‹ La chasse et les chasseurs Léon BertrandChapitre 70 sur 90 · de la Rochefoucauld. Perret · texte numérisé non relu

de la Rochefoucauld. Perret

De Chazelles. De ttoquefeui).

Verry. De Sassenay.

De Villers la Fave. Pûrenat.

Th. de Yillei*s la Faye. Simonis de Barbançon.

E. de Mac-Mahon. De Wall.

Cli. de Vogué. De Galitzin.

De Vitry. Champy de Boiserand.

De Gontaut-Biron. Ligier.

De Mun. De Saluées.

E. de Montmort. De Chastellux.

Cette année, septembre tout entier a été, comme d'habitude, consacré aux devoirs administratifs et sociaux qu'impose la louveterie ; et, après quelques expéditions couronnées d'un plein succès, la fin du mois à vu s'opérer 5 Fours la réunion annuelle des veneurs de l'équipage à ceux du Nivernais, représentés par les excellentes meutes de MM. de Pracomtal et de Chargères.

Là, plusieurs sangliers ont été pris successivement. Les chiens français de M. le comte de Chargères ont été, dès la première fois, (Tune tenue si parfaite pendant près de quatre heures, qu'ils ont porté bas un ragot des plus vigoureux. Cette espèce de chien réunit à un bon pied une belle gorge, de sorte que le brait de la chasse n'éprouve aucune modification : il est presque toujours égal, et roule comme un torrent, sans suspension ni défauts. De son côté, la meute anglaise, mise en baleine,

m LA SOCIÉTÉ DE RALI.YE-BOURGOGNR.

a forcé un sanglier dont l'hallali a été signalé par une particularité remarqnabie. Les soles des traces de devant de l'animal ne portaient plus sur terre, c'étaient les gardes seules et les os de la jambe, dont les tendons ensanglantés se trouvaient en partie détruits ; et le sanglier, toujours mené à fond de tiain, était ainsi hideusement estropié.

Les chasses de ce premier déplacement terminées, le 15 octobre, seize chasseurs, tous membres de Rallye-Bourgogne, se trouvaient réunis à cinquante lieues de Fours, dans les forets de la Chaume et d'Aiiberive, louées par eux et où l'on s'était donné rendez-vous pour cette époque. La meute, arrivée de Parant-veille seulement, était déjà cantonnée dans un petit village de la Côte-d'Or, nommé Faverolles, où les logements des veneurs avaient été disposés le matin même.

L'équipage de Rallye-Bourgogne étant presque toute la saison en déplacement, on conçoit que ses chefs ont dû le mettre sur un pied de mobilité facile. Commandements et manœuvres, là tout s'opère et s'exécute avec un ensemble et une célérité incroyables. Une ibis entrés en campagne, bêtes et gens Vont en quête du gibier, comme des soldats ardents vont au feu. Deux heures suffisent souvent pour caser .hommes, chevaux et chiens ; car chacun dans la Société a ses attributions spéciales, et travaille, suivant les fonctions qui lui sont départies, à l'établissement ou l'entretien du bivouac commun,

M. Simonis de Barbançon a pour mission de régler les prix de table et de déguster, en qualité de gourmet, les Tins qu'on sert les grands jours d'hallali, fonctions importantes et délicates, dont il s'acquitte à la satisfaction générale, i

M. Al. dïBernis s'occupe des chambres et des Jits, par-; tie qu'il entend, de son colé, à merveille, rapprochant avec un tact merveilleux les intimités et les âges. ' M. de Gontaut-Biron est préposé à la répartition de$ cte gares. M. Eugène de Mac-Mahon a la garde des cartes entières, deux ressources fort rares dans les hameaux.

M- 0. de la Rochefoucauld visite les notabilités locales avec toute l'urbanité du gentilhomme chasseur ; et, crainte de conflit ou d'entraves, M. l'avocat Baillet de Sourza v* faire sa cour aux autorités forestières et administratives. On sait que, depuis la location des forêts de l'Ktat, le cahier des charges est resté tellement embrouillé pour tout ce qui est relatif aux droits réciproques de l'administration et des adjudicataires, qu'il faut autant que possible parer, par de bons procédés, aux chicanes sans nombre que pourrait susciter le plus léger mauvais vouloir. ....

M. de Saluées a pour rôle une partie essentielle quia bien aussi son mérite. Directeur intelligent, caissier incorruptible, c'est lui qui a le maniement des fonds destinés à combler l'oisiveté des jours de repos, soit par les jeux et les prix donnés aux villageois, soit par les bals et spectacles ofiérts aux villageoises, avec autorisation de M. le maire. Quelques fonds de plus ajoutés, l'année prochaine, à cette partie du budget, et il y aura, entre autres fêtes, espère-t-on, le couronnement public d une rosière.

MM. de Montmort, eux, toujours à cheval, sont spécialement chargés tous les deux d'aller en éclaireurs battre le pays I trente kilomètres à la ronde, pour prendre des renseignements sur le gibier ; et il n'est pas rare de les voir revenir en triomphe, rapportant, le mouchoir au bras, la mala de

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terre où se trouve encore fraîchement empreint le vokelet d'une quatrième tète ou d'un tiers-an. / .

Quant au président, M. Cltarles de Mac-Mahon, spécialement nulle part, on est cependant sûr de le trouver toujours partout et à son poste.

Le iG octobre, à onze heures, on a frappé à la brisée d'un daguet accompagné d'une biche. Huit chiens seulement, sont donnés pour redresser la vo»; ils lancent à deux cents pas et l'on découple. Par un incident bizarre et fâcheux, un sanglier bondit entre la brisée et l'attaque; il enlève la meute. Une vieille biche, qui s'est livrée aux chiens d'attaque, débuche . immédiatement ; les chiens de meute abandonnent successivement le sanglier à mesure qu'ils ont connaissance de la pre-

• mière chasse; mais dans un équipage aussi vite que celui de Rallye-Bourgogne, de semblables fautes se réparent difficilement, surtout en un tel pays; la chasse se forlonge, et Ion est réduit à rompre toute la queue des chiens, aucun balancer ou retour n'ayant permis de les enlever à propos. Cependant les huit chiens débuchent à cinq lieues en] plaine, et là, aidés de quelques chasseurs rares et plus heureux que , leurs collègues, ils mettent bas l'animal, forcé en trois heures *

% de temps.

Le surlendemain 18, rapport est fait par les piqueurs de deux sangliers, dont un grand, connu depuis longtemps dans le pays, qu'on supposait miré et peu dangereux en raison de son poids. Le temps tout à fait au sec, permettait difficilement d'en bien revoir, et les animaux se trouvant rembuchés dans la même enceinte, le hasard de la chasse voulut que les chiens tombassent sur la voie du plus petit, sanglier tiers-an> .

qui, au bout d'une heure, tint aux abois. Alors s'ouvrit une

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terrible scène de carnage qui ne se prolongea pas moins de vingt minutes. Par une fatalité déplorable, pas une carabine n'était présente sur le champ de bataille. L'animal, vingt fois acculé par quarante chiens, en tua deux et en blessa quinze; et cependant, spectateurs émus mais impuissants, dix veneurs étaient à quatre pas de lui dans le fort, sans qu'il leur fût possible de le mettre hors de combat à l'arme blanche. Dans ces charges et évolutions successives, M. de Mac-Mahon et son cheval sont culbutés par le sanglier furieux. Le cheval du piqueur Laforêt est à son tour blessé à l'épaule. Enfin M. de Bernis seul a l'adresse et le courage de mettre fin a ce sanglant épisode, par un coup de couteau lestement donné dans le flanc de l'animal encore debout, qui chancelle et tombe aussitôt, achevé par M. de Montmort.

Une ambulance établie à Faverolles, sous la surveillance d'un valet de chiens, chargé de soigner les blessés, nos chasseurs partirent pour A'berive, charmant village situé à trois lieues de là, tout proche des sources de l'Aube.

Avant d'aller plus loin, il est utile d'observer que, privés cette année par l'événement déplorable de la mort de monseigneur le duc d'Orléans, de la chasse royale d'Arc^en- Barrois, nos chasseurs se virent réduits à tenter intrépidement la solution d'un difficile problème : celui de forcer à travers les cotes pyrénéennes et les rochers à pic avoisinant Chalancey, Chamberceaux et Grancey, les cerfs réputés à juste titre pour les plus vigoureux de France, soit par suite de la nature du sol qu'ils foulent, soit grâce aux mteurs nomades qui les tiennent constamment en haleine.

Heureusement que MM. le comte à'Esclaibes, colonel d'artillerie, et de Chambellan, tous deux riches propriétaires,

m lk SOCIÉTÉ DE H AL LYE-BOU RG OGNB. ,

auxquels sont amodiées les chasses de ce pays, mirent trèsgracieusement à la disposition de la Société tout entière leurs forêts et leurs droits, imités en cela par MM. Boraet et Becquey d'Auberive; et qu'à son tour, loin de rester en arrière, en lace de si généreux exemples, M. de Mandat de Grancey, possesseur de plusieurs milliers d'hectares de bois et d'un magnifique château, donna immédiatement à nos veneurs le droit de suite dans les uns, et une hospitalité empressée dans

A la première chasse les chiens se divisèrent : vingt-cinq partirent sur un hère qu'ils portèrent bas en deux heures, et trente sur une biche qui s'en fut toujours fuyant à quatre lieues du lancer, à travers des bois clairs et des plaines tout à fait inconnues aux maîtres et aux piqueurs. A la nuit close, on sonnait le bat-Veau dans un étang fangeux, hérissé de joncs si impénétrables que quelques-uns des plus vaillants chiens, saisis par le froid, y seraient morts indubitablement, sans l'assistance de M. de Gontaut qui, plongeant jusqu'aux reins dans une vase glacée, les prit alternativement sur ses épaules pour les transporter auprès d'un grand feu de forge. Bientôt la biche se dessina aux rayons de la lune sur la rive opposée du marais, où les chiens l'atteignirent et la noyèrent. La curée chaude se fit dans le village le plus voisin, à la lueur de dix chandelles apportées en guise de torches. La fumée des en traiiles de la victime se mêlait «à celle de ces lumières çacillantes et prêtait un aspect vraiment fantasmagorique à ces groupes nocturnes de paysans ébahis, de jeunes filles émerveillées et de chiens dévorants. 11 était onze heures du soir lorsque cette fraction de la chasse, à demi perdue dans les brouillards épais de l'automne, rentra* à AubeiHve au brmt

des fanfares d'un double hallali, et trouvait pour souper un dîner trois fois refroidi.

A la chasse suivante, un cerf dix-cors fut manqué par le change; quoique l'animal tint l'hallali debout dans des rochers inaccessibles, les chiens qui cependant le jarretaient, ne purent se réunir en nombre sur lui, et ce fut en vain que de leur côté les veneurs tentèrent de l'aborder même à pied.

Aux deux attaques qui succédèrent, à quarante-huit heures d'intervalle, on prit consécutivement deux daguets enlevant six lieues de plaine rase en débucher avec soixante-dix chiens à leurs trousses, et telle fut la vitesse de ces deux chasses, que pas un cheval ne put se maintenir en vue de la béte de meute.

Au retour iïAùberive, Faverolles offrit pour la seconde fois ses sangliers comme délassements aux chasses de cerfs, si dures pour hommes, chevaux et chiens. Un ragot de soixante kilog., mis bas en cinquante minutes, fut dévoré au tiers, sans aide de la part des veneurs. Lors de la retraite, (m incident imprévu causa quelque désordre. En traversant les bois, les chiens tout couplés s'emportèrent sur une voie de sanglier fuyant ; plusieurs se prirent dans les branches, d'autres brisèrent leurs couples; la plupart furent rompus et rail irs; mais quinze d'entre eux, échappés, malgré tous les efforts des piqueurs, prenaient deux heures après, en pleine nuit, une laie dans la rivière d'Ource»

lie jour de la Saint-Hubert fut férié sur un sanglier à son tiers-an. Au bout d'une heure et demie de chasse eut lieu un premier abois suivi d'un second plus prolongé, puis immédiatement d'un troisième définitif. Deux des Sociétaires et le valet de chiens Clavis arrivèrent les premiers à l'hallali. Comme on se disputait à qui aurait l'honneur de porter le

coup mortel, M. Eugène de Mac-Mahon, d'un coup de couteau de chasse trop impétueux, traversa l'extrémité de la . main gauche de M. de Demis qui, sans se déconcerter, sans laisser écliapper un signe de douleur, n en perça pas moins l'animal de la main droite. Ce sang-froid n'est-il pas vraiment digne d'un des héros de Rome ou de Sparte?

Une charrette arrive : la mort confond les ennemis qu'elle rapproche et forme un trio funéraire composé du monstrueux animal et de deux chiens éventrés par lui. Rallye-lkmrgognc est en grande tenue. Douze trompes sonnent la fanfare du jour, et le col lège entier s'achemine triomphant vers Faverolles éclairé par le beau soleil de cet autre sanglant Auster-

Mais est-ce une vision fantastique, une apparition, un rêve? Quel groupe bizarre se dessine de loin à l'horizon, s'a- . Tançant à la rencontre de nos veneurs? Sur Lan tara, ce véter an du Sport et du Turf se balance au grand pas un être pale, amaigri, défait, aux pommettes saillantes, aux yeux caves, tout scintillants de fièvre pernicieuse. Un bonnet persan relève cette taille osseuse qu'enveloppent les replis ouatés d'une longue tunique et où flotte une trompe muette. Un homme de citasse en grand costume, mène par la bride le coursier à tète basse, et un valet de chambre soutient la jambe du cavalier fantôme.

r Qu'est-ce? qui est-ce? Le chevalier de la Triste-Figure à la recherche de sa Dulcinée? Non. C'est un chasseur ressuscité, un veneur malade et guéri par la seule influence de ce grand jour, le brave vicomte de Montmort, si regretté le mutin, si bien accueilli en ce moment, alors que, saluant d'un sourire tous ses frères d'armes attendris, il a à peine la force de

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leur dire à voix basse : « Amis, me voilà, je suis encore des vôtres. »

Quelques gelées prêches, des chiens égarés à de grandes distances, des chevaux plus ou moins écloppés, grâce à ce "pays d'enfer où neuf furent déferrés dans une seule chasse, et où, |>ar la mort de l'un d'entre eux tombé au champ d'honneur, la guerre put nourrir la guerre, tout contribua plus tôt qu'on ne l'eût désiré, à mettre un terme au déplacement . . Le moment des adieux arrivé, Rallye-Bourgogne se sépara donc à regret Mais ce ne fut qu'une désunion momentanée et partielle, car, si nous sommes bien informé, quelques-uns de ces rudes chasseurs pour lesquels il n'existe ni trêve ni fatigue, ne tardèrent pas à reprendre loin de là, dans un .certain château où ils s'étaient donné rendez-vous en partant, le cours de leur vie active et poétique. L'écho indiscret des vieilles futaies d'Autun a fait parvenir jusqu'à nos oreilles les sons lointains de nouvelles fanfares ; et nous ne terminerons pas cette relation sans donner à nos lecteurs un échantillon des chasses dont cet autre quartier général est devenu le théâtre. L'épisode s'est pissé le 9 décembre dernier.

Depuis quelques jours, un sanglier, voyageur amoureux, amené dans ces parages par la saison du rut, mettait en délàut tous les valets de limier de Rallye-Bourgogne. Sa nuit faite, l'animal s'en allait à six lieues plus loin, toujours en quête de galants ébats; on le rapprochait jusqu'à la nuit, et le lendemain recommençait la même manœuvre.

Cependant, hommes, chevaux, chiens et limiers, cheminant à sa suite, couchaient près du champ de bataille, au village le plus proche, et suivaient d'étapes eu étapes, de brisées en brisées, ce terrible et infatigable marcheur.

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Grâce à la vaste ceinture de bois qui entoure à quinze lieues de distance le château dont le toit hospitalier réunissait alors nos veneurs, le drôle avait de la majge devant lui... mais il apprit enfin â ses dépens qu'en dépit de tout ce manège il tournait dans un cercle vicieux. Le troisième jour, gagné de vitesse par la tangente, notre ragot en bonne fortune, fut rencontré en excellente voie ; on parvint à le rembucher, et j riufortuné, affaibli par ses nuits amoureuses, vérifia bientôt, étouffé sous les chiens après trois quarts d'heure de chasse, cette maxime judicieuse d'un grand capitaine à ses soldats, la veille d'un assaut

« Enfants, pour être hommes demain, oubliez les femmes cette nuit. »

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