ET LES VENEURS DE BANLIEUE
au champ d honneur, couvert d'écume, de poussière et de sang, et couché comme un vaillant guerrier sur les corps de ses ennemis ; faites ainsi, et nous applaudirons tous à votre triomphe, comme nous avons applaudi, l'an passé, l'honorable M. Schickler, lorsque, parti le matin de chez lui, à la tète de sa meute entière, nous l'avons vu, le soir, lui cinquième, escorté de quatre chiens seulement, et sur son même cheval, venir prendre son cerf, de Rambouillet au pied des bois de Marnes, c'est-à-dire à près de quinze lieues de distance du lancer de son animal.
Voilà une chasse à courre! voilà un cerf! voilà un digue et vaillant équipage ! Mais vous, pauvres chasseurs parisiens, où sont jusqu'à présent vos lauriers, combien, à votre compte, de têtes ainsi forcées et conquises, combien d'hallalis debout ou par terre, combien de chaudes ou de froides curées? A votre honte et au grand regret de vos chiens, je ne connais dans tous les lastes de votre histoire qu'une sanglante journée, et quelque confusion qui puisse résulter pour moi d'y avoir pris une part malheureusement trop active, je ne veux pas terminer sans confesser naïvement ici, en expiation de vos péchés et des miens, tous les détails de cette piquante aventure, laissant à l'impartialité du lecteur le soin d'apprécier les faits, et d'accorder à qui de droit l'absolution de ses fautes.
Il y a de cela trois ans. C etaitau mois de janvier, je crois, si ce n'était en décembre. Nous chassions, l'ami Théodose Burette et moi, sur les bords de l'étang de Saclay, si l'on peut appeler un étang cette espèce de trou à grenouilles, que j'ai souvent traversé à pied sec, et où j'ai vu, d'une année à l'autre, un troupeau de moutons remplacer une couvée de
si
tti U CHASSE -à COCRhE
judeilcs. Lu veut ^hicc chassait sur Dicvre des hauteurs du iVIit-Bicètre, et venait eu tourbillonnant s'engouffrer dans l'entonnoir que l'orme la queue de la chaussée. 11 y avait deux bonnes heures au moins que nous battions h* roseaux, pataugeant dans l'eau jusqu'au genou, ni plus ni moins que ces vieux grognards de lUuTet, embourbés, comme nous, au beau milieu d'un marais, et dont l'un dit gravement aux autres : « Ici, il est défendu de fumer, mais il est permis de sas- . seoir. »
Nous étions gelés tous deux, et, de guerre lasse, nous allions quitter la partie, quand tout à coup, ô miracle 1 , à l'instant même où nous sortions de l'onde, qu'apercevons-nous, grand Dieu ! je vous le doime en cent, je vous le donne en mille, chasseurs qui m écoulez; et si jamais, à l'aspect d'une pièce à belle portée, votre cœur délicieusement ému a Iwndi malgré vous de joie, de crainle et d'espérance, jugez de ce qui se passa dans notre esprit : une biche, oui, messieurs, une biche qui, nous prenant sans doute, au milieu de nos joncs, pour quelque fleuve Scamandre, s'avançait droit sur nous sans la moindre méfiance. La voir, l'attendre, l'ajuster et tirer, tout oçla fut plus prompt que la pensée. Nos deux coups ne firent qu'un, et la pauvre bête était morte, avant que l'un de nous eût songé à cet article terrible qui a dû embarrasser tant de fois la conscience singulièrement étroite de certains permissionnaires scrupuleux :
Défenses expresses lui sont faites :
. 1° De etc., etc.; „ *
2° D'attaquer, suivre, tirer ou prendre aucune autre espèce de gibier que le lièvre, le lapin, la perdrix, les oiseaux de passage et les animaux nuisibles, y compris le sanglier. .
. Digiti^edijy-Cû^ie