trop égoïstes ou trop orgueilleux pour choisir ainsi leurs compagnons de chasse !
Entièrement ravagées à la révolution de 1850, les forets Royales, ces réserves où s'alimentent plus tard les propriétés privées, ne comptaient plus un seul animal ; et c'était à la demande du prince, qu'à force de soins et de surveillance l'administration les avait peu à peu repeuplées. Son Altesse manifesta le même désir pour les tirés Royaux ; et bientôt, grâce à un service bien entendu, mais moins onéreux que par le passé, les faisanderies, rétablies sur leur ancien pied, purent foire des élèves assez nombreux pour réparer les massacres sanglants que Juillet avait éclairés.
S'il y a quelque fauve aujourd'hui dans les inspections des environs de Paris, un instant si pauvres, si misérables; si le menu gibier, multipliant lui -même de proche en proche, n'a pas totalement disparu dans un rayon de vingt lieues à l'entour de la capitale, c'est donc au duc d'Orléans, à ses nobles penchants pour tout ce qui touchait au Sport, que nous dc- Tons ce double avantage ; car c'est lui le premier qui arrêta le pillage des forêts Royales, et qui, s'opposant aux destructions générales commandées après 1830 et jusqu'en 1831 et 52, dans Compiègne, Saint-Germain, Fontainebleau, Versailles, Villers-Cotterets, Marly, ces giboyeuses capitaineries transformées en abattoirs publics, où la venaison à l'engrais se vendit sur pied comme la viande de boucherie, rendit à leur destination primitive les belles demeures de ces vastes forêts.
m Moirr de s. a r. le duc i> Orléans.
.... Le 13 juillet 1-841 , il y a eu juste de cela un an le 43 du présent mois, époque qui datera désormais parmi les jours néfastes, s'accomplissait au pied des rochers de Fontainebleau, sur les rives ombragées de la Seine, un épisode plein
d'intérêt qu'a déjà raconté tout au long notre chronique
Un cerf dix-cors-jeunement, attaqué aux bois des Seigneurs, passait (a rivière au petit Barbeau, poursuivi }>ar quelques chiens d'élite, et, tandis que les veneurs gagnaient le bac à Fontaine-le-Port, pour traverser à leur tour, eux et leurs chevaux, l'animal, profitant de ce retard, perçait tout droit en plaine, où il avait pris beaucoup d'avance sur la meute. Arrivé de l'autre côté de l'eau, l'équipage balance, indécis. Les piqueurs eux-mêmes semblent se consulter à deux fois avant de rien entreprendre. Comment suivre, par cette chaleur étouffante? Comment surtout se lancer à travers cet océan de blés encore debout, immenses savanes qui déroulent à perte de vue tout un horizon de moissons jaunissantes? Deux jeunes cavaliers surviennent, ce sont les ducs d'Orléans et de Nemours, et à l'instant même toute hésitation a *5essc. Un requêté sonne ; les chiens retrouvent la voie et rapprochent. Quoi qu'il arrive, morbleu ! il ne sera pas dit que la Vénerie du prince, dût le cerf crever bêtes et gens, n'aura pas accepté le défi qu'on lui jette. On se rappelle quelle fut l'issue glorieuse de cette lutte, de part et d'autre si noblement engagée et soutenue ; on sait comment, après un débucher de plusieurs lieues à travers champs, l'animal fut pris à Villefermoy, au bout de cinq mortelles heures de chasse. Jamais courre n'avait autant intéressé les princes, le duc d'Orléans surtout, que ce beau triomphe flattait doublement comme maître d'équipage, et tout récemment encore, aux