‹ La chasse et les chasseurs Léon BertrandChapitre 67 sur 90 · CHEZ LK MARQUIS DE GASVILLB · texte numérisé non relu

CHEZ LK MARQUIS DE GASVILLB

Le vendredi, 9, eut lieu une chasse superbe au sanglier, par l'équipage, et à laquelle prirent part deux joyeux veneurs de plus, MM. de Malartic, arrivés à Meslay la veille 1 . Attaqué à sept heures du matin dans le petit parc, un ragot, sur lequel deux relais furent successivement bien donnés, vint se faire prendre après trois heures de menée vigoureuse, pour ainsi dire, dans la cour du château. Nous eûmes. l'honneur d'arriver un des premiers à l'hallali, malgré le grand vent qui permettait difficilement de suivre la chasse, et là nous fûmes récompensés par le plus magnifique spectacle. Acculé dans un angle de mur, l'animal tenait en respect toute la meute, à laquelle il avait déjà fait plus d'une blessure, chargeant intrépidement le premier qui l'approchait de trop près. Une balle, que M. de Gasvillenous pria de lui envoyer, mit fin à cette scène pathétique qui menaçait de devenir plus sanglante.

La journée du samedi, iO, fut consacrée à une dernière battue dans le parc, où nous eûmes, pour notre part, l'avantage d'abattre deux chevreuils, et où bon nombre de pièces furent en outre immolées. 11 est impossible assurément de voir une plus admirable réserve de chasse que ces huit cents arpents, clos de murs, où tout le bois ravagé par le gibier est percé de la manière la plus favorable, soit pour en faire le théâtre d'un courre, soit pour y pratiquer des traques. Généralement de peu d'étendue, les enceintes n'exigent guère plus d une douzaine de rabatteurs, et les allées se

4 Une première avait déjà eu lieu le 7 : mais l'animal, une laie, avait été tuée presque aussitôt après l'attaque, par M. d'Ambray, sur l'invitation formelle de 11. de Gasville, afin de mettre bien dans la voie du sanglier, les chiens qui n'avaient point chafsé depuis six mois.

m SIX JOURS EN BEAUCE,

croisent tellement en tous sens, qu'aux chiens courants il est rare qu'on perde, même momentanément, la chasse.

11 y a douze ans, ces huit cents arpents, traversés par plusieurs routes livrées à la circulation du public, dépendaient du château, mais n'étaient pas encore fermés. Un beau matin, M. de Gasvillc prit la truelle et, aidé par trois cents ouvriers, il eut en. quelques mois enveloppé, d'une enceinte formidable, ces taillis, où il voulait un jour retrouver sous sa main la race, à lui bien connue, des vieux chevreuils de la forôt d'Olhe. On cria beaucoup dans le pays; les communes voisines menacèrent de procès le propriétaire qui interceptait leurs routes. Mais l'homme qui avait été préfet connaissait mieux que personne de quel coté était le bon droit; il s'inquiéta i>eu de ces vaines clameurs, et, comme en définitive il avait raison, les chemins une fois barrés, il fallut bien, quitte à faire un détour, que MM. les Beaucerons en cherchassent d'autres. Ce qui lui donna beaucoup plus de soucis dans le principe, ce fut la race des braconniers, race audacieuse s'il en fut, qui, loin de se chagriner de cette clôture, comme d'uuc banière opposée à ses tentatives, se réjouit, au contraire, à l'idée de n'avoir que dix pieds de haut à franchir, pour faire dans un seul et même lieu toutes les provisions nécessaires à sa criminelle industrie. Partout où le gibier abonde, soyez sûr de trouver du renard. Or, pendant quelques années, il ne manqua pas à Meslay de ces renards bipèdes et de la plus dangereuse espèce. Plus d'une fois, les quatre gardes et le régisseur, qui passaient les nuits en patrouille, firent connaissance avec le plomb destiné au gibier, et ripostèrent sans autre explication, à ce qui vive de nouvelle espèce. Comme on le pense bien, celte petite guerre désolait

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