‹ La chasse royale [microforme]Chapitre 37 sur 42 · LA MAISON ROUGE · texte numérisé non relu

LA MAISON ROUGE

ussitôt que M. de Chavailles put s'échapper de Ver-

ls sans éveiller les soupçons de M. de Riparfonds,

- Qui il n'avait rien voulu confier de son projet, il partit pour Paris, dans l'intention de rendre visite à l'hôtel de la rue Saint-André-des-Ares, Hector n'avait pas fait cinquante pas dans la rue, qu’il reconnut la petite mai- Son rouge. Elle était bâtie de briques, avec une vigne qui croissait le long du mur; une statuette de la Vierge tenant l'enfant Jésus dans ses bras, et bariolée de couleurs éclatantes, à la manicre italienne, occupait une petite niche pratiquée au-dessus de Ja porte.r Des vases de fleurs garnissaient l'appui des croisées, où chantaient de jolis oiseaux emprisonnés dans de légères cages. On voyait, par-dessus une assez longue muraille qui séparait la petite maison rouge de sa voisine, les têtes verdoyantes de quelques arbres et des berceaux de vignes. L’habitation était tout à fait charmante, ct rien n'indiquait à l'extérieur qu'elle servit d'asile à un sorcier qui entre- {enait commerce avec Je diable. Une secrète honte avait empêché M. de Chavailles de confesser sa faiblesse * M. de Riparfonds. Lüi-même ne pouvait pas s’expliler le sentiment qui le poussait à rendre visite au sei- #r Loiellini, mais ii était entraîné à le faire par une ‘orce supérieure À sa raison, Comme toutes les natures

impressionnables et vives, comme tous les coeurs amoureux surtout, Hector était superstitieux. 11 n'avait pas cessé d'aimer Christine depuis qu'un hasard étrange les avait séparés; il ne pouvait rien comprendre au silence qu’elle avait toujours gardé, et il allait demander à une puissance mystérieuse lexplication d'un fait inexplicable. Hector souleva un petit marteau de cuivre et frappa. Au premier coup, la porte s’ouvrit et une petite fille, qui parut sur le seuil, le salua d'un air sérieux.

—Je seigneur Lomellini? dit Hector.

Votre nom, monsieur? répondit la petite fille.

—Hector de Chavailles.

Entrez, monsieur, mon père vous attend.

La petite fille repoussa la porte et fit signe au visiteur de la suivre. Elle souleva une tapisserie qui coupait le vestibule en deux, traversa une pièce où l’on voyait d'assez beaux tableaux, descendit un petit perron et conduisit Hector dans un jardin au bout duquel le seigneur Lomellini se promenait un livre à la main. Le seigneur Lomellini était vêtu d’une robe de chambre de velours sans ornements et portait sur la tête une espèce de toque-dans le genre de celles qu’on voit dans quelques portraits italiens de la première moitié du scizième siècle. 11 ferma son livre à l'approche d’ITector et le salua avec une politesse pleine de courtoisie.

—Je savais que vous viendriez, dit-il en souriant soyez le bienvenu chez moi.

—Est-ce votre science qui vous a fait prévoir mon arrivée? demanda M. de Chavailles.

—Oh! il ne fallait pas beaucoup de sorcellerie pou deviner que vous ne tarderiez guère à frapper à m porte! jeune et amoureux...

—Amoureux! qu'en savez-vous ?

—Mais ne lest-on pas toujours à vatre âe ? Quel ol

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jet d’un si vif intérêt pourrait occuper votre esprit, ei ce n’est la pensée d’une maîtresse ?

—C’est vrai, dit Hector, et c’est au sujet de cette maftresse que je viens vous consulter.

—Je mets tout mon savoir à vos ordres.

Au moment de questionner le seigneur Lomellini sur la destinée de Christine, Hector sentit son coeur se remplir d’une émotion indéfinissable où la crainte entrait Pour quelque chose. Qu'allait-il apprendre, et le doute ne valait-il pas mieux que la certitude, peut-être cruelle, au devant de laquelle il courait ? L’Italien s'était adossé contre un tilleul et attendait les bras croisés; ses Yeux perçants ne quit.. ‘ent pas le visage d'Hector où se réflétait la lutte des + ments divers qui agitaient son cocur,

— Vous hésitez ?

M. de Chavaille: à oui, ur Lomellini.

—Vous devinr Nu « se moi, dit-il; eh bien, oui, je ; 6», Jai

—1T en est > CT TC, pouvez ne rien demander, [/av fe roil + ui stères, ceux de la vie et ceux di ME AT “14 4€ quelque trahison.

—Une trahis, "ut ‘'hristine, jamais! s6cria M. de Chavanil : vmpant l'Italien.

Le seigneur Lomellini sourit.

— Vous êtes confiant parce que vous êtes jeune, dit-il. Combien n’ai-je Pas vu de superbes humiliés par la ain implacable du temps !

— Vous ne connaissez pas Christine, répondit Hector avec une force nouvelle,

-Que craignez-vous done, si vous ne craignez pas la trahison ? reprit le sorcier.

Plus que cela et moins que cela.

-La mort ?

—Oui, la mort!

—Venez done, et vous apprendrez si votre maîtresse est vivante ou morte.

Le seigneur Lomellini passa dans un cabinet de verdure qui était au milieu du jardin et appela la petite fille qui jouait au soleil à quelques pas deu: Elle accourut plus légère qu’un chevreau.

__Prenez les mains de Linda, dit l'Italien en s’adressant à M. de Chavailles qui était un peu pâle.

—Bien; maintenant fixez vos regards sur les siens et pensez avec force à la femme que vous aimez.

—J'y pense toujours, répondit Hector.

—Pensez-y comme un chrétien pense à Dieu à l'article de la mort.

Ce mot fit frissonner M. de Chavailles; il évoqua tous les souvenirs tristes et doux qui vivaient dans le fond de son coeur. Au bout de quelques secondes, la fixité de son regard et la concentration de sa pensée jetèrent comme un voile entre la petite fille et lui; le fantôme de ses rêves prit la place de la réalité, et le visage souriant et animé de l'enfant s'effaça devant l’image radieuse de mademoiselle de Blettarins. Tandis que M. de Chavailles contemplait, immobile, cette figure aérienne, flottante, invisible, et que la puissance de son évocation amoureuse créait dans le vide, Pltalien passait doucement les mains sur le corps de la petite fille, dont les paupières tremblantes ‘ ‘ttaient comme les ailes d'un oiseau. Elle les releva ne dernière fois, soupira, et les referma pour ne plus les rouvrir. Le seigneur Lomellini la prit dans ses bras et la coucha sur ux petit ban de gazon qui était dans le cabinet ; quand elle fui immobile, la bar ‘he à demi close, comme un enfont qui dort l'Italien tira de sa poche le flacon d’or que M. de Ch vailles avait déjà vu, le déboucha et fit couler quelqu gouttes du liquide qu’il contenait sur les tempes et lèvres de Linda.

+7 RER NS SR. CNP ER rs —Voyez-vous? jui demanda-t-ii ensuite.

Linda agita ses lèvres, mais sans parler. Lomellini lui imposa les mains, et d’une voix plus forte réitéra sa question.

—Je vois, dit alors l'enfant.

—Vit-elle? s’'écria M. de Chavailles, qui avait toujours la pensée de Christine à l'esprit.

L'enfant se tut. Son visage avait l’immobilité pâle et sigide d’un cadavre, L’épouvante saisit au coeur M. de Chavailles, qui sentit une sueur froide mouiller son front.

—Mon Dieu! reprit Hector en pressant la main du sorcier, Vous qui avez la puissance de la faire parler, interrogez-la !

—Vit-elle? répéta l'Italien.

La petite fille remua doucement les lèvres: Hector, qui retenait son souffle, se pencha vers elle; il n’avait Pas Une goutte de sang dans les veines.

—Elle vit! dit-elle enfin.

Hector leva les mains au ciel; il tremblait comme une feuille, et des larmes Parurent entre ses cils.

—Maintenant, dit-il. continuez à l'interroger : il faut lue je sache si je puis garder l'espérance de la retrouver un jour.

—Que fait-lle? demanda Lomellini en prenant la nain de Linda.

—Elle est assise dans une grande pièce coupée en lux parties érales par une grille. Les fenêtres de cette éco donnent sur la Campagne, un tañlean d'église est ! fond, une croix de bois est au-dessus de la grille.

Quel habit porte-t-elle ?

-Une robe de “orge blanche.

-Eetelle seule ?

Non: un cavalier est auprès delle.

ces mots, Hector tressaillit ot Lomellini un peu : remettant aussitôt :

— Comment est-il, ce cavalier? reprit-il.

—Assez grand, fort pâle, les yeux gris, la main blanche; il porte un habit noir et une épée à poignée d’acier.

—Demandez-lui, s’éeria M. de Chavailles, si ce cavalier n’a pas à l’annulaire de la main gauche une opale entourée d’un rubis?

L'Italien adressa à la petite fille la question posée en ces termes par Hector.

—Oui, répondit-elle.

Le chevalier! s’écria M. de Chavailles, qui avait eu occasion de remarquer ce bijou au doigt de son ennemi.

—Que fait-elle? continua le seigneur Lomellini.

__Hlle écoute ce cavalier, la tête inclinée sur la poitrine, les mains jointes, des larmes tombent de ses yeux. Le cavalier lit une lettre.

Hector, plein d’une émotion inexprimable, se leva et fit quelques pas en dehors du cabinet. Un léger vent agitait toutes les feuilles, tous les rameaux, toutes > herbes, toutes les fleurs du jardin: les petits oiseaux se poursuivaient parmi les pampres de la tonnelle, et le soleil inondait de ses vifs rayons les arbres pleins de murmures et les berceaux pleins de gazouillements. Une angoisse nouvelle déchirait le coeur d'Hector; il ne croyait pas, après tout ce qu'il avait souffert déjà, qu'une douleur inconnue pût lui être réservée, et celle qu'il endurait à présent était la plus amère de toutes. Comment cet ennemi inconnu avait-il fait pour se glisser, pareil au serpent, jusqu'auprès de Christine, et que Jui disait-il pour que tant de pleurs répondissent à se: discours? Pourquoi était-il seul à côté d'elle? Quelle secrète intelligence les unissait ? Hector promena ses regards autour de lui; le chant des oiseaux et le parfum des fleurs lui arrivaient de toutes parts; cette gaiett de la nature insensible lui fit mal; il se réfugia danla solitude désolée de son coeur et rentra dans le cabinet.

—Est-ce tout? lui dit Lomellini.

—Un mot encore... Puis-je savoir où est la maison qu’habite Christine? demanda M. de Chavailles.

—C’est une grande abbaye, dit l'enfant à qui la question venait d’être transmise, 1] y a des bois tout à l’entour. On chante et la cloche sonne.

—Dites-moi où est ce couvent ? s’écria Hector.

Lomellini secoua la tête.

—Elle ne pourra pas vous répondre, dit-il.

— Essayez toujours.

Lomellini obéit au désir de M. de Chavailles, mais Linda resta muette.

—Dans son sommeil magnétique, reprit l'Italien, l'espace est comme le temps. Elle voit dans l'éternité ; elle voit dans l'infini; pour son âme il n’y a pas de distance, il n°y a pas d'époque ; la création est à ses yeux comme une surface plane qui n'a ni commencement, ni fin, ni milieu.

—Eh bien! dit Hector, c’est une lacune dans sa révélation, je la comblerai. Christine vit! mon amour fera le reste.

Des mouvements nerveux agitaient la petite fille que e long interrogatoire avait fatiguée. Lomellini appuya es mains sur le front endormi de l'enfant ; elle ouvrit les Yeux et sauta sur ses pieds. Lomellini, Hector et Linda firent quelques pas ensemble hors du cabinet ; Ilector était profondément rêveur, tout ce qu’il venait

“entendre Jui semblait confus comme un songe. Il re-

drda Ja petite fille. Elle courait déjà dans le sentier

n fredonnant une chanson: sa jeunesse, sa grâce im-

“tueuse, la gaieté de son sourire, tont. jusqu’à la pure

trnation de son teint, Jui rappelait Christine au temps

il la vit dans ce jardin plein de soleil et de fleurs,

ui marquait dans <a vie em: ün point jumineux, Etait-ce bien cette petite fille, égarée à Ja poursuite ‘un papillon blanc, qui avait d’un regard si ferme per-

ré les mystères de l’espace et du temps? N’avait-il pas été le jouet d’une vaine illusion? Hector s’arrêta. Deux ou trois pinsons voltigeaient de branche en branche dans dans un gros tilleul; sous son ombre la petite fille allait de buisson en buisson avec mille petits c:1- joyeux, effleurant le sable des allées du bout dé son jied agile, retenant son souffle, la main tendue, l’imp: ‘ence et le plaisir dans les yeux et oubliant ie monde pour un papillon; de gros bourdons s’endormaient dans le calice des fleurs; la lumière, tamisée à travers le feuillage épais des arbres, dansait sur le gazon. Une profonde paix enveloppait le jardin. Hector passa la main sur son front où mille doutes naissaient ensemble. Son âme, un instant emportée au delà du monde réel, se repliait sur elle-même et niait déjà ce qu'elle avait cru. 1 y avait du plus cher intérêt de sa vie; pouvait-il sur de tels fondements asseoir sa conviction ? Il fit quelques pas en silence, inquiet ct irrésolu, regarda furtivement ltalien qui avait repris sa lecture interrompue, caressa Linda, qui vint en courant se jeter dans ses jambes, et tournant brusquement le dos au perron du jardin, il appuya sa main sur le bras de Lomellini.

—Eh bien! je croirai.

—Etes-vous bien décidé?

—Faites ce que je vous demande, et vous verrez.

—Suivez-moi done.

L'Italien ordonna à la petite fille de veiller à ce que personne n’entrât, et de répondre qu’il était absent, « par hasard on le demandait: après quoi, il conduis: M. de Chavailles dans une grande pièce qui était situés au premier étage de la mâison. Cette pièce, richement garnie de meubles d’ébène sculptés, et tapissée, dan-

toute son étendue, d’une magnifique tenture de euir dl

Cordoue à dessins d’or. était fermée à l’un de ses ang: par une grande glace sans tain qui s’élevait jusqu’à mi

hauteur du mur; un voile de soie rouge cachait l’espa:

Compris entre la glace et le plafond, tombait aux deux côtés de la glace et lunissait au mur. On ne voyait rien au travers de la glace que le point de jonction des deux murs qui se rencontraient à angle droit. Des marbres d'Italie, des bronzes antiques posés sur des fûts Ge colonnes et quelques vieux tableaux ornaient le pourteur de la chambre. Aussitôt qu'ils eu eurent passé le seuil, Lomellini en referma la porte su; neusement ; la lumière du jour entrait par les fenêt res, il poussa les volets, abattit d’épais rideaux de velours et alluma une lampe à demi cachée dans un globe de cristal dépoli suspendu au plafond. A la lueur blanche de cette lampe, la glace transparente, frappée obliquement, jetait dans là chambre des éclairs qui éblouissaient Hector, Lomellini prit sur un meuble une coupe de métal, la remplit à moitié d’une liqueur frémissante ct la présenta à M, de Chavailles,

—Buvez, Jui dit-il.

Hector prit hardiment la coupe, y trempa ses lèvres ct but tout d'un trait. Une douce chaleur se répandit dans tous ses membres, qui Jui semblèrent animés d’une vie plus active: le sang précipita son cours dans ses veines gonflées:; sa poitrine se dilata sous des flots d'air embrasé; une Puissance intérieure et surnaturelle dé-

upla la délicatesse de ses sens; le son le plus faible ar-

“ait à son oreille, il voyait à travers Vombre, Lomel-

ni poussa un siège devant la glace et pria M, de Cha-

iles de sasscoir, ITector Sassit sans répondre: son rit habitait lo pays des rêves. L’Italien choisit un icon de cristal parmi une foule d'autres qui étaient ngés dans une cassette, souleva un pan du rideau de ° Pourpre et répandit derrière la glace et sur les dal- * la liqueur jaune que contenait le flacon.

\ poine la liqueur ant. * le soi, qu'elle se dis-

* en Vapeur; cette vapeur, d’abord légère et pâle, Ya comme un nuage, obscurcit la transparence de la

glace et monta jusqu’au rideau de soie rouge. Une odeur embaumée s'en échappait, semblable à celle qui se dégage d’une cassolette où brûlent la myrrhe et l’encens. landis que les ondes diaphanes de ce brouillard magique rampaient le long du mur et s'amoncelaient en roulant sur elles-mêmes, Lomellini traçait sur la glace des signes cabalistiques et l’humectait d’une eau limpide qui la rendit tout à coup éclatante et polie comme une plaque d’argent. Debout et solennel comme un ancien mage, le visage plus mat et plus blanc que l’ivoire, il agitait son doigt mystérieux et murmurait à voix basse des paroles qui frappaient l'oreille attentive d’Hector comme l'écho d’un chant harmonieux et lointain. Ta lampe emprisonnée dans le globe de cristal projetait ses rayons sur la glace qui en réflétait la lumière jusqu’au bout de l'appartement et «cintillait comme une immente étoile. Un quart d'heure s’écoula au milieu d’un silence profond; Hector entendait les pulsations de son coeur et ne savait plus s’il appartenait encore à la terre cu s’il voyageait dans le ciel infini des mondes imagiraires. Lomellini était toujours debout, promenant sur la glace son doigt imbibé d’eau et remuant ses lèvre: pleines de paroles enchantées. ÆEnfin la glace sembla ouvrir, et comme les pans d’un voile qu’on déchire. elle se fendit, laissant voir un cercle d’azur, d’où jai! lissaient mille étincelles; Je cercle s'élargit, et dan l'orbe de sa frange d’or se dessina une figure de femnr chastement enveloppée d’une robe blanche. Hect: poussa un cri. Christine était devant lui; sa beaut charmante avait revêtu ce caractère indéfinissable «1 donne une longue tristesse ; elle était assise les mai! jointes et la bouche tremblante, comme si une prière Se chappait de son coeur. Un cavalier vêtu de noir 7» sait devant elle, l’une de ses mains appuyée sur le po meau de son épée et de l’autre tenant une lettre ouveri —Le chevalier! s’écria Hector.

Tout était bien ainsi que Linda l'avait dit; la grille au milieu de la pièce, la croix de bois, les larges fenétres, et dans le fond un tableau l’église. Christine cependant ne portait ni chapelet, ni cordelière, Un instant, le chevalier s'arrêta, et Christine leva les yeux. Ses regards, perdus dans l’espace, rencontrèrent ceux de M. de Chavailles, Jamais regards humains ne lui parurent ni plus beaux, ni plus doux, ni plus tendres ; noyés de tristesse, chargés de langueur, pleins de flammes humides, ils semblaient l'implorer. Deux grosses larmes s'en détachèrent lentement et glissèrent le long des joues, qui avaient la blancheur virginale de la neige Hector les sentit couler sur son coeur,

—Christine! s’écria- jl.

Et, les bras tendus, il se précipita vers elle, Ses main: et son front rencontrèrent ]n glace qui vola en éclats: mille débris tombèrent autour de lui, et M. de Chavailles ne vit plus rien. Ie cercle d’or, les flocons léger: du brouillard magique, les nimbes d'azur, l'image aérienne de Christine, tout avait disparu; une lueur pâle ct tremblante se jouait au milieu des plis agités du ri- ‘eau rouge, et de ce qu'il avait aperçu, il ne restait plu: rien que des éclats informes de cristal qui craquaient “ous ses pieds. Tector souleva d'une main égarée les plis du rideau, regarda tout autour de lui, fit deux pas en arrière, et tomba foudroyé dans les bras de Lomellini. Quand il reprit ses sens, il était couché dans le jardin, sur le même bane de gazon où Linda s’était endornie. Lomellini était debout auprès de lui,

Croyez-vous, maintenant ? Jui dit l'Italien.

Hector prit la main de Lomellini et la serra dans les -lennes,

—Oui, je crois, dit-il.

Il se leva et fit, en compagnie de l'Italien, quelques

rs de jardin. Ses sens, ébranlés Par une aussi ter- ‘ile épreuve, avaient besoin d’air, de lumière et de re-

MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)

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