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Oui, je briserais plus facilement des portes de bronze que le cerele dans lequel je tourne incessamment. Voilà cinq ans que j'ai quitté Paris, et vailà cinq ans que je me bats en Flandre, sans qu'on nait permis une seule fois de paraître à Versailles. Vous souvient-il du jour où l’ordre du ministre me fit partir si brusqueraent pour Lille? La dépêche portait secrètement l’ordre de me retenir à l’armée jusqu’à la fin de la campagne. J’ai vu succéder trois campagnes à cette première, et seul j'ai dû rester en Flandre de tous les officiers du régiment. Ceux-là sont morts, les autres sont colonels ou brisidiers; moi, je suis toujours capitaine, et, si quelque bou let ne m’emporte pas, je serai encore capitaine à la pai
À toutes mes lettres, le ministre répond — quand il daigne répondre — par un ordre précis de demeurer à! camp. Je ne sais plus la différence des saisons que pi
la différence des manoeuvres. L'été. c’est la bataille
l'assaut; l'hiver, c'est la parade ct la garnison. — mais, j'étais aimé! qu'est-ce que tout cela est deven
Un petit papillon blanc qui voletait autour de la fo taine vint s’abattre sur la main de Paul-Emile, battit J'aile un instant et mourut,
Voilà l'image de la vie, dit M. de Fonrquevaux montrant à M. de Chavailles V'insecte mort: comme papillons, ! + amours sont périssables !
Mes à ours se sont éteints: que dis-}
effacés! Heureux ceux qui périssent ! Je les ai vus ] un jour, puis disparaître comme cette éeume bla que le flot oublie sur le rivage, qui frissonne l'es . d’une seconde et meurt: comme ces égères Tarn neige qui tombent au mois d'avr 1 enr les roses et sourire du soleil dissipe! H 3 = heures on semble que Christine est un fantôme, Une nuit à pour la faire évanouir. Où est-elle à présent
pays inconnu la recèle? Pourquoi a-i-eiie üisi elle morte ou m’a-t-elle oublié? Vingt fois je
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écrit et vingt fois encore! Mes lettres ont passé comme Ces feuilles mortes balayées par l'orage. Pas un mot, pas un souvenir ne m’a consolé dans mon exil, et vous qui l’avez poursuivie, Cydalise qui l’a cherchée patiemment, avec le dévouement d'une amie et la sagacité fine d’une femme, qu'avez-vous appris? Rien! Ses traces même vous ont échappé! Vous savez que peu de temps après mon départ, une lettre, qu'on disait écrite en son nom, m'invitait à adresser les miennes à l'auberge du Roi David, rue de l'Arbalète, sous le couvert de maître Simon. On affirmait que des périls pressants rendaient cette précaution urgente. J'écris, rien; j’écris encore, une réponse vient assez vague et de la même main que la première, Au bout d’un assez long temps, las de n’avoir aucune nouvelle de Christine, je pars sans bruit, au risque d'être cassé à mon retour. J'arrive rue de l’Arbalète et demande maître Simon. On me regarde, et lhôtelier du Koi David me répond qu'il ne sait pas ce que je veux dire. Je retourne en Flandre, le désespoir ‘ans le coeur, et depuis lors tout est fini!
Paul-Emile, qui ne voulait pas que son ami s’absorbât ans ces tristes pensées, remplit le verre d’Iector et le en.
-Parbleu! ditsil, il m'est venu là-dessus d'étonnanréflexions, tout à fait dignes d’un philosophe. Il ‘ certain que les choses ne se passent pas de ce tempseume autrefois. Si je n’entendais pas parler franautour de moi, je me croirais presque dans ce TOYne de Cathay dont parle l'Arioste, et qui est tout 6 d'enchanteurs et de magiciens. Nous avons bu hiltres, c’est évident. Mademoiselle de Blettarins tout comme ces fées qui s’envolaient après avoir mé les chevaliers errants. Cydalise, au contraire, n'avait pas de prétention à la constance, s’y acharne
Sous verrez que M. d'Hozier décou- \un jour qu’elle est du sang d’Héloïse, Ce n’est pas
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que je me pique d’une fidélité à toute épreuve; elle sait à quoi s’en tenir là-dessus, et je me doute assez de ce qu’elle fait de son côte; mais n0$ amours sont en passe de devenir historiques comme ceux de M. de Villeroy et de madame de Ventadour, qui se trompent à qui mieux mieux et. ne peuvent pas s'empêcher de adorer. N°y a-t-il pas de la magie dans cet entêtement appliqué à la galanterie ?
—Ne vous en plaignez pas, VOUF êtes heureux.
__Ne me parlez pas ainsi, Où vous allez m’obliger à me brûler la cervelle pour vous prouver le contraire.
—Gardez-vous en bien! je vous crois sur parole!
Vous ne savez pas ce dont je suis capable dans l’ardeur et la tristesse de mes convictions! Ah! cher marquis, ma vie est déflorée et ma jeunesse n’a pas eu de printemps! Je voudrais bien savoir comment les gens font pour être heureux! j'en vois qui sont médiocrement spirituels et qui sont néanmoins les mortels les plus fortunés du monde. Aimer une blonde, aimer une brune, c’est toujours aimer, et voilà où commence la monotonie. La vie — et certainement vous n’êtes pas sans en avoir fait la remarque—la vie se compose d’une demi-douzaine de scènes, tout au plus, dont chacune mérite le prix de vieillesse. Le nerf est mort! dJ’assiste à ma propre existence comme à la représentation d’un comédie jouée cent fois déjà; j'en sais toutes les rép! ques et la plus inattendue n’est point pour m'étonne! beaucoup. Je devine au premier acte ce qui arriver su dénouement. Le moyen de s'intéresser à quelque chose avee une pareille disposition d'esprit! J'ai fait de tout pour me distraire: j'ai eu des maïtresses comm® tout le monde, un peu plus même que beaucoup d’an tres; j'ai suivi l’armée; j'ai vu deux ou trois bataill: ét cit sièges: Jai joué au jeu de madame la (M chesse de Bourgogne où l’on joue un jeu d'enfer ; j : chassé le loup avec feu monseigneur le grand dauphin,
qui était bien le Nemrod le plus furieux de France et de Navarre; j'ai voyagé en pays lointains réputés pour la bizarrerie de leurs moeurs et, foi de gentilhomme, ie puis vous assurer que la distraction s’éloigne à mesure qu’on la poursuit. C’est une plaisanterie de la langue, oui a créé un mot pour une chose qui n'existe pas. Les femmes sont, au fond, semblables les unes aux autre , à cette différence près que celles-ci portent des robes de satin et celles-là des robes de serge; qui en a vu une le: a vues toutes. Les batailles commencent par des coups de canon et finissent par des coups de canon. Cest toujours de }: poudre brûlée, un peu plus ou un peu moins Le jeu est une des occupations les plus courtes qui se puissent rencontrer; on y perd ou on y gagne, et toutes les cartes du monde ne feraient pas que cela pût chanser. La sotte invention! A la chasse, on force un cerf ou Von se casse le cou; après quoi l’on r:commence le lendemain. Qrent aux voyages, ils vous apprennent que routes, coinme les aubories, ent égat à 1! mauvai- *s en tous pays. Hors de à, qu'y a-t-il? rien! Et tout la, qu'est-ce? rien! Voilà cependant le fond des choes, et sur ce chapitre de la vie, Sardanapale et Saloon, les deux plus grands philosophes dont l’histoire gardé le souvenir, ne m’enscigneraient rien.
Hector, à demi renversé sur le gazon et le dos appuyé ütre le tronc du noyer, regardait la campagne. —Vous ne m’écoutez pas, ajouta Paul-Emile, et je is que vous avez raison. Tous les plus longs, discours ‘ont pas que le vin ne soit bon quand il est bon, et our Je plus aimable des passe-temps.
Etes-vous superstitieux et croyez-vous aux présa- * demanda brusquement M. de Chavailles en sortant à rêverie, Pourquoi cette question ?
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‘tue vous importe ? épondez toujours.
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