‹ La chasse royale [microforme]Chapitre 30 sur 42 · L’ATTAQUE · texte numérisé non relu

L’ATTAQUE

Hector confia son plan d'attaque aux officiers de son petit état-major. Il avait résolu de diviser sa troupe en deux colonnes: l’une, sous ses ordres, pousserait droit au camp et l’aborderait de front; l’autre, conduite par M. de Lobrégat, tournerait la ligne du bivouac et tomberait en flanc sur l’ennemi par la lisière du bois. M. de Lobrégat, qui était un officier gascon, très prudent au conseil et d’une audace sans pareille dans l’exécution, se frotta les mains.

—Vous me donnez la moins bonne part, capitaine, dit-il mais n’importe, on vous suivra de près.

L’attaque bien résolue et les ordres donnés, on rangea la compagnie en bataille; M. de Lobrégat en pri! une moitié, M. de Chavailles se mit à la tête de l'autre, et on s’avança vers le bivouac du régiment des chevatlégers de l’impératrice. M. de Lobrégat poussa d’abori en avant, reconnut le terrain de ses propres yeux, ci tourna sur la gauche pour gagner la lisière du bois. Tandis que M. de Lobrégat opérait ce mouvement, 1 soldat se détacha des rangs de la compagnie d’Hector, mit pied à terre aussitôt qu’on fut en vue des feux le bivouac et se dirigea lestement du côté de la sentinelle qui veillait au milieu du sentier. Agile et muct comme un serpent, il s’avança en rampant parmi les broussuil-

les, passa derrière la sentinelle sans être vu, et sautant tout à coup sur la croupe du cheval, il plongea jusqu’à Ja garde son poignard dans la gorge du soldat. Le soldat étendit les bras et roula par terre sans pousser un seul cri.

—Le passage est libre, dit le cavalier quand il fut de retour auprès d’Hector.

—En avant! dit Hector en lui jetant .a bourse.

La compagnie s’ébranla sur les pas de son chef. Aucun cri ne l’arrêta quand elle parut en colonne sur le sentier; mais quand elle eut traversé la ligne des sentinelles, celles qui étaient les plus voisines à droite et à gauche, étonnées du silence qui accompagnait la marche de ce corps de cavalerie crièrent presque en même temps: “Qui vive!” Personne ne répondit. Deux coups de mousqueton artirent à la fois. Hector init l'éperon aux flancs de son cheval.

—Au galop! cria-t-il d’une voix de tonnerre; ct sa troupe chargea sur le bivouac le sabre à la main.

Les vedettes, réveillées en sursaut par cette double détonation, déchargèrent leurs mousquetons sur cette horde de cavaliers lancés à bride abattue, et se replièrent sur les grand’gardes, qui furent culbutées en un instant et se débandèrent sur le gros du régiment. Coq- ‘léron, qui n’avait pas senti l‘odeur de la poudre depuis

jà cinq ou six mois, ne se tenait pas d’aise, Il courit comme un démon, couché sur l’encolure de son Cheval, le pistolet d’une main et le sabre de l’autre.

Voilà qui va bien, disait Hector, ils fuient de tous cotés comme des écoliers en maraude.

—Attendez une minute, et nous serons reçus de la

Île manière, répondait le soldat; il y a longtemps

je connais le prince Eugène.

—-Que veux-tu, mon vieux, le vin est tiré. *-

—-Parbleu! je ne serai pas le dernier à le boire.

La troupe allait toujours, dévorant le terrain et ren-

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versant tout sur son passage. Mais déjé on entendait les trompettes sonner, et la voix des officiers qui formaient les compagnies en bataille. Comme on n’était plus qu’à une centaine de pas du front de bandière du campement, une vigoureuse décharge abattit quelques soïdats autour d’Hector et de Coq-Héron.

—Voilà que ça chauffe! dit le valet.

—Jn avant! s’écria le chef d’une voix vibrante, et pressant l'allure déjà rapide de son cheval, il tomba sur les rangs des Impériaux. On entendit sur toute la ligne le pétillement des coups de pistolet ; le cliquetis des sabres se mêla au bruit des détonations, et l’on se prit corps à corps au milieu des ténèbres à demi transparentes.

Au premier moment du choc, le retentissement d’une décharge éclata sur le flanc du bivouac, du côté du bois, et de grands cris partirent du milieu des impériaux, surpris par cette nouvelle attaque.

—Bon! dit Coq-Héron, voici M. de Lobrégat qui joue un petit air de sa façon Jolie musique, ma foi !

Et en signe de réjouissance, le brave soldat enfonca gaillardement son sabre dans le corps d’un hussard hongrois qui avait eu l’imprudence de s'attaquer à lui. Le régiment des chevau-légers de Pimpératrice ne résis{a pas à la violence du choc des soldats de M. de Chavaille:. Le premier rang, brisé comme une murailles sur laquell tombent des boulets, plia sur le second, et la confusion se mit parmi les escadrons mal formés. Hector s’aperçut de ce désordre et imprima un nouvel élan à sa troupe. Les cavaliers, habitués sous ses ordres à braver les périls les plus vifs, ardents, solides et rompus dès lonutemps aux entreprises les plus hasardeuses, multi pliaient leurs coups et culbutaient les compagnies imyiériales les unes sur les autres. Hector, plongé au pit fort de la mêlée, cherchait des yeux la tente du prince Eugène; un drapeau qui déployait au vent Paigle À

deux têtes, la lui désigna ; elle était au centre et un peu en arrière du bivouac, deux sentinelles à cheval se promenaient devant. le mousqueton au poing. Hector la montrat du bout de son épée à Coq-Héron.

— Voilà où je vais, dit-il.

—On vous suit, eria le soldat.

En trois bonds il eut n joint le marquis. Les soldats du régiment de Saintonge avaient fait une trouée au milieu du régiment des chsvau-légers de limpératrive. Hector passa comme un éclair dans l'intervalle ouvert entre les deux tronçons du corps ennemi, et poussa droit à la tente du général. Les deux sentinelles firent feu précipitamment ct fondirent sur l’agresseur, qui avait évité leurs Coups; mais lun des chevau-légers rencontra M. de Chavailles et l’autre Coq-Iéron. Lez quatre épées brillèrent comme des flammes en Pair, et les deux sentinelles roulèrent au pieds des chevaux; Hector et Coq-Héron sautèrent par-dessus leurs cadavres, et arrivèrent devant la tente qu'ils trouvèrent défendue par quelques gens à pied et des valets armés de piques, de sabres et de pistolets.

—Ah! canailles, vous embarrassez Ja porte! dit Coq- Héron, et il les chargea l'épée hante.

Les deux premiers qui firent mine de résister tombèrent la tête fendue; deux autres encore roulèrent sur l'herbe, le corps percé d’outre en outre, et le reste sa débanda. La tente du prince Eugène était haute : “aste. Hector et Coq-Héron y entrèrent à cheval. Mais deux écuyers du prince, —les plus fidèles, —’y étaient retranchés, le pistolet au poing. L'un des écuyers leva

on pistolet ct fit feu ; mais le coup, mal dirigé, déchira 1 manche d’Hector, qui plongea son épée dans la gorge

maladroit. L'autre tira, mais si précipitamment, ‘ue sa balle traversa le chapeau de Coa-Héron, à trois pources de son oreille,

—Ah! coquin, tu détériores mes effets! cria le solduf,

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et d’un coup de pistolet il cassa les reins de l’écuyer qui s’enfuyait.

—Voilà qui est fait, ct la place est nette, dit-il en regardant autour de lui.

Hector mit pied à terre et cherchait partout à la clarté d’un flambeau qui brûlait sur une table, Le lit, encore intact dans un compartiment de la tente, indiquait assez que le prince Eugène ne s'était pas couché et qu’il avait dû sortir à la première alerte des sentinelles. Un chapeau de feutre gris et un manteau étaient jetés sur une chaise, auprès du lit. Hector reconnut le feutre et le manteau que portaient l’un des prétendus marchands de l’auberge du Broc d'Argent.

—Ca, monsieur, que cherchez-vous? demanda Coq- Héron qui n’était pas descendu de cheval.

—Une cassette en bois d’ébène, répondit Hector qui furetait partout.

—Quoi! c’est pour une casette que vous nous avez cxposés à mille morts?

—Oui, mon ami, et si tu peux m'aider à la trouver, tu me feras plaisir.

—Mais, monsieur, un tas de braves gens se batteni autour de nous...

—Laisse-les se battre et cherche avec moi.

Coq-Héron secoua la tête.

—AÀ votre manière de raisonner, on voit bien que j vous ai quitté trop longtemps, et j'imagine que vous 11lez me donner bien du mal pour vous remetire Pespri: Négliger une bonne mêlée de fer et de plomo pour un méchante cassette en vilain bois! je vous demande = c’est d’un homme qui a le sens commun.

Tout en grommelant, Coq-Héron avait mis pied terre et cherchait d’un côté, tandis que M. de Chavaill cherchait de l’autre,

—Comment est-elle donc cette cassette zi précieu-:

demanda Coq-Héron, en diamant, en or pur, er perles fines ?

Ft tout en parlant, il sondait chaque raæcoin dn bout de son épée rouge de sang.

—Je t'ai dit qu'elle est en bois d’ébène et c’est tout ce que j'en sais.

—C'est fort beau, et la chose vaut la peine qu'on se batte pour l'avoir.

Hector ne trouvait rien, chaque seconde passée en recherches inutiles lui paraissait un siècle; le oruit du combat furieux qu’on se livrait autour de la iente, auigmentait de minute en minute.

—Je l'aurai, dit Hector, fallût-il mettre le feu à la tente et fouiller dans les cendres !

Tout à coup une idée illumina son cervrau; les deux écuyers qui avaient attendu dans l’intérienr de la tente, s'étaient tous deux placés près du lit, lan à la têre, l’autre au pied, à l'entrée du compartiment où ce lit était dressé. Hector y cournt, passa par-dessus l'un des morts, repoussa le lit et découvrit, dans un zenfoncement obscur, un coffre de bois de chêne garni de elocs. Hector s‘agernouilla, prit un pistolet à sa ceinture, fit sauter la serrure, souleva le couvercle et tira de l’intérieur du coffre une fort jolie casette en bois d'ébène, montée en argent ouvragé.

—Evohé! s'écria-t-il.

—Bon! si vous parlez hébreu, on ne s'entendra plus! Lit Coq-Héron.

— Écoute ce que je vais te dire en bon français et ne

anque pas de l'exécuter en bon soldat, répondit Hector.

Quand vous n'aurez dit de quoi il s’agit, où verra bien,

—Tu vas prendre cette ensotte.

—{Ce n’est pas difficile.

—Tu remonteras à cheval,

—C’est’encore plus aisé.

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