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Eh! voilà cinq ans que nous ne faisons pas autre chose,
Nous continuerons dix ans, vingt ans; s’il le faut.
En attendant, nous aurons tout loisir de nous faire tuer, et c’est à quoi je vais in’employer cette nuit même continua Paul-Émile en se levant.
—Ainsi vous partez? dit Hector.
__Ma foi, oui! voici Coq-Héron qui a continué son Odyssée, je vais continuer mon Iiade.
Hector appels un maréchol-des-Jogis, et lui commanda de monter à cheval avec sept où huit hon:mes pour escorter M. de Fourquevaux jusqu'au bivouac du régiment d'Artois.
T4 nuit est venue, dit-il au gentilhomme, qui se récriait contre cet excès de précaution; vous savez que les chemins ne sont pas sûrs, et, le fussent-ils, vous pourriez vous égarer.
—J'allais crier à la tyrannie, dit Paul-Emile, mais cette dernière considération me détermine.
TL sauta sur un cheval frais, serra la main de M. de Chavailles, salua gaiement Coq-Héron, et partit en chantant un air de Lully.
I] a beau vouloir être triste, sa bonne humeur n'\ perd rien, et il est gai malgré lui, murmura M. de Chavailles en suivant son ami du regard.
Après qu’il leut perdu de vue dans l’épaisseur de nuit. Hector donna ses ordres à son lieutenant pour campement, et s'étant fait amener deux chevaux. lu: pour lui, Pautre pour Cog-Héron, il s’éloigna dans li direction de l'auberge où lofticier qui commandait à Bouchain l'avait fait prier de se rendre.
Hector et Coq-Héron suivaient un chemin creux trace en plaine par les charrettes et les bouviers: ce «homin. défoncé et coupé de flaques d’eau, était bordé de haies qni s’élevaient jusqu’à la ceinture des cavaliers. mais ils dominaient le paysage de toute la tête. et Jours
yeux, habitués à percer l’obscurité, les mettaient à l'abri de toute surprise,
IL faisait une de ces nuits sans étoiles, où la clarté trompeuse qui rampe sur la terre semble être distillée par les nuages blancs étendus sous le ciel. La silhouette des grands Peu; 1ers dressés au bord des sentiers coupait de sa ligne sombre et rigide l'épaisseur grise de la nuit; on voyait bien les objets divers espacés dans les champs, mais il était impossible au regard d'en dessiner les contours effacés : bosquets, maisons, masses de roches, accidents de terrain, tout se confondait aux yeux des Voyageurs; à une ‘ntaine de pas de d'stance, la “ampagne s'ensevelissait dans l'ombre.
—As-tu remarqué quelque visage de connaissance Parmi les archers de la maréchaussée qui t'ont enlevé ? ‘demanda Hector à Coq-Héron,
Aucun; mais il m'a gemlé que l’un d'eux, le chef 1 crois, répondait au nom de Coquelicot,
—Coquelicot, dis-tu ? Attends done... ce nom, je me
‘rappelle.
— 11 n’est pas de ceux qu'on oublie...
—Ah! j'y suis à présent... Coquelicot était l'un des
mes qui accompagnaient frère Jean la nuit où je
bai dans l'embuscade de la forêt de Marly.
Ah ! le coquin!
Si tu veux parler de Coquelicot, tu as raison : mais
| Sagit de frère Jean. tu as presque tort. Je connais
bon crmite de la tour du mont Ventoux, il n’est pas
‘ne à épargner le Capitaine pour s’attaquer au soldat.
Alors Coquelicot a agi pour son propre compte,
Où pour le compte du chevalier.
Co-Héron se rapprocha de M. de Chavailles :
—-\insi, vous avez les mêmes soupcons que moi? dit.
— Oui,
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—Qu'il prie done le diable, son patron, de ne pas l'envoyer sur mon chemin; car, aussi vrai que je n''appelle Coq-Héron, je l'étranglerai sans vergogne |
Au moment où le brave soldat achevait de parler, l'auberge vers laquelle son maitre et lui se rendaient se présenta à leurs regards, C’était une maison d'assez vilaine apparence, située au bord d'un chemin boueux et crevassé. On voyait aux deux côtés de la porte deux ou trois bouteilles peintes sur le mur, en compagnie de quelques ; ts de bière éeumants; au-dessus de lentablement, et pendu à une tringle de fer, un broc d'étain tout bossué se balançait au vent, en regard d’une enseigne où on lisait en belles lettres jaunes, ectte inseription métaphorique: Au Broc d'argent. Deux où troilumières brillaient aux fenêtres mal fermées de lauberge, autour de laquelle vaquait une servante armée d'un falot. Un homme, entouré d'un manteau, sortit d’un porte ba. «+ passa devant la servante; le mouvemen qu'elle fit pour lui Jaisser le chemin libre porta la lnmière Ju falot sur le visage de l'étranger qui détourn la tête et marcha dans la nuit. Hector saisit le bras Coq-Héron.
As-tu vu cet homme? dit-il tout bas et vivement.
—Oui.
—N’as-tu rien remarqué ?
—Non, il a passé comme un fantôme.
IL m'a semblé reconnaître le chevalier...
—Jci, à cette heure? le chevalier! Quelle folie... Sans sa raison, et je me serai trompé sans doute.
—Après tout, on peut voir, reprit Coq-Héron.
poussa son cheval.
__Non, non! dit Hector en mettant la main sur la bride, c’est inutile... Si c’est le chevalier, nous le süirons bientôt, Le mieux est de laisser croire à cet homme qu’on ne l’a pas aperçu.
À la vue de deux cavaliers qui s'avançaient, la ser- Vante appela l’aubergiste,
— Entrez, messieurs, entrez! dit le net de peau de loutre à la main,
—De l'avoine pour les chevaux ct du vin pour jes
Nommes, répondit Hector, voilà tout ce qu'il nous faut, —Rien ne manque à l'aube
rge du Proc d'argent, reprit l'hôte; elle est seulement si bien achalandée, que votre seigneurie devra se contenter d'un pot de bière Pour se rafraîchir, et d'une botte dé paille, dans la gran- £e, pour se coucher.
Quoi! pas une chambre ‘où l'on des draps comme un chrétion ?
Flamand, son bon-
puisse dormir entre dit Coq-Héron.
—-Pas une seule : Ja dernibré vient d’être rete un honnête marchand de Bruges,
confrères de Béthune, N
nue par qui attend un @» ses
— Est-ce l'homme qui viest de sortir de | lemanda Hector: un homnie vêtu d’un grand —Cest bien cela : il va à la ren ‘pris la chambre et l’a p orins en belles pièces d’
auberge : mantern, ontre de son ani: il ay davance... Voyez... Dix or..." [ls ont à causer d'affai- “es toute la nuit, ct celui qui êst arrivé le Premier n’a ort recommandé de ne läissur CUX, n -Ecoutez, reprit ITector:; je me sens une grande Jaslude depuis que J'ai quitté l’étrier.… Voyez si vous Pourriez pas me trouver un lit.
1 n'y à plus qu'un petit cabinet où je couche... Mais il est attenant à la chambre de ces Œux marnds, et er payant la chambre, ils ont ai payé le ninot, Combien ?
Cinq florins.
En voilà dix...
monter personne chez
Je meurs de sommeil, et vous na
pas la cruauté jusqu’à refuser un argent que lvoirs de l'hospitalité vous commandent d’a ‘cepter.
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UT Mt
—Mais, monseigneur, dit l’hôte en errant les flr:ins dans sa poche, songez que ces marchands ont grand besoin de silence pour leurs calculs!
—Je dormirai comme un hibou.
Sans bruit ? ajouta l’aubergiste, qui se grattait l’oreille.
Plus silencieusement qu'un grelot vide.
__Dans ce cas, monsieur, on va mettre des draps blanes au lit, répondit l'hôte en grimpant l'escalier.
—Ah çà! monsieur, quelle idée vous prend de vouloir de ce cabinet? demanda Coq-Héron.
—Un soupçon a traversé mon esprit, je veux l’éclaircir: voilàtout. Si je mc'stis trompé, il m'en aura coûté dix florins, et ce n'est riea. Si j'ai bien vu, nous tientrons le chevalier. Pas
—Quoi! vous croyez.
—Que ses marchands "ié*$ont pas des marchands.
—Ies prenez-vous poËr des princes qui courent lv: grands chemins ?
Quand je les aurai Ÿns, je répondrai.
__C’est beaucoup de cüriosité.
—Ca m'égayera, en attendant le partisan qui me: annoncé : k
__A votre aise! je gags seulement qu’à la troisièm addition, vous dormirez les poings fermés.
Ce sera toujours ça de gagné.
__Monsieur! s’écria Coq-Héron, votre entêtement n1turel a poussé pendant mon absence; je ne tenterai P'* de le déraciner, et je me sauve.
—Où vas-tu ?
—Près de nos chevaux: au moins là ne courrai-je 1 le risque d’entendre parler de serge et de ratine cint| 91 six heures durant.
Là-dessus Coq-Héron tourna brusquement les talons.
—Un mot encore! dit Hector.
—Qu'est-ce ? demanda le valet, la main sur la clef de l'écurie. -
—S'il vient un colporteur demander Petit-Pierre le piqueur, préviens-moi sur-le-champ. Le colporteur, c'est le partisan, — le piqueur, c’est moi.
—Ah! diable! dit Coq-Héron en se frottant les mains est-ce qu'on ira en expédition ?
—Peut-être.
—En ce cas, je veillerai à ce que les chevaux aient, double ration... Quelle chance, monsieur, je vous retrouve ce soir, et l’on doit se'battre cette nuit! Une bonne fortune n'arrive jamais éoule.
Coq-Héron disparu sous la porte de l'écurie, et M. de Chavailles gagna l'escalier qui Sonduisait à l’étage supérieur. L’hôtelier l’attendait; une chandelle à la main.
—Le lit est prôt, monsieur, dit-il, un lit de roi qui ivite au sommeil. — Vous savez seulement ce que vous Avez promis ? Le —Parblea! je consens à déloger si l’on entend un sou-
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L'hôte laissa la chandelle aux mains d’Hector et disparut. Quand il fut seul, Hac'or regarda autour de lui : : cabinet où il se trouvait n'avait qu’une fenêtre en ave de laquelle on voyait ine.espèce de renfoncement “ant d’alcôve et garni d’un lit à rideaux de serge te. Un vieux bahut en bois de chêne et deux esca- '1X remplissaient le cabinet. Dans la ruelle, derrière l, il y avait une niche profonde à moitié pleine de rles et de provisions, et dont l'entrée était dissimulée ‘un large pan d’étoffe brune semblable à celle qui sait l'alcôve, La fenêtre était à douze ou quinze ‘du sol et ouvrait au-dessus d’un potager à moitié lert de fumier. Hector souleva le volet à coulisse et “iettit à «a cheville, après quoi il éteignit la chandelle. Cette histoire de deux marchands qui payaient in florins la location d’une chambre et d’un cabinet,