LES DEUX MARCHANDS
La clef d’une porte voisine tourna dans la serrure, et les deux étrangers entrèrent: dans la chambre contiguë an cabinet occupé par Hectoz.. Un filet de lumière jaillit tout à coup à travers la cloison qui séparait les deux pièces, ct vint briller à ses yeux.
—Bien! se dit Hector, il y a une fente, je l’agrandirai. :
IL prêta l'oreille et entenait poser, sur une table, denx où trois objets pesants. Lun des cavaliers tira ensuite deux chaises et les approcha de la table.
—La pièce qui est là, dit l’antre en touchant du doigt l1 légère cloison derrière laquelle se trouvait Hector, N'est-ce pas le cabinet dont vous parliez?
—Oui, et j'ai quelque envie de le visiter.
Pourquoi ? l’aubergiste ne vous a-t-il pas juré qu’il “tit vide? Son intérêt nous répond de sa fidélité.
N'importe, deux précautions valent mieux qu'une.
a ligne rouge qui brillait au travers de la boiserie Chanzea de direction.
Ah! diable! pensa Hector, c’est une visite domici- 5!
la!
Il se souvint de la niche pratiquée au fond de l’al-
côve, et sy blottit rapidement. A peine les plis lourds de l'étoffe brune venaient-ils de retombér sur Pouver-
Re TA LOCRETEOETS
SE
EUX Ur
LEE
L'ÉLS LEE
EE
ture, que l’un des deux étrangers poussa la porte du cabinet. Il souleva le flambeau au-dessus ae sa tête, regarda de tous côtés, s'approcha de l'alcôve, en écarta les rideaux, examina le lit qui était intact, tourna autour de la ruelle, et passa si près de M. de Chavailles, que le frôlement de sa marche agita la tapisserie; mais la lourde étoffe étendue à plis serrés entre eux ne peTmit pas à Hector de distinguer les traits du faux marchand qui se retira bientôt. En repoussant la porte, il ferma les verrous.
Personne n’est dans le cabinet, personne n’y viendra, dit-il, et il emporte a clef, après quoi il rentra. dans la chambre voisine...
Ce surcroît de précautivris irrita la curiosité d'Hector, déjà vivement excitée; il'chtr'ouvrit la tenture, arracha doucement les couvertures du lit, les étendit sur le plancher, et s’approcha de If “cloison à petits pas; la laine étouffait le bruit de sa marche, prudente et souple comime celle d’un tigre, et, sans.pouvoir être entendu, il colla son oeil à la fente qui.läissait passer un rayon de lumière. Les deux hommes étaient assis en face Lun l’autre, et, entre eux, ir. la ‘table, on voyait deux pairede pistolets et deux épées nues. L'un d'eux tournait ! dos à M. de Chavailles, quirne vit rien que le contou! du grand chapeau qu'il avait sur la tête ; le second puitait une grande barbe qui Jui cachait la bouche et moirtait jusqu'aux yeux; en outre, le bord de son feutre gris, rabattu jusqu'aux sourcils, enveloppait son visase d’une ombre vigoureuse que le regard le plus vif ne pauvait percer. Bien convaincu cette fois qu'il avait affaire à des marchands d’une espère toute particulière, Hector tendit l’oreille et s’apprêta à ne pas perdre un mot de leur entretien.
L/aubergiste est comme tous les aubergistes, avide et curieux, dit celui des deux prétendus marchands qui
était en face d'Hector ; on l’a n’écoutera-t-i] pas ?
—Parlons donc espagnol, et, s’il nous écoute, ce, sera comme si nous parlions hébreu, dit l’autre, —L est Flamand, et vous croyez qu'il n'entend pas l'espagnol, comme la plupart de ses compatriotes ? —Je lui ai offert ce matin, en Pur castillan, dix dn- Cats (un verre de bière de Louvain, et il ne m’a pas répondu.
—L'épreuve est sans réplique. Parlon Et passant de l'allemand dont il lors à l'espagnol, celui des deux interlocuteurs qui avait commencé l’entretien le renoua en ces termes : — Vous arrivez de Versailles ?
—En ligne directe, répondit l’autre.
—Avez-vous conclu le marché ?
—Presque.
—On accepte donc ?
-—(Juelques scrupules combattent encore, mais nous °s soulèverons avec un levier d’or.
—1l faut en finir, et le plus tôt possible, —C'’est à quoi je me sui employé activement.
—Ces renseignements exacts que je vous ‘< sur diverses Personnes de la cour, les ave Les voici, monscioneur.
lelui auquel ces dernières paroles étaient adressées,
“va les yeux vivement sur son interlocuteur et fronça le <oureis,
Nous sommes seuls, \CUSEr,
\'importe!... à] Y a des mots qui peuvent tout “ire, Je suis marchand, ne l’oubliez pas.
L'autre étranger, sans répondre, tira quelques papiers poch@et les étala sur la table. Celur que M. de Cha-
voyait de face et auquel l’épithète de monsei-
payé pour se taire, mais
s donc espagnol.
s'était servi jusqu’a-
ai deman- Z-VOus ?
reprit celui-ci, comme pour
æ, » au Leidss À Lo:
DA OUT Revenir w
LUSECEL = 7
\ À Vitey ee
eur avait été donnée, les prit et les parcourut les uns après les autres avec attention.
En voici qui peuvent vous être nécessaires, mais ceux-ci je les garde, reprit-il.
Il partagea les papiers en deux parties inégales, poussa la plus petite du côté de son complice er serra l’autre.
—Tout est-il prêt? ajouta-t-il.
—Presque tout.
—Ainsi, vous frapperez le grand coup bientôt ?
—Je l'espère.
Vous avez bien commencé déjà !
Vous savez le proverbe: “Il n’y à que le premier pas qui coûte.”
L’étranger qui venait de partager les papiers, frémit de la tête aux pieds.
C’est une nécessité, reprit-il; cette famille est comme un chêne: elle étend ses rameaux partout; il fant frapper l’arbre au coeur.
—Le premier rameau est tombé.
—Et par où continuerez-vous ?
L'homme au manteau appuya ses deux bras sur la table étroite qui le séparait de son interlocuteur et lui parla tout bas. Hector approcha son oreille de la cloison, mais ne put rien entendre ; quelques mots tels que ceux de Meudon, de madame la dauphine, de Marly. lui arrivaient seuls; quant au sens de la phrase à laquelle ils se reliaient, il lui échappait entièrement.
-En avez-vous la preuve? demanda tout à coup en ce redressant, celui qui semblait avoir l'autorité.
—-Là, répondit l’autre, en tirant un petit portefeuille de sa poche.
—Voyons, reprit le premier, qui avança la main par un mouvement vif.
T1 déploya le papier que son complice lui remit. rt le parcourut rapidement. °
—Voilà qui est sans réplique, dit-il ensuite, et ce papier rejoindra les autres dans la cassette,
— Quoi ! le coffret de bois d’ébène?.
—1l ne ma pas quitté, A l'heiie où je vous parle, il est encore dans ma tente.
—À Saint-Wast! Et vous ne craignez pas qu’un valet
—D’abord j'en porte toujours la clef sur moi, et, en second lieu, mes valets sont des gens sûrs.
et si vous me permettiez de m’ouvrir
irai une
fournisseur.
—Et où pourraient-ils être en meilleure sûreté que sous la garde de mon épée ? répliqua fièrement l’homme au feutre gris.
Le son de cette voix, qui avait l'éclat vibrant du clairon, fit tressaillir Hector.
—Parbleu ! Pensa-t-il, celui-ci doit être un fameux soldat ct je ne serais pas fâché d’avoir affaire à lui.
L'homme qui tournait le dos à M. de Chavailles s’in- ‘lina respectueusement devant son interlocuteur.
—Vous savez ce qui vous reste à fai re, reprit celui-ci ; “ous allez me suivre à Saint-Wast, je vous remettrai ce que je vous ai promis, et demain matin Vous repartirez.
—Entrerai-je au camp ?
—Non pas; il importe qu’on ne nous voie jamais ensemble, Vous vous arrêterez au moulin qui est au bas de la ravine, à quatre pas de l’abbaye, et un homme à Moi vous apportera la somme.
—Judas! murmura Hector.
—Quand vous l'aurez touchée, vous partirez sur-le- ‘hämp et ne descendrez de selle que lormqne vons serez lux portes de Versailles. Vos instructions sont préci-
on
RFA LACET à
yr