‹ La chasse royale [microforme]Chapitre 10 sur 42 · ARRET · texte numérisé non relu

ARRET

jôt à M. de Chavailles qu’il devait retourner à Marly. Hector céda et prit congé du gentilhomme en promei.tant de revenir le lendemain. Christine voulut le re: conduire jusqu’en dehors du jardin, où Ajax battait du pied. Ils firent quelques pas ensemble dans la plaine, au bras l'un de l'autre; puis, au moment de se séparer :

Hector, lui dit-elle en lui prenant Ja main, vous M demandiez un mot, un seul mot, tout à l'heure. Vou: m’avez confié vos projets, mais la mort peut 8e mettre entre nous. Ecoutez-moi bien, et croyez que je guis Sincère comme si je parlais devant un prêtre. Si vous n revenez pas, Hector, je ne serai jamais qu'à Dieu.

Lorsque M. de Chavailles reparut à Marly, M. 1 Riparfonds et M. de Fourquevaux; après s'être ent de lui à tous les piqueurs. allaient envoyer à sa rech che. Mille questions $C pressaient sur leurs lèvres, nuit: Hector les entraîna dans une allée déserte du jardin.

__Regarder-le ! dit Paul-Enile, YOYez quel air de joie! quel épanouissement ! quels éclairs dans ses Yeti: Je doute qu'Endymion Jui-même ait eu cette phystion mie aux heures où Diane lui rendait visite.

Vous nous avez remplis d'inquiétude, dit M Riparfonds ; vous Êtes-vous égaré? Qui a pu Vous 17 nir aussi longtemps ?

__J'aime! et je quis aimé! je suis heureux! rép mit Hector en les embrassant tous deux.

Paul-Emile soupira.

-t voilà ce qui Vous rend heureux ! dit-il. On mi aimé quelquefois, et ça m'a rendu gai tout au plus

C'est que VOUS ne’ connaissiez Pas fhristine.

__Ah! elle s’appelle Christine! Le nom ne fair à la chose, mon cher marquis; jen ai tant essayé de noms féminins, que si le bonheur devait se cacher Jun d'eux, j'aurais fini par mettre [a main dessu.

__Vous avez beaucoup vécu, quoique jeune, "°| ri duc en gadressant à Hector ; je vous sais mesuré d

vos paroles, réfléchi dans vos actions, et vous parlez d2 ce sentiment nouveau avec une chaleur qui me donne à penser qu’il est sérieux.

—-Si sérieux que je prétends donner à mon amour !3 conclusion du mariage,

—Ah! mon Dieu! s’écria Faul-Emile, vous parlez déjà de mariage! Eh! malheureux, que ferez-vous de- Main, si dès le premier jour pour allez au fond des choses? On cause avec vous de bonne amitié, gaiement, “ans penser à mal, et voilà que tout à coup, sans cri sare, brusquement comme une boule qui abat des quilles, ous nous jetez à la tête Le mot le plus lourd de la lanzue française ! Ménagez au moins les transitions, et ne fiites pas intervenir Je mariage dès le premier chapitre lu roman. A-t-on jamais vu le mois de janvier succéler au mois de mai? Donnez aux amours le temps de h'anchir, et attendez Pour épouser votre L. Vallière ‘elle ait l’âge de Madame de Maintenon! Ah! vous (es trop pressé de marcher sur les fleurs de votre prin- (oups, de mettre un frein à la chimère aiiée qui vous ‘riporte au pays des fantaisies, de Poser un éteignoir Sur vos illusions, d’emprisonner vos espérances ! étais mélancolique dès ce Iatin, voilà que vous m’avez attris- “tt quels rêves affreux vont se disputer ma nuit! I! me semble vous voir déjà ramper dans la vie avec le vi. “2e faciturne des ronte de comédie, la perruque d’, ei. née, sans dentelles ni gaieté, et mal entortillé dans les Modes de lan dernier. Qu'on se marie à quarante ou Cinquante ans, je le veux bien! Nef oir quel-

‘in à quereller à faire &

à vingt-cinq quel suicide! Ah! mon pauilquis, vous me donnez envie de pleurer!

le bonheur est égoiste, et M. de Chavailles laissa

Emile s’abîmer dans sa tristesse, sans lui prodiguer

Je consolations, Il raconta quelle eventure l'avait rap-

Proché «te Christine, à Grenoble, comment il Vavait re.

men

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trouvée à Paris, quel espoir nourrissait M. de Blettarins, et la résolution qu’il avait prise d’épouser sa promise aussitôt qu’il le pourrait.

__Vous le devez d’autant plus, dit M. de Riparfonds, que mademoiselle de Blettarirs est pauvre et persécutée.

—Riche, heureuse, puissante, je n'eusse jamais Oxé prétendre à sa main, et cependant, sans elle, je sens bien que le bonheur me serait 1mpossible.

__Vous descendez certainement de Pyramme et Thisbé, dit M. de Fourquevaux ; depuis les églogues, on n'a pas enteuiu parler de flamme pareille ! Elle est done bien belle, votre Christine ?

Belle comme les amours! Cest la plus charmante et la plus adorable fille qui respire sous le ciel. Une fme de vierge dans un COrPÉ de déesse !

J’en étais sûr! Il est surprenant que chaque femme ait été, à un moment donné de sa vie, la plus ravissante des créatures humaines! Blonde, brune, châtaine où rousse; grande petite, grasse ou maigre ; noble ou rotu rière, femme ou fille, d'Europe ou d'Afrique, paysan ou grande dame, il n’en est pas une qui nait été, pour cinq minutes au moins, la reine des fées! Quels yeux singuliers l'amour donne aux hommes! Ils aiment, ” voilà le même masque suT tous les visages! Oh! l': amants!

Hector regarda Paul-Emile d’un air stupéfait.

__Ah! vous ne connaissez pas notre ami M. le comir de Fourquevaux, dit M. de Riparfonds ; quand vous äirez vécu plus longtemps dans sa compagnie, vous Sall"7 que c’est un puits d’homélies, un recueil d’oraisons. if répertoire de harangues mélancoliques. Il y a des jours où il s’habillerait volontiers de noir de la tête aux pic. comme un catafalque, et creuserait sa propre fosse 1 chantant un de profondis : d'autres fois il parle en philosophe revenu des erreurs de ce monde et vous proil\” en trois points, et d’après les règles de la meilleur® rhé-

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torique, qu’il n’y a pas de bonheur sur terre, que le plaisir est une vanité, que la vie est un exil, et que le mieux qu'on puisse faire, c'est d’imiter M. de Rancé. Mais tous ces beaux discours ne l’empêchent pas d’être le plus heureux homme de France.

—J’enrage quand je vous entends parler de la sorte ! s'écria Paul-Emile. Vous me raillez parce que vous êtes sage! Minerve vous a prêté son égide pour vous mettre à l'abri des Coups du sort, et vous n’avez pas pitié des mortels que l’infortune accable !

—Pauvre malheureux !

—Sans doute je le suis! Qu'ai-je donc tant pour ne pas l’être ?

—Ah! vous voulez compter !

—Oui.

—Eh bien, comptons. D'abord, vous êtes jeune.

—La jeunesse passe! Et puis, nc regardez pas au visage ! voyez au coeur; j'ai cent ans.

— Vous avez un grand nom.

— Il est plus lourd à porter.

—Vous êtes riche,

—Cela regarde mon intendant.

— Vous jouissez d’une santé merveilleuse.

—En apparence, comme les plus beaux fruits, mais le ver est au coeur.

—Vous plaisantez naturellement.

— I n’y a pas de mérite à cela.

—Vous avez de lesprit,

—Scaron, le prédécesseur de Louis XIV, en avait,

aussi, ct cependant!

Allez au diable! s’écria M. de Riparfonds impaienté,

Je ne sais pas où il demeure, répondit Paul-Emile.

Hector interrompit leur dialogue d’un grand éclat de

rire Tire,

Ah! vous riez, vous ? reprit M. de Fourquevaux.

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