‹ La chasse royale [microforme]Chapitre 39 sur 42 · LE MASQUE TOMBE · texte numérisé non relu

LE MASQUE TOMBE

Un instant se passa durant lequel Cydalise épruuv, plus de battements de coeur qu’elle n’en avait jamaï: senti, même le jour de ses débuts. Bientôt des pas légers

se firent entendre Je long du corridor. La comédienne regarda vers la porte Par où la religieuse était sortie, et mademoiselle de Blettarins parut. Les yeux inquiets dc Christine enveloppèrent Cydatise d’un de ces vifs regards qui sont chargés de questions.

—Je vous laisse avec mademoiselle, dit la religieuse qui conduisait Chric îne par le bras. et je désire que 5: visite vous apporte tout le bonheur que vous méritez.

Elle se retira, et Cydalise courut à mademoiselle d: Blettarins qui ne cessait Pas ue l’examiner.

—Mademoiselle, dit-elle dun ton vif, les moments sont précieux, et je n’en veux perdre aucun; pour vean à vous, j'ai menti.

.—Vous n’êtes pas mademoiselle de Chavailles, la soeur d’Hector? s’écria Christine en reculant.

—Non, répondit Cydalise, je ne suis ni Sa soeur, ni “1 barente d'aucune façon, mais son amie. Je la suis et toute dévouée à lui et aux siens et du plus profond dc mon coeur.

L'air de Cydalise prévenait en sa faveur: elle parlat

avec force et de manière à prouver que son âme était dans tout ce qu’elle disait.

—Vous ne voudriez pas abuser une pauvre fille qui ne vous a jamais fait de mal, dit Christine; je vous crois, j'ai besoin de vous croire.

La tristesse qui se montrait dans ces paroles, et plus encore dans le visage de mademoiselle de Bleitarins, touchèrent Cydalise; elle lui prit la main vivement.

—Je ne vous avais jamais vue, reprit-elle, mais ce qu’on m'avait dit de vous nv'inspirait les meilleurs sentiments; à présent que je vous vois, comptez sur moi comme sur lui.

Christine rougit très-fort à ce mot, et Cydalise sourit en s’apercevant de ce trouble.

—Voilà cinq ans que nous vous cherchons, inademoiselle, reprit-elle; c’est une espèce de miracle qui nou: a mis sur vos traces. Sans cela peut-être n’eussé-je jamais découvert votre retraite.

—Vous ne parlez pas d’Hector, dit Christine d’un to? de voix où perçait tout son amour.

M. de Chavailles est à Versailles; il vit, il est colone}, il vous aime!

Christine chancela et s’appuya contre la grille du parloir, près de défaillir.

—Oui, ce sont bien des bonheurs ensemble, reprit la comédienne en lentourant de ses bras. Ne résistez pas à votre émotion ; elle est de celles qui font du bien.

Christine appuya sa tête sur l’épaule de l’amie que la Providence lui envoyait et pleura abondamment.

— Laissez, laissez couler vos larmes, disait Cydalis en caressant du bout de ses doigts les cheveux bruns «1

Christine, comme fait une soeur aînée pour sa petit soeur; ces larmes-là soulagent votre coeur.

Sans prendre garde à ce qu’elle faisait, Christine em brassa tendrement Cydalise.

—Maintenant, continua Cydalise, qui avait les yeu:

humides, il s’agit de vous réunir d’abord ; dites-moi, êtes-vous ici de votre gré ?

—Oui, répondit Christine en s’essuyant les yeux.

— Ainsi, vous en Pourrez sortir quand vous voudrez ?

—Je le pourrais, si mon père n’était pas un peu malade,

—Enfin, il vous sera vujours facile de quitter cc couvent pour une heure ou deux ?

— Oh! certainement !

—Cest tout ce qu'il faut pour le moment ; plus tard, nous aviserons à vous trouver un asile où il vous soil plus facile de vous rencontrer.—Je parle pour lui com: me pour vous.

—Oh ‘j'entends bien. -

—Ecoutez, mademoiselle, j'ai besoin de toute votre confiance...

—Je vous l’ai donné… Vous me parlez au nom Hector.

—Un homme ne vient.-il Pas souvent pour visiter dans cette maison ?

—Oui, souvent.

—Tous les jours ?

—Non, pas régulièrement ; il reste quelquefois quinze jours sans paraître ici, d’autres fois, et durant deux ou trois semaines, il vient presque chaque jour.

—Un homme qui paraît avoir une quarantaine d’années à peu près, d’une taille moyenne, un peu gros mais point trop, bien fait, grave et d'une remarquable distine. tion.

—N'est-il pas habillé de noir?

—Presque toujours.

—Vous l’avez-vu hier ?

—Oui.

—Savez-vous son nom ?

——J’ai longtemps cru qu'il s'appelait Coq-Héron.

—Coq-Héron! s’écria Cydalise en manifestant un:

ee

CE

mi

ne

grande surprise, Coq-Héron, valet dé M. de Chavailles ?

—Lui-même. C’est le nom qu’il se donna la première fois que je le vis!

—L’impudent menteur !

— 1 était d’ailleurs porteur d’une lettre par laquelle M. de Chavailles m'engageait à avoir la plus grande confiance en lui.

—Voilé qui est étrange!

—C’étaient l'écriture et le cachet dIlector. Cet hom: me me dit que son maître venait de partir précipitam.

ment pour la Flandre, où l'envoyait un ordre du mi. nistre.

—C’est vrai, —Pouvais-je ne pas ajouter foi à un discours appuyé sur des témoignages palpables que j'avais de sa vérité?

—Oui! oui! mais continuez, de grâce.

—À quelques jours de là, cet homme vint me dire que notre retraite était connue, et que la prudence exigea:1 que nous nous retirassions, mon père et moi, dans ut couvent.

—Et c’est ce que vous fîtes ?

—Le jour même.

—Et voilà pourquoi je vous trouve dans cette maisoi de Visitandines ?

—Oh! non. Tout d’abord nous allàmes à Port-Royal. des-Champs, où nous demeurâmes quelque temps.

—Et le faux Coq-Héron vous visitait toujours ?

—Toujours ! Il m’apportait souvent des lettres de M de Chavailles, et vous jugez s’il était le bienvenu! Co: lettres me marquaient que, malgré tout son désir, Hee tor ne pouvait quitter l’armée, et qu'il était loin de pré voir le moment de son départ.

—Répondiez-vous à ces lettres ?

—En doutez-vous? Mes lettres suiv

aient les sienn:

avec exactitude

illes ?

mièrc

quelle rande

homtam- | mi.

puyé rité F

que zca'1 s ut

—Vous les remettiez toujours à la Personne qui prenait le nom de Coq-Héron ?

—1l le fallait bien! Elle nous servait d’intermédiaire, Bientôt les lettres de M. de ‘‘havailles se firent plus rares; les expressions en étaient confuses, embarrassées; il ne répondait pas nettement aux questions que je lui adressais, 1] m'arrivait quelquefois de rester un mois sans recevoir un mot de lui,

—Et le faux Coq-Héron ?

—Oh! il venait toujours. Ses assiduités, ses attentions étaient extraordinaires.

—Oui-dà!

—Son langage ne cadrait Pas avec sa position, ni s : manières non plus ; la Confiance que je lui avais d’abord témoignée se changea bientôt en réserve, puis en éloign?. ment. Quelque chose était en lui qui me choquait ; 39 présence me répugnait et m'inspirait une sorte d’effroi J'avais beau me reprocher des sentiments que rien d-. séricux ne motivait, mes raisonnements n’y pouvaien: rien.

—Vous parlait-il de M. de Chavailles ?

—Souvent; c’étaient alors des paroles toutes pleine: du dévouement le plus chaud ; mais l'expression du vi. sage et le ton de la voix n'étaient pas à lunisson des discours et faisaient l'effet d’une musique fausse. J’en éprouvais plus de mal que de bien, Un assez long temp: se passa; sur ces entrefaites, le seigneur qui nous protégeait mourut Presque subitement; mon père tomba malade; de nouvelles inquiétudes firent diversion au; tristesses de mon coeur; mon père s’'affaiblissait lent ment comme un arbre que la sève abandonne, il ser APercevait bien, mais on aurait dit que prêt à succombe: à la persistance du mal, il puisait toujours de nouvelle: forces dans son amour pour moi. Sa tendresse était le seul lien qui le ratiachât à la vie.

De nouvelles larmes vinrent aux yeux de Christine

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