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qui cacha son visage entre ses mains, Cydalise l'en brassa douceme.; une question était sur ses lèvres mais elle n’osait pas l’adresser à mademoiselle de Blet tarins.
—Du courage! lui dit-elle, votre père…
—"Mon père vit, répondit Christine qui comprit l’hé sitation de Cydalise; mais est-ce Lien la vie que ectt: existence épuisée qui compte ses jours par ses veilles e se traîne lentement vers le tombeau? Les lettres de M de Chavaille. avaient cessé tout à fait; son confident.
—Dites son ennemi! s’écria Cydalise.
—Oui, son ennemi, reprit Christine avec force, sot ennemi que j'interrogeais éludait mes demandes ; ut jour enfin il me dit que M. de Chavailles avait dispart à la suite d’un combat ct qu'on pensait qu'il avait pri du service dans les troupes impériales.
—Le misérable! Après le mensonge la calomnie!
—Je lui témoignai mon indignation; à quoi il me ré, pondit que le traitement que la cour infligeait sans mo tif à M. de Chavailles était bien fait pour lasser la pa tience la mieux enracinée, A quelques jours de là, :: me remit une lettre datée de Mayence, par laquelle Hec tor me mandait son intention de prendre du service er Hongrie contre les Tures et de m'appeler en Allemagni s’il réussissait à se faire bien venir de l'empereur.
—Vous avez lu ça de vos yeux ?
—Hélas! oui; c’était bien l'écriture, les armes de M de Chavailles…
—Ï y a quelque abominable trahison là-dessous!
—Cest ce j'ai toujours pensé; mais comment pou vais-je éclaireir mes doutes ?
—Après cette lettre datée de Mayence en recûtes-vo 1: d’autres ?
—Une seconde écrite de Vienne, en Autriche.
—C’est étrange !
—Celle-ci m’informait que M. de Chavailles partañ
pour la frontière, et qu'il avait obtenu de l'empereur ur régiment de Croates ; elle était fort Courte et ce fut ja dernière,
—Quoi! plus rien après ?
—Plus rien, Brisée d'ennuis, je cessai de résister à tous les tourments qui m'assaillaient, et, comme un ot seau qui plie au gré du vent, je m'abandonnai au cour: de ‘ma mauvaise fort une. Ce fut alors que la supérieurc de ce couvent vint par hasard à Port-Royal-des-Champ elle vit mon père, le reconnut, nous prit en pitié, et sui l'avis qu’elle nous donna des dangers trop réels qui mo naçÇaient la maison des jansénistes, nous détermina à 1. suivre ici. Elle avait rencontré mon père autrefois dan. Paris; il avait été assez heureux pour rendre service : la famille de cette supérieure, qui ne l'a point oublié e qui s'emploie de toute son âme à adoucir ncs chagrins Mon père mort, et bien assurée de l'oubli d'Hector, jé. tais résolue à prendre le voile et à m'ensevelir dans cet retraite.
— Vous ne prendrez pas le voile et votre père ne mourra pas! s'écria Cydalise, Le scélérat qui vous à si long temps abusée, nous le demasquerons, Hector est à Versailles; l'exil a cessé pour lui; il jouit de la faveur di roi; il n'a jamais été à Mayence, ni a Vienne, ni chez les Turcs!
—Mais ses lettres! ces lettres! dit Christine.
—Nous percerons ce mystère quelque jour. Un ser pent s’est glissé entre vous et lui, nous l’écraserons.
Après avoir répondu à toutes les questions de Cyda. lise, ce fut au tour de Christine à l'interroger sur une multitude de faits ignorés. Cydalise lui expliqua pour. quoi M. de Chavailles était resté cinq ans en Flandre tt comment il lui avait écrit vingt fois, cent fois, san: jimais recevoir de réponse.
—Mais je n'ai pas manqué une occasion de lui écrire
C'était, hélas! le seul dédommagement de mon coeur s’écria mademoiselle de Blettarins.
—Et ne voyez-vous pas que vos lettres étaient ret: nues par l’homme à qui vous les confiez? dit Cydalise
Là-dessus elle fit part à Christine des soupçons qui nourrissait Hector, et lui parla du chevalier, A ce mor Christine joignit les mains.
— Voilà qui me fait comprendre le langage ct les ma nières de cet homme! dit-el! Mais cela ne m'explique pas comment il avait entre ses mains le billet remis pa Hector à Coq-Héron, au moment de son départ pour la Flandre.
Cydalise haussa les épaules.
—Croyez-vous que le chevalier soit homme à reculer devant la violence? dit-elle. Mais laissons le passé qui le temps nous dévoilera et oceupons-nous de l'avenir. Nous trouverons un moyen pour vous réunir.
—L'espérez-vous? demanda Christine en levant se: regards timides sur sa confidente,
—Je fais mieux, j'en suis certaine, répliqua la comé dienne, qui ne doutait de rien. Avez-vous oublié le vieil adage: Ce que femme veut, Dieu le veut !
—Oh! repii Christine d'un petit air incrédule, il 3 aurait bien des choses à dire là-dessus !
—Eh bien! si un moyen n'existe pas, nous l'inven terons.
—Vous vous en chargez ?
—Oui.
Christine embrassa Cydalise sans répondre. Cydalise à laquelle ce baiser de soeur donnait un courage nou. veau et une résolution plus vive de réunir les deux
amants, allait développer un plan lestement improvist lorsque des pas se firent entendre dans la pièce qui pr” cédsit le parloir. Christine posa la main sur la bouch de Cydalise.
—Je reconnais ce pas, murmura-t-elle; c’est lui.
—Le chevalier? dit Cydalise,
—Oui,
—Eh bien! je ne serai pas fâchée de renouveler connaissance avec ce vilain homme,
—Non, de grâce; laissez-moi lui parler d’abord et 4 confondre,
—Vous y tenez?
—Beaucoup. Glissez-vous ]à ct n'apparaissez qu. lorsque je vous appellerai,
Cydalise passa derrière Je rideau qui couvrait la grille du parloir, et Christine s’apprôta à recevoir le chevalier, Le chevalier verait de soulever la portière qui séparait le parloir d'une pièce d'attente, C'était bien le 1rêm: gentilhomme que M. de Chavailles avait, en compagni: de MM. de Riparfonds et de Fourquevaux, rencont:€ chez le due de Mazarin. 11 était vêtu de noir et avait toujours ce même air grave qu’on lui connaît, Il n. paraissait ni plus vieux, ni plus fatigué, et les cinq an. nées qui ‘enaient de s’écouler avaient passé sans laisser plus de trace sur son visage qu’une onde pure sur un rocher poli. Christine regarda le chevalier avec atten. tion, comme si elle ne l'avait jamais vu. L'expression hautaine et froide de ce visage pâle ct dissimulé la frappa. A présent qu’elle savait à quoi s’en tenir sur l’hôt: de sa solitude, elle s’étonnait d’avoir pu si longtemps lu’ accorder sa confiance, Elle frissonna comme à l’aspect d'un serpent et réunit toutes ses forces dans son coeur pour la lutte qu’elle allait engager. Le chevalier jeta ur regard rapide autour ‘e la pièce en entrant, et salua mademoiselle de Blettarins.
—Je craignais presque de vous déranger, mademoiselle, dit-il, la tourière m'ayant assuré que vous n’étiez
is seule,
—La personne qui était avec moi m'a quittée il yo° un instant, répondit Christine.
Elle avait d’abord pensé à dissimuler et à ramener