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ses; vous mettrez tout en oeuvre pour les faire réussir. Il y va de votre fortune.
C’est peu de chose!... Ma haine vous répond de mon zèle.
Hector se dressa tout d’un coup. Cette voix avait um accent net et impératif qui rappelait mille souvenirs confus, vaguement enfouis au fond de son coeur.
—Je Y'ai entendue! je l'ai entendue!... dit-il en luimême.
Mais tandis qu’il poursuivait par la pensée le fantôme fugitif de ses souvenirs, un bruit de chaises remuées ramena son attention vers la chambre voisine. Les deux marchands venaient de se lever; tous deux ceignaient leurs épées et passaient les pistolets dans leurs ceinturons. ils ouvrirent la porte et descendirent l'escalier de bois. L’aubergiste accourut, un flambeau à la main. et guida leur marche.
Hé! l'ami, dit l’un d'eux, les chevaux ont-ils bu et mangé ?
Ils sont frais comme des demoiselles qui vont at bal, répondit l’aubergiste.
Les deux marchands sortirent de l'auberge, le valet qui veillait auprès des chevaux leur présenta l’étrier. ct tous deux partirent au galop. Un instant M. de Cha vailles, debout contre la croisée, avait levé ses pistolets. mais au bout d’une seconde, il les abaissa.
Non, dit-il, c’est la cassette qu’il me faut; d’ailleurs, ils ne sont pas prévenus, et ce serait un assassin.
Mais à peine eurent-ils lâché la bride de teurs chrvaux, sans se douter du péril auquel ils venaient d'ichapper, que M. de CI vailles tomba de la fenêtre devant l’aubergiste. Le brave Flamand fit un bond (le côté comme si un diable eût tout à coup surgi de terre sous ses pas.
$i tu cries, lui dit Hector, tu es mort.
Eh! monsieur, j'ai à peine assez de force pour Par-
ler... comment voulez-vous donc que je crie? murmu-
ra le pauvre home d’une voix étouffée.
l'écurie lorsqu'il avisa Coq
Hector courait à qui en sortait.
—Hé! monsieur, lui cria l’écuyer, il y a là un colporteur qui à affaire à Votre Seigneurie,
Hector fit quelques pas en avant e debout auprès d’un banc.
e suis pressé, parlez vite, dit-il.
—Le gouverneur me charge de vous av tira au petit jour, répondit Je colporte à l’oreille de M, de Chavailles.
—Bien !
—Le rendez-vous est à Saint-Wast,
—C’est à merveille.
—Ù attaquera les travaux du chemin couvert avec trois mille soldats d'infanterie,
—Bon! je lui amèncrai de |
—Son Excellence compte que vous ferez diversion en tombant sur les équipages de l'ennemi.
—Je ferai mieux... Le mot de passe à présent, dit
M. de Chavailles en présentant la bouche de son pistolet al visage du colporteur.
—Turenne! murmura M. de Chavailles.
— Toulouse! répondit Hector du même ton.
—Maintenant, vite à cheval ! s’écria-t-il en s’adres- “int à Coq-Héron.
-— Voici le vôtre et voici le mien !
qui n'avait pas attendu Vappel de der les deux animaux.
— Merci, mon brave.
Oh! il n°y a pas de quoi; on sait de vos manières ; “te vous bêtes et gens ne dorment que d’un oeil!
—Prends cet homme en croupe, dit Hector, et cours
-Héron
t vit un homme
ertir qu’il sorur en se penchant
a cavalerie,
le colporteur dans l'oreille de
répondit le soldat, son maître pour bri-
Rest à
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au bivouac de la compagnie. Tu te feras conduire au lieutenant et lui remettras ce bout de papier.
—Ça? demanda Coq-Héron, en regardant le papier sur lequel Hector avait écrit deux ou trois : .ots au crayon.
Oui, ça; là-dessns, il montera à cheval avec tous nos hommes, et vous 1ne rejoindrez.
—Où?
__A Saint-Wast; je serai sur la route.
Bon! je comprends, vous en voulez aux équipages de l'ennemi.
—Aie grand soin de regarder aux arbres de la route. J1 faut tout prévoir, et les gens que je vais chercher peuvent décamper... Ne cessez done pas de marcher aussi longtemps que vous verrez des encoches au tronc des arbres... je frapperai ceux qui seront à la droite du chemin.
On a des yeux pour voir.
—Quant à vous, Vami, reprit Hector, qui se tourni du côté du colporteur, vous prendrez au bivouac un cheval de main—il y en a toujours une douzaine pour les cas imprévus—et vous irez au campement du réuiment d'Artois, vous savez sans doute où il est?
A trois petites lieues d'ici, au bord de la Sensée.
__Vous demanderez à parler à un gentilhomme «1 nom de Fourquevaux et vous lui direz, de la part de son ami, le marquis de Chavailles, qu'on dansera au peii jour du côté de Saint-Wast et que je le prie d'assister à la fête.
—Le régiment d'Artois et M. de Fourquevaux, je n’oublierai rien.
__Partez, maintenant, et crevez vos chevaux! s'écria Hector en sautant sur le sien.
Le colporteur se mit en croupe de Cou-Héron, et 1cun tira de son côté. Après qu’il eut galopé l'espace de deux ou trois minutes dans la direction de Saint-Wa:l,
Hector mit pied à terre et se coucha à plat ventre sur le chemin. Son orcille touchait le sol et ii . tenait sa respiration pour mieux entendre. Au bout d'une seconde où deux, il se releva ; un soin lointain et sourd rasait la terre et trahissait le galop rapide de plusieurs chevaux qui couraient en avant.
—Bien! murmura Hector en se lançant sur les traces des deux marchands, ils suivent la route en droite ligne,
Et, tirant sa large épée, il enleva un pied d'écorce au premier orme qui croissait au bord de la route, sur la droite. Tous les cent pas, à peu près, il frappait un arbre ct il laissait derrière lui des marques visibles de Son passage, Quand il eut galopé un quart d'heure, sa vue, perçante comme celle d'un oiseau de proie, lui fit découvrir, à une portée de fusil environ, deux ombres qui couraient avec rapidité dans la direction de l’abbaye de Saint-Wast. I] retint la bride de son cheval, qui allait d'un train, à bientôt les dépasser ct pendant quelques instants, les deux cavaliers s’arrêtèrent à un endroit où le chemin se divisait en deux branches. Hector poussa son cheval sous le feuillage d'un grand arbre qui jetait une ombre opaque sur lu route, et attendit. Les deux cavaliers restèrent une minute ensemble, après quoi l’un d’eux prit le sentier à droite et l’autre le senler à gauche. Hector pressa son cheval du genou et Savança prudemment Jusqu'au point de la route où les leux cavaliers s'étaient séparés. L'un des sentiers descendait vers un bas fond où l’on distinguait les muraille blanches de l'abbaye, à une assez grande distance ; “utre conduisait vers un bois au-devant duquel s’éledient quelques tentes. Des feux de bivouac s’étei- “aient çà et là dans la nuit.
-Voici le camp, se dit Hector.
eux en mesuraieni l'étendue, lorsqu'il entendit le cri d’une sentinelle invisible.
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—Qui vive! cria-t-elle en allemand.
Grâce à la limpidité et au calme profond de la nuit, Je son arriva clair, distinct, jusqu'à M. de Chavailles; mais la sentinelle ne pouvait pas être à moins d’une portée de carabine.
—Régiment des chevau-légers de ‘impératrice! répondit en allemand la voix vibrante … cavalier que M. de Chavailles suivait depuis une heure.
La sentinelle cria au cavalier de faire halte, et bientôt le pas de plusieurs chevaux indiqua à M. de Chavailles qu'un brigadier s'avancait à l'ordre pour reconnaître ie promeneur nocturne.
Diable! dit Hector, le régiment des chevau-légers de l'impératrice est un bon régiment, et encore est-il bien sûr qu'il soit seul au camp ?
Hector descendit de cheval, noua un frein autour de ses naseaux pour l'empêcher de hennir, l’attacha à un arbre et marcha doucement vers la ligne du bivouac. Arrivé au pied d’un tertre couvert de buissons épais, il en gravit l'escarpement, se coucha sur l'herbe et regarda devant lui pour bien étudier l'assiette du camp qu'il avait résolu d'attaquer.
Du point élevé où il était il voyait distinetement la sentinelle à cheval, le mousqueton sur la cuisse, immobile en travers d’un sentier qui tournait autour du mon ticule, à cent pas de distance à peine. D’autres senti: nelles échelonnées dans la campagne couvraient le frot de bandière du camp. Un grand bois s’étendait dei rière, et certains reflets qu’il aperçut à la surface du so’, sur la droite du camp, lui firent comprendre qu'un n1récage en protégeait les abords de ce côté.
Hum! fit Hector en frisant sa moustache, la potion est forte; si je ne réussis pas dans l’attaque, il à croire que ce sera ma dernière expédition.
I1 redescendit lentement le tertre, et retotirna à j'ar-
bre où il avait laissé son cheval. En ce moment, lu cloche de l'abbaye de Saint-Wast sonna trois heures,
—Avant une heure il fera Presque jour, et il importe d'atiaquer de nuit, pensa Hector,
Il s'engagea de nouveau sur la route qu'il venait de Parcouri à la poursuite des deux cavaliers, pressant dans son âme l'arrivée de Sa compagnie, Au bout de deux ou trois cents pas, il entendit un bruit sourd cet précipité, comme celui que ferait une troupe de gens à cheval, 11 écouta une minute, et, bien sûr qu’il ne se trompait pas, il respira à pleine poitrine,
—— Voici les miens ! murmura-t-il,
Il poussa en avant, et ne tard. pas à distinguer une masse noire et profonde qui arrivait assez rapidement “ur lui, En tête de cette troupe courait un cavalier de crande taille. Hector se jeta à sa rencontre, reconnut Coq-Héron, et cria de faire halte, Les soldats s’arrêtèrent, et le lieutenant s’'approcha du capitaine.
-—J’ai une communication à vous faire, monsieur, dit ° lieutenant en tirant M. de Chavailles à part,
—Parlez, mon cher Lobrégat, dit Hector.
— Cette nuit, tandis que vous étiez à l'auberge du lroc d'argent, nous avons surpris un partisan ennemi. Uet homme a confessé, le pistolet sur la gorge, que le i'ince Eugène en personne est à Saint-Wast,
À Saint-Wast! s’'écria H vctor, —Oui, capitaine, le régiment des vhevau-légers de ’pératrice l'accompagne, C'est ce que m'a appris un de leurs batteurs d’esle, Vous a-t-il dit aussi que le régiment marche escorle quelques compagnies de hussards hongrois ? J’ima- 5" que vous avez l'intention de tomber sur leur bifoUac, mais avant de vous jetor dans cette entreprise, dal pensé qu’il était bon de vous en donner avis. -Parbleu{ jen profiterai!
Cette révélation fut un trait de lumière pour M. de Chavaille: lun des faux marchands de lauberge du Broc d'argent, celui-là sans doute qu’on avait appelé monseigneur, c’était le prince Eugène, le terrible capitaine contre lequel M. de Chavailles avait fait ses premières armes à Crémone, et qu'il avait, depuis lors, rencontré maintes fois en Italie et en Flandre. Si sa résolution avait pu être ébranlée un instant, le nom du plus grand ennemi de la France ne lui permettait plus d’hésiter. Le prince Eugène paraissait mêlé à quelque noire intrigue qu’il importait à la sûreté du roi de déjouer. Une occasion était offerte à M. de Chavailles de rendre à Louis XIV, qui l’oubliait, un service signalé; pouvait-il, au risque de perdre la vie, ne pas se jeter en avant? Hector rassembla autour de lui les officiers de la compagnie, fit former le cercle aux soldats, et, levant son épée : 3
—Messieurs, dit-il, le prince Eugène est devant vous, à Saint-Wast, dans une forte position. Il a avec lui quinze ou dix-huit cents hommes de vieilles troupes. J’ai résolu de l’attaquer. Nous sommes un contre cin«{. mais vous vous battez pour le roi, pour la France, «1 vous en valez mille. A vous, soldats du régiment (| Saintonge, peut revenir l'honneur de délivrer Loui: XIV de son implacable ennemi. Puis-je compter sur vous, et voulez-vous me suivre ?
—Oui! oui! crièrent les cavaliers en brandissant leur: sabres.
—$i quelqu'un de vous veut se retirer, qu’il sorte (< rangs; il le peut! Foi de gentilhomme, je lui donne toute liberté de s’en aller!... reprit Hector, qui savait à quels hommes il avait affaire.
—Non! non! cria la compagnie électrisée.
M. de Chavailles salua la compagnie de son chapeun.
—Eh bien! messieurs! suivez-moi: nous vaincrons ou nous mourrons ensemble, dit-il l’épée haute.