DORE
Je lendemain, on apporta à M.
taucorps bleu, doublé de rouge; à deux d’or, qui était l'uniforme qu'il sen revôtissait, Coq-Héron marmotait entre dents toutes sortes de paroles inintelligbiles.
—Voyons! qu'as-tu à Mâchonner un tas de mols qu'on n'entend pas? dit Hector.
J’ai que je me demande si vous à
cette chasse ?
Tu le vois.
—Après les avertissements de mademoiselle Cydali:e
et les visites de l'homme au manteau gris et Vappel d ce billet qui m'a tout L'air d’un piége tendu à votre bonne foi?
Justement à cause de tout cela.
Monsieur, VOUS êtes fou!
—Je le sais.
Je laconisme de M.
\lez sérieusement à
de Chavailles exaspéra Coq-il ï
ron ous faire casser la tête ;
Allez, allez, monsieur, V n lave les mains! s’écria-t-il.
les choses iront jusque-là :
qe moi, je m’e Quoi! tu penses que __Elles iront plus loin.
—Ce serait difficile: cependant, si je le croyais, je réfléchirais.
—Il est bien temps!
—Que veux-tu: je m’imaginais que l'honneur du nom que je porte m'obligerait à ne pas reculer devant un danger; qu'il y aurait même lâcheté à fuir devant des menaces anonymes; mais puisque tu penses le contraire, eh bien! je n’irai pas.
Hector fit le r’ste d’ôter son justaucorps; Coq-Iléron le saisit bravement par le bras.
—Avez-vous perdu l'esprit, monsieur ? et que voulezvous qu’on dise de vous à la cour? s’écria-t-il. Un Chavailles aurait eu peur? Tant que je vivrai, cela ne sera pas. Et d’ailleurs, auriez-vous demandé au roi la faveur de l’accompagner à la chasse tout exprès pour l’offenser par votre absence? Non, monsieur; vous ne parlez d’ôter votre justaucorps que pour me contrarier.
—Ce n’est pas mon intention.
—Elle n’y est peut-être pas dans le fond, mais elle est dans la forme. Je vais glisser des pistolets dans vos fontes, et vous courrez tranquillement le ccrf.
—Eh bien! puisque nous voilà d'accord, va voir quel cheval on me destine et veille à ce qu’il soit bica sanglé,
Coq-Héron descendit aux écuries du roi, s’informa du cheval que M. de Chavailles devait monter, donna un coup d'oeil à la bride et rejoignit son maître.
—Votre coureur est superbe, alezan-brûlé, la crinière et les jarrets noirs, une étoile au front, bien ramassé, fort et large du poitrail; il a nom Ajax; il est de ceux qui galopent dix ou douze heures sans souffler. Vous en serez content.
Une heure après, la chasse s’enfonçait dans les profondes avenues des bois de Marly. Il faisait un temps gris, et bien que la matinée fût déjà assez avancé, ds longs brouillards rampaier: aux bords de la Seine, ct,
meer
ARNUEULUX UT RBUIA
chassés par un vent humide, suspendaient leurs flocons de ouate blanche aux arbres de la rive.
Louis XIV suivait la chasse en calèche, accompagné
des dames de la cour et des grunds-officiers de sa maison ; quarante ou cinquante chasseurs à cheval galopaient autour de lui, et bientôt la troupe vagabonde, lancée sur les traces du cerf, disparut sous le couvert du bois. La meule ardente aboyait avec force, les piqueurs sonnaient de la trompe, les chevaux hennissaient, et, comme un tourbillon impétueux, la chasse s’enfonçait dans les profondes avenues, qui emblaient ouvrir, sous l'élan rapide des cavaliers, leurs longues colonnades de vieux chênes. Durant la première heure, Hector, plus attentif au\ mouvements des cavaliers qu'aux accidents de la chass attendait apparition du guide mystérieux qui lui étai promis; ses Yeux, habitués à sonder l’espace, interrgeaient à toute minutes la transparence douteuse (| clairières et les sinuosités fugitives des sentiers; ni liquais ni pages ne sC montraient. La pensée d’un pér | invisible suspendu sur sa tête avait d’abord charmé son esprit en le remplissant de cette secrète émotion qu'il aimait depuis son enfance à savourer ; mais enfin, 1° d» chercher et d’attendre, il se laissa gagner au tumulte des voix et des cors, et, bercé par le galop infatisiit d'Ajax, il s’abandonna à la double ivresse du moil\tment et de la chasse.
M. de Riparfonds et M. de Fourquevaux Pavriout quelque temps observé, courant auprès de lui; * Paul-Emile, enivré par l'action, rencontra, au détour d’une allée, une calèche qui fuyait emportant, si la soie de ses coussins, deux femmes qui lui parurent plus séduisantes du monde.
—Dieu ! qu'elles sont jolies! et je ne les connais li
“Cest ridicule, dit-il.
Ft; poussant son cheval ventre à terre, il suivit l: €
lèche qui allait un train d’enfer. Plus loin, M. de #°
parfonds, qui s'était arrêté une minutes pour rajuster
la gourmette de son cheval, perdit de vue Hector, cerf était vigoureux et se faisait battre hardiment, Au bout de deux heures, si M, de Chavailles pensait encore à son billet, il n'y pensait {uère ; quant à M. de E quevaux, il n'y pensait plus; seul, M. de Riparfonds se le rappelait, Mais Hector avait disparu et il lui était impossible de le rejoindre, Les chasseurs, lancées à fond de train, passaient comme des fantômes parmi les arbres, sous les pieds de leurs chevaux, Au moment où le cerf, traqué par les chiens, descendait à bonds précipités les collines qui bordent la Seine, un homme à cheval parut sur Ja lisière du bois ct Mt signe à M. de Chavailles d'approcher, Hector, qui 'amassait les rênes d'Ajax, cherchant de quel côté la hasse allait passer, vit l'homme ct comprit le geste,
Ah! dit-il, vous venez bien tard ?
Etes-vous prêt? répondit l'homme sans carde à l'exclamation d'Hector,
Oui,
Le
four-
et vingt routes s'ouvraient
prendre
Eh bien! suivez-moi.
— Écoute, reprit le jeune Capitaine en tirant un pisto- ‘de ses fontes, si tu me conduis à quelque piége, la bremière balle sera pour toi. Marche à présent, si tu
l'homme pressa les flancs de son cheval, qui partit me une flèche, et M. de Chavailles le suivit, La où le guide venait de s'engager s'enfonçait au
* de la forêt : quelque temps Hector entendit les “ments sonores des chiens qui battaient la lisière du nais le bruit de la chasse lointaine s'éteignit en- {bientôt le galop cadencé des deux chevaux ébran- “ul les échos de Ja solitude dans laquelle ils se plonnt. Hector et son guide franchirent ainsi trois ° ns échanger une parole ; ils venaient de quitter
LIRPRARY
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