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brégat, qui mâchait la dragonne de son épee, comprit ce qui se passait dans l’âme du capitaine.
—Oui, dit-il, ce qui arrive là-bas, c'est le salut ou la mort.
© s'était pas la mort qui remplissait d'émotion le cocur d'Iector; depuis six ans il la bravait tous les jours, c'était la pensée de mourir sans avoir revu Christine. Il attacha ses regards sur le nuage de poussière qui roulait devant les pas des cavaliers, et chercha à reconnaître les plis du drapeau derrière le rideau pâle au travers duquel brillaient mille éclairs. Ce pouvait être un corps sorti du camp des Impériaux au bruit du combat, ou bien peut-être un parti de la garnison de Bouchain, qui devait, ce jour-là, on le sait, tenter une sortie. Cependant, l'indécision des deux corps de cavalerie, qui, depuis deux heures, combattaient avec un acharnement sans égal, ne fut pas de longue durée, Les plis d’un drapeau se déroulèrent frappés par un rayon du soleil levant, et on reconnut les couleurs de la France. Un grand cri partit du milieu de la compagnie di Saintonge, et tous les cavrliers brandirent leurs arme: en l'air tout prêts à charge à leur tour. Déjà on pouvait distinguer les hommes et les chevaux; mais le prince Eugène, avec la foudroyante rapidité d’un ai. qui fond sur sa proie, fit évoluer le régiment des ch.vau-légers et les hussards qui, sans attendre le choc « l'ennemi, partirent à à rencontre. Les deux régiment< se heurtèrent sur une ligne étroite déjà jonchée de cadavres; les rangs se mélèrent, un affreux cliquetis d'urmes rebondit dans la plaine, et l’on ne vit qu'une mas-e confuse d'hommes et de chevaux qui piétinaient dan: ! sang.
—Parbleu ! c'est le dernier menuet; ne nous en m°lerons-nous pas? dit Hector, qui avait reconnu l'étendard du régiment d’Artois.
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—J’allais tout justement vous en faire la pro, sition, répondit M. de Lobrégat.
—Partons donc ! répliqua M. de Chavailles,
11 poussa son cheval, et ce qui resait de sa compagnie le suivit. À l'endroit où les cavaliers étaient le plus mêlés, où l'on n'entendait que le râle des mourants foulés aux picds, et les clameurs des blessés, où tous les sabres se hourtaient, où soldats et chevaux faisaient rage, bras contre bras, poitrail contre poitrail, Hector rencontra Paul-Emile, Le visage du gentilhomme rayonnait. Un chevau-léger et deux hussards l’entouraient. Il venait de blesser grièvement l’un des hussards et chargeait l'autre, lorsque le chovau-léger levant son épée, lui en porta un coup terrible ; M. de Fourquevaux, occupé à se défaire du hussard, était dans l'impossibilité le parer ce cour, mais Hector se jeta entre eux, et d’un sul revers de son épée, abattit le bras du chevau-léger,
—Merci! dit le gentilhomme sans se retourner,
Il continua de pousser son adversaire et bientôt Je hussard, blessé à mort, roula sur la croupe de son eheval, qui l'emporta tout cffaré, et M. de Fourquevaux tendit la main à son frère d'armes,
—Parbleu! dit-il en regardant Hector, j'aurais dû “ous reconnaître à ce coup-là.
-Vous savez, répondit Hector, que nous avons affaire ‘1 prince Eugène.
Ah! diable! où donc est-il ? s’écria Paul-Emile, Voilà un renseignement que je ne négligerais pas, “i vous me le donniez, ils furent interrompus au milieu de leur entretien "n mouvement terrible d’oscillation, Leur atten- ! Se porta vers le centre du combat; tout à coup les se déchirèrent violemment, comme les plis d’une le fendue par un Coup de vent, et nn gros d’ennemis Pia par cette ouverture avec la furie d’un torrent. Vous me demandiez où était le prince Eugène, dit
Hector, qui devina la cause inaperçue de ce mouvement, le voilà qui nous coupe en deux.
—Ah! le diable d'homme, il nous échappera! s’écria Paul-Emile.
I courut ventre à terre vers l’endroit où les rangs s’étaient rompus sous l'effort de l'ennemi, mais À n’était plus temps. La charge, conduite par le prince Eugène lui-même, qui avait donné en simple soldat, avait ouvert le régiment d'Artois comme un requin brise les mailles dun filet. Une traînée de cadavres sillonnait le passage de la colonne qui fuyait dans la plaine. Le régiment d'Artois était fatigué par une longue traite fournie au milieu de détestables chemins, et il n’avait pas, comme les hussards et les chevau-légers du prince Eugène, l'tlan du désespoir et l'animation farouche d’un long combat. Quand les deux ailes brisées du régiment se réunirent, il était impossible déjà d'atteindre les impériaux qui galopaient au loin; on lança les cavaliers les mieu: montés à la poursuite des derniersangs, mais il fallu renoncer à l'espoir de s'emparer du prince Eugène.
Le cheval de M. de Fourquevaux lui-même, blessé e1 trois endroits, fléchissait sur ses jarrets. Le gentilhon:me dut se résigner à suivre du regard seulement | épisodes de cette poursuite.
—Ma foi! dit-il, le prince Eugène a fait sa retrai: en brave; comme un lion ecrné par des chasseurs, il passé au travers de l'ennemi. Il est très flatteur pe nous que ce soit un compatriote.
—Cest fort triste, il me semble.
—Bah! vous voyez les choses en moraliste, et moi «à soldat; M. de Riparfonds vous a gâté.
Hector réunit les débris de sa compagnie et la pa en revue. Tout compte fait, la moitié des hommes tt par terre; le resie était tout noir de poudre et rougr sang.
—Messieurs, dit Hector, vous vous êtes conduits \uil-
lamment; le prince Eugène est en fuite, et le roi se à content de vous.
Les soldats du régiment de Saintonge poussèrent ue triple acelamation ct s’éparpillèrent au milieu du bi- Vouac abandonné, On savait que les officiers du régiment des chevau-lévers de l'impératrice étaient choisis parmi les fils des meilleurs familles d'Allemagne. Il devait y avoir beancoup d'or parmi le fer et le sang du champ de bataille,
— Vous êtes un homme de parole, dit Paul-Emile à M. de Chavailles : quand je suis arrivé au régiment d'Artois, j'ai appris que l’expédition était ajournée. Vous comprenez quel fut mon dépit; j'enrageais contre le sort qui me réserve ces mésaventures, lorsque votre partisan à changé tout d'un Coup ma tristesse en joie. J’ai prévenu le colonel, on a sonné le boute-selle, et nous sommes partis.
—Sans vous, je crois bien que mon Odyssée se fût terminée à Saint-Wast,
—1L est certain qu'il était temps; mais quelle entreprise aussi et quelle témérité!
—Est-ce que vous m’en blimez ?
—Non pas! j'admire seulement la fortune et votre Courage, qui l'ont conduite à soxhait. Si la sortie de l'officier qui commande à Bouchain n'avait pas empê-
hé l'ennemi de quitter ses lignes, le tapage que vous faisiez aurait attiré quelque régiment à Saint-Wast, et lors. ..
-—J’ai mis obstacle à ce que le prince Eugène ganat son camp; il était juste, en retour, que la garni- “n de Bouchain s’opposit à ce que les impériaux partisnt pour Saint-Wast,
—Quel bivouac! Le feu au beau milieu, un combat
‘enragés sur la ligne et des morts partout! Ce sont là ; Spectacles bien faits Pour égayer, et jamais je 1° Me suis senti en aussi belle humeur. b
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Tandis que M. de Fourquevaux parlait, Hector cherchait des yeux dans la plaine. ,
—A quoi diable pensez-vous demanda Paul-Emile; vous m’écoutez autant, je crois, que ce vieux tronc brûlé.
—Je pense à remplacer mon cheval rendu par un cheval frais.
Et pourquoi faire, s'il vous plaît? N’avez-vous point encore assez galopé aujourd'hui ?
J'ai donné rendez-vous à Coq-Héron, et la pauvre bête qui tremble sous moi n'est pas en état de me porter plus longtemps.
Et moi qui l'avais oublié! le plaisir rend ingrat. Où done est-il, ce pauvre Coq-Héron ? n'est-il pas mort, au moins ?
—J’espère bien que non, quoique, à vrai dire, je n’en réponde pas. C’est d’ailleurs ce que je vais savoir tout à l’heure.
—Si vous le pernicttez, nous voyagerons de compagnie.
—Volontiers.
—Volontiers.
Un assez bon cheval s’étant trouvé pour Hector, Pa Emile se mit en quête d’un autre; plusieurs de ces animaux erraient à l'aventure, sans maître, il choisit le meilleur d’entre eux, l’enfourcha, et partit gaiemen avec Hector pour l'auberge du Bros d'Argent.